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Spiritualité sponsale

Sainte Angèle Merici et son charisme d’épouse

Quel a été le charisme d’Angèle Merici ? Quel est notre charisme, en tant qu’Ursulines ?
On a déjà objecté, « Les Franciscains ont le charisme de la pauvreté.
Les Bénédictins, celui de la prière liturgique, alliée au travail ’Ora et labora ’.
Les Carmélites celui de la prière et de la pénitence.
Et vous, Ursulines ? »
Diverses réponses ont déjà été données à ces questions. Il y a une quarantaine d’années, après Vatican II, Soeur Teresa Ledóchowska, en cherchant à creuser le charisme spécifique de Sainte Angèle Merici et des Ursulines, l’a vu dans la docilité à l’Esprit Saint ; d’autres, dans l’union entre la contemplation et l’action, si caractéristique des Ursulines à travers les âges. D’ailleurs, notre Province du Centre des États-Unis a pris comme logo « Contemplatives en mission ».

Si l’on veut, néanmoins, creuser le sens profond de la vocation personnelle d’Angèle Merici, celui qu’elle transmet à ses filles, celui qui se situe au niveau de l’« être » et non de l’« agir », le charisme qui apparaît clairement, est celui d’une union sponsale avec le Fils de Dieu.
La « vie nouvelle » dont elle vit intensément elle-même et qu’elle propose à ses filles est celle d’épouses de Jésus-Christ ». Sainte Angèle Merici mentionne douze fois l’expression « épouses du Christ » dans ses Écrits, six fois dans la Règle, deux fois dans les Avis, quatre fois dans le Testament.

Certes, la spiritualité sponsale n’est pas inconnue dans la tradition de l’Église.
Déjà au 3e siècle, Tertullien désigne la vierge chrétienne comme « épouse du Christ ». Un siècle plus tard, Saint Ambroise développe le thème en trois traités consacrés à la virginité.
Au 4e siècle également, Saint Athanase, Saint Jérôme, Saint Grégoire de Nice appellent la vierge consacrée « l’épouse du Christ. La terminologie s’était donc généralisée aussi bien en orient qu’en occident dans l’Église des premiers siècles.

A une époque où une grande partie de la vie religieuse était tombée en décadence, par suite de vocations imposées par les familles pour des motifs purement humains, Angèle Merici, par sa vie et par ses Écrits remet en honneur à Brescia, et par la suite au sein de l’Église, la virginité consacrée au Christ-Époux. Nous allons donc, dans une première partie, étudier cette union sponsale dans la vie personnelle d’Angèle, puis, dans une deuxième partie, l’union sponsale au Christ, telle qu’elle apparaît dans ses Écrits.


I- Sainte Angèle Merici, Épouse du Christ

Angèle, comme nous toutes, n’est pas née sainte. Sa vie de 65 années environ s’est déroulée dans un long processus d’acquiescement toujours plus profond à l’amour du Seigneur qui l’envahissait. Trouvons-nous des traces de cette évolution dans les témoignages laissés par ces contemporains ? Quelques indices nous montrent comment les interpellations du Seigneur l’ont amenée progressivement à se laisser conformer de plus en plus à Jésus-Christ, son Epoux, son "unique amour".

Les débuts de son itinéraire spirituel se placent très tôt, vers l’âge de 5 ou 6 ans. Les deux témoins les plu avisés, Antonio Romano et Agostino Gallo, concordent dans leur affirmation :

Tout d’abord, d’après ce qu’elle me dit, ayant entendu son père lire des livres religieux sur les Saints et sur les Vierges, elle commença à s’adonner, dès 1’âge de cinq ans, à une vie sobre, pieuse et contemplative (Romano 936 r).

Je vous dirai - d’après ce que j’ai entendu plusieurs fois - qu’elle commença vers les cinq ou six ans à faire abstinence (grâce aux bons enseignements de son père), et à se tenir à l’écart des gens, afin de pouvoir s’adonner davantage à la prière et aux dévotions (Gallo 942 r).

Il est à noter que ce récit est immédiatement suivi chez les deux témoins d’une affirmation portant sur ses progrès spirituels :

Elle persévérait toujours plus ardemment dans une telle vie (Romano 936r).
Et plus elle avançait en âge, plus elle s’y adonnait, ainsi qu’à la vie contemplative (Gallo 942 r).

Romano mentionne la mort de sa soeur, qui devait avoir lieu lorsqu Angèle avait environ 15-16 ans. Cette mort la laisse anxieuse sur le sort éternel de sa soeur, si bien qu’ ’’elle adressait au Seigneur des prières quotidiennes" à ce sujet. La vision de sa soeur, au milieu des anges, rayonnant de joie et de gloire, resta longtemps dans le souvenir d’Angèle et la conduisit à un redoublement de ferveur :

Pensant toujours à cette vision, elle s’appliquait avec une ardeur de plus en plus grande aux jeûnes, aux abstinences et aux prières (Romano 936v).

Une ouverture croissante à l’action du Seigneur amena Angèle à embrasser la vie de Tertiaire de Saint François :

Elle finit par prendre l’habit dit du Tiers-Ordre afin d’avoir plus de facilité d’aller à la Messe, à la Confession, et à la Communion (Gallo 942r).

Ce texte est important, car il révèle chez Angèle Merici un désir de plus en plus pressant de vie sacramentelle, au fur et à mesure que grandit son amour du Seigneur, et cela à l’encontre des usages établis à son époque. D’ailleurs Gallo continue son récit en constatant que du temps d’Angèle, "on ne permettait pas aux personnes laïques de communier souvent, comme ce fut le cas par la suite..." En effet, même les Tertiaires, selon leur Règle, étaient invités à communier 4 fois par an, aux fêtes solennelles ; ils faisaient ainsi exception à la pratique générale, qui était celle de communier une fois par an à Pâques.

De retour à Desenzano, Sainte Angèle continua sa vie pauvre, austère et priante que son entrée dans le Tiers-Ordre avait affermie. "Elle chercha dans ses occupations domestiques, d’acquérir cette pureté et perfection de l’esprit qu’elle aurait voulu chercher dans un lieu solitaire" (Doneda 33). Ces "occupations domestiques" s’alliaient aux travaux des champs. "Au milieu de ces travaux, elle élevait son coeur à Dieu quand ses compagnes fatiguées prenaient leur repos ou leur réfection. Elle se retirait seule en un lieu caché et refaisait ses forces par la prière" (Doneda 39). Ainsi, Angèle cherchait et trouvait Dieu non seulement dans la prière et la pénitence, mais dans ses occupations journalières, affermissant ainsi son union constante à Dieu.

La vie d’Angèle commençait à rayonner. « Une humilité foncière l’empêchait de faire état des grâces qu’elle avait reçues. Elle se servait de tout pour un plus grand profit spirituel et tenait son genre de vie caché, autant que possible, des yeux du monde, fuyant toute singularité et apparence (de piété). Elle ne freinait d’aucune manière les saintes opérations de l’Esprit du Seigneur en elle ». (Bellintani, Ms. Queriniana, ch. 11)

Son entourage finit par remarquer. le rayonnement de son amour du Christ, qui se traduisait en une affabilité affectueuse et amicale. Selon Faino, "Avec sa grande charité, elle s’était liée d’amitié non seulement avec les gens de sa terre ; mais avec ceux de tout la Riviera, qui l’invitaient avec empressement dans leurs maisons.... Elle allait modestement chez les autres, s’adressant avec confiance à tout le monde, cherchant toujours à orienter une âme vers le ciel, ce qui était son but principal." (Faino 24) Déjà se dessinait une vocation personnelle d’apostolat par l’exemple et par-la’ parole, pour faire connaître et aimer l’Epoux qui l’avait choisie.

Envoyée par ses Supérieurs capucins à Brescia en 1516, afin de remplir une mission de consolation et d’encouragement auprès de Caterina Patengola, Angèle fut invitée au bout d’un an par Antonio Romano à venir demeurer chez lui. Elle avait donc à discerner quelle orientation prendre : ou retourner chez elle à Desenzano ? ou rester à Brescia ? Selon Bellintani, les motifs qui déterminèrent son choix de rester à Brescia furent spirituels : "une plus grande facilité à recevoir les Sacrements, à assister à la Messe, à entendre les prédications", si bien qu’Angèle "se sépara de sa famille, et renonça à toute occupation temporelle, afin de pouvoir davantage s’adonner aux exercices spirituels" (Bellintani Ms. 20).

Cet événement marque une véritable rupture dans la vie d’Angèle : elle quittait effectivement tout - famille, maison, occupations habituelles - afin de suivre le Christ, son Epoux, de plus près.

Antonio Romano, devenu maintenant témoin direct de la vie de la Madre pendant une période de quatorze années, note ses progrès en vertu, et parallèlement, le rayonnement d’Angèle parmi la population bresciane :

Sa sainteté grandissait de jour en jour. La renommée de sa vie très pieuse se répandait dans la population, de sorte que de très nombreuses personnes de la cité de Brescia, accouraient à elle pour obtenir quelque grâce du Seigneur par la médiation de ses ferventes prières, ou pour apaiser quelque discorde. (Romano 937v).

Comment les contemporains ont-ils pu se rendre compte de la sainteté grandissante d’Angèle Merici ? Si l’on compare son comportement pendant ses jeunes années à Salo avec le témoignage donné à la fin de sa vie, on peut d’une certaine manière mesurer le chemin parcouru. En effets, les récits de Bellintani, recueillis auprès de la famille et des contemporains d’Angèle à Salo, nous dépeignent une Angèle, vive, aux réactions intempestives, voire colériques : Elle sort noircir sa chevelure dès qu’on lui suggère une attirance due à ses beaux cheveux blonds. Elle refuse, un jour de Pâques, de toucher au repas qu’elle avait aidé elle-même à préparer, et se fait servir par un voisin, au vu et su de sa famille, un peu de poisson et des pois chiches, restes de la veille.
Invitée à une excursion sur l’Ile des Frères, près de Salo, de colère, elle jette une poignée de terre sur un plat bien garni qu’on lui offrait. Ainsi protestait-elle contre un milieu mondain où elle avait été entraînée malgré elle.

Cependant, l’ayant observée vers la fin de sa vie, Giacomo Chizzola constate chez elle une personnalité unifiée :

À vrai dire, rien de mauvais ne se manifestait en elle, puisqu’elle était étrangère à toute ambition, à la vanité, à la colère. Elle se plaisait seulement dans l’humilité, dans une vie de contemplation et de piété, persévérait dans ce genre de vie et dans cette voie du Seigneur au moyen de jeûnes, d’abstinences, de prières et de vigiles (Chizzola 940v-941).

Il semble, d’après Bellintani, que ce fut surtout lors de sa prière prolongée au Mont Calvaire qu’Angèle reçut une confirmation de cette grâce de virginité pour elle-même et pour ses filles à venir :

C’est là qu’elle conçut l’esprit de virginité qu’elle communiqua si largement à tant d’autres épouses du Christ. C’est là qu’elle fut toute transformée en une nouvelle créature, recevant un être nouveau. (N’est-ce pas une grâce semblable que reçut Marie de l’Incarnation, après la vision du sang du Christ ?) Dans le lieu même où la croix fut plantée... naquit la Compagnie, grâce aux prières ferventes et aux larmes abondantes d’Angèle... Comme Saint François obtint... le don de la pauvreté évangélique, soeur Angèle obtint sur le Calvaire le don et l’esprit de virginité (Bellintani, Queriniana 14, f. 13 r).

La naissance spirituelle de la Compagnie dans le coeur d’Angèle ne date certes pas spécifiquement du seul Mont Calvaire, mais il est à remarquer que c’est après son pèlerinage en Terre Sainte, puis à Rome l’année suivante, qu’Angèle commence à manifester des dons charismatiques : annonce de la foi, explication de la sainte Écriture, paroles persuasives menant à la conversion de son entourage, à des oeuvres de justice et de paix, capacité de lire dans les âmes. En même temps, peu à peu se constitue autour d’elle un groupe de femmes et de jeunes filles désireuses de vivre comme elle dans la virginité, comme Epouses de Jésus-Christ.

L’union d’Angèle avec le Fils de Dieu devient si intime, si étroite, si aimante, si transformante, que cela transparaît dans ses Écrits. Les paroles mêmes du Christ deviennent les siennes. Sa prière devient la sienne. Ses intérêts pour le salut de tous les hommes deviennent les siennes. Et en cela, Angèle se laisse guider par l’Esprit du Christ, qui la transforme tout entière. Remarquons qu’Angèle ne se nomme jamais personnellement comme « Épouse du Christ » ; c’est un titre quelle réserve à ses filles, tout en s’attribuant à elle-même celui de « servante ». Mais Jésus-Christ est son « amour … Celui qui m’aime ». C’est dans cette perspective qu’elle se voit : comme objet d’un amour gratuit, extraordinaire, qui englobe tout son être.

Lorsqu’arriva le 25 novembre 1535, date officielle de la fondation de la Compagnie, on peut deviner la joie que devait éprouver Angèle de pouvoir se consacrer officiellement, au milieu des 28 autres jeunes filles, à Celui qu’elle appelle « son amour ». Selon Doneda, d’anciens livres de la Compagnie, aujourd’hui perdus, relatent qu’elle fit personnellement le voeu de virginité et encourageait ses compagnes qui le désiraient à faire de même. A la mort de la fondatrice, une quarantaine d’Ursulines avaient déjà prononcé ce voeu, selon la liste écrite dans le « Libro rosso » de la Compagnie, aujourd’hui malheureusement perdu.

La discrétion personnelle d’Angèle a laissé peu d’indications sur la manière dont elle vivait sa consécration et son amour pour le Christ-Epoux. Cependant, nous trouvons dans ses Écrits la haute estime qu’elle avait de la vocation de ses filles et les moyens qu’elle proposait pour vivre effectivement et fidèlement comme « épouses du Fils de Dieu ». Nous allons donc, en cette deuxième partie, envisager la spiritualité sponsale dans les Ecrits de Sainte Angèle.


II- L’union sponsale au Christ, d’après les Écrits d’Angèle

Le choix de Dieu

La virginité, selon Angèle, est un contrat d’Alliance entre Dieu et celles qu’Il a choisies, alliance prévue de toute éternité

Dieu a voulu dans son conseil éternel élire en dehors de la vanité du monde, beaucoup de femmes, spécialement des vierges, c’est-à-dire, notre Compagnie (T Prol 5).

Appartenir à cette « si noble famille » (T Prol. 11), est « une dignité nouvelle et étonnante » (R Prol. 8), dont nous avons continuellement à rendre grâce.

Vous devez le remercier infiniment de ce qu’à vous spécialement il ait accordé un don si exceptionnel (R Prol 5).

Le choix de Dieu n’implique rien de moins que d’être appelées à la dignité d’épouses du Fils de Dieu.

Vous avez été choisies pour être les vraies et virginales épouses du Fils de Dieu (R Prol 7). Nous sommes appelées à une vie tellement glorieuse que nous sommes épouses du Fils de Dieu et que nous devenons des reines au ciel (R Prol 17).

Aux Matrones, Angèle rappelle l’importance de leur mission : "Quelles beauté et dignité nouvelles que d’être mères des épouses du Roi des rois et du Seigneur des seigneurs... Épouses, non pas d’hommes de ce monde, qui vont mourir et qui sont désagréables, mais de l’immortel Fils du Dieu éternel" (T 4,12-14).

Dieu s’engage dans son Alliance

Puisqu’il s’agit d’une Alliance, Angèle évoque les engagements de l’Époux vis-à-vis de l’Épouse. Mais qui est cet Epoux pour Angèle ? Angèle rappelle les noms que Jésus-Christ s’est donné Lui-même dans les Évangiles : Il est "la voie, la vérité, la vie" ; le "Bon Pasteur", Le "Maître et Seigneur". Elle reprend les titres de noblesse du Christ : "Fils de Dieu", "Sauveur", le "Très-Haut", "l’Immortel Fils du Dieu éternel", le "Roi des rois, le Seigneur des seigneurs".
Surtout Angèle utilise des termes affectueux à l’égard de l’Epoux "qui nous aime" : Il est "notre doux et bienveillant Époux, Jésus-Christ", "notre Amour", "Celui qui m’aime et qui nous aime toutes" et qui veut être aimé sans partages. En effet, c’est Lui l"’unique trésor", la "seule vie" "l’unique espérance".

Ce qu’Angèle nous dit de Jésus-Christ.

La vérité la plus fondamentale sur laquelle Angèle revient à maintes reprises, c’est donc que Jésus-Christ nous aime. D’ailleurs, "Il a vécu 33 ans en ce monde par amour pour nous" (R 5,12), Lui qui est "notre amour" à toutes (Av 5,41). Eprise d’admiration, Angèle s’exclame, "Qui pourrait Lui résister ?" (Dern L 19).

Il est notre véritable et "unique trésor" (Av 5 43) Il ne "veut que notre seul bien et notre seule joie" (R 10,18). Il est Celui qui nous anime par sa présence continuelle.

Que toujours votre principal refuge soit de vous rassembler aux pieds de Jésus-Christ... ainsi, sans aucun doute, Jésus-Christ sera au milieu de vous (Dern. L 3,5).

Cette présence ne nous quittera jamais, même dans la vieillesse, car alors nous serons encore "assistées et servies comme de vraies épouses de Jésus-Christ" (R 11, 29).

Jésus-Christ est celui qui nous éclaire, qui "nous enseigne" (Av Prol 7). Si nous le laissons "nous diriger" et "nous enseigner", nous serons "bien enseignées" (Av 7,28). Surtout, Il nous laisse son exemple, Lui, "l’unique voie qui mène au ciel" (R 4,4). D’ailleurs, dans ses Ecrits, Angèle met continuellement sous les yeux de ses filles les exemples du Christ à imiter.

Dans un monde hostile et mauvais, Il nous rassemble près de Lui. "Dans ces temps périlleux et pestiférés, vous ne trouverez d’autre refuge qu’aux pieds de Jésus-Christ" (Av 7,27) "Que toujours votre principal recours soit de vous rassembler aux pieds de Jésus-Christ. Là, vous toutes, avec toutes vos filles, faites de ferventes prières" (Dern L 3-4). Il reste auprès de nous, car Il ne nous abandonnera jamais dans les nécessités que nous pourrions éprouver :

Qu’elles tiennent encore ceci pour très certain : que jamais elles ne seront abandonnées dans leurs besoins. Dieu y pourvoira admirablement. Combien de seigneurs, de reines et autres grands personnages, malgré leurs richesses et leur puissance, ne pourront trouver un vrai soulagement en tel ou tel besoin extrême. Et elles, au contraire, malgré leur pauvreté, trouveront consolation et réconfort (Av 5,31-34).

Il nous donne ce qu’Il a de plus précieux, sa vie et son Esprit. Nous sommes "très chères dans le sang de Jésus-Christ" (Av 1,1), ce sang "qu’Il a répandu pour notre amour" (T Prol 25). Il nous a "choisies" pour nous envoyer son Esprit, si nous sommes "disposées à le recevoir" (R 4,16). Cet Esprit, Il nous l’envoie "continuellement au coeur, Lui dont nous entendrons d’autant plus clairement la voix que nous aurons la conscience plus purifiée et plus nette" (R 8,14-15).

Enfin, Il nous attend auprès de Lui, dans l’Eternité bienheureuse, "Lui dont la lumière, la joyeuse splendeur de vérité nous environneront au moment de la mort" (Dern L 20-21), pour nous conduire "au ciel... Celui qui nous aime toutes le voudra ainsi" (Dern L 18).

Notre réponse à son appel .

L’Alliance que le Christ Époux nous propose suppose de notre part une réponse engagée, joyeuse et libre :

Celle qui devra entrer ou être admise dans cette Compagnie doit être vierge et avoir 1a ferme intention de servir Dieu en cette sorte de vie. Et puis, qu’elle y entre joyeusement et de sa propre volonté (R 1,1-4).

a) "la ferme intention de servir Dieu" A ce choix de Dieu correspond l’invitation à "vivre de tout votre pouvoir comme il est demandé aux véritables épouses du Très-Haut" (R Prol 32).

La virginité de coeur implique aussi la volonté de "servir Dieu", car Angèle veut affermir en nous le désir d’être au service de Celui qui nous a choisies, quelle que soit notre occupation, quel que soit le lieu ou la communauté où ce service nous est demandé. Il n’y a rien - aucune circonstance, aucune personne, aucune difficulté - qui peut nous empêcher d’être entièrement au service de Celui qui nous a choisies comme ses épouses.

b) "joyeusement"
Le propre de l’épouse c’est de rencontrer Celui qu’elle aime dans la joie. Ainsi toutes nos rencontres avec le Christ, dans l’oraison, dans la prière commune, dans le bouleversement de nos projets personnels, dans nos activités choisies ou reçues de Lui, sont des occasions de rencontres dans la joie. Je me souviens - et beaucoup parmi vous pourraient raconter le même souvenir - de la joie qui envahissait ma mère vers 17 heures le soir, à l’approche du retour de mon père. A ce moment, elle enlevait son tablier ou son vêtement de travail, elle se recoiffait, prenait une robe plus belle, et ses yeux brillaient de l’attente joyeuse de son retour. Ainsi, nos rencontres quotidiennes avec le Christ sont vécues dans la joie de sa présence : "Qu’elle soit joyeuse et toujours pleine de charité, de foi et d’espérance en Dieu" (R 9,11).

c) "de sa propre volonté"
En un temps où l’entrée en religion était le fruit d’une décision parentale, Angèle demandait aux gouvernantes et aux gouverneurs de la Compagnie d’entrer en relation avec les parents ou les employeurs de la jeune fille, afin d’assurer sa liberté et d’empêcher que dans la suite, ils ne fassent obstacle à son engagement dans la Compagnie (cf. R 1,7).

Les qualités de notre vie d’Épouse

  • Aimer en retour
    Par dessus-tout, il s’agit d’aimer le Christ, notre Époux "en faisant volontairement à Dieu le sacrifice de son propre coeur" (R 9 2), en ayant "toujours brûlante au coeur la charité" (R 9 22), en mettant notre "espérance et notre amour en Dieu seul, et non dans une personne vivante" (Av 5 22), en mettant "tout son bien et tout son amour et tout son plaisir... en Dieu seul" (R 10 :9,13).

En aimant ainsi, la Vierge de Sainte Ursule cherche à Lui faire honneur et à Lui plaire : "qu’elles fassent honneur à Jésus-Christ à qui elles ont promis leur virginité et leur être tout entier" (Av 5,21), afin "de plaire le plus possible à Jésus-Christ leur Époux" (T 4,3).

  • Adopter le style de vie d’une Épouse du Très-Haut
    L’"infinie bonté de Dieu" nous accompagne et nous soutient dans notre vie quotidienne d’Épouse, imprimant à notre comportement un style de vie particulier. C’est Lui qui nous aide à être "empressée à la prière, aussi bien mentale que vocale" (R 5,1) et "à prier toujours, d’âme et d’esprit" (R 5 5), à prier pour soi, pour ses parents et amis, et pour le monde entier (R 5 23-24). C’est Lui qui inspire par son exemple le jeûne qui mène "au vrai jeûne spirituel" (R 4 3-4), et qui nous invite à assumer ses intérêts à Lui, en priant à différentes époques de l’année pour les pécheurs, pour tout le peuple chrétien, et même pour les personnes ferventes (R 4 : 10-11,13,16).

C’est Lui qui inspire une vie pleine de joie :
Combien elles doivent jubiler et faire fête, puisque dans le ciel est préparée pour toutes et pour chacune, une à une, une nouvelle couronne de gloire et d’allégresse, pourvu qu’elles demeurent fermes et stables dans leur résolution (Av 5,25).

En outre, il y a des comportements concrets qui caractérisent le style de vie de l’Épouse : porter des vêtements "modestes et simples", de couleur sobre et foncée, à l’instar des couleurs chaudes et chatoyantes que les peintres de la Renaissance ont fixées sur leurs toiles. Angèle recommande à ses filles, vivant dans le monde, d’éviter les fréquentations légères, les messages secrets, les familiarités avec les hommes, même réputés vertueux, les divertissements tels que noces, bals, tournois mondains, les bavardages dans les rues (R 3 passim). Il s’agit de se conserver "intactes et chastes. « Qu’en chacun de leurs faits et gestes, elles se comportent avec honnêteté et prudence » (T 4,4-6).

Elle recommande de manger et de boire pour mieux servir Dieu, de dormir le nécessaire, d’être réservées et sobres dans la manière de rire, de n’accepter que des conversations convenables, de prononcer des paroles sages et aimables portant à la concorde et à la charité, de supporter tout avec patience et charité, de mettre la paix et la concorde partout où elles se trouvent (Av 5,6-16).

Surtout, Angèle voit la virginité comme expression de l’amour, "en faisant volontairement à Dieu le sacrifice de son propre coeur" (R 9 2) et "en ayant toujours brûlante au coeur la charité" (R 9 22). Pour ce motif, la virginité "est soeur de tous les anges" (R 9,3). Pourquoi les anges ? Ils contemplent sans cesse la face de Dieu avec adoration et amour ; ils sont envoyés comme ses messagers pour accomplir Sa volonté. Le contempler… être envoyées par Lui pour accomplir sa volonté, n’est-ce pas le propre de « l’Epouse du Très Haut » ?

L’amour de l’Épouse va englober tous ceux que le Christ met sur son chemin, tous ceux à qui elle est envoyée : "Que toutes nos paroles, nos actions et nos comportements soient toujours un enseignement et un motif d’édification pour qui aura affaire avec nous" (R 9,21). Le témoignage de la joie (v. 11), de la vérité (v. 14), de la charité, de la foi et de l’espérance (v. 11) découle d’un coeur qui ne cherche qu’à aimer.

Avec réalisme, Angèle ne craint même pas de préciser les attitudes contraires à l’amour :
Par dessus tout, quelle garde le coeur pur et la conscience nette de toute pensée méchante, de toute ombre d’envie et de malveillance, de toute discorde et mauvais soupçon, et de toute autre inclination et volonté mauvaises (R 9,7-10), sans répondre avec arrogance, sans faire les choses de mauvais gré, sans rester en colère, sans murmurer, sans rapporter quoi que ce soit de mal (R 9,15-19).
Ces quelques avertissements n’obscurcissent pas tout l’élan d’amour que suscite l’appel du Christ, élan qui se concrétise dans l’offrande de toute sa vie.

  • L’’offrande de l’Épouse
    La preuve suprême de l’amour est dans l’offrande de l’Epouse. Notre amour d’Épouse est un trésor, un "joyau sacré" à conserver à tout prix :
    "Que chacune soit prête à mourir plutôt que de consentir jamais à (le) souiller et à (le) profaner" (R 9 23). Ces paroles ont été vécues concrètement par plusieurs Ursulines martyres, en Pologne, au Salvador, en Afrique centrale ; des Ursulines n’ont pas hésité à donner leur vie pour rester fidèles à Celui qui les avait choisies et aimées.

Cependant, la plupart d’entre nous sont invitées à offrir notre vie dans le "goutte-à-goutte" quotidien. L’offrande qu’Angèle propose au Seigneur, "seule vie et unique espérance", est celle du coeur, même "misérable et impur", ce coeur appelé à brûler "dans la fournaise ardente de son divin amour". Elle nous invite à Lui offrir notre liberté, nos pensées, paroles et actions, "tout ce qui est à moi et hors de moi. Tout cela je le dépose aux pieds de ta divine Majesté. Et je te prie - dit-elle - de daigner le recevoir, bien que j’en sois indigne" (R 5,35-43). Il s’agit de l’acte suprême de l’Alliance : après avoir tout reçu du Christ Époux, Lui remettre avec amour tout ce que nous faisons, tout ce que nous avons tout ce que nous sommes,

  • Avec l’aide de Sainte Angèle
    Après avoir tracé avec tant de soin les qualités de l’Époux, et celles que son Épouse est appelée à revêtir, Angèle veut nous assurer de sa présence auprès de nous, présence de mère, présence d’amie qui guide et stimule celles qui lui ont été confiées.

Angèle réalise que sa responsabilité à l’égard de la Compagnie lui a été confiée par le Seigneur Lui-même :
Il lui a plu dans sa bonté infinie de se servir de moi comme de son instrument pour son oeuvre, une telle oeuvre et si grande, quoique je fusse de moi-même une servante très insuffisante et très inutile ; il m’a aussi, dans sa bonté habituelle, donné et accordé une telle grâce et un tel don que j’aie pu les gouverner selon sa volonté et pourvoir à leurs nécessités et à leurs besoins, surtout en ce qui contribue à les diriger et à les maintenir dans l’état de vie auquel elles ont été élues (Test Prol 6-9)

Pour nous « diriger », pour nous aider à nous "maintenir dans l’état de vie" pour lequel le Seigneur nous a choisies, pour nous « gouverner selon sa volonté", Angèle promet encore davantage, une présence continuelle parmi nous :
Je suis continuellement au milieu d’elles avec Celui-là qui m’aime, ou plutôt qui nous aime, nous toutes. Dites-leur qu’elles désirent me voir non pas sur la terre, mais au ciel, où est notre amour" (Av 5,38)
Ainsi, la vie d’Epouse, selon Sainte Angèle, est essentiellement caractérisée par l’amour, amour de l’Épouse qui veut répondre à l’appel de Jésus-Christ, son Époux, en essayant de "lui plaire le plus possible" et en "persévérant fidèlement et avec allégresse dans l’oeuvre commencée" (Dern. L 22)

Soeur Marie Seynaeve
Ursuline de l’Union Romaine

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