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Une femme pour aujourd’hui

Angèle Mérici, une femme de son temps pour notre temps.

A l’époque d’Angèle, l’Europe élargit ses horizons : Christophe Colomb découvre l’Amérique, Vasco da Gama aborde aux Indes, Magellan fait le tour du monde. Fait exceptionnel pour une femme de son temps, Angèle est tentée par les grands voyages, accomplis en esprit de pèlerinage.

L’Europe cherche son équilibre politique à travers des luttes entre Etats. Angèle voit le début des Guerres d’Italie en 1494, la destruction de Brescia en 1512, le sac de Rome par les troupes de Charles Quint en 1526. En même temps, Soliman le Magnifique étend l’empire turc, semant terreur et violence dans le bassin méditerranéen. Dans ce climat de guerre, Angèle est in un instrument de paix.

L’homme de la Renaissance cherche à augmenter son savoir. Angèle est contemporaine de Copernic, Rabelais, Erasme, Vésale. Elle se montre avide de lectures, spécialement dans le domaine qui l’attire, celui de la spiritualité : vie de saints, commentaires de l’Ecriture Sainte, œuvres des Pères de l’Eglise. Comme les humanistes de son temps, elle fait preuve d’une vraie culture.

La Renaissance vit de nouvelles déchirures de la chrétienté : Luther rompt avec Rome ; Henri VIII se déclare chef de l’Eglise d’Angleterre, Calvin publie son Institution chrétienne. Devant les nouveautés doctrinales introduites par les réformateurs, Angèle se montre indéfectiblement loyale à l’Eglise. Face à des hommes d’Eglise qui se révoltent contre son autorité ou ses règles de morale, elle donne comme unique réponse : Vous, menez une vie nouvelle. Priez et faites prier, afin que Dieu n’abandonne pas son Eglise, mais veuille la réformer comme Il lui plaît. (Av 7, 24).

Devant la désagrégation de la famille et la perte du sens moral, Angèle laisse dans leur famille les membres de son Institut. Dans leur milieu, elles deviennent ferment de paix, de rectitude morale et de foi Alors que la femme était légalement considérée comme une mineure perpétuelle, Angèle confie le gouvernement de ses Sœurs à des femmes, compose une des premières règles religieuses écrites entièrement par une femme, pour des femmes.

Devant le scandale de la misère du peuple et du luxe éhonté des riches, elle encourage les veuves aisées qui gouvernent son Institut à se mettre au service d’humbles filles d’artisans. Elle-même prêche d’exemple, en choisissant une vie de pauvreté et de simplicité qui l’apparente à Saint François d’Assise.

Qui est donc cette femme énergique, clairvoyante et courageuse ?

Une enfance privilégiée
C’est à Desenzano, petit village de pêche au bord du Lac de Garde, qu’Angèle voit le jour, vers 1474, dans une maison au pied du château. Elle est fille de Giovanni Merici, citoyen de Brescia, établi depuis quelques années à Desenzano où il exploite une ferme plutôt modeste, et de Caterina Biancosi, de Salò. La famille compte deux filles et trois fils ; elle possède en outre une maison de campagne, les Grezze, où elle réside pendant les saisons favorables, en exploitant quelques terres.

Giovanni et Caterina élèvent leur famille dans une foi robuste et sincère. Angèle raconte que son père lisait, le soir, à la famille réunie, la vie des saints, stimulant la ferveur de toute la maisonnée. Les confidences d’Angèle et les témoins de sa vie révèlent une piété précoce, avec un goût pour une vie sobre et priante.

Une adolescence éprouvée
Après une enfance heureuse, de grandes épreuves attendent Angèle, et d’abord la mort de sa sœur aînée. Cette disparition laisse Angèle inquiète et préoccupée : sa sœur si turbulente, est-elle parvenue à la joie du ciel ? Dieu lui-même vient la réconforter. Un jour, elle entrevoit sa sœur toute joyeuse au milieu d’habitants célestes. Le souvenir de cette grâce stimule en elle une ardeur de plus en plus grande et l’oriente définitivement vers les joies spirituelles.

Angèle approche de ses 16-18 ans lorsque meurent ses parents. Recueillie par son oncle maternel à Salò, elle se trouve brusquement dans un milieu de vie complètement différent. Les Biancosi sont des notables, jouissent d’une bonne fortune et sont plongés dans un milieu de vie facile. Angèle continue d’accomplir au sein de cette famille les travaux simples et rudes qu’elle avait connus à Desenzano : laver le linger, passer le blé au blutoir, faire le pain, porter l’eau.

Tertiaire de Saint François
Voulant se consacrer à Dieu, Angèle devient Tertiaire de Saint François à Salò. Le Tiers-Ordre dont elle assume la règle et porte l’habit lui donne en quelque sorte un statut dans le monde et l’engage officiellement dans une vie de prière, d’humilité et de pauvreté à la suite du Christ. Angèle prend l’habitude, conservée toute sa vie, de dormir comme les plus pauvres, sur une simple natte ou sur un siège. Il semble que son régime habituel consiste en un peu de pain, des légumes, des fruits, parfois du poisson, rarement de la viande, comme les familles démunies de son époque.

20 ans de vie cachée
Revenue à Desenzano à l’âge adulte, elle commence une longue période de vie cachée, faite de prière et de labeurs quotidiens. Au milieu des travaux de la vie paysanne, elle élève son cœur à Dieu, pendant que ses compagnes, fatiguées, prennent leur repos.

Un de ces moments de prière solitaire allait devenir un événement spirituel marquant, celui où, selon la tradition, Angèle reçut de Dieu l’intuition de sa mission : Il lui fut révélé qu’elle fonderait un jour à Brescia une « Compagnie de Vierges », promise à un grand développement. Vers la fin de sa vie, Angèle parlait volontiers de cette vision pour affirmer que l’œuvre n’était pas la sienne, mais celle de Dieu.

Brescia, enfin…
En 1516 la cité lombarde sort de quatre années consécutives de pillages, de peste et de famine, alors que tour à tour les armées françaises, impériales et vénitiennes s’étaient emparées du pouvoir. Les supérieures franciscains d’Angèle l’envoient dans la cité dévastée pour une mission de consolation auprès de Caterina Patengola qui vient de perdre son mari, ses deux fils et sa fille. Angèle quitte donc la vie paisible à la compagne pour une ville en ruine. Peu à peu sa présence apaisante aura raison de la douleur de Caterina. Sa mission de consolation terminée, Angèle choisit de rester à Brescia et vient loger chez un jeune marchand de tissus, Antonio Romano, dans le quartier de Sainte Agathe, tout près des remparts de la ville.

De 1517 à 1529, Romano constate ses habitudes de vie pauvre et priante, si bien que la renommée de sa vie très pieuse se répandait dans la population, de sorte que de très nombreuses personnes accouraient à elle.

Sur les pas des pèlerins
En 1522, Angèle inaugure une période de pèlerinages. Elle se rend avec Antonio Romano à Mantoue. Sur le chemin du retour, elle passe par Solferino, à 12 km de Desenzano, afin de plaider en faveur d’un ami, vraisemblablement un parent, exilé par le Prince Louis de Castiglione, grand-père du futur Saint Louis de Gonzague. Le Prince cède ; le banni est réhabilité et ses biens restitués. La hardiesse d’Angèle, le succès de sa mission, ne peuvent passer inaperçus. Romano témoigne encore : La renommée d’Angèle se répandit dans les lieux environnants, de telle sorte qu’il n’y avait pas un seigneur qui ne lui accordât ce qu’elle demandait. Et voilà Angèle, lancée, malgré elle, dans de difficiles missions de réconciliation et de supplication en faveur des petites gens.

En 1524, elle se rend en pèlerinage à Jérusalem, manquant d’un an une rencontre avec Ignace de Loyola. Plus de six mois de voyage, remplis de risques et de dangers de toutes sortes : pirates, brigands, tempêtes…

Abordant en Crète, Angèle subit une épreuve inattendue : elle devient momentanément presque aveugle, mais n’en poursuit pas moins son voyage. Pendant plusieurs semaines elle s’adonne à la contemplation intérieure des mystères de la vie du Christ. Ces semaines de prière intense préludent à la grâce qu’elle allait recevoir au Mont Calvaire.

Son biographe capucin, le bienheureux Matteo Bellintani, suggère : Dans le lieu même où la croix fut plantée… naquit la Compagnie (de Sainte Ursule), grâce aux prières ferventes et aux larmes abondantes d’Angèle… Comme saint François obtint… le don de la pauvreté évangélique, sœur Angèle obtint sur le Calvaire le don et l’esprit de virginité pour toutes celles que Dieu appellerait à devenir comme elle « épouses de Jésus-Christ ».

Le chemin du retour n’est pas sans danger : huit jours d’attente à Er-Ram, par crainte des brigands musulmans, tempête de neuf jours en mer, qui fait dériver le navire jusqu’aux côtes d’Afrique du Nord, menace de la flotte turque au large des rives d’Albanie. Le navire arrive enfin à Venise au début de novembre. Le pèlerinage avait duré environ 23 semaines.

Les quinze jours de repos à Venise sont mouvementés. Alertés par les compagnons de voyage d’Angèle, qui attribuent à sa prière d’être revenus sains et saufs, un grand nombre de religieux, d’hommes et de femmes de la noblesse et d’autres personnes spirituelles viennent la visiter. Les dirigeants de la ville l’invitent à y rester pour y remplir un rôle d’animation spirituelle. Désirant avant tout se réserver pour sa mission, Angèle décline leur invitation et repart pour Brescia.

En 1525, année jubilaire, Angèle se rend en pèlerinage à Rome pour y vénérer les saintes reliques et prier sur les tombeaux de Pierre et de Paul et des autres martyrs. Un de ses compagnons de voyage en Terre Sainte la rencontre et l’introduit auprès du Pape Clément VII. Celui-ci lui donne audience et exprime son désir de la retenir à Rome. De nouveau, Angèle décline l’invitation : une autre mission l’attend à Brescia, mission pour laquelle le Pape lui donne sa bénédiction.

Contacts élargis
Au retour de Rome, une nouvelle étape s’ouvre pour Angèle. L’inspiration venue de Dieu s’est affermie par la prière prolongée en Terre Sainte et à Rome. Un don de joie spirituelle lui procure une nouvelle force. Elle commence à déployer une vigueur apostolique intense. Elle manifeste des dons exceptionnels d’animation spirituelle. On l’appelle affectueusement la Mère-Sœur Angèle.

Peu après son retour de Rome, Angèle est appelée à rencontrer le Duc de Milan, Francesco Sforza II, exilé de son pays par les armées de Charles Quint. De passage à Brescia, il l’invite à prier pour lui et pour son peuple. Angèle semble avoir été interpellée par cette visite d’un chef d’Etat.

C’est alors qu’elle entreprend un pèlerinage à Varallo, une des « montagnes saintes » où se trouvaient de petites chapelles illustrant en grandeur naturelle les principales scènes de la vie du Christ ainsi que des lieux saints de Palestine. Le but d’Angèle est double : implorer la paix pour son pays et voir de ses yeux la réplique des lieux que sa cécité momentanée l’avait empêchée de contempler en 1524.

A cette époque, Angèle réussit à Brescia une mission de réconciliation retentissante entre deux gentilshommes, Francesco Martinengo et Filippo Sala, qui s’étaient jurés de se battre en duel. Romano constate dans la suite que de très nombreuses personnes de la cité de Brescia accouraient à elle, les uns pour obtenir une grâce par la médiation de ses prières, d’autres pour apaiser quelque discorde née entre citoyens et autres nobles de la ville.

Réfugiée à Crémone
Les événements politiques vont concourir à accroître le rayonnement d’Angèle. En septembre 1529, la proximité des troupes de Charles Quint produit la panique à Brescia. Agostino Gallo propose à Angèle de fuir avec lui et sa famille à Crémone, afin de se faire protéger par le Duc de Milan. Nouveau témoin de la vie d’Angèle, Gallo relève, comme Romano, sa vie de prière et de pauvreté, ainsi que son rayonnement apostolique dans cet autre milieu : On prenait conseil auprès d’elle pour changer de vie, pour supporter des épreuves, pour faire son testament, pour prendre femme, pour marier ses filles ou ses fils. De plus, elle ne manquait jamais une occasion de mettre la paix entre mari et femme, entre fils et pères, et entre frères… et entre beaucoup d’autres personnes… Elle conseillait et consolait chacun autant qu’elle le pouvait.

L’expérience spirituelle d’Angèle était alimentée par ses lectures. Alors qu’on ne lui jamais enseigné à lire, pourtant elle lisait une quantité de livres spirituels en latin et en italien. Au procès diocésain de béatification en 1568, le diplomate Giacomo Chizzola s’en étonne : Il me semblait extraordinaire, que sans avoir jamais étudié les lettres, latines, elle comprenait le latin comme elle le faisait.

Apostolat de la parole
Cependant son don le plus précieux fut sans aucun doute celui d’annoncer la Parole de Dieu. Agostino Gallo s’en montre émerveillé : J’ai vu très souvent de nombreux religieux, spécialement des prédicateurs et des théologiens, aller la trouver pour lui demander des éclaircissements sur bien des passages des Psaumes, des Prophètes, de l’Apocalypse, et de tout l’Ancien et le Nouveau Testament, et pour entendre de sa bouche des exposés tels qu’ils en demeuraient stupéfaits.

Toute cette activité, tous ces dons, firent d’Angèle une maîtresse de vie spirituelle. Bellintani s’est plu à le souligner à plusieurs reprises : Le Seigneur lui avait donné le discernement des esprits, afin q’elle puisse guider les autres avec sûreté. A tous elle enseignait le vrai chemin pour avancer dans la vie spirituelle et la manière sûre de faire oraison.

Toutefois, Dieu lui avait confié une mission. Les dernières années de la vie d’Angèle, qui atteint alors la soixantaine, sont consacrées à la réalisation de cette mission, la fondation de la Compagnie de Sainte Ursule.

Préludes à la fondation
L’exemple d’Angèle attire à elle un groupe de femmes et de jeunes filles qu’elle guide dans la vie chrétienne. Au mois d’août 1532, elle entreprend un nouveau pèlerinage à Varallo, accompagnée de douze autres personnes ferventes, peut-être de futures compagnes qu’elle amène en ce lieu pour accroître leur amour du Christ par la contemplation de ses mystères.

Au retour, Angèle quitte la maison de Gallo pour loger près de Sainte-Afre (aujourd’hui église Sainte Angèle). Là se trouvaient enterrés les Evêques fondateurs de l’Eglise de Brescia ainsi que ses premiers martyrs. Le sanctuaire était desservi par les Chanoines Réguliers du Latran, connus pour leur ferveur à cette époque de décadence religieuse. Une des veuves qui s’était attachée à Angèle, Isabetta Prato, lui propose, pour réunir ses filles, une grande salle près du Dôme au centre de la ville. Angèle y établir un oratoire et fait orner la salle de fresques évoquant la vie du Christ et de la Vierge, celle des saints patrons de Brescia et de la future « Compagnie ». En ce berceau de l’institut, elle réunit ses compagnes et prépare la fondation. Aux dires de Gabriel Cozzano, son secrétaire, elle commence à rédiger sa règle, en y associant ses sœurs. Elle les consulte, leur donne l’occasion de la mettre en pratique avant d’en fixer les différents points. Elle pourra dire que ce n’était pas elle seule, mais ses filles qui l’avaient faite avec elle.

Et pourtant, Angèle hésite. Défiante d’elle-même, consciente de son indignité, elle a besoin d’un stimulant particulier pour commencer officiellement la fondation. Cozzano nous révèle qu’elle ne voulut pas la commencer, tant que Jésus-Christ ne le lui ait pas commandé, tant qu’Il ne le lui ait pas crié dans le cœur.

La fondation
Le 25 novembre 1535, 28 jeunes filles s’engagent avec elle à suivre la Règle. A partir de cette date, l’évolution de la Compagnie de Sainte Ursule est rapide. En 1536, Angèle obtient l’approbation épiscopale. L’année suivante, a lieu le premier Chapitre Général, rassemblant soixante-trois électrices. Angèle y est nommée Mère, Prieure et Trésorière à vie de la Compagnie.

Le développement de celle-ci nécessite une organisation adéquate. Angèle rassemble ses filles sous des supérieures locales, les Colonelles, pour lesquelles, elle rédige, peu avant sa mort, ses Avis ou recommandations. Des veuves, les Matrones ou Gouvernantes de la Compagnie, plus particulièrement chargées de l’organisation matérielle et administrative, reçoivent le Testament où Angèle les encourage dans leurs fonctions de bergères attentives. Elle prévoit des hommes, agents, ou protecteurs, des représentants légaux chargés de veiller aux intérêts temporels de l’institut et de défendre ses membres en cas de besoin.

Après une courte maladie, Angèle sent la mort approcher. Elle nomme une des Matrones, Lucrezia Lodrone, pour lui succéder et remet son âme à Dieu le 27 janvier 1540, vers 15h.30.

Evolution rapide de la Compagnie
A la mort d’Angèle, la Compagnie qui n’a que cinq années d’existence, compte déjà environ 150 membres. L’Institut se développe rapidement dans le nord de l’Italie, puis dans le reste de la péninsule. Avant la fin du 16e siècle, il est implanté en France ; au début du 17e sicle, en Allemagne, puis en Belgique. Angèle Merici, canonisée le 24 mai 1807, est connue et vénérée aujourd’hui dans le monde entier, grâce à la présence des Ursulines, religieuses et séculières.

Une femme pour notre temps
Notre époque, qui voit la naissance laborieuse d’une civilisation nouvelle, est particulièrement sensible aux valeurs qu’Angèle proposait à ses contemporains : écoute, accueil, volonté de paix, respect de la liberté d’autrui. Au plan religieux, elle attire par son amour de la Parole de Dieu et sa manière informelle de la partager avec d’autres. Elle se veut en communion profonde avec l’Eglise. Elle reconnaît d’instinct l’importance de la coopération avec les laïcs à qui elle confie des responsabilités. Elle donne aux femmes un nouveau statut qui les rend libres et indépendantes vis-à-vis de la règle sociale qui voulait pour elles « un mari ou le cloître ».

Son regard va au-delà des limites de sa ville et de sa culture. Elle prépare pour demain l’extension de son œuvre, lu donnant une souplesse d’adaptation selon les temps et les besoins. Unifiée par son grand amour pour Jésus-Christ, elle porte un regard bienveillant sur toutes les richesses de son époque et partage les siennes, annonçant Jésus-Christ avec foi et amabilité. Pandolfo Nassino, chroniqueur de Brescia, à la mort d’Angèle, résume le secret de sa vie : Cette mère-sœur Angèle prêchait à tous la foi au Dieu très haut de telle façon que tous s’attachaient à elle. N’a-t-elle pas rayonné la bonté et la bienveillance du Seigneur ?

Dans le sillage d ’Angèle Mérici

Les premières filles de sainte Angèle
Les écrits d’Angèle et ceux de Cozzano, son secrétaire, nous renseignent sur la manière de vivre des premières « Vierges de Sainte Ursule ». Angèle leur proposait de suivre de plus près le Christ qui les avait choisies et qu’elles aimaient comme leur unique Epoux, comme leur unique trésor. Cette vie était offerte à celles qui désiraient se donner à Lui, mais qui, pour des motifs divers, n’avaient pas la possibilité de s’engager dans la vie religieuse de l’époque ou ne se sentaient pas appelées à une vie de clôture.

Les membres de la Compagnie vivaient dans leurs propres familles ou dans celles où elles travaillaient comme servantes ou dames de compagnie. Elles ne portaient pas de costume religieux spécifique. Angèle dans sa Règle prescrivit seulement une tenue sobre modeste, et sans ornementations.

Leur règle était exigeante. Si elles ne prononçaient pas de vœux, elles vivaient effectivement une pauvreté de dépouillement et de dépendance, une obéissance à tous les échelons, depuis l’obéissance à l’Eglise jusqu’aux lois de la cité, en passant par l’obéissance aux supérieures de la Compagnie. Leur choix de célibat dans le monde, à l’encontre des usages ambiants qui ne prévoyaient pour les filles que le mariage ou la clôture, était une grande innovation.

Leur vie de prière garantissait leur persévérance et leur croissance dans l’amour du Christ : autant que possible, assistance quotidienne à la Messe, confession et communion fréquentes, temps de prière personnelle, récitation de l’Office de la Sainte Vierge ou, pour celles, nombreuses, qui ne savaient pas lire, de quelques prières vocales à chacune des Heures canoniales. Elles entretenaient un esprit de prière dans le déroulement de la vie quotidienne. Un jeûne soutenu, mais toujours adapté aux possibilités des sœurs, était la forme habituelle de pénitence.

Une structure claire garantissait des lins forts entre les membres de la Compagnie : visites au moins bi-mensuelles de la Colonelle ou supérieure de quartier, réunion mensuelle pour l’étude de la Règle, réunion mensuelle pour la Communion et l’instruction du Père spirituel, suivie de détente ensemble. Pratiquement les Vierges de Sainte Ursule se retrouvaient environ toutes les semaines. Les Matrones ou Dames gouvernantes formaient ensemble une sorte de conseil. Celles-ci n’étaient pas membres de la Compagnie, mais en assuraient le bien général, aidées de quelques « hommes protecteurs », chargés de la défendre légalement.

Pourquoi Sainte Ursule ?
Sainte Ursule et ses compagnes martyres étaient alors objet de grande vénération en Europe. Des universités célèbres, comme celles de la Sorbonne et de Padoue, l’avaient choisie comme patronne. Des peintres, tel Memling à Bruges, avaient immortalisé les événements de sa vie. Angèle avait vu les toiles de Carpaccio à Venise, évoquant le même sujet.

Selon la légende, Ursule était vierge et martyre, chef de file d’un grand nombre de jeunes filles qu’elle avait groupées et formées à la foi dans un climat de ferveur et de joie. Leur pèlerinage à Rome les avait confirmées dans leur amour du Christ et de l’Eglise et préparées à donner leur vie pour leur foi et leur virginité. Elles furent martyrisées à Cologne. L’exemple d’Ursule et de ses compagnes avait de quoi stimuler l’ardeur d’Angèle et de ses filles.

Ursule a-t-elle vraiment existé ? Les recherches archéologiques et historiques récentes ont confirmé à Cologne l’existence d’un culte honorant ces vierges martyres, et cela avant le milieu du 4e siècle. La première église en leur honneur fut détruite en 355, lors de l’invasion des Francs. La découverte, après la deuxième guerre mondiale, dans les ruines de la Cathédrale de Cologne, des vestiges de la deuxième basilique érigée en leur honneur par Clematius avant le milieu du 5e siècle, ainsi que d’une tombe-reliquaire avec onze « loculi », nous informe de l’existence du culte à l’égard de ces vierges martyres. Quant au chiffre des « onze mille » de la légende, il s’agit vraisemblablement d’une lecture médiévale erronée où l’abréviation épigraphique de « M. » pour « Martyres », avait été confondue avec « Mille ». Les restes d’un immense cimetière près de la première église avaient renforcé l’interprétation numérique légendaire.

Fervente admiratrice des vierges de la primitive Eglise, Angèle trouvait en Sainte Ursule et ses compagnes les prototypes de sa « Compagnie ». Pourquoi cette appellation de connotation militaire ? Comme Ignace de Loyola, Angèle a voulu nommer sa nouvelle fondation une « Compagnie », suggérant ainsi un service engagé, sous un chef reconnu et aimé.

Quel fut l’apostolat d’Angèle ?
L’apostolat personnel d’Angèle se cristallise dans l’annonce de la Parole de Dieu, à travers un ministère de consolation, de pacification, d’explication des Ecritures, d’animation et de formation spirituelles. De ses Ecrits se dégage un esprit apostolique intense. La prière qu’elle propose à ses filles (Règle, ch. 5) est centrée sur la Rédemption universelle.

Mon cœur souffre et se brise à cause de ces pauvres créatures qui sont comme des aveugles qui ne te connaissent pas, qui ne se préoccupent pas de participer à ta Passion sacrée ; c’est pourquoi, si je le pouvais, je répandrais volontiers mon sang, si cela suffisait à guérir l’aveuglement de leur esprit.

Dans cette même prière, Angèle demande pardon au Christ Sauveur pour ses propres péchés, mais aussi pour les péchés de mon père et de ma mère, de ma famille, de mes amis et du monde entier.

Les prescriptions du jeûne ont pour elle une portée apostolique (Règle, ch. 4). Selon les périodes de l’année, elle propose une intention spécifique : implorer devant le trône de la divine Majesté la miséricorde pour tant d’actions mauvaises commises par des chrétiens en ces jours mauvais, comme tout le monde peut le voir… ; implorer le secours divin pour le peuple chrétien ; demander la réalisation de cette grande promesse (la venue de l’Esprit Saint) faite par Jésus-Christ à ses élus.

En l’absence d’un apostolat formel, Angèle propose à ses filles celui du témoignage : Que nos paroles, nos actes, nos démarches soient toujours un enseignement et un sujet d’édification pour tous ceux qui ont affaire avec nous (Règle ch. 9). Dites-leur que partout où elles se trouvent, elles doivent donner le bon exemple (Avis, ch. 5). Quand elles parlent, que leurs paroles soient sages et honnêtes… affables et portant à la concorde et à la charité (Avis, ch. 5). Qu’elles cherchent à mettre la paix et la concorde partout où elles seront (Avis, ch. 5)._
Angèle ne propose aucun apostolat institutionnel aux membres de la Compagnie. Consacrées, vivant dans le monde, leur exemple doit suffire à porter leur entourage au bien.

Comment les Ursulines sont-elles devenues éducatrices ?
Si Angèle n’a légué aucun apostolat spécifique à ses filles, elle leur a laissé une règle d’or qui allait permettre à son Institut de s’étendre dans le temps et dans l’espace et d’évoluer en dehors de son époque, de sa culture, hors des confins du diocèse de Brescia.

Le genre de vie des premières compagnes d’Angèle indique qu’il y avait là en germe aussi bien l’Institut séculier que l’Institut religieux d’aujourd’hui. Les chrétiens l’avaient bien compris qui, dans certaines régions, ont appelé les Ursulines des Sœurs des Familles.

Sœurs, car fidèles à l’esprit de la fondatrice, elles vivaient très unies, se rencontraient fréquemment, partageaient souvent la même demeure. Elles menaient une vie de prière exigeante. Rapidement, elles prononcèrent, à l’invitation de Charles Borromée, un vœu public de chasteté, de privé et facultatif qu’il était auparavant.
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Cozzano nous dit qu’elles dépendaient, pour l’usage de leurs biens, des supérieures de la Compagnie. Cette pratique correspondait à celle de la pauvreté religieuse.

Quant à l’obéissance, les premières Règles et les écrits de la Compagnie montrent qu’elles ne changeaient pas de lieu, d’occupation, de mission sans le consentement ou la décision de leurs supérieures. Ce mode de vie les apparentait déjà, en quelque sorte, aux instituts religieux.

Sœurs des familles car la majorité d’entre elles résidaient chez elles, participaient aux travaux de la famille, dans la mesure où ceux-ci ne limitaient pas leurs engagements dans la Compagnie, qu’il s’agisse de réunions, de vie de prière ou de retrait du monde.

Au fur et à mesure qu’un apostolat de catéchèse, puis d’éducation les amenait à vivre sous le même toit, beaucoup de membres de la Compagnie souhaitèrent adopter la vie religieuse. Le phénomène se vérifie aussi bien en Italie qu’en France et en Belgique au début du 17e siècle.

Pourquoi la vie monastique ?
Suite aux orientations données par le concile de Trente, nous assistons, à partir de 1612, à la transformation de la communauté de Paris en Ordre monastique, exemple qui sera suivi par la plupart des communautés ursulines, lesquelles se réclamaient principalement soit de la Règle de Paris, soit de celle de Bordeaux

Un cas typique est celui de Liège, où les 80 Ursulines séculières de 1614 disparurent à la fin du siècle, tandis que les quatre sœurs qui avaient pris la Règle de Bordeaux à la même date, allèrent dans la suite, grâce à leur expansion, jusqu’à fonder de nombreuses communautés dans le nord, le sud et l’est de l’Europe La transformation en vie religieuse monastique, n’altéra en rien l’esprit apostolique des Ursulines, qui gardèrent tous leurs engagements dans la catéchèse et l’éducation, même lorsqu’elles vécurent en clôture.

De nos jours, l’élan apostolique des Ursulines est toujours centré sur l’annonce de la Parole de Dieu, la formation de la foi en milieu scolaire, paroissial ou autre, et cela en vue de l’évangélisation. Aujourd’hui, il y a dans le monde plus de seize mille Ursulines, religieuses et séculières. Les religieuses sont de loin les plus nombreuses et sont, pour la plupart, organisées en unions internationales ou diocésaines ou en fédérations. L’Union Romaine est la plus nombreuse et la plus étendue dans l’espace, ayant des maisons sur tous les continents Il existe aussi quelques monastères autonomes.

Quelle est la spiritualité des Ursulines ?
Angèle fut appelée à forger une spiritualité propre, bien que l’on trouve dans sa vie et dans ses écrits des traits similaires à ceux des grands Ordres et Instituts religieux déjà existants. Tertiaire de Saint François, elle manifeste un grand amour pour Jésus crucifié, un vif désir de vie pauvre, une joyeuse simplicité, une proximité avec la nature. C’est dans l’église Sainte Angèle Merici à Rome que François a été proclamé patron de l’écologie il y a environ 20 ans.

Angèle est contemporaine d’Ignace de Loyola. Comme lui, elle fait un pèlerinage en Terre Sainte sur les pas de Jésus-Christ. Comme lui, elle reçoit du Pape Clément VII sa bénédiction pour son nouvel Institut. Si Angèle n’a jamais fait ni connu les « Exercices » de St Ignace, ses écrits sont porteurs de tout un cheminement spirituel fondé sur le discernement personnel et communautaire, sur le progrès intérieur, sur un amour unifié pour Dieu et pour le prochain, en vue de la gloire de Dieu. Orientez tout vers la louange et la gloire de sa Majesté et vers le bien des âmes, dit-elle dans le Prologue de sa règle. Au Christ, elle se livre en des termes qui rappellent le Suscipe de Saint Ignace :

Je te prie, Seigneur, de recevoir mon libre arbitre, chacun des actes de ma volonté… : agrée, Seigneur, chacune de ms pensées, mes paroles, mes actions et enfin tout ce que je possède en moi et hors de moi. Je dépose tout en offrande aux pieds de ta divine Majesté, en te priant de le recevoir, malgré mon indignité (Règle, ch. 5).

Elle vit un amour intense pour Jésus-Christ, l’Epoux qui l’a choisie et qu’elle aime en retour. Sa Règle si personnelle fut approuvée en 1544 par le Pape Paul III, la même année que celle de Saint Ignace.

Soeur Marie Seynaeve
Article pour « Source de Vie »

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