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Traverser l’épreuve

"Avec Marie de l’Incarnation Martin Guyart, traverser l’épreuve"
Conférence de Soeur Marie-Diane Picard.


Introduction

On peut penser que parce que quelqu’un est mystique, il voit la « vie en rose », que tout est facile pour cette personne, puisqu’elle reçoit des grâces d’union toutes spéciales. Mais cela serait une façon désincarnée de voir la personne. Ce serait une idéalisation qui ne correspondrait pas à la réalité.

Marie de l’Incarnation Guyart est une mystique très humaine, qui se montre proche de nous à travers les épreuves et les difficultés qu’elle a traversées et dont elle a fait mention à plusieurs reprises dans ses écrits.

Je voudrais regarder avec vous les différents lieux qui ont représenté des difficultés pour Marie de l’Incarnation Guyart et ensuite voir comment elle a réagi, comment elle a fait face à ces différentes épreuves. Y a-t-il quelque chose à apprendre d’elle pour notre propre conduite spirituelle ? Voilà une question à laquelle il me semble important de pouvoir répondre.

Je voudrais regarder avec vous les épreuves de santé qu’elle a connues. Puis, les difficultés que lui occasionnaient son caractère et son tempérament. Ensuite, je voudrais dire quelque chose des circonstances de la vie qui ont été pour elle des obstacles. Enfin, elle a connu trois grandes nuits spirituelles dont je voudrais mentionner quelque chose.

Nous-mêmes quand nous traversons des épreuves, souvent, très vite, nous sommes désorientés. Nous voudrions passer à côté de la difficulté, y échapper en quelque sorte. Marie de l’Incarnation Guyart va nous enseigner que c’est là le lieu de la rencontre. La terre de nos difficultés est une terre sacrée. Marie va nous enseigner que c’est là que nous pouvons rencontrer Dieu. La difficulté et les épreuves peuvent être un chemin de vie qui nous décentre de nous-mêmes et nous fait entrer dans le plan de Dieu qui est souvent – pour ne pas dire toujours – autre que le nôtre.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, voici, pour simple rappel, les grandes étapes de la vie de Marie de l’Incarnation :

1599-1617 : enfance et adolescence
1617-1619 : épouse et mère
1619-1631 : veuvage, chef d’entreprise,
femme d’affaires à Tours
1631-1639 : religieuse ursuline à Tours
1639-1672 : départ pour le Canada
religieuse ursuline, missionnaire au Canada

Les épreuves de santé
Marie de l’Incarnation Guyart avait une bonne santé de base pour faire tout ce qu’elle a fait et mourir à 72 ans, un âge avancé pour l’époque. Mais elle a eu des ennuis de santé, parfois assez sérieux.

Maux de tête

  • Au début de sa vie spirituelle, Dieu avait saisi son cœur et sa tendance aurait été de prier par un « envisagement intérieur », selon son expression comme une saisie globale du mystère sans parole ; mais elle avait peur de se tromper et elle se forçait à méditer selon ce qu’elle avait appris dans un manuel, avec des points et cela lui donna des maux de tête extrêmes pendant deux ans. C’est la conséquence d’une certaine inexpérience. (Oury pp 34-35)
  • Sur le navire, durant la traversée, elle eut des maux de tête terribles car très rapidement, l’eau s’était gâtée ; il y avait des boissons alcoolisées et du vin mais Marie ne supportait pas ces boissons. Elle a donc cru mourir de soif et ce manque d’eau lui donnait des migraines.
  • En Nouvelle-France, l’étude des langues amérindiennes lui donna des maux de tête. Elle dit que cela lui roulait dans la tête comme des cailloux.
  • On sait qu’elle a fait beaucoup de broderie et cela lui donnait des maux de tête car elle n’avait pas une bonne vue (Lettre 163 à son fils) « Pour ma disposition de corps elle est assez bonne, et je ne me sens pas encore beaucoup des incommodités de l’âge [elle a 54 ans] sinon que ma vue s’affaiblit. Pour la soulager j’use de lunettes avec lesquelles je vois aussi clair qu’à l’âge de vingt-cinq ans : elles me soulagent encore d’un mal de tête habituel, qui en est bien diminué."

Maladie hépatique

A la fin de son mandat comme prieure vers 1645, Marie de l’Incarnation Guyart eut une première attaque d’un mal qu’elle retrouvera beaucoup plus gravement une vingtaine d’années plus tard. Elle écrit à son fils : « J’ai eu l’année dernière une grande maladie qui m’a pensé emporter, car comme, grâces à Notre Seigneur, je ne suis pas infirme, je n’ai pas grande expérience des maladies. Je me disposai néanmoins pour mourir, parce que mon mal qui était une colique néphrétique accompagnée d’une grosse fièvre, était très violent et dangereux. » (Lettre 100 – corr 296)

Vers l’âge de 64 ans, sa santé s’était dégradée et elle passa proche de la mort. Elle en fait le récit dans une lettre à son fils (Lettre 216 – Corr 744).
"Le mal commença par un flux hépatique et par un épanchement de bile par tous les membres jusque dans le fond des os, en sorte qu’il me semblait qu’on me perçât par tout le corps depuis la tête jusque aux pieds. J’avais avec cela une fièvre continue et une colique qui ne me quittait ni jour ni nuit, en sorte que si Dieu ne m’eût soutenue, la patience me serait échappée, et j’aurais crié les hauts cris. L’on me donna les derniers sacrements, que l’on pensa réitérer quelque temps après, à cause d’une rechute, qui commença par un mal de côté comme une pleurésie, avec une colique néphrétique, et de grands vomissements accompagnés d’une rétraction de nerfs, qui m’agitait tout le corps jusqu’aux extrémités. Et pour faire un assemblage de tous les maux, comme je ne pouvais durer qu’en une posture dans le lit, il se forma des pierres dans les reins qui me causaient d’étranges douleurs, sans que ceux qui me gouvernaient pensassent que ce fût un nouveau mal, jusques à ce qu’une rétention d’urine le découvrit. Enfin je rendis une pierre grosse comme un œuf de pigeon, et ensuite un grand nombre de petites."

Elle se remet enfin mais demeure prudente et sage et ne fait pas d’excès : « J’assiste aux observances, excepté à l’oraison qui se fait à quatre heures du matin, parce que mes maux me travaillent un peu en ce temps-là. » (même référence)

Par ces quelques exemples, on voit bien que Marie de l’Incarnation est une femme incarnée, faite de chair et d’os et qu’elle a connu, comme nous, des problèmes de santé.

Les épreuves dans son caractère et son tempérament

On lui connaît au moins deux défauts avec lesquels elle a dû se battre :

  • Marie de l’Incarnation Guyart était vive de tempérament. Elle agissait rapidement et prenait des décisions rapides. Cela avait un impact sur ses relations. Elle devait parfois être un peu raide dans sa manière de réagir. En témoigne le document que l’on appelle « la lettre du petit brasseur ». (Annexe 13 à la correspondance – 980)
  • Elle était complaisante. Je ne sais pas trop comment il faut comprendre cela… Je l’entends d’un certain amour-propre et d’un certain regard sur soi-même dans les dons qui étaient les siens. Ou encore, une certaine attitude qui consiste à faire des choses pour ne pas déplaire aux autres.

Nous connaissons ces deux traits de caractère par une lettre qu’elle écrit à sa nièce Marie Buisson qui était novice chez les Ursulines à Tours : (Lettre 101 – Corr 300) Marie Buisson fait allusion à ces deux défauts de son propre caractère car on lui a dit qu’en cela elle ressemblait à sa tante…

"On vous a dit la vérité, que vous avez en cela quelque chose de moi : car j’ai été la plus complaisante du monde en ma jeunesse et j’ai eu et j’ai encore cette vivacité naturelle en mes actions."

Que fait-elle face à ces défauts de caractère ?
Elle se sert de son défaut pour le tourner contre lui-même. Je suis vive ? Alors, je serai vive pour accomplir la volonté de Celui qui est mon Epoux ! Je suis complaisante ? Alors, je mettrai mes complaisances en mon Epoux ! « tout cela tourne en bien lorsqu’on s’accoutume à faire ses actions avec présence d’esprit, c’est-à-dire si vous veillez en sorte que si vous êtes complaisante, vos complaisances soient à Jésus ».

Elle a donc réussi à sublimer sa « pente ». Nous aussi nous pouvons faire cela ; c’est à notre portée.

Les épreuves liées aux difficiles circonstances de la vie
La vie de Marie de l’Incarnation Guyart a été « lourde » ; elle a porté le poids du jour.

  • Durant ses deux années de mariage. "Sa divine Bonté permit que, près de l’espace de deux ans, j’eus de grandes croix à supporter" (Oury – 21).
  • Après la mort de son mari, elle dût liquider l’entreprise. Elle n’avait que 19 ans et un jeune enfant de six mois…
  • Le travail pour son beau-frère était exigeant. Son beau-frère n’était pas un homme facile ; elle a souvent servi de médiatrice entre son beau-frère et ses employés.
  • Elle a servi les pauvres et les malades avec tout ce que cela pouvait comporter de désagrément.
  • Les angoisses liées au devenir de son fils Claude.
  • Le froid et le dénuement complet au Canada. En septembre 1640 (les sœurs sont en Nouvelle-France depuis un an), elle écrit à une dame de France : « (cette petite maison est si pauvre) que nous voyons par le plancher reluire les étoiles durant la nuit et qu’à peine y peut-on tenir une chandelle allumée à cause du vent. » (Lettre 43 – Corr 98) « Nous fûmes plus de trois ans en ce petit logement avec de grandes souffrances et incommodités selon le corps » (Relation 1654 – Jamet II 374)
  • Elle a eu des démêlés avec des « personnes saintes » et cela la faisait beaucoup souffrir.
  • Le dénuement extrême dans lequel le retrait de Mme de la Peltrie a laissé la communauté. Madame de la Peltrie, la « fondatrice », c’est-à-dire la bailleuse de fonds, retira entièrement son aide pendant quelques années pour aller aider la fondation de Montréal (lettre 61 – corr 173)
  • L’incendie du monastère le 31 décembre 1650. Le monastère avait été terminé en 1642 et voilà que 8 ans plus tard, à cause de la négligence d’une sœur, il a entièrement brûlé…
    Marie de l’Incarnation Guyart souffrait moralement et spirituellement des persécutions que les Iroquois infligeaient à l’Église de la Nouvelle-France : « Dans cette année-là [1649] j’eus de grandes croix à cause de la persécution des Iroquois qu’ils faisaient souffrir à l’Église. Comme j’entrais dans les intérêts de mon divin Époux, le détriment de son Église me crucifiait intérieurement quoique mon âme fût entièrement soumise à ses ordres et permissions." (elle fait allusion aux martyrs des Jésuites) » Relation de 1654 – JII - 429

Les épreuves liées à la purification – les trois grandes nuits spirituelles

Première nuit – 1625-1627

Juste avant le mariage spirituel. Une nuit de purification des sens et des facultés.
« Notre-Seigneur permit que je passasse par diverses tentations. Le diable me représentait une troupe de singeries. Pour ce qui était de mon corps, il me mettait en l’esprit que j’étais bien folle de le faire tant souffrir ; (…) et à quoi bon cet assujettissement à un directeur ; que c’était une chose par trop rude, et qu’il n’y avait point de mal à suivre sa propre volonté » (Oury 48)
Pour décrire cet état éprouvant de purification, elle emploie des mots comme « grandes angoisses que l’âme souffre » ou « grande distance entre Dieu et l’âme » ou encore « ces touches divines très crucifiantes sont une purgation » et enfin « les puissances de l’âme sont arrêtées et en silence. »
On peut se dire peut-être que c’est un « luxe » que ces nuits de l’âme et que nous ne sommes pas appelés à être des mystiques. A cela, on peut répondre qu’elle n’a pas choisi la voie mystique ; c’est Dieu qui l’imprime en elle. D’autre part, quel que soit notre type d’union à Dieu, nous ne pouvons pas faire l’économie de la purification.

Que fait Marie de l’Incarnation Guyart ?
« Ma raison pâtissait, mais elle n’était pas si troublée qu’elle ne vît bien que j’avais cru chercher Dieu et que, même dans le fort de mes tentations, je n’avais omis aucune de mes pénitences. » (Oury 48).
« Je m’abandonnais à Dieu en cette affliction et ne laissais pas de suivre mon train ordinaire. »
(Oury 48)

Ce qu’elle dit là nous rappelle les règles sur le discernement des esprits chez St Ignace, en particulier les numéros 318 et 322. Aujourd’hui, sans doute, nous nous exprimerions différemment mais il faut reconnaître que lorsqu’on s’est donné un programme de vie, on est souvent bien tenté de l’abandonner. Les règles de discernement s’appliquent tout autant aujourd’hui : rester fidèle à ce que l’on s’est fixé et s’abandonner à Dieu ; s’ouvrir aussi à un témoin de Dieu qui peut nous aider à voir clair dans la situation qui est la nôtre.

Deuxième nuit – 1631-1634
Peu après son entrée au noviciat. Une nuit de co-rédemption. Elle traverse des tentations terribles. Elle a des doutes contre la foi. Elle se sent abandonnée de Dieu. Or, c’est après le mariage mystique ce qui est assez rare dans la montée spirituelle. Habituellement, la purification vient avant.

Ce fut une période très douloureuse : « les tentations commencèrent à m’attaquer de toutes parts (…) C’était des tentations de blasphème, de déshonnêteté (contre la chasteté), d’orgueil, nonobstant ce que je sentais de faiblesses et de pauvretés ; une insensibilité et stupidité ès choses spirituelles, un contre-sens en mon imagination contre l’agir de mon prochain, des pentes de me précipiter (tentations de suicide).

"… Le Révérend Père Dom Raymond me visitait et me rendait toutes les assistances possibles. A l’abord, la confiance que j’avais en lui me faisait croire qu’il me disait vrai ; mais était-il parti, je croyais l’avoir trompé. Mon imagination était tellement agitée pour les représentations des objets qui, à la foule, se mêlaient confusément ensemble qu’il m’en prit un mal de tête et de migraine qui ne me quittait point. Avec cela, l’obéissance m’occupait en des ouvrages pour l’autel auxquels il fallait de l’assiduité et de l’attention. Cela contribuait encore au mal de tête que j’avais." (Oury 80-81)

Troisième nuit – 1639-1647
Toutes ses premières années au Canada. (Oury, 97 et sv). C’est la nuit la plus longue où, de nouveau, elle vit intérieurement beaucoup de tentations. Une épreuve qui va durer presque 8 ans.

Comment cela se traduit-il ?

  • Elle se voit dépouillée de tous les dons et grâces reçus.
  • Elle perd confiance en qui que ce soit.
  • Les personnes dont elle avait été proche deviennent des sujets de croix.
  • Elle a des tentations de désespoir, de suicide.
  • Elle éprouve de l’aversion pour le prochain.
  • Elle a de l’aigreur

Au niveau psychologique, on peut dire qu’elle est comme dans une dépression.

Si on considère que sa vie mystique a commencé avec la vision du sang à 20 ans, on peut dire qu’elle a vécu le quart de sa vie spirituelle dans une nuit profonde.

Comment a-t-elle vécu ses souffrances ? Qu’a-t-elle fait ?
Tout simplement, elle en parle à Dieu ! Toujours ! Parfois à son père spirituel et à sa supérieure mais à Dieu toujours ! Elle dit, par exemple : « Je traitais de cette affaire avec mon divin Epoux. » Elle parle ici du fait qu’elle doit confier son fils Claude à sa sœur lors de son entrée en religion.

On encore « Je lui parle de tout comme à un grand ami qui sait que mon cœur est tout à lui et ne respire que pour lui. » C’est la clef qui lui permet de traverser toutes les difficultés, toutes les épreuves. Elle se décentre d’elle-même et va à Lui.

Et Dieu semble répondre à cette ouverture sous la forme d’une parole d’Ecriture qui monte en elle et qui lui donne de la force. Par exemple : « Je suis avec ceux qui sont dans la tribulation » (Oury, 27). Et elle ajoute : « Je croyais fermement qu’il était avec moi. »

Elle se confie aussi à la Vierge Marie, en particulier pour sortir de l’épreuve de la troisième nuit spirituelle : « Je pâtis encore la révolte des passions et tentations d’aversion, jusqu’au jour de la fête de l’Assomption de la très sainte Vierge, l’an 1647, que j’eus une forte inspiration de recourir à cette divine Mère pour qu’il lui plût m’en obtenir la délivrance, si c’était pour la gloire de son bien-aimé Fils, mon suradorable Epoux (…) En un instant, je me sentis exaucée et ôter de moi comme un vêtement sensible, et une suite et écoulement de paix en toute la partie sensitive de l’âme. Cette aversion fut changée en un amour cordial pour toutes les personnes envers lesquelles j’avais ressenti de l’aversion et contre lesquelles ma nature avait ressenti de l’aigreur. » JII 419

Donc si nous résumons sa démarche dans l’épreuve :

  1. Un événement suscite une souffrance ou un sentiment pénible.
  2. Elle relie cela à Dieu : elle lui en parle ; elle s’offre à lui ; elle s’abandonne dans la confiance. « J’avais au fond de mon âme un acquiescement à Dieu (…) C’était toute mon occupation intérieure de tâcher de prendre patience et de ne pas tomber dans l’imperfection volontaire. » (Oury 48 – première nuit spirituelle)
  3. Elle puise de la force dans les Ecritures auxquelles elle croit : « Si cette parole de Dieu n’était venue en elle, (en l’âme) elle confesse entièrement qu’elle est l’impuissance même » Et cette parole de Dieu est extraite du ps 90, verset 15, dans la traduction d’aujourd’hui c’est « Je suis avec lui dans son épreuve. » « Je croyais fermement qu’il était avec moi, puisqu’il l’avait dit » (…) (Oury 27)
    Elle se sent comme Job auquel d’ailleurs elle se compare à diverses reprises. Job, précisément, exprime sa souffrance à Dieu ; il maintient le dialogue, l’ouverture.
  4. L’Eucharistie a été pour elle un puissant soutien : « C’était de ce divin aliment d’où je tirais mes forces, pour subsister dans toutes les peines et les fatigues que j’avais. » (Dieu, mon amour, 31).

On pourrait dire aussi que sa démarche dans la souffrance est celle du psalmiste. Celui-ci crie vers Dieu ; il parle à Dieu ; Dieu est là et le changement se produit. Nous sommes donc invités à oser parler à Dieu de nos difficultés, de nos souffrances, de nos blocages ; à déposer notre fardeau à ses pieds comme la pécheresse de l’Evangile.

Conclusion
« Tout sert au bien de celui qui aime Dieu » nous dit St Paul. Par conséquent, c’est dans notre faiblesse même, par elle, que Dieu peut faire de nous un apôtre et nous conduire à la sainteté.

Marie de l’Incarnation Guyart a un très beau texte où elle explique que les croix sont précieuses car elles nous permettent de nous connaître :
« Dans toutes mes croix, je reconnais le grand amour que Notre-Seigneur me porte, comme elles me sont utiles, et combien je les dois chérir ; d’autant que c’est par là qu’il me fait connaître ce qui est en moi de défectueux et de contraire à son amour. C’est le profit que j’en retire, comme aussi de mourir à mes sentiments, et de me défaire, à quelque prix que ce soit, de tout ce qui me peut retarder dans ma course. (…) Or il est impossible de venir à la connaissance de toutes ces choses, par d’autres voies que par celles de la croix ; car dans l’abondance des plaisirs spirituels, l’on porte joyeusement tout ce qui arrive, et quelquefois l’imperfection se cache dans cette joie, et on ne se connaît pas. (Dieu, mon amour, 95-96)

Les croix, les obstacles, les difficultés nous poussent donc à vivre dans la foi ; elles nous font dépasser la facilité et nous obligent à aller plus loin, plus profond ; ce que nous ne faisons pas spontanément quand tout va bien.

L’obstacle devient une voie, un chemin, un passage vers Dieu. C’est à cela que nous invite Marie de l’Incarnation Guyart.

Marie Diane Picard


Cette conférence doit beaucoup au Père Robert Michel, o.m.i., grand connaisseur de Marie Guyart de l’Incarnation, qui m’a généreusement donné l’autorisation d’utiliser ses documents.

Références :
Marie de l’Incarnation, La relation autobiographique de 1654, (édition abrégée par Dom Oury), Sablé-sur-Sarthe, Solesmes, 1976.

Marie de l’Incarnation, La relation autobiographique de 1633 (paru sous le titre : « Dieu mon amour »), Montréal, Bellarmin, 1972.

Marie de l’Incarnation, Correspondance, éditée par Dom Guy-Marie Oury, Sablé-sur-Sarthe, Solesmes, 1971.

Marie de l’Incarnation, Ecrits spirituels et historiques, (Tome II) édités par Dom Albert Jamet, Paris, Desclée-De Brouwer, 1930.

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