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Réconcialition avec soi

Sainte Angèle Merici :
Réconciliation avec elle-même

Avant de pouvoir réconcilier les autres, il faudrait être réconcilié avec soi-même. Or, tant de tendances en nous nous empêchent d’être totalement unifiées : la vue négative que nous portons sur nous- mêmes, le découragement, ou au contraire l’estime démesurée de soi, ou encore la susceptibilité, l’inquiétude, le manque de confiance en soi. Tout cela peut nous empêcher de nous accepter telles que nous sommes, d’être réconciliées avec ce que nous sommes et de nous construire à partir de cette vérité.

Comment Angèle s’est-elle comportée vis-à-vis d’elle même ? Comment savoir si elle s’est réconciliée avec elle-même ? Quelques événements de sa vie, mais surtout une étude attentive de ses Écrits nous permettent une réponse approximative à la question. Chaque fois qu’Angèle dit "je", elle nous dévoile une partie d’elle-même. Comment Angèle se voit-elle ? Ce sera l’objet de notre première partie. Ensuite, comment réagit-elle par rapport à ce qu’elle voit en elle-même ? Ce sera la deuxième partie, qui nous cheminera vers la réconciliation intérieure avec la mission que le Seigneur lui a confiée. Ce sera la dernière partie.

1. COMMENT ANGELE SE VOIT-ELLE ?

Angèle se voit d’abord comme une personne limitée : Son intelligence lui fait parfois défaut ; elle ne voit pas clair. Cela se révèle dans la prière qu’elle exprime dans sa Règle : Mon Seigneur, illumine les ténèbres de mon coeur (R 5, 16). Elle ne voit pas toujours dans quel sens agir : ma volonté propre qui, d’elle-même, infectée qu’elle est par le péché, ne sait discerner le bien du mal (R 5). Sa sensibilité, son émotivité la rendent vulnérable : Affermis mes affections et mes sens pour qu’ils ne me fassent pas dévier, ni à droite ni à gauche (R 5, 18).

Surtout Angèle reconnaît son état de pécheur. Elle craint même en un seul jour, aujourd’hui... d’offenser ta divine Majesté (R 5, 2-11) Avec des expressions très vives, elle avoue les tendances au mal qu’elle porte en elle et dont elle a conscience : Désolée que je suis, moi, qui en entrant dans le secret de mon cœur, n’ose par honte lever les yeux au ciel, car je vois en moi tant d’égarements, tant de laideurs et d’infamies, tant de bêtes et de figures monstrueuses et effrayantes (R 5, 20-21). Il s’agit de ce que les psychologues appellent la "face honteuse" de nous-mêmes, face que nous avons peine à nous avouer à nous-mêmes, encore plus aux autres, mais qui existe réellement.

Angèle avoue aussi ses faiblesses et ses manques de générosité : ses lenteurs à mettre en oeuvre ce que Dieu attendait d’elle : J’ai grande peine d’avoir tant tardé à me mettre au service de ta divine Majesté (R 5, 27). Elle nous rejoint ainsi dans nos plus tard, demain, pas tout de suite. Elle reconnaît son manque de docilité intérieure : Je n’ai jamais été obéissante à tes divins préceptes (R 5, 29), s’estimant toujours en deçà de l’attente de Dieu sur elle. Elle avoue sa souffrance face aux difficultés nombreuses qu’elle a dû porter : Toute adversité m’a été âpre à cause de mon peu d’amour pour toi (R 5, 30), preuve que sa sensibilité a été mise à dure épreuve par l’opposition, le manque de compréhension qu’elle a dû rencontrer. Surtout, sous la figure de l’offrande du sang, symbole de la vie, elle constate que le don d’elle-même n’a pas été entier : Jusqu’à présent, je n’ai jamais répandu ne fût-ce qu’une petite goutte de sang pour ton amour (R 5, 28).

Si nous nous en tenions à ces humbles déclarations d’Angèle, nous ne parlerions jamais de réconciliation avec elle-même. C’est la tentation qui guette souvent ceux qui, attirés par un grand idéal, ne sont jamais satisfaits d’eux-mêmes et vivent dans une perpétuelle dépréciation d’eux-mêmes, en se disant, qu’ils ne valent rien puis arrive souvent le corollaire inévitable : alors, à quoi bon continuer et faire des efforts ?
Mais Angèle n’en reste pas là.

II. COMMENT ANGELE REAGIT -ELLE ?

Sa demande de pardon au Seigneur est immédiate. Daigne, ô très bienveillant Seigneur, me pardonner tant d’offenses et chacune des fautes que j’ai pu commettre jusqu’à présent, depuis le jour de mon saint baptême (R 5, 23). Cette demande de pardon elle ne la confine pas à ses moments de prière, mais elle en vit intensément dans sa vie concrète : Je suis donc forcée, jour et nuit, en mouvement, au repos, travaillant, réfléchissant, d’élever la voix et de lancer des cris vers le ciel, en demandant miséricorde et temps pour la pénitence (R 5, 22). Ainsi, le désir d’une vraie conversion - temps pour la pénitence - la poursuit, aussi bien pendant son temps de travail que dans ses méditations. Angèle se réconcilie donc avec le mal qu’elle découvre en elle, à la lumière de la miséricorde de Dieu ; Lui seul est capable de la transformer en profondeur.

Plus encore, Angèle se sent solidaire avec le monde pécheur qui l’entoure et demande pardon pour lui, comme pour elle-même. Sa conscience du mal l’ouvre donc aux autres et la pousse à prier pour eux : Daigne aussi pardonner les péchés de mon père et de ma mère, et ceux de mes parents et amis, et celle du monde entier. Je t’en prie par ta Passion très sacrée, et par ton sang précieux répandu pour notre amour (R 5, 24-25). Ce dernier mot "pour notre amour" oriente toute la prière d’Angèle : c’est en reconnaissant l’amour du Seigneur, jusqu’à donner sa vie pour nous sauver du péché, qu’elle est prête à offrir la sienne, afin qu’Il soit connu et accueilli : Seigneur, prenant la place de ces pauvres créatures qui ne te connaissent pas, et ne se préoccupent pas de participer à ta Passion très sacrée, mon coeur se crève, et volontiers, si je le pouvais, je répandrais mon propre sang pour ouvrir les yeux aveugles de leur esprit. Angèle se montre ainsi solidaire du monde pécheur. Elle ne reste pas enfermée en elle-même. Sa demande de pardon personnelle la pousse à étendre cette même demande au monde entier, à l’image du Christ, son Époux, qui est venu "pour que tous les hommes soient sauvés".

Pour Angèle, l’amour est le plus fort, l’amour qui cherche à se donner. Qui cherche à tout donner. Nous pensons à la réaction de Marie de l’Incarnation après la vision du Sang, où elle voit simultanément son être de pécheur, l’amour du Christ qui par son sang a obtenu pour elle le pardon de ses fautes, et son propre amour pour Lui qui est prêt à tout pour répondre à l’amour premier qui l’a purifiée et sauvée. Angèle, comme Marie, ne dissocie pas la vue de sa propre fragilité et la contemplation du Christ qui a répandu tout son sang pour nous sauver. Comme Marie sa réponse est non seulement l’acceptation de ce qu’elle est, l’acceptation de ce que Jésus-Christ a fait pour elle, mais l’offrande totale d’elle-même, dans une réponse d’amour.

Vous connaissez cette offrande, qui nous rappelle celle du Suscipe de Saint Ignace : Mon Seigneur, ma seule vie et mon unique espérance, je te prie de daigner recevoir ce coeur si misérable et si impur... et de brûler chacune de ses affections et passions dans la fournaise ardente de ton divin amour (R 5, 20). Angèle commence par offrir son coeur, donc toute sa capacité d’aimer, afin qu’il soit purifié, brûlé dit-elle par Son Amour. Elle ne renonce pas à aimer, mais elle veut aimer par Son Amour. Elle accepte son coeur misérable et impur, car elle se rend bien compte que ses affections, laissées à elles-mêmes, ne sont pas toutes entièrement conformes à celles du Christ, mais en même temps, elle demande que Son Amour ardent comme une fournaise devienne la source de toutes ses affections.

Angèle fait un pas de plus et offre sa liberté. Elle reconnaît que celle-ci ne discerne pas toujours où se trouve le bien qu’elle cherche : Je te prie de recevoir mon libre arbitre, chaque expression de ma volonté propre qui, d’elle-même, infectée qu’elle est par le péché, ne sait discerner le bien du mal (R 5, 38- 39). Elle cherche donc à se réconcilier avec les erreurs du passé, où ses choix n’ont pas toujours été purement orientés vers la volonté du Père, une volonté qui subit les conséquences de la faiblesse humaine. Elle offre donc cette volonté pour accéder à la grande lumière qui est celle d’entrer, comme le Christ, dans la Volonté du Père (R 8, 3-4).

Jusqu’à présent Angèle offre au Christ, pour qu’il la transforme, tout ce qui lui est intérieur. Elle va encore plus loin et y ajoute non seulement les pensées, mais aussi les paroles et les actions, et finalement tout ce qui est à moi, et en moi et hors de moi (R 5, 22-23), donc, ce qu’elle dit, ce qu’elle fait, ce qu’elle a et tout ce qui existe autour d’elle et qui l’influence. Tout cela, je le dépose en offrande aux pieds de ta divine Majesté. Et je te prie de daigner le recevoir, bien que j’en sois indigne (R 5...14) ".

Il y a là trois éléments : d’abord la divine Majesté, Dieu dans toute sa grandeur et sa puissance, puis la petite Angèle à ses pieds, et enfin le fardeau de tout ce qu’elle est, de tout ce qu’elle a fait. Elle le Lui donne. Une fois qu’une chose est donnée, elle est donnée. On ne la reprend pas. La réconciliation est donc achevée, mais dans l’amour, un amour confiant qui sait qu’il ne sera pas refusé et qui compte sur Celui qu’elle aime pour l’aider à porter la volonté du Père.

Angèle a reçu, en effet, une mission peu banale, inouïe pour son époque. Comment va-t-elle accepter cette mission qui semble la dépasser entièrement ? Dans son être profond, comment va-t-elle se réconcilier avec l’attente de Dieu sur elle ? Nous abordons donc la troisième partie : comment Angèle va-t- elle se réconcilier intérieurement avec le plan de Dieu sur sa vie ?

III. COMMENT REAGIT-ELLE FACE À SA MISSION ?

Dans sa réalité existentielle, Angèle reconnaît son être de pécheur, mais elle ne le dissocie pas d’une autre réalité, celle du choix gratuit de Dieu, choix dont elle se sent indigne, mais qui en même temps la constitue mère de la Compagnie de Sainte Ursule. Nous savons par Cozzano, qu’elle a longtemps différé la fondation de la Compagnie, se sentant trop indigne et incapable pour une si grande oeuvre. Cozzano ajoute que le Seigneur a dû intervenir fortement et "lui crier dans le coeur" pour qu’elle se mette enfin à l’oeuvre.

Angèle a dû donc se réconcilier avec sa mission de mère et de fondatrice de la Compagnie, accepter cette tâche très particulière que Dieu lui a confiée. En s’adressant à ses filles, elle ne perd jamais de vue que ce choix gratuit de Dieu est un don extraordinaire accordé à celle qui ne cherche qu’à se mettre à son service. La première réaction d’Angèle, si consciente de son être de pécheur, est de reconnaître qu’elle ne mérite pas la confiance de Dieu : Elle est là simplement à son service. De fait, elle commence ses Avis et son Testament par ces paroles significatives : Soeur Angèle, indigne servante de Jésus-Christ (Av Prol. 1 : T Prol 1). Cependant, c’est cette indigne servante qui a été choisie par Lui. On pense à la réaction de la Vierge Marie et à certaines paroles du Magnificat...

Angèle affirme à plusieurs reprises ce choix gratuit de Dieu : Il lui a plu dans sa volonté infinie de se servir de moi comme de son instrument pour son œuvre, une telle oeuvre et si grande, quoique je fusse moi-même une servante très insuffisante et très indigne (T Prol 6-7). Dans sa bonté immense, Il m’a choisie pour être mère, vivante et morte, de cette si noble Compagnie, bien que pour ma part j’en sois très indigne, et m’ayant élue, il m’a aussi donné la grâce de pouvoir la gouverner selon sa volonté (Av 3, 3- 5).

C’est en se confiant à cet Amour à qui elle a tout donné, qu’Angèle, malgré son indignité et son incapacité, ses insuffisances, va s’appuyer pour répondre à son attente. Mais elle ne peut s’empêcher de montrer à ses filles le contraste entre ce qu’elle est vraiment dans sa pauvreté, et la tâche à laquelle le Seigneur l’a élevée : elle est son instrument, pour une oeuvre si grande, si noble, qui la dépasse. Et c’est Lui qui lui donne la grâce de gouverner selon sa volonté.

Dans cette tâche, lorsque Angèle dit "je" à ses filles, elle le fait humblement, mais avec conviction. Elle met donc toute son énergie à accomplir cette tâche d’instrument et ne se réfugie pas dans l’à-peu-près ni dans l’inaction, car il s’agit de son oeuvre.

Dans le premier Écrit, celui de la Règle, elle dira, en s’adressant à tous les membres de la Compagnie : Je vous exhorte, ou plutôt, je vous prie toutes et vous supplie, puisque vous avez été ainsi choisies pour être les vraies et virginales épouses du Fils de Dieu, veuillez d’abord reconnaître ce que cela comporte (R Prol 7-8). Je vous prie toutes ou plutôt je vous supplie par amour de la Passion de Jésus-Christ et de la Madone, efforcez-vous de mettre en pratique ces quelques avis que je vous laisse à présent (Av Prol 20-22).

Cinq années plus tard, Angèle a pris de l’assurance, ou plutôt sa confiance en ce Dieu dont elle n’est que l’instrument, s’est accrue. Dans sa Règle elle avait déjà affirmé : J’ai cette foi et cette espérance fermes et inébranlables, en l’infinie bonté de Dieu : non seulement nous surmonterons facilement tous les périls et adversités, mais encore nous les vaincrons avec grande gloire et grande joie (R Prol 25).

Le langage qu’Angèle utilise auprès des Matrones est souvent celui de la demande courtoise, car elles sont d’un rang social élevé, habituées à la déférence. En s’adressant à elles Angèle dira, Je vous prie toutes et vous supplie, par la Passion et le Sang de Jésus-Christ répandu pour notre amour, de bien vouloir mettre en pratique, avec toute la sollicitude possible, ces quelques avis qu’avec la grâce de Dieu vous trouverez exposés ci-dessous (T ProI 25-27). Je voudrais que vous ouvriez l’oeil de votre intelligence pour considérer la grande grâce et l’heureux sort qui est le vôtre (T Prol 14). Les demandes seront d’abord exprimées avec cette même réserve respectueuse : Je vous supplie de bien vouloir prendre en considération et tenir gravées dans votre esprit et dans votre coeur toutes vos filles, une à une (T 2, 1). Je vous en prie, de grâce, veuillez vous efforcer de mener vos filles avec amour et d’une main suave et douce. (T 3, 1). Je vous en prie de tout coeur, veuillez être pleines de sollicitude et de vigilance, comme autant d’attentives bergères pour ce troupeau céleste remis entre vos mains (T 10, 1-2).

Cependant, au fur et à mesure qu’elle avance, Angèle se montre plus décidée dans sa manière de poser des principes, de donner des directives, même aux Gouvernantes, qu’elle appelle mes très affectionnées mères (T 2, 10). Les derniers chapitres du Testament présentent cette évolution vers une expression plus ferme de ses désirs : Ainsi, quand il s’agit de l’utilisation des ressources de la Compagnie, Angèle dit, Je ne veux pas que vous cherchiez des conseils au dehors : décidez vous-mêmes seulement entre vous, selon que la charité et l’Esprit Saint vous éclaireront... (T 9, 5-8). Dans le dernier Legs, nous trouvons une mise en garde sérieuse : Gardez-vous, gardez-vous, dis-je, de perdre votre ferveur. (v. 23). L’appel à la confiance est tout aussi net : Il n’abandonnera jamais cette Compagnie tant que le monde durera. Car si c’est Lui, en premier lieu qui l’a plantée, qui donc pourra la déplanter ? Croyez-le, ne doutez pas, avez une foi ferme qu’il en sera ainsi. Je sais ce que je dis (v. 7-12). Chaque promesse que je vous fais se réalisera pour vous avec surabondance (v. 24). Et le Testament s’achève par une bénédiction solennelle, donnée au nom de la Sainte Trinité : Maintenant, je m’en vais et vous, entre-temps, faites ce qui est à faire. Mais d’abord je vous embrasse et je donne à toutes le baiser de paix, en suppliant Dieu de vous bénir, in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen. (v, 27-28).

Ce ton ferme est omniprésent dans les Avis adressés aux Colonelles, ou supérieures locales : Angèle a complètement intégré sa mission ; elle est maintenant toute réconciliée avec le choix de Dieu, malgré son sentiment d’indignité. Elle s’efface, car seul compte l’oeuvre que le Seigneur lui a confiée, selon sa sainte Volonté.

Après avoir demandé avec force persuasion l’observance de ses Avis, Angèle se montre particulièrement affectueuse : Je vous prie toutes, ou plutôt je vous supplie par amour de la Passion de Jésus-Christ et de la Madone, efforcez-vous de mettre en pratique ces quelques avis que je vous laisse à présent, pour être exécutés après ma mort. Ils seront pour vous un mémorial d’au moins une partie de mon vouloir et de mon désir. Et en cela je connaîtrai si vous avez à coeur de me faire plaisir (Av Prol 20-21) Elle sait que maintenant elle peut compter sur la docilité affectueuse de ses filles et ne craint pas d’utiliser même le ton de commandement pour des prescriptions qui lui tiennent particulièrement à cœur : Je vous rappelle de vous efforcer, avec l’aide de Dieu, d’acquérir et de planter en vous cette juste conviction et cet humble sentiment : ne vous jugez pas dignes d’êtres supérieures et colonelles Av 1, 2). Quand vous les visiterez, je vous donne cette charge de les saluer et de leur serrer la main aussi de ma part. (Av 5, 19). Vous leur direz la bonne nouvelle que je leur annonce de la part de Jésus-Christ et de la Madone : Combien elles doivent jubiler et faire fête... (Av. 5, 24-25).

Angèle se montre particulièrement ferme pour tout ce qui favorise l’union et la communion entre les Soeurs : Mon tout dernier mot pour vous - et je vous le dis en vous priant même avec mon sang - que vous viviez dans la concorde, unies ensemble, toutes d’un seul coeur et d’un seul vouloir... Je vous le dis, étant ainsi unies de coeur toutes ensemble, vous serez comme une forteresse ou une tour inexpugnable... et je vous certifie de plus que toute grâce que vous demanderez à Dieu vous sera infailliblement accordée (Dern Av 15-20).

Étant encore sur terre, Angèle se réconcilie non seulement avec la mission que Dieu lui a confiée sur terre : Elle la continuera même dans l’au-delà auprès du Christ ressuscité et glorieux qui se trouve maintenant au plus haut des cieux, à la droite du Père (Av 5, 44). Angèle en toute confiance se voit déjà auprès de Lui, continuant l’oeuvre qu’Il lui a confiée et d’abord celle d’aider ses filles à faire le grand passage vers leur éternité, car avec assurance elle prévoit la grâce très grande et inappréciable que Celui qui m’aime, ou plutôt qui nous aime, vous accordera au moment suprême de la mort, puisque c’est dans les grands besoins qu’on reconnaît l’amitié véritable. Et croyez fermement qu’alors surtout vous connaîtrez qui suis votre fidèle amie (Dern Av. 23-25).

En attendant, Angèle reste fidèlement auprès de nous : Sachez-le, maintenant je suis plus vivante que lorsque j’étais en cette vie : et je vois mieux. j’aime et j’apprécie davantage les bonnes actions que continuellement je vous vois faire, et à présent je veux et je peux davantage vous aider et vous faire du bien de toute sortes de manières (Av Prol 23-25). Je suis continuellement au milieu d’elles avec Celui-là qui m’aime, ou plutôt qui nous aime, nous toutes, pourvu qu’elles croient et ne perdent pas le courage et l’espérance (Av 5, 38-39). Soyez consolées, ne doutez pas : nous voudrons vous voir au ciel au milieu de nous, car ainsi le voudra aussi celui qui nous aime toutes, et qui donc pourrait lui résister ? (Dern L 17- 19).

Angèle réconciliée avec sa mission à la lumière des Avis

Lorsqu’on aborde les « Avis », destinés aux « Colonelles », qui étaient à la fois formatrices, guides spirituelles et supérieures locales, l’examen du vocabulaire qu’utilise Angèle pour leur parler, montre à quel point elle avait intégré sa mission de fondatrice et Mère principale de la Compagnie. Alors que dans sa Règle, l’on trouve surtout des phrases exhortatives, cinq années après, le style d’Angèle s’est transformé. Elle n’hésite plus à être directive, en pleine conscience de ses responsabilités et de ses devoirs envers le Seigneur qu’elle aime et qui l’a appelée à fonder et diriger la Compagnie.

Quant il s’agit du service du Seigneur, elle se montre particulièrement péremptoire : « Combien vous devez prier Dieu de vous éclairer et de vous diriger et -de vous enseigner ce que vous avez à faire pour son amour en cette tâche » (Av Prol 7). « Vous devez remercier Dieu grandement de ce qu’il ait daigné faire en sorte que vous soyez de celles à qui il demande de se dépenser pour gouverner et sauvegarder un tel trésor qui est le sien » (Av Prol 12). Demander la lumière et s’y soumettre, rendre grâce pour tout, même pour le poids d’une responsabilité : on retrouve dans ses mots les attitudes personnelles d’Angèle, plusieurs fois exprimées.

« Elle se montre tout aussi décidée pour implorer la bénédiction de Dieu sur son œuvre : « Je veux que vous soyez bénies, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Dern Av 27).

Un autre commandement significatif concerne le regard positif à poser sur chaque membre de la Compagnie : « Vous devez aussi considérer de quelle manière vous devez les apprécier, car plus vous les apprécierez, plus vous les aimerez, plus vous les aimerez, plus vous aurez soin d’elles et veillerez sur elles » (Avis Pro 19).

Continuant sa tâche de formation Angèle adresse aux Colonelles toute une série de phrases à l’impératif concernant les attitudes vis-à-vis de Dieu :
« Ayez espérance et foi ferme en Dieu, car il vous aidera en toute chose... Priez-le, humiliez-vous sous sa grande puissance, car, sans aucun doute, de même qu’il vous a confié cette charge, de même aussi il vous donnera les forces nécessaires pour la remplir... Agissez, remuez-vous, croyez, faites des efforts, espérez, criez vers lui de tout votre cœur et sans aucun doute vous verrez des choses admirables si vous orientez tout vers la louange et la gloire de sa Majesté et vers le bien des âmes » (Av Pro 15-17).

« Efforcez-vous d’agir poussées seulement par le seul amour de Dieu et le seul zèle des âmes » (2 Av 2). « Laissez faire Dieu ; il fera des choses admirables en son temps » (8 Av 9).

Angèle affirme son autorité aussi devant des grands principes de vie spirituelle, elle qui avait à son acquis des années d’expérience dans l’accompagnement spirituel : Elle demande particulièrement une humilité authentique, accompagnée d’obéissance, à l’exemple du Seigneur : « Humiliez-vous sous sa main puissante... et vous serez éclairées » (7 Av 29). « Je vous rappelle de vous efforcer, avec l’aide de Dieu, d’acquérir et de planter en vous cette juste conviction et cet humble sentiment : ne vous jugez pas dignes d’être supérieures et colonelles » (1 Av 2). « Apprenez de Notre Seigneur, lui qui, pendant qu’il était en ce monde, était comme un serviteur, obéissant au Père éternel jusqu’à la mort » (1 Av 6).

Pour Angèle, qui vivait dans un milieu qui contestait l’Église, la fidélité au Christ comportait une fidélité totale à son Épouse, l’Église : « Priez et faites prier afin que Dieu n’abandonne pas son Église... » (7 Av 24). De toute son autorité, elle demande en même temps la transformation de cœur qui mène à tous les recommencements : « Suivez l’ancienne voie et usage de l’Église ... et menez une vie nouvelle » (7 Av 22).
Comme l’a affirmé Saint Jean, la pierre de touche de notre foi c’est la manière dont nous nous aimons. Angèle est aussi directive pour demander la charité mutuelle : « Mon tout dernier mot pour vous est que vous viviez dans la concorde, unies ensemble. (Dern Avis, v1) « Soyez liées l’une à l’autre par le lien de la charité » (Dern Avis, 2). « Voyez donc combien importe cette union et concorde » (Dern Avis, 10). « Désirez-la, recherchez-la, embrassez-la, retenez-la de toutes vos forces » (Dern Avis, 11-14).

Dans leur rôle de responsables, les Colonelles sont averties de poursuivre quelques points plus importants, signalés souvent par l’expression « Vous leur direz... » « dites... » : « Dites-leur de vouloir être unies et vivre ensemble dans la concorde » (5e Av 20). « Dites-leur que où qu’elles se trouvent, elles donnent le bon exemple » (5 Av 13). Et Angèle ajoute toute sa conviction de la joie de l’au-delà et de sa présence indéfectible au long des siècles : « Vous leur direz la bonne nouvelle que je leur annonce de la part de Jésus-Christ et de la Madone : combien elles doivent jubiler et faire fête puisque dans le ciel est préparé pour toutes et pour chacune une nouvelle couronne de gloire et d’allégresse » (5e Av 24). « Vous leur direz encore que, maintenant, je suis plus vivante que je ne l’étais quand elles me voyaient corporellement » (5e Av 3S). « Dites leur qu’elles désirent me voir non pas sur la terre, mais au ciel » (5e Av 41).

D’autres directives, où Angèle ne manque pas de précisions, concernent les relations des Colonelles avec leurs supérieures, avec les Vierges, et avec le monde extérieur : Angèle insiste avec force sur l’obéissance aux Matrones : « Demeurez soumises aux mères principales que je vous laisse à ma place » (3e Avis 1). « Ce que vous faites, faites-le en leur obéissant » (3e Avis 2). « Gardez-vous absolument de vous plaindre, de murmurer, de mal parler d’elles » (3e Avis 6-7). « Conservez toujours à vos mères l’honneur et le respect » (3e Avis 10). « Faites donc en sorte qu’elles soient toutes estimées et respectées, spécialement parmi vos filles » (3e Avis 11).

Mais loin d’Angèle de proposer une obéissance aveugle. Nous lui sommes gré d’avoir ajouté des directives qui garantissent la liberté intérieure de ses filles : « S’il vous arrivait d’avoir quelque juste raison de les contredire ou de les reprendre, faites-le avec délicatesse et respect » (3e A v 6-7). « Si elles ne veulent pas en tenir compte, prenez patience » (3e A v 7). « Sachez que là où vous voyez clairement que le salut et l’honnêteté de vos filles sont en péril, vous ne devez absolument pas y consentir » (3e Av 14). « Si vous voyez qu’elles tardent à y pourvoir, usez d’instances, et en ce cas, soyez même de ma part importunes et ennuyeuses » (4e Av 4-8). En outre, Angèle n’hésite pas à donner, sous forme de conseil cette fois-ci, une possibilité de trouver en cas de difficultés, une lumière venant de l’extérieur : « Si vous avez sur le cœur quelque chose qui vous déplaise en elles, vous pourrez très bien et sans scrupule en parler en secret à quelque personne bonne... » (3e Av 13).

D’autres directives concernent directement les relations des Colonelles avec les membres de la Compagnie : attitudes intérieures à promouvoir et actions concrètes à mener : « Considérez-vous comme ministres et servantes, pensant que vous avez plus besoin, vous, de les servir qu’elles n’ont besoin, elles, d’être servies ou gouvernées par vous » (1er Avis, 3). « De même, vous aussi, soyez supérieures de cette manière-là et donc reconnaissez-vous et estimez-vous plus petites que vos filles » (1er Avis, 10). Cette humilité mènera logiquement à une attitude de bonté et de douceur : « Soyez affables et humaines envers vos chères enfants » (2e Avis, 1). Ces attitudes intérieures se concrétiseront par un véritable amour : « Aimez vos chères filles également, et n’ayez pas de préférence pour l’une plutôt que pour l’autre » (5e Avis, 1). « Prenez-les dans votre amouretsupportez-lestoutes également » (5e Avis, 5).

Angèle se montre particulièrement attachée à manifester de l’encouragement ; elle y revient à plusieurs reprises dans ses directives : « Si vous en voyez une pusillanime et timide... réconfortez-la, inspirez-lui courage, promettez-lui le bienfait de la miséricorde de Dieu, dilatez son cœur par toutes sortes de consolations » (2e A v S). « Encouragez vos filles à poursuivre courageusement l’œuvre commencée » (Dern Avis 21).

Enfin, Angèle insiste sur le bon exemple que les Colonelles doivent donner à celles dont elles sont responsables : « Vivez et comportez-vous de telle façon que vos filles puissent se mirer en vous » (6e Avis 1). « Faites en sorte qu’à votre exemple aussi, elles s’encouragent et s’entraînent à vivre vertueusement » (6e Avis 7).

Quand il s’agit des Vierges de la Compagnie, le ton d’Angèle devient exhortatif et non plus directif. L’on pourrait s’en étonner. Pourtant, il y a là un élément très important dans l’exercice de l’autorité : Angèle ne veut pas prendre la place des Colonelles, responsables de la formation et de l’accompagnement des Vierges. Elle leur délègue ses pouvoirs. C’est à elles à se montrer fermes dans les exigences de la vie consacrée au Christ. Angèle ne fait que suggérer les points sur lesquels les Colonelles devront insister ; ainsi, toutes les phrases qui concernent directement les Vierges commencent par une forme optative : « Qu’elles cherchent à mettre la paix et la concorde où elles seront. Par dessus tout qu’elles soient humbles et affables. Que tout leur comportement ; leurs actions et leurs paroles soient animés de charité et qu’elles supportent toutes choses avec patience » (5e Av 16-1S). « Qu’elles fassent honneur à Jésus-Christ. Qu’elles mettent leur espérance et leur amour en Dieu seul » (5e Avis 21-22).

Il n’y a qu’une seule exception, où Angèle utilise une forme plus directive, lorsqu’il s’agit de la joie du ciel : « Combien elles doivent jubiler et faire fête, puisque dans le ciel est préparé pour toutes et pour chacune une nouvelle couronne de gloire et d’allégresse » (5e Av 24). Vous pourriez reprendre pour votre compte tous les autres Avis. Vous verrez combien Angèle fait confiance à ses supérieures locales, en exprimant ses souhaits par rapport à la vie concrète des membres de la Compagnie.

Sœur Marie Seynaeve
Ursuline de l’Union Romaine

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