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Le Christ dans sa montée vers Pâques.

Avec Angèle, suivre le Christ dans sa montée vers Pâques

Christ du Mont Varallo. La montée au prétoire

En ce temps de Carême, l’Eglise nous met devant les yeux la personne du Christ, son enseignement et sa lente montée vers Pâques, au fur et à mesure que l’hostilité s’acharne contre Lui. Nous allons le suivre, dans son mystère pascal, depuis la Dernière Cène jusqu’à la Résurrection et voir comment Angèle a vécu et annoncé ces événements cruciaux dans la vie de notre Sauveur.

J’ai tellement désiré…

Tout a commencé à la dernière Cène, lorsque le Christ révèle à ses Apôtres les sentiments de son cœur :

Et quand ce fut l’heure, il se mit à table et les apôtres avec lui. Et il leur dit : « J’ai tellement désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir (Lc 22, 14-15).

Remarquons les mots « tellement désiré », mais désiré quoi ? de réunir à nouveau ses Apôtres, de leur confier les secrets de son cœur, de leur laisser un mémorial de sa présence jusqu’à la fin des temps par l’Eucharistie, d’offrir sa vie pour le salut du monde.

Angèle nous invite aussi au grand « désir », celui de suivre le Christ en adoptant une vie évangélique, qu’elle détaille dans ses Ecrits. Pour nous, ce désir est particulièrement indiqué en cette préparation à Pâques : Maintenant, de grâce, soyez attentifs, le cœur large et plein de désir, dit-elle (R Prol 32). Oui, être attentifs à ce que le Christ nous dit au fond du cœur, mais aussi à travers les personnes qui nous côtoient et les événements qui nous interpellent. Par exemple, désirer garder les attitudes du Christ, venu sauver tous les hommes et éviter un sentiment d’hostilité qui pourrait pénétrer dans nos cœurs, alors que nous sommes témoins de tant de conflits.

Je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître…

Avant même de commencer le repas, Jésus va accomplir un geste de service : laver les pieds de ses disciples, tâche habituellement réservée aux esclaves, et cela dans la stupeur de tous les apôtres, et malgré les résistances de Pierre. Il se montre le serviteur de tous :

Si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car c’est un exemple que je vous ai donné ; ce que j’ai fait pour vous, faites-le, vous aussi… En vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son maître… Sachant cela, vous serez heureux si du moins vous le mettez en pratiqu. (Jn 13, 14-17).

Cet exemple du Christ, Angèle l’a vécu profondément. A trois reprises, dans ses Ecrits, elle se nomme « servante ». Elle demande aux Supérieures de la Compagnie d’être les « servantes de leurs filles » :

Considérez-vous comme aides et servantes de vos filles, pensant que vous avez plus besoin de les servir qu’elles n’ont besoin d’être servies et gouvernées par vous (Av 1,3).

Angèle met devant nos yeux l’exemple même du Christ :

Lui, pendant qu’il était en ce monde était comme un serviteur, obéissant au Père éternel jusqu’à la mort, et c’est pour cela qu’il dit, « J’ai été au milieu de vous non comme celui qui est servi, mais comme celui qui sert » (Av 1, 6-7).

Ce service, comment Angèle l’a-t-elle vécu ? Nous savons qu’elle travaillait de ses mains ; lorsqu’elle était l’hôte de Romano ou de Gallo, elle devait assurer des tâches ménagères. Mais le service qui a le plus frappé ses contemporains était celui de l’écoute et de l’accueil des nombreux visiteurs qui se pressaient à sa porte pour chercher auprès d’elle lumière, consolation et paix.

Notre insertion dans le mystère pascal se passe souvent aussi dans un service matériel, certes, mais aussi dans un service d’écoute et d’accueil pour apporter à ceux qui nous entourent la conviction de notre foi, un encouragement, un réconfort, la sérénité dans les difficultés.

Ceci est mon corps livré pour vous ; ceci est mon sang versé pour vous…

Jésus poursuit son chemin vers Pâques. Avant de quitter cette vie, Il nous laisse, en gage de son amour, l’Eucharistie, comme un mourant qui laisse quelque chose en souvenir à ceux qu’il aime. Les Apôtres ont si bien compris le « Faites ceci en mémoire de moi », que le Sacrifice Eucharistique reste à travers les temps le gage et le signe de la présence du Seigneur parmi nous. Il nous rappelle constamment que Jésus a effectivement donné sa vie pour le salut du monde, versé son sang « pour la multitude », c’est-à-dire, pour tous (Mc 14, 24).

Angèle en avait vivement conscience. On remarque dans sa vie un besoin véhément de l’Eucharistie. Son désir de s’unir souvent au Sacrifice Eucharistique la mène à embrasser le Tiers-Ordre de Saint François. Après sa mission de consolation auprès de Catherine Patengola, elle décide de rester à Brescia, parce que là elle pouvait plus facilement qu’à Desenzano assister à la messe. Gallo nous dit même qu’elle restait à prier dans l’église pendant toute la durée des messes qui se succédaient. Notons que son attitude va tout à fait à contre-courant de son époque, où le Luthéranisme avait fait des ravages à Brescia. Arrivée à Sainte-Afre, elle pouvait, de la fenêtre de sa chambre, voir la lampe du sanctuaire qui brûlait dans l’église, et passer des heures en adoration silencieuse.

Angèle n’a pas peur de demander à ses filles une assistance à la messe, inhabituelle dans son milieu, chaque jour, dit-elle, et au moins une entière (R 6, 1), et cela parce que dans la sainte messe, se retrouvent tous les mérites de la Passion de notre Seigneur (R 6,3). Angèle avait bien compris le lien qui existe entre la Dernière Cène et le Sacrifice du Christ sur la Croix. Il s’agit chaque fois du corps livré, du sang versé et cela pour amour pour nous et pour tous les hommes.

Elle avait instauré pour ses filles une rencontre mensuelle qui comportait le partage de la Parole et du Pain – une instruction et la messe – où elles étaient invitées à communier. De plus, elle leur demandait d’aller communier les jours de fête dans leurs propres paroisses, donnant ainsi le témoignage de leur amour pour l’Eucharistie.

Notre prière à l’Eucharistie s’insère ainsi dans notre cheminement vers Pâques, à la suite du Christ. Il nous donne sa vie, par son corps et son sang. Nous Lui offrons la nôtre. Il prend notre vie dans la sienne, pour que nous puissions, comme Lui, faire les œuvres du Père, et entrer avec Lui dans la communion avec tous nos frères pour qu Il a donné son sang.

Comme je vous ai aimés, aimes-vous les uns les autres…

Après cette manifestation inouïe de son amour, a lieu le discours après la Cène, où le Christ livre les sentiments de son cœur et résume en quelque sorte tout son enseignement, toute la raison d’être de sa venue sur terre, tout le sens aussi de sa montée vers Pâques. Il évoque le chemin qui nous mène au Père, la promesse de l’Esprit Saint, les persécutions qui vont suivre, S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi (Jn 15, 26), l’assurance de sa victoire finale – là nous entrevoyons déjà la Résurrection – et enfin, l’appel à l’unité dans l’amour mutuel.

Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi ; qu’ils soient un en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé (Jn 17, 22).

Les paroles de Jésus trouvent un écho retentissant dans le cœur d’Angèle. Il s’agit d’un des aspects sur lequel Angèle a insisté le plus : l’appel à l’unité dans l’amour mutuel :

Surtout ayez soin qu’elles soient unies de cœur et de volonté… car plus vous serez unies, plus Jésus-Christ sera au milieu de vous comme un père et un bon pasteur (10e Legs, 7, 9).

Il n’y aura pas d’autre signe que l’on est dans la grâce du Seigneur que de s’aimer et d’être unies ensemble… Ainsi donc, s’aimer et être unies ensemble sont le signe certain que l’on marche dans la voie bonne et agréable à Dieu (10e Legs, 10, 12).

Pendant ce temps de Carême, tous nos efforts d’union, tout notre élan pour être artisans de paix entrent dans notre cheminement à la suite du Christ, en route vers sa Pâques. Chaque fois que nous favorisons la bonne entente, que nous nous entraidons, que nous exprimons notre estime, même à l’égard de ceux qui nous sont peut-être moins sympathiques, que nous acceptons avec patience les limites, les indifférences, les erreurs des autres, nous avançons dans le mystère pascal. Nous nous unissons au Christ qui « donne sa vie pour la multitude ».

Père, non ce que je veux, mais ce que tu veux…

Cette parole du Christ est répétée trois fois pendant son agonie, alors qu’il ressent la peur, l’angoisse, la solitude. Nous le voyons venir mendier la présence et la prière de Pierre, Jacques et Jean. Il se sent seul devant les souffrances et la mort qui l’attendent. Il a besoin de ses amis. Demeurez ici et veillez avec moi (Matt 26, 38), leur dit-il.

Nous le voyons aussi prier son Père, Abba – Papa – avec tendresse et supplication. Pendant son agonie, trois fois il retourne vers les siens qu’Il trouve endormis. Il ne leur fait pas de reproches, mais Il se préoccupe davantage d’eux que de lui-même, malgré toute l’angoisse qu’il ressent. Il leur demande de veiller et prier, afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation. L’esprit est plein d’ardeur, mais la chair est faibl. (Matt 26, 41).

Angèle a-t-elle vécu des moments d’angoisse, de solitude, et, comme le Christ, d’abandon à la volonté du Père dans l’épreuve ? Il semble que très tôt, elle a dû connaître ces moments d’« agonie ». Pensons aux deuils successifs, aux morts rapprochées de sa sœur, de son père et de sa mère, à la solitude qu’elle a dû ressentir, solitude qui se transformait en supplication au Christ, ma seule vie… mon unique espérance.

Pensons aussi à ses incertitudes avant de finalement entreprendre la fondation de la compagnie, si bien que Cozzano nous dit que le Christ a dû lui crier dans le cœur et la forcer de faire sa volonté, dévoilant ainsi chez Angèle tout un état de crainte, d’hésitation et d’angoisse face à l’avenir. Son acceptation de la volonté du Père n’est pas produite sans combats et sans efforts.

Dans nos vies, nous traversons parfois aussi des périodes dures, périodes d’incertitude et d’angoisse, pour nous-mêmes, pour ceux que nous aimons. Il n’est pas facile, alors, de dire Père, non comme je veux, mais comme tu veux. Nous avons plutôt tendance à prier pour que ma volonté soit faite sur terre, comme la tienne l’est au ciel ! Savoir que Jésus-Christ est passé par-là nous encourage. Prendre conscience qu’Il a dû s’y prendre par trois fois pour pouvoir dire Que ta volonté soit faite, nous réconforte dans nos cheminements, lorsqu’il nous est parfois tellement difficile de dire « oui » à Dieu.

La coupe que mon Père m’a donné à boire…

Pendant la liturgie de la Semaine Sainte, nous nous souvenons de Jésus-Christ humilié, celui dont on s’est moqué, à qui on n’a pas cru, celui qui a été accusé faussement et traité injustement, celui qui a été torturé, jusqu’à en mourir. En même temps, nous sommes mis en présence de celui qui ne s’est jamais révolté contre ceux qui le condamnaient ou qui le faisaient souffrir : Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Nous contemplons celui qui, au fort de la souffrance, a encore souci des autres : au « bon larron » il dit, Aujourd’hui, tu seras avec moi dans mon royaume. Aux femmes qui sont émues jusqu’aux larmes à le voir souffrir ainsi, Ne pleurez pas sur moi, mais sur vous-mêmes et sur vos enfants. A sa mère près de lui, au pied de la croix, il donne la présence et le soutien de Jean, et à l’apôtre, il donne sa mère. Il souffre d’un sentiment d’abandon, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? et meurt dans un grand cri de confiance, Père, entre tes mains, je remets mon esprit.

La Passion du Christ était au centre de la vie spirituelle d’Angèle. Nous nous rappelons qu’elle s’est inspirée de l’amour de Saint François d’Assise pour Jésus crucifié. Elle se rend en Terre Sainte, où sa longue prière au Mont Calvaire impressionne ses compagnons de pèlerinage. Elle va deux fois à Varallo, où des chapelles distinctes étaient édifiées pour illustrer différentes scènes de la Passion du Christ. Enfin, lorsqu’il s’est agi d’orner l’oratoire pour y rassembler ses filles, elle fait peindre derrière l’autel, comme à l’église Sainte Agathe, le Christ en Croix, entouré de Marie, de Jean et d’anges pleureurs, et, le long des parois des murs, des scènes de la Passion du Christ.

Son amour pour le Christ, qui donne sa vie pour le salut du monde, transparaît dans tous ses Ecrits. Angèle ressent profondément l’ingratitude du péché, face à ce don sans réserves de l’amour divin :

Daigne, ô très bienveillant Seigneur, me pardonner tant d’offenses et chacune des fautes que j’ai pu commettre jusqu’à présent et depuis le jour de mon saint baptême… Je t’en prie par ta Passion très sacrée, et par ton Sang précieux répandu pour notre amour (R 5, 32, 25).

Angèle va encore plus loin : consciente de l’amour du Christ pour tous les hommes, elle étend cette demande de pardon non seulement à ceux qu’elle connaît personnellement, mais aussi à toute l’humanité :

Daigne aussi, hélas ! pardonner les péchés de mon père et de ma mère, et ceux de mes parents et amis, et ceux du monde entier (R 5, 24).

Elle souhaite pourvoir donner sa vie à son tour, par amour pour Celui qui est mort pour elle et regrette non seulement ses péchés, mais aussi ses lenteurs, ses fautes, son peu de courage face aux difficultés :

J’ai grande peine d’avoir tant tardé à me mettre au service de ta divine Majesté. Hélas ! Jusqu’à présent, je n’ai jamais répandu ne fût-ce qu’une petite goutte de sang pour ton amour, et n’ai jamais été obéissante à tes divins préceptes, et toute adversité m’a été âpre à cause de mon peu d’amour pour toi R 5, 27-30).

Remarquons le contraste qu’elle souligne entre « ton amour » et « mon peu d’amour pour toi ».

Dans ses relations avec ses sœurs, d’origine sociale très diverse, Angèle voit dans le sang du Christ le lien d’amour le plus fort qui existe et qui permet de surmonter toute forme d’opposition ou de désunion. Les membres de la Compagnie, elle les dit très chères dans le sang du Christ » (Av. 1,1), et c’est au nom de la Passion du Christ qu’elle invite les gouvernantes à être ouvertes à ses propres recommandations :

Par-dessus tout, je vous prie toutes et vous supplie, par la Passion et le Sang de Jésus-Christ répandu pour notre amour, de bien vouloir mettre en pratique avec toute la sollicitude possible ces quelques avis (Test Prol, 25-26).

En ce temps de Carême, qui est un temps de conversion, l’Eglise nous invite, en souvenir du don que le Christ a fait de Lui-même sur la croix, à nous rapprocher de lui par la prière, le partage, la pénitence. Elle nous invite à regretter nos fautes à l’égard de Celui qui nous tant aimés et à l’égard de nos frères qui sont d’autres visages du Christ. Elle nous invite à prier pour le monde entier. Les circonstances actuelles nous y pressent plus particulièrement, afin que les hommes reçoivent le pardon du Christ et soient invités à vivre en paix et en harmonie les uns avec les autres. Nous aussi, nous sommes invités par la Passion et par le Sang de Jésus-Christ répandu pour notre amour, de mettre en pratique, avec une grande sollicitude ce renoncement à nous-mêmes qui nous rend disponibles à Dieu et aux autres.

Il est ressuscité !

Angèle ne s’arrête pas à la seule contemplation du Christ souffrant. La Passion du Fils de Dieu a précédé sa glorieuse Résurrection. Le mystère pascal s’achève avec les apparitions du Christ et le don de son Esprit. Le Christ ressuscité qui se montre à Marie-Madeleine, à Pierre, aux Apôtres réunis, est le même ressuscité qui a conquis le cœur d’Angèle. C’est Lui qui l’aime et qu’elle aime en retour. C’est Lui qui nous accompagne tous les jours, comme il a accompagné les disciples d’Emmaüs, nous expliquant les Ecritures et nous partageant son pain. C’est Lui qui nous envoie aussi vers nos frères, comme les disciples d’Emmaüs, pour annoncer aux Apôtres restés à Jérusalem, Nous avons vu le Seigneur.

Comme Il l’a promis, Il demeure auprès de nous, au milieu de nous, pour écouter nos prières, pour nous éclairer de sa vérité.

Que toujours votre principal recours soit de vous rassembler aux pieds de Jésus-Christ, et là… de faire de très ferventes prières. Car ainsi, sans aucun doute, Jésus-Christ sera au milieu de vous, et il vous éclairera et vous instruira en vrai et bon maître sur ce que vous aurez à faire (Dern Legs, 3-5).

Cette présence vivante du Christ ressuscité ne peut que nous procurer de la joie, cette joie qui est un avant-goût de la vie éternelle. Angèle rappelle souvent avec conviction la joie qui nous attend après un temps d’épreuve et de souffrance sur la terre. Le Seigneur, dit-elle ne veut que notre bien et notre joie (R 10, 18). Les difficultés passeront vite et se changeront en allégresse et en joie (Av 5, 29) . Alors, invitez-les à désirer les agresses et les biens célestes, à soupirer après les fêtes joyeuses et nouvelles du ciel, (Av 5, 3), là où le Christ ressuscité nous attend, pour nous faire ressusciter avec Lui.

Soeur Marie Seynaeve
Conférence donnée aux Amis de Sainte Angèle

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