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Appelées de nouveau

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« Appelées de nouveau par Jésus-Christ »
L’appel du Chapitre Général à la lumière des Ecrits de Sainte Angèle Merici

« APPELÉES DE NOUVEAU PAR JÉSUS-CHRIST »

Notre Dieu est un Dieu qui appelle. Il cherche une relation personnelle avec chacune de ses créatures. Et cet appel, comme son amour, est un appel éternel. Nous le recevons dans le temps, c’est-à-dire, morcelé dans le concret de notre existence quotidienne. Il se déploie en nous, dans la mesure de notre ouverture, de notre disponibilité. Oui, nous sommes appelées, chacune, personnellement, chaque jour, par un Dieu qui se penche avec amour sur notre petitesse et notre faiblesse. Nous sommes APPELÉES, et Dieu nous dit : C’est moi, ton Seigneur, qui t’appelle par ton nom (Is.45,3).

Sainte Angèle Merici, de son côté, a vivement conscience de cet appel personnel : Il lui a plu, dans sa bonté infinie, de se servir de moi… (T Pr 6). Cet appel, Angèle l’a perçu pour elle-même, mais aussi pour chacune de nous, car Dieu s’est révélé à nous, nous donnant une grâce de lumière : Dieu vous a accordé la grâce de vous séparer des ténèbres de ce monde misérable (R Pr 4). Cet appel est un pur don de sa « bonté infinie ». Comment ne pas en être émerveillées ! Comment ne pas y répondre par notre reconnaissance : Vous devez le remercier sans fin de ce qu’à vous spécialement, il ait accordé un don si exceptionnel. (R Pr 5) Bonté infinie… à laquelle répond un remerciement sans fin.

Nous sommes APPELEES PAR JESUS CHRIST, au même titre qu les Apôtres, auxquels Jésus a dit un jour : « Viens, suis-moi ! » (Mc 10, 21). Puisque Dieu a voulu se rendre présent parmi nous en son Fils, c’est par une voix humaine que cet appel s’est fait entendre ; par une personne qu’ils ont pu « voir, entendre, toucher », comme l’a dit Saint Jean. Cet appel s’exprime par le Christ, et par son exemple, nous voyons plus clairement, à notre mesure, comment y répondre. Or, Angèle a vivement conscience de Celui qui l’appelle, qui nous appelle.

Qui est Jésus-Christ pour Angèle Merici ?
Elle est d’abord frappée par sa grandeur. Il est le Fils du Dieu éternel (T 4, 12), le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs (R 4,14), le Très-Haut (R Prol 23).
Mais aussi, Il nous montre comment répondre à cet appel, quelle est la voie à suivre, car Il est l’unique voie qui mène au Ciel (R 4,4), la Vérité (R 5,5), la Vie (R 4,4). En outre, Lui, qui est amour, Il veut établir avec nous des relations d’amour, car Il est Celui qui nous aime, nous toutes (Av 5,38), jusqu’à vouloir être notre Epoux (R 11,35), notre Sauveur (T 10, 18). Il agit envers nous avec la tendresse d’un Père et Bon Pasteur (T 10, 9). Enfin, Il est l’unique Trésor (Av 5, 43) auquel nous attacher.

Nous pourrions prendre quelques instants pour nous demander :

  • Qui est-Il pour moi ?
  • Quels sont les choix concrets que je fais pour qu’Il soit vraiment l’« unique Trésor » de ma vie ?

« APPELÉES DE NOUVEAU »

Cet appel, nous le recevons « de nouveau », comme Pierre, après la Résurrection. Au premier appel, au bord du Lac de Galilée, Pierre avait répondu avec toute l’ardeur de son tempérament généreux. Il a laissé derrière lui, sans hésiter, sa barque, ses poissons, ses compagnons, son père. De grand cœur, il a suivi Jésus lors des grands succès en Galilée, lors de l’opposition d’abord sournoise, puis ouverte des pharisiens, lors de l’abandon des foules, même lors d’arrestation de Jésus. Mais lors du procès, Pierre a faibli. Il a eu peur. Il a renié, et cela trois fois. Comment Jésus allait-Il réagir ? Nous savons que le Ressuscité est apparu personnellement à Pierre, et c’est au bord du Lac de Galilée que le nouvel appel retentit : Jésus dit trois fois à Pierre, « M’aimes-tu ? » puis, « Toi, suis-moi »(Jn 21 : 17,22)
Ainsi en est-il pour nous.
Mère Colette dans sa Circulaire nous rappelle l’élan et la générosité de notre première réponse. Depuis, nous avons vécu des années, avec leurs faiblesses et les différentes formes de « reniements » qui ont été les nôtres, mais aussi avec notre persévérance à Le suivre, pas à pas, jour après jour. Aujourd’hui, encore, le Christ nous demande avec insistance : "M’aimes-tu ? Alors, Toi, suis-moi ! telle que tu es, avec tout le poids du passé, mais aussi avec un amour purifié, renouvelé, raffermi, Toi, suis-moi ! ».

Quelle a été la disponibilité d’Angèle Merici face aux nouveaux appels du Seigneur ?
Ils furent nombreux, variés, parfois inattendus.
Ce fut d’abord celui du Machetto, où voyant sa sœur dans la joie du ciel, Sainte Angèle se sent renouvelée dans sa vie de prière et de renoncement.
Ensuite, ce fut l’appel à rejoindre le Tiers-Ordre, afin de suivre Jésus, comme François, dans une vie de prière et de pauvreté.
Puis, Brudazzo, avec cette mystérieuse mission que le Seigneur lui confie.
Longtemps après, ce fut l’envoi à Brescia, pour une vie toute différente de celle qu’elle avait menée dans la campagne de Desenzano.
Plus tard, lors du pèlerinage d’Angèle au Calvaire, ce fut l’appel renouvelé de partager avec d’autres la grâce de devenir les épouses du Très Haut, puis, enfin, celui de la Fondation définitive.

Comme pour Angèle, cet appel a pris pour nous de nouvelles formes au long des années. Cet appel, aujourd’hui encore, le Seigneur le renouvelle et nous demande d’y répondre chaque jour.
Angèle nous en indique le chemin : …Efforcez-vous de tout votre pouvoir… de chercher et de vouloir tous les moyens et toutes les voies qui sont nécessaires pour persévérer et progresser jusqu’à la fin (R Prol 10).
Et elle nous indique quelques uns de ces moyens et de ces voies qui nous permettent de dire notre « oui » renouvelé au Seigneur :

  • D’abord, nous soumettre totalement à sa volonté (T Prol 22), avec une foi vive et inébranlable (T Prol 23). C’est l’attitude de Marie à l’Annonciation, lorsqu’elle répond avec tout l’élan de son cœur et de sa foi, Qu’il me soit fait selon ta parole.
  • Ensuite, Angèle nous propose l’attitude de foi qui consiste à recevoir de Lui-même ce que nous aurons à faire, (Test. Prol. 23), quel que soit le moyen ou la personne par lesquels cela nous arrive, et à le recevoir pour son amour (Test Prol 23), et en cela quoiqu’il puisse arriver (T Prol 24). C’est à dire, avec un « oui » total, expression de notre amour d’Epouse.
  • Puis, Angèle nous invite à une attitude intérieure de fidélité et de joie, dans l’offrande de notre réponse au Seigneur : persévérez avec constance jusqu’à la fin (T Prol 24), persévérez fidèlement et avec allégresse dans l’œuvre commencée (Dern Legs 22).
  • Enfin, elle nous met en garde contre une diminution de notre amour : Gardez-vous de perdre votre ferveur (Dern. Legs 23).

Alors, en présence du Seigneur, nous pourrions-Lui demander et nous demander :

  • Quelle est ma disponibilité à chaque nouvel appel qu’Il m’adresse ?
  • à l’appel d’aujourd’hui ?

APPELÉES POUR VIVRE ENSEMBLE :

Saint Marc, en relatant l’appel des douze Apôtres, précise : Il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer (Mc 3, 14). La première conséquence de cet appel a donc été de les réunir ensemble autour du Seigneur, pour être avec Lui… Effectivement, le récit évangélique nous présente le groupe des apôtres en relation quotidienne avec Jésus.

Pour Sainte Angèle Merici, il n’en va pas autrement, car, dit-elle, Dieu a voulu, dans son conseil éternel chosir beaucoup de femmes, spécialement des vierges, c’est-à-dire, notre Compagnie (T Prol 5). Le terme de « compagnie » a deux étymologies possibles, dérivant du latin : « cum pane », qui partage le même pain, ou « compages », qui unit les parties en un tout. Les deux évoquent donc une relation.

Pour Angèle, l’appel comprend toujours une relation.

  • une relation, d’abord, avec Jésus-Christ : Vous avez été élues pour être les vraies et virginales épouses du Fils de Dieu (R Pr 7). Nous sommes appelées à une vie tellement glorieuse que nous sommes épouses du Fils de Dieu (R Pr 17).
  • Ensuite, cet appel comprend une relation avec Angèle elle-même, car il fait de nous ses filles. Dans sa bonté immense, Il m’a choisie pour être mère de cette si noble Compagnie, bien que, pour ma part, j’en fusse très indigne ; et m’ayant choisie, il m’a aussi donné la grâce de pouvoir la gouverner selon sa volonté (Av 3,4-5). Notre relation avec Angèle implique donc de notre part une attitude filiale, qui cherche à la suivre dans son exemple et ses directives.
  • Enfin, une relation avec nos sœurs : Puisque Dieu vous a accordé la grâce de… vous unir ensemble pour servir sa divine Majesté (R Pr 4)

Nous savons à quel point, Angèle Merici insiste sur cet insieme dans ses Ecrits :
Qu’elles soient décidées à être unies, vivant ensemble dans la concorde (Av 5, 20) ; que vous viviez dans la concorde, unie ensemble, toutes d’un seul cœur et d’un seul vouloir (Dern. Av. 1) ; unies de cœur toutes ensemble, vous serez comme une forteresse, (Dern. Av. 15) ; ensemble, échanger vos vues (Test 7, 2) ; se retrouver ensemble… s’entretenant ainsi ensemble… s’encourager ensemble… (Test. 8,3-4).

Quel est mon regard sur chacune de mes sœurs, choisies, comme moi, pour être avec Lui et être envoyées ?
Dans quelle mesure est-ce que je favorise le vivre ensemble dans la communauté ?

« AU CŒUR DU MONDE »

Que de significations différentes attribuées à ce mot : sens physiques, moraux, sociaux. Dans l’Ecriture nous trouvons le « monde » dans bien d’aspects positifs et négatifs. Le premier, est positif : c’est l’émerveillement devant ce monde et ses merveilles, créés par Dieu : C’est Toi qui as fondé le mondé (Ps 88, 12). Et Saint Jean voit le monde comme objet de l’amour de Dieu : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique (Jn 3,16).

Qu’en est-il de Sainte Angèle Merici ? Elle perçoit le monde avec toutes ses ambiguïtés. Surtout, Angèle voit le monde avec les yeux de la foi : Après avoir vécu la plus grande partie de sa vie dans un milieu campagnard, elle est sensible au monde de la création et à sa beauté.
Dans sa prière elle évoque la bénédiction du nom de Dieu qui plane au-dessus de son œuvre : Qu’il soit béni au-dessus des sables de la mer…des gouttes des eaux… de la multitude des étoiles (R 5, 26). Elle a connu le charme des plantes et des routes fleuries (R Pr 27) .

Ce monde est habité. Il y a d’abord le monde de ses proches pour lesquels elle prie : père et mère, parents et amis (R 5,24). Sainte Angèle voit aussi autour d’elle le monde des saints : les personnes saintes (R 4,3) ; les élus, bien disposés (R 4, 16). Elle a aussi profondément conscience du monde de son temps, le monde de la souffrance travaillé par le mal : ce monde misérable et traître, où il n’y a jamais ni repos ni aucun contentement vrai, mais seulement de vains songes, ou de durs labeurs, et toutes sortes de choses malheureuses et mesquines (Av 5 :4-5). Traître, parce qu’il promet beaucoup, mais ne tient pas ses promesses ; sans repos avec de durs labeurs parce que les petites servantes qui composent la Compagnie, à une époque où les lois sociales n’existaient pas, connaissent bien le poids des longues heures de travail ; un monde rempli de vains songes qui ne se réaliseront jamais, tant que le cœur des hommes reste inchangé.

Angèle Merici perçoit aussi le monde ignorant et pécheur, le monde de ces pauvres créatures qui ne te connaissent pas et ne se préoccupent pas de participer à ta Passion très sacrée (R 5 :31-32) ; Un monde désaxé aussi, qui a perdu le sens des valeurs, comme le montrent à l’évidence la sensualité qui … semble dominer dans le monde (R 4, 10), et tant d’actions dissolues… commises par les chrétiens (R 4, 11).

Voilà le regard d’Angèle sur le monde, un regard qui embrasse sa totalité, mais aussi un regard de foi, car ce monde avec toutes ses ambiguïtés est aimé de Dieu, travaillé par la sève de l’Evangile du Christ et par l’action de l’Esprit.

Alors, demandons-nous à notre tour :
Quel est mon regard sur le monde, sur notre monde d’aujourd’hui ?

« LA BONNE NOUVELLE DE L’ESPÉRANCE »

Notre regard de foi sur le monde nous pousse à être porteuses de la Bonne Nouvelle, à être des annonciatrices de l’espérance à laquelle il est appelé par la venue du Christ. Les premiers Chrétiens vivaient dans un monde désaxé, tellement semblable au nôtre en bien des aspects. Leur genre de vie, leur confiance en l’avenir, leur joyeuse sérénité posaient question à leur entourage païen. C’est pour eux que Saint Pierre écrit : Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte (I P 3,15).
Angèle voit autour d’elle tant d’espoirs mis sur les biens amassés, tant de recherche de raffinement et d’abondance dans la nourriture et les satisfactions de la table, tant d’appuis sollicités auprès des parents et des amis, tant de confiance en soi et en ses propres qualités et connaissances (cf. R 10, 9-12), qu’elle ressent un appel particulier au dépouillement en faveur de Dieu seul et sa seule providence (R 10, 13). C’est pourquoi elle exhorte ses filles à mettre leur espérance et leur amour en Dieu seul (Av 5 22).

Espérance en Dieu, d’abord. Elle nous dit :
Ayez espérance et foi ferme en Dieu, car Il vous aidera en toutes choses. (Av Pr 14-15) Il ne veut que notre seul bien et notre seule joie (cf. R 10,18). Jamais nous ne serons abandonnées par Dieu dans nos besoins. Dieu y pourvoira merveilleusement (cf. Av 5,31). Angèle est réaliste cependant, car les difficultés quotidiennes risquent d’obscurcir cette espérance ; c’est pourquoi elle affirme, Certes, elles rencontreront parfois des difficultés et des tribulations, mais tout cela passera vite et se changera en allégresse et en joie. Et puis, la souffrance de ce monde n’est rien en comparaison des biens qui sont en paradis (Av 5, 29-30). L’espérance d’Angèle est donc une espérance théologale, fondée sur les promesses de Dieu Lui-même, sur cet avenir heureux qui nous attend : Dites-leur l’heureuse nouvelle que je leur annonce de la part de Jésus-Christ et de la Madone : Combien elles doivent jubiler et faire fête, puisque dans le ciel est préparé pour toutes et pour chacune, une à une, une nouvelle couronne de gloire et d’allégresse, pourvu qu’elles demeurent fermes et stables dans leurs résolutions… Et de cela elles ne doivent avoir absolument aucun doute. (Av 5 : 24-26,28)

Parce qu’elle fonde son espérance en la toute-puissance de Dieu, Angèle voit ses sœurs capables de progresser avec son aide. Elle reconnaît que les débuts peuvent être difficiles, mais que le Seigneur nous aide continuellement à nous rapprocher de Lui. C’est pourquoi elle nous avertit : Comment pouvez-vous savoir, vous, si celles qui vous paraissent les plus insignifiantes et les plus dépourvues ne vont pas devenir les plus généreuses et les plus agréables à Sa Majesté ? (Av 8,3). Il sait bien ce qu’il veut faire d’elles, lui qui… peut transformer des pierres en enfants du ciel (Av 8, 5-6). Souvent, lorsqu’on rencontre des sœurs que l’on a connues des années auparavant, on est émerveillé de la vérité de cette phrase, et de tout ce que le Seigneur a réalisé en elle.

Angèle Merici n’en reste pas cela. Elle nous invite à notre tour à être des semeuses d’espérance : Si vous voyez quelqu’une timide, portée au découragement, réconfortez-la, encouragez-la, promettez-lui le bienfait de la miséricorde de Dieu, dilatez son cœur par toutes sortes de consolations (Av 2,8).

Surtout, malgré tous les désastres, les guerres, les injustices et les violences de son siècle, Sainte Angèle ne perd pas son espérance en l’avenir, car lui, aussi, est entre les mains de Dieu : Laissez faire Dieu, Il fera des choses admirables en temps opportun et quand il lui plaira (Av 8,9). Et ses filles, en prise aux hésitations et aux perplexités d’un monde en mutation, comme le nôtre, elle les rassure, en leur disant, Sans aucun doute, Jésus-Christ sera au milieu de vous, et Il vous éclairera et vous instruira en vrai et bon maître sur ce que vous aurez à faire (Dern Legs 5). Surtout, elle leur donne l’assurance que cette petite plante qu’est la Compagnie à ses débuts, cette petite plante contestée et parfois méprisée par ses contemporains, cette petite plante perdurera, car elle est entre les mains de Celui qui l’a mise en terre : Il n’abandonnera jamais cette Compagnie tant que le monde durera (Dern Legs 7).

Alors, demandons-nous

  • Quelle est l’espérance que nous portons au fond du cœur ?
  • Quel est mon regard d’espérance sur ce monde ? sur mes sœurs ? sur l’avenir ?

« LA BONNE NOUVELLE DE LA RÉCONCILIATION »

Si les mots de « réconciliation » et de « solidarité » n’existent pas dans le Ecrits d’Angèle Merici, toute son œuvre est marquée par une magnifique orientation vers l’harmonie et la paix en elle-même et autour d’elle, et par ses efforts vigoureux et efficaces pour contribuer à les étendre. Sa foi vivante la porte à vivre effectivement les belles paroles de Saint Paul : Tout vient de Dieu, qui nous a ré conciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation (2 Cor 5,18). Le don de la réconciliation, apporté au monde par le Christ en ces « trent-trois années vécues en ce monde par amour pour nous (R 5, 12), Angèle l’a vécu intensément et a voulu le partager avec ceux qui l’entouraient.

La réconciliation que Dieu voulait apporter à son être de faiblesse, Sainte Angèle l’a d’abord demandée avec humilité :
Affermis mes affections et mes sens pour qu’ils ne me fassent pas dévier, ni à droite ni à gauche, et ne me détournent pas de ta Face resplendissante (R 5, 18-19). Elle reconnaît que seul l’amour du Seigneur peut purifier en elle les tendances négatives qu’elle ressent : Je te prie de recevoir ce cœur si misérable et si impur, et de brûler chacune de ses affections et passions dans la fournaise ardente de ton divin amour (R 5, 36-37).

Angèle vit la réconciliation avec elle-même, en reconnaissant son être de faiblesse. Avec amour, elle exprime son regret du passé : Daigne, ô très bienveillant Seigneur, me pardonner tant d’offenses et chacune des fautes que j’ai pu commettre (R 5,23). Elle demande pardon aussi pour ses lenteurs et ses tergiversations : J’ai grande peine d’avoir tant tardé à me mettre au service de ta divine Majesté (R 5,27), et sollicit’ avec insistance la force et la grâce de s’amender : Je suis donc forcée, jour et nuit, …de lancer des cris vers le ciel, en demandant miséricorde et temps pour la pénitence (R 5, 22). Elle sait combien le Sacrement de Réconciliation lui est nécessaire, étant le remède nécessaire aux plaies de nos âmes (R 7,1).

Donc, nous voyons Sainte Angèle réconciliée avec elle-même, avec son état de pécheur, celui qui nous frappe toutes dans notre condition humaine. Mais en même temps, elle affirme les dons que le Seigneur lui a fait pour mener à bien Son œuvre. Ce sont des dons d’organisation, de gouvernement, de prévoyance, de direction spirituelle, d’encouragement : Il lui a plu dans sa bonté infinie de se servir de moi comme de son instrument pour son œuvre, une telle œuvre et si grande, quoique je fusse de moi-même une servante très insuffisante et très inutile ; il m’a aussi, dans sa bonté habituelle, donné et accordé une telle grâce et un tel don que j’aie pu les gouverner selon sa volonté, et pourvoir à leurs nécessités et à leurs besoins, surtout en ce qui contribue à les diriger, et à les maintenir dans l’état de vie auquel elles ont été appelées (Test Prol 6-9).

Le ministère de réconciliation dont parle Saint Paul, Angèle le confie à ses filles. Elle leur demande d’abord d’oser exprimer le regret de leurs défaillances, car celles-ci sont toutes sont une atteinte à l’amour : Nous conseillons de demander pardon… pour conserver la charité (R 8, 12). Surtout, elle leur demande de vivre une réconciliation efficace fait de support mutuel, d’estime et d’entraide : Soyez liées l’une à l’autre par le lien de la charité, vous estimant, vous aidant, vous supportant en Jésus-Christ, car si vous vous efforcez d’être ainsi, sans aucun doute, le Seigneur Dieu sera au milieu de vous (Dern Av, 2-3).

Dans quelle mesure est-ce que je vis réconciliée

  • avec Dieu ?
  • avec moi-même ?
  • avec les autres ?

« LA BONNE NOUVELLE DE LA SOLIDARITÉ »

Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance.
Si un membre est à l’honneur, tous les membres partagent sa joie (I Cor 12,26).

Sainte Angèle Merici nous exprime sa solidarité toujours actuelle, en nous assurant, du haut du ciel, son aide et sa présence : Maintenant je les vois et les connais mieux, et je puis et veux les aider plus encore. Je suis continuellement au milieu d’elles, avec Celui qui m’aime, ou plutôt Celui qui nous aime toutes. (Av 5, 36-38).

Cette solidarité dans l’au-delà a été précédée, ici-bas, par un vif sentiment de solidarité qui transparaît dans tous les Ecrits d’Angèle. Tout d’abord, elle se sent solidaire avec le monde des pécheurs, demandant pardon au Seigneur pour elle-même et pour eux. En outre, elle serait prête à donner sa vie, pour leur venir en aide : Volontiers je répandrais mon propre sang pour ouvrir les yeux aveugles de leur esprit (R 5, 34).

Surtout, Angèle se veut solidaire avec ses sœurs, leur promettant de leur continuer son aide après sa mort : Je serai toujours au milieu de vous, aidant vos prières (Dern Av, 20) et demandant aux colonelles d’exprimer cette solidarité effectivement, en son nom. On peut y voir un portrait de ce qu’elle faisait elle-même : Souvent, quand vous en aurez le temps et la possibilité, spécialement les jours de fête, veuillez aller visiter vos chères filles et sœurs, et les saluer, voir comment elles se portent, les réconfort, les encourager…(Av 5,2). Et quand vous les visiterez, je vous donne cette charge de les saluer, et de leur serrer la main aussi de ma part (Av 5,19). Remarquons en particulier, sa sollicitude pour les plus faibles : Elargissez pour elles la mesure des promesses surtout pour celles que vous verrez être désolées, incertaines et craintives (Av 5,40).

Quand à la solidarité d’Angèle avec son entourage, Agostino Gallo nous en brosse un tableau synthétique : Elle fut d’une grande aide à beaucoup de personnes ; …l’occasion ne (lui) manquait jamais de mettre la paix ;… elle conseillait et consolait chacun du mieux qu’elle pouvait. Aider, pacifier, conseiller, consoler – ces verbes dénotent combien Angèle était attentive à toute forme de souffrance. Il ne faut pas s’étonner, dès lors, qu’elle donne, dans sa Règle, des normes qui démontrent sa solidarité à l’égard des sœurs dans le besoin :
- celle qui est victime d’injustice, qui ne reçoit pas son salaire : Si l’une étant orpheline, ne pouvait avoir ce qui lui revient, ou bien si, étant domestique, ou femme de chambre, ou autre chose, elle ne pouvait toucher ses gages,… alors ces quatre hommes voudront bien se charger de cette affaire (R 11, 15-16,19).

* celles qui sont malades ou âgées : Ce n’était probablement pas encore le cas dans la Compagnie naissante, mais Angèle avait prévu le cas où il faudrait assister et servir celles qui sont si veilles qu’elles ne puissent se suffire à elles-mêmes ; visiter, aider et servir, de jour et de nuit, si nécessaire, les sœurs malades (cf. R 11, 29-30).
- celle qui cherche un emploi, afin qu’elle soit placée là où elle pourra se trouver bien et vivre honnêtement (R 11, 28). Cette responsabilité, confiée à celles qui sont au gouvernement de la Compagnie, montre la souci d’Angèle du bonheur de ses filles, qu’elle veut heureuses et travaillant dans un climat propice. On pourrait presque parler d’une « agence de placement » avant la lettre !
- celle qui est isolée : qu’on loue pour elle une maison…ou que l’une des autres veuille bien la recevoir dans sa maison (cf. R 11, 25-26). Et Angèle prévoit même des subventions à donner à celle qui accueille une sœur chez elle, afin de ne pas grever son modeste budget.

Nous n’avons pas de texte du temps d’Angèle nous indiquant de sa part une sollicitude particulière envers les pauvres, mais nous pouvons voir plusieurs cas où elle se solidarisait avec son entourage : Elle a partagé le sort des réfugiés, en fuyant vers Crémone ; l’inconfort et les dangers du voyage en Terre Sainte, notamment lorsque le groupe a dû se terrer pendant plusieurs jours pour échapper aux bandes armées musulmanes. Gallo nous dit qu’elle supportait avec patience le froid, les chaleurs extrêmes, la faim, car de son temps la ville de Brescia a connu des périodes de vraie famine, lorsque la région subit des inondations et la perte des récoltes. Nous savons qu’elle partageait volontairement le sort des pauvres, dormant, comme eux, sur une natte ou sur une chaise, se nourrissant, comme eux de légumes et de poisson, rarement de viande ou de pain.

Pour terminer, il faudrait évoquer la solidarité dans la joie. Angèle Merici n’a-t-elle pas demandé de se réjouir ensemble ? (T 8,4-5).
Réjouissons-nous de la fidélité de nos sœurs à la lumière du Saint-Esprit, selon les temps et les circonstances (Dern L 14).
Réjouissons-nous de ce que, vivant ensemble comme de véritables épouses du Très-Haut…nous pourrons facilement surmonter tous les périls et adversités et que nous les vaincrons avec grande joie (cf. R Pr 23,25).

Réjouissons-nous, parce que sans aucun doute Angèle sera toujours au milieu de nous, aidant nos prières (cf. Dern Av 20,22).
Réjouissons-nous, parce que nous nous retrouverons dans les fêtes joyeuses et nouvelles du ciel (Av 5,3).
Et partageons notre joie.
Que dans notre façon d’être avec le prochain, nous soyons joyeuses et toujours pleine de charité, de foi, et d’espérance en Dieu (cf. R 9, 11,12).

Nous pourrions alors nous interroger sur notre propre solidarité :

  • Quelle est ma solidarité réelle avec ceux qui souffrent ? avec ceux qui sont dans la joie ?

Soeur Marie Seynaeve
Ursuline de l’Union Romaine
2006

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