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Pédagogie vocationnelle

La pédagogie vocationnelle de Sainte Angèle Merici

Dans une lettre de 1566, le Père Francesco Landini écrit au Père Visdomini de Milan, franciscain, une courte biographie de Sainte Angèle Mérici. Il relate les faits essentiels, dont la vision de jeunesse, où Angèle Mérici aurait reçu la révélation non seulement de sa mission, mais aussi du développement futur de la Compagnie dans le temps et dans l’espace, car "... elle devait fonder une Compagnie de Vierges, laquelle allait s’étendre..."
Nous y lisons aussi qu’à la mort de Sainte Angèle Mérici les Vierges de Sainte Ursule étaient déjà une centaine. Bellintani de son côté avance le chiffre de 150, englobant probablement non seulement celles qui déjà s’étaient engagées définitivement, mais aussi les jeunes filles en formation.
Comment Sainte Angèle Mérici s’y est-elle prise pour rassembler en cinq années un si grand nombre de consacrées ?
La Madre avait spécifiquement légué à ses filles l’apostolat de l’encouragement des vocations (9e Legs, v 10). Cozzano nous rapporte qu’elle avait une si haute estime de la vie consacrée ursuline qu’elle s’écriait :
« Plût au ciel que le monde entier vienne sous l’étendard de cette Compagnie !"
De fait, nous voyons qu’aujourd’hui, effectivement, la vie ursuline se trouve répandue dans le monde entier.
Le grand apostolat personnel d’Angèle, en plus du charisme de l’enseignement de l’Écriture Sainte et de l’animation spirituelle, fut celui d’éveiller les vocations. Où plutôt, grâce à ce double charisme, Angèle fut une éveilleuse de vocations. Quels furent les moyens choisis par elle pour y parvenir ?


I. Formation à la vie chrétienne

Nous savons qu’une partie du charisme d’Angèle Mérici tenait au rayonnement de sa personnalité : elle attirait par ce qu’elle était, elle attachait d’autres à sa personne, stimulant le désir d’agir comme elle :
"Elle proclamait à tous la foi au Dieu très haut avec tant de grâce, que tous s’attachaient à elle". (Nassino)

Par la Parole et par l’exemple
Plusieurs exemples de cette puissance d’attraction dans toutes les couches de la population mettent ses dons en évidence : Angèle Mérici attire l’amitié du marchand Antonio Romano, de l’humaniste Agostino Gallo, du prince Francesco Sforza, du dignitaire ecclésiastique Pierro della Puglia, de la Seigneurie de Venise, des matrones de la noblesse bresciane, d’Elisabetta Prato, et surtout des petites servantes et ouvrières qu’elle côtoyait et qui allaient composer la plus grande partie de la compagnie.
D’où venait cette puissance d’attraction ? Nassino l’attribue au charme de sa personnalité, Faino à la douceur de ses paroles, Bellintani à son tempérament gai et joyeux. Certainement Sainte Angèle devait jouir d’un don de communication et d’une facilité de parole. Gallo nous dit qu’à Crémone sa chambre était assaillie de visiteurs du matin jusqu’au soir et qu’à sa parole beaucoup se convertissaient. Ce don d’attraction et de douce persuasion, Angèle Mérici l’avait reçu dès sa jeunesse :
"Alors qu’elle était encore jeune, grâce à son exemple et à son enseignement, l’esprit de sainteté s’éveillait en un grand nombre de personnes." (Bellintani, Mon. 91)
Il semble que ce don allait croissant :
"Partout où elle allait, alors qu’elle augmentait en âge, son influence s’affermissait ainsi que sa sainteté. On en voyait les fruits : on venait la visiter, et à ses visiteurs elle accordait des conversations toujours spirituelles. Par son intermédiaire, Dieu opéra la conversion de beaucoup de personnes". (Bellintani, Mon. 93)
Surtout, Angèle avait une transparence à Dieu qui ne trompait pas : l’autre se sentait respecté en ce qu’il était. Il sentait chez Angèle une absence de possessivité :
"Elle ne pensait jamais aux autres, sinon pour faire en sorte qu’ils soient plus agréables à Dieu et plus acceptés de Lui, voulant toujours que la divine volonté fut la sienne." (Bellintani, Quer.10)
Sainte Angèle Mérici se présentait aux autres d’une manière si humble, si pauvre et simple, qu’elle inspirait confiance : "Son humilité... la rendait agréable à tous, et la retenait de cette austérité de parole que l’on remarque chez les gens adonnés à la pénitence". (Bellintani, Quer. 5).
Par son exemple et sa douce persuasion elle amenait beaucoup de personnes à changer de vie : "Elle en tira beaucoup du péché par son exemple et ses paroles, et elle les achemina sur la voie de la vie chrétienne". (Bellintani, Ouer. 19) "Tous accoururent auprès d’elle pour trouver conseil, consolation et réconfort, aide dans leurs besoins ; elle faisait du bien à tous par ses encouragements, ses conseils, et surtout par sa prière". (Bellintani,Quer. 22)

Que disait-elle ?

D’après les Écrits d’Angèle Mérici, nous pouvons entrevoir le genre d’exhortations qu’elle faisait : elle abordait une vraie catéchèse trinitaire, évangélique et ecclésiale, stimulant la foi et l’agir chrétien.
Surtout, Angèle avait reçu un don particulier pour expliquer et faire goûter la Sainte Écriture.
"Sans avoir jamais étudié (la Sainte Écriture), elle faisait des sermons si beaux, si savants, si spirituels, qui parfois duraient une heure". (Chizzola, 8v).
Si Angèle n’a jamais étudié, nous savons par ailleurs qu’elle lisait beaucoup la Bible, ainsi que des commentaires de la parole de Dieu et les oeuvres des Pères de l’Église. Son enseignement était donc fondé sur des bases solides.
Sainte Angèle Mérici cite surtout des paroles du Christ, de Saint Paul, des psaumes. Elle explique, elle paraphrase, elle en tire une application pratique.
Par exemple, dans le Prologue de sa Règle, Angèle s’adresse à des jeunes qui comme ceux d’aujourd’hui se trouvent dans une société désaxée. Il faut affermir leur volonté, stimuler leurs désirs :
"Faites tous les efforts possibles... cherchez tous les moyens nécessaires... faites des progrès... persévérez dans le bien", dit-elle. Elle termine ses encouragements par ces paroles : "Celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé". (R. Prol, 9-11)
Sainte Angèle croit en la force de la Parole de Dieu qu’elle cite spontanément : "Bienheureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent". v11. Angèle explique le sens d’"écouter", de "garder" :
"Écouter la Parole c’est recevoir la lumière, Angèle continue : "C’est-à-dire, Bienheureux ceux à qui Dieu aura inspiré la lumière de la vérité." v12.
"Ecouter" c’est laisser la lumière pénétrer nos coeurs jusqu’au désir, car elle précise : "Bienheureux" ceux à qui Dieu aura donné le désir ardent de leur patrie céleste" v. 12.
"Garder" la Parole, c’est lui être fidèle, mais c’est aussi la laisser vivre en nous, se développer en nous, l’entretenir comme on entretient une flamme vive. Et Angèle ajoute "Bienheureux ceux qui chercheront à conserver en eux-mêmes cette parole de vérité et ce bon désir". v 12.
Après ce commentaire très dense de la Parole, vient l’application pratique : "Seule la personne qui voudra prendre les moyens et les voies nécessaires pour persévérer dans son dessein pourra réussir de façon sûre" v 13. Ces moyens, le texte les révèle les uns après les autres : vigilance, fidélité, espérance et, enfin, courage. Pour illustrer ce dernier point Angèle choisit dans l’Écriture une personnalité féminine vigoureuse : Judith qui, après avoir prié et jeûné, après s’être assurée de la prière de ses compatriotes, ose pénétrer auprès de l’ennemi, tout en priant Dieu de lui donner force et courage pour lui trancher la tête. C’est ainsi que nous devons trancher la tête au diable ! v 30.
Voici un autre exemple : Dans le Chapitre 5 de la Règle, Sainte Angèle Mérici cite comme modèle la prophétesse Anne, qui servait Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière, v3. Pourquoi cet exemple ? Parce qu’Anne de toute son énergie et avec une longue patience s’attendait à voir un jour le Messie... ET ELLE L’A VU ! C’est bien cela le but de toute prière : voir Jésus-Christ, contempler sa "face illuminée", comme le dit Angèle Mérici.
De quoi Angèle entretenait-elle encore ses auditeurs ? Les témoins de sa vie nous le racontent :
Du ciel : A Vérone les Brescians se trouvaient dans une ambiance de crainte, d’insécurité et de violence à l’approche des armées de Charles-Quint. Angèle que l’on croyait mourante, à l’annonce de la proximité de son trépas "se redressa d’un seul coup... et parla au moins une demi-heure de la félicité de la patrie céleste avec une telle véhémence que son visage ne cessait de briller, comme si elle eût été un Chérubin". (Gallo, 9).
De la prière, du jeûne, de l’Eucharistie, de la virginité.
Si Angèle Mérici exhorte à la prière, aux jeûnes, à la fréquentation de la sainte communion et à la virginité. (Gallo 10v), elle en donne elle-même un exemple constant. Gallo en est émerveillé : "Ses oeuvres tenaient du divin plutôt que de l’humain" (Gallo, 9v) :
"Parce qu’elle dormait très peu, il faut croire qu’elle passait la plus grande partie de la nuit à prier, considérant et contemplant ces choses divines qu’il est donné à peu de personnes de contempler... Elle communiait tous les jours qu’elle le pouvait, restant devant le Saint sacrement plusieurs heures de la matinée pour entendre des Messes" (Gallo, 10v).

Ainsi par sa parole et son exemple, Angèle Mérici encourage à une vie chrétienne fervente, posant les bases qui permettront de prendre conscience d’un appel éventuel du Seigneur.
Son ascendant spirituel répondait à un besoin de son temps : "On avait alors un grand besoin de doctrine sûre et de tels enseignements, parce que beaucoup de personnes spirituelles étaient trompées et dans l’erreur". (Bellintani, Quer. 8). "Ses paroles claires et ardentes eurent beaucoup de puissance..." (Bellintani, Quer. 12).

Par l’accompagnement spirituel :
Toute cette activité, tous ces dons firent de Sainte Angèle une maîtresse de vie spirituelle. "Le Seigneur lui avait donné le discernement des esprits, afin qu’elle puisse guider les autres avec sûreté". (Bellintani, 8). "Grâce à l’expérience acquise depuis sa jeunesse, elle avait une doctrine sûre et vraie". (Bellintani, Mon., 100). "A tous elle enseignait le vrai chemin pour avancer dans la vie spirituelle et la manière sûre de faire oraison". (Bellintani, Ouer. 8). Pour prévenir les illusions, "elle avertissait les autres avec affection" (Bellintani, Mon, 100).
Quelques traces de ces "avertissements" se trouvent dans ses Écrits :
Elle suggère la prudence en face de confesseurs ou de religieux qui, sous prétexte de bien, détourneraient les Vierges de la pratique de la Règle ou de la virginité. (7e Avis, 6-7)
Elle met le doigt sur l’inconséquence de vouloir suivre le Christ et "refuser les moyens et les règles nécessaires pour se maintenir à son service." (Règle, Prol. 14)

Surtout, Angèle sut discerner l’appel du Seigneur en d’autres ; elle les aidait à en prendre conscience et les encourageait à suivre cet appel. Nous en avons plusieurs exemples : le fils d’Angelo Merici, Stefano Bertazzoli, les Matrones, les nombreuses vierges de la Compagnie. Elle encourageait tout autant les vocations laïques : Francesco Sforza dans ses devoirs de chef d’état, les appels à. la vie conjugale, les occasions de faire des testaments valables. On la consultait pour les choix décisifs qui déterminent toute une orientation de vie.


II. Formation du groupe

En examinant la vie de Sainte Angèle Mérici, nous nous trouvons devant une situation de fait : des jeunes se groupent autour d’elle ; elle attirait à sa suite des femmes et des jeunes filles qui "accouraient auprès de cette Vierge pour obtenir quelque réconfort dans leurs difficultés matérielles et spirituelles" (Faino, 26-27). Ainsi, "grâce à elle, beaucoup de personnes s’étaient graduellement retirées d’une vie mondaine pour mener une vie spirituelle. Parmi elles, un grand nombre de femmes - matrones et vierges - constituèrent finalement la Congrégation de Sainte Ursule". (Bellintani, Mon. 108).
En 1524, Angèle Mérici se rend à Jérusalem, où, au Mont Calvaire, elle reçoit une grâce spéciale pour transmettre l’appel à la virginité consacrée. L’année suivante, Clément VII lui donne "permission et bénédiction"’ (Bellintani, Mon. 97), pour la fondation de son nouvel Institut. Pourtant, le grain germa durant dix années de formation dans l’ombre... et dans une prière intense :
"C’est dans l’oraison que lui vint l’ardent désir d’attirer et d’unir au Christ un si grand nombre d’épouses. C’est là que lui vint la pensée de s’engager dans cette oeuvre. Là elle fut éclairée de la manière de s’y prendre". (Bellintani, Quer. 11). "Là elle reçut de l’oraison tant de force de la part du Christ, qu’elle se porta avec courage à cette entreprise... C’est là qu’elle puisa la certitude que le Christ l’avait choisie pour ce but : planter dans son Église ce saint institut". (Ibid.) "Il l’avait privilégiée de grâces et de dons tellement adaptés à ce but, qu’Il enflammait continuellement son coeur d’un désir ardent de conduire des jeunes filles à prendre le Christ comme Époux, en Lui consacrant leur virginité". (Bellintani, Ouern. 24)
Peu à peu le projet se précise. Doneda nous informe qu’à cette époque (vers 1532) Angèle s’adonnait avec grand soin et attention à la formation des jeunes qui l’entouraient : "La Bienheureuse Angèle avait sous sa direction quelques jeunes filles qui avaient décidé de suivre son exemple, en vivant dans la sainte virginité et en tendant à la perfection chrétienne. Des veuves et des matrones, désirant elles aussi servir et aimer Dieu de tout leur coeur dans leur propre état de vie, s’étaient jointes à elle". (Doneda, 69-70).
Ne peut-on penser qu’à cette époque Angèle allait personnellement visiter chacune, comme elle le suggère dans le 5e Avis ? Ce texte ne nous livre-t-il pas un résumé de la manière de faire de la Madre, tant qu’elle en avait la force ?
Ainsi Angèle Mérici préparait-elle longuement le moment décisif où elle allait entreprendre une formation en groupe, réunissant ces jeunes filles pour des expériences spirituelles qui les lieraient les unes aux autres, en les liant au Christ.

Varallo, ou l’expérience spirituelle commune
Vers l’année 1532, Angèle se rend une deuxième fois à Varallo, accompagnée cette fois-ci "de douze autres personnes spirituelles" (Nazari, Vita 3v). Faino a voulu y voir des jeunes filles, futures compagnes d’Angèle, que celle-ci aurait amenées en ce lieu pour "accroître leur ferveur et leur amour pour Dieu" (Faino, 41).
Son but était de faire fructifier avec elles la grâce du Calvaire. Pour Sainte Angèle il était important de vivre ensemble une expérience spirituelle profonde qui lie à Jésus-Christ et rassemble dans un projet commun.
Les moyens ? Une route, un pèlerinage qui comportait 5 à 6 jours à l’aller, une petite semaine de séjour, 5 à 6 jours pour le retour. Pendant près de 20 jours, Angèle allait centrer les jeunes qui l’accompagnaient sur Jésus-Christ. Les chapelles qui représentaient les différents épisodes de la vie du Christ en grandeur naturelle allaient aider à donner un contenu à la prière, à visualiser et rendre plus réels les mystères de l’Évangile, à se voir dans la scène biblique... et ceci dans une expérience de prière commune et de partage spirituel prolongé.

L’Oratoire : lieu privilégié de formation commune
Lorsque Sainte Angèle Mérici s’établit à Sainte Afre vers 1532-1533, elle cherchait un endroit au centre de la ville assez vaste pour lui permettre de réunir les vierges et les veuves d’une manière régulière. Nous savons qu’Isabetta Prato, une des veuves qui s’étaient attachées à Angèle, "lui donna une pièce à l’écart, dans le quartier de la Place du Dôme" (Faino, 42). Un des premiers soucis d’Angèle fut de le faire décorer de scènes de la vie du Christ et d’évocation des saints ; il s’en dégageait une vraie catéchèse par l’image :
Dans le couloir d’entrée des peintures évoquant les saints Faustin et Jovite, fondateurs de l’Église de Brescia, rappelaient qu’ils étaient frères, et qu’ils avaient souffert le martyre pour le Christ. Au dessus de la porte d’entrée figuraient trois mystères de l’Enfance :
l’Annonciation, la Nativité, et Jésus retrouvé au Temple. Ce dernier portait l’inscription significative, "Ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? "
La Passion du Christ avait surtout retenu la dévotion d’Angèle : dominant l’autel au fond de la pièce, une fresque représentant la Crucifixion attirait les regards, et, de chaque côté, trois grands tableaux évoquaient pour les Vierges les différentes étapes des mystères douloureux du Sauveur.
Le choix des saints dont les peintures ornaient l’Oratoire est particulièrement significatif ; ce furent les modèles que la Madre encourageait à imiter : Sainte Ursule, vierge et martyre, est l’apôtre d’autres jeunes qu’elle encourage à s’offrir dans le don d’elles-mêmes au Christ, Sainte-Afre, première vierge martyre de l’Église de Brescia, entourée de bêtes féroces, tout en recevant une couronne de gloire, rappelle les joies de l’éternité, en contraste avec les souffrances de la terre (cf. 5e Avis). Sainte Elisabeth, en vêtement de Tertiaire franciscaine, servant à table, tandis que d’autres vierges dévident la quenouille et filent, accomplit les humbles services qui sont le lot de la plupart des vierges, elles-mêmes servantes ou occupées aux travaux de maison ; enfin, Saintes Paule Romaine et Eustochium symbolisent l’amour de la prière et de l’Écriture Sainte.
L’Oratoire devait surtout servir de lieu de réunion ; ce fut véritablement le berceau de la Compagnie. Selon Faino, "En 1’an 1533, la servante de Dieu fit aménager un oratoire où elle se retirait avec ses filles pour faire de ferventes prières, et traiter des affaires de la Compagnie qu’elle envisageait de fonder. Elle les exhortait par de saints enseignements à servir le Seigneur et à Lui faire souvent le sacrifice d’elles-mêmes". (F, 43). En relatant le même fait, Doneda ajoute, "par de pieux exercices... comme en un noviciat régulier, elle examina et éprouva pendant environ deux ans et peut-être davantage l’esprit de ses disciples qui devaient devenir les pierres fondamentales de la règle (de vie) projetée" (D 71).
Cozzano de son côté ajoute une lumière sur la manière dont Angèle Mérici procédait pour construire lentement les différentes parties de sa Règle : "Ce qu’elle enseignait aux autres, elle l’obtenait des vierges en leur donnant l’occasion de le faire. Ensuite, elle les consultait et les exhortait à agir." (CD 974r).
De ces textes nous pouvons déduire les différents modes de formation utilisés par Angèle à l’Oratoire. Il s’agissait de :
Prière commune (dont la Messe),
Enseignement,
Mise en pratique, suivie d’évaluation,
Exhortations personnelles.


III. CONNAISSANCE PRÉCISE DE L’INSTITUT

En préparant ses filles à entrer dans la Compagnie de Sainte Ursule, il semble qu’Angèle Mérici ait voulu leur inculquer un sens très clair du genre de vie auquel elles étaient appelées : Consacrées au Christ comme épouses, elles vivaient en dehors du cloître, dans une fraternité accessible à toutes les couches de la société, sans apostolat précis, à la manière des Apôtres et des vierges de la Primitive Église.
Épouses du Fils de Dieu
L’insistance d’Angèle sur la dignité d’Épouse du Christ, dans ses Écrits, n’est pas à démontrer. D’autres textes affirment que les membres de la Compagnie étaient perçus comme des consacrées. Cozzano reproduit la Supplique de la Bulle qui ne laisse aucun doute à ce sujet :
"Il y a quelques années, il se trouva des jeunes filles et d’autres femmes (c’est-à-dire des vierges qui n’étaient plus jeunes, mais mûres et expérimentées) qui, ayant dédaigné et éteint en elles le goût des plaisirs du monde, ont aussi refusé l’amour et la compagnie d’un homme mortel. Touchées et enflammées par l’Esprit divin, elles désirent, par leur perpétuelle virginité et par l’odeur de leur bonne renommée, faire un sacrifice agréable au Très-Haut, en suivant le bon plaisir de Celui qui est le plus beau des enfants des hommes. Désirant s’adonner à la perfection de la charité et à d’autres oeuvres de piété, elles ont organisé et institué la Compagnie susdite"... (Cozzano, D, 973 rv).
Doneda de son côté reproduit dans sa Vita l’introduction à une ancienne règle manuscrite, que l’on croit avoir aujourd’hui retrouvée. La simplicité de style et le ton direct de cette préface pourraient être attribués à la Madre :
"Puisque dans la vie chrétienne on loue l’état de virginité et de veuvage comme étant plus apte à s’adonner aux choses de Dieu que l’état du mariage (cf. l Cor. 7, 32-35), et puisque tout le monde n’est pas appelé au Monastère, nous avons institué une petite règle pour celles qui voudront servir Dieu dans la virginité ou le veuvage". (Doneda 148, n. 48).

Virginité dans le monde
Bellintani souligne la nouveauté de la Compagnie : "Il s’agit pour des jeunes ferventes et amoureuses du Christ, d’une nouvelle manière de l’épouser par la céleste virginité, tout en vivant parmi les hommes, comme un beau lys parmi les épines." (Bellintani, Prol.)
Landini est tout aussi explicite sur la nature de la Compagnie :
"Il semble que la Divine Providence ait suscité cette vocation honorable pour aider et exalter de nombreuses vierges, riches et pauvres, qui, tout en ayant de la considération pour la vie religieuse, ne se sentent pas inclinées à s’enfermer avec tant de rigueur dans le cloître, ni à se lier par des voeux, ou ne peuvent se cloîtrer en raison de leur pauvreté ou ne le veulent pas pour d’autres bons motifs. Elles n’en désirent pas moins suivre l’Agneau partout où il va... "

Pour toutes les couches de la société
En examinant l’Acte d’é1ection d’Angèle Mérici en 1537, la liste nominative des électrices nous révèle que la plupart des membres de la Compagnie étaient des filles d’artisans et de travailleurs ; quelques-unes étaient au service de Dames de l’aristocratie bresciane. Une petite minorité seulement appartenait à la noblesse de la région. Angèle voyait une autre noblesse que celle du rang et de la famille ; on se souvient de son insistance sur ce point : "Combien de reines (personnes) auraient voulu être vos petites servantes... " (Règle, Prol v.6). Il reste vrai, néanmoins, que dans son Institut, il n’y avait aucune différence parmi les membres, même d’origine sociale différente. Elle avait su réaliser dans la vie concrète un idéal de fraternité universelle !

Sans apostolat spécifique à la manière de l’Église Primitive
Le but de la Compagnie était clairement marqué : permettre à des jeunes filles de se consacrer au Christ tout en restant dans le monde, et cela indépendamment de tout but apostolique précis. Cozzano insiste sur le fait que les Vierges, à l’imitation d’Angèle Mérici, vivaient selon le modèle des Apôtres "cette vie maintenant renouvelée par Dieu, conforme à la manière de vivre des Apôtres et de l’Église Primitive" (CR, Il). Il s’agissait de suivre le Christ dans une union de la contemplation et de l’action.
Si Cozzano emploie le mot "apostolique", il l’utilise donc dans le sens de vie conforme à celle des Apôtres, par l’imitation du Christ, en annonçant la Bonne Nouvelle tout en restant dans le monde. Lorsque le secrétaire d’Angèle qualifie la Madre d’"apôtre nouvelle", il évoque l’idée d’ une apôtre "renouvelant dans notre temps très corrompu" la manière de vivre des Apôtres, qui avaient été unis à Dieu par la contemplation "au milieu des activités qu’ils accomplissaient pour son seul et pur amour". (CR 51). De son côté Faino rappelle que les Vierges vivaient comme celles de la primitive Église (F 52), et Doneda assimile la manière de vivre des Vierges à celle "des premiers siècles". (D 72).


Portée vocationnelle des Ecrits de Sainte Angèle Mérici

Pour mieux comprendre la portée vocationnelle d’une partie des Écrits de sainte Angèle, il faut nous mettre devant une situation de fait :
Sainte Angèle Mérici rédige sa Règle entre 1532 et 1535, à une époque où la Compagnie n’est pas encore établie officiellement, et où toutes les jeunes qu’elle dirige sont encore en formation.
En 1535, vingt-huit Vierges s’engagent définitivement dans la Compagnie ; l’année suivante, vingt-huit encore. En 1537, 63 Vierges sont présentes au Chapitre d’Élection d’Angèle.
Il faut donc conclure qu’au moment de la rédaction de la Règle, ces jeunes en formation dépassaient la soixantaine, et que les Écrits de Sainte Angèle Mérici en sont influencés.
La formation entreprise par Angèle ne consistait pas seulement en une préparation à la vie consacrée, mais en bonne partie, comme ses Écrits nous le révèlent, à une simple formation chrétienne, voire, humaine.

 

 


Quelle portée vocationnelle trouvons-nous donc dans les Écrits de sainte Angèle ?

 


I- Favoriser les vocations

Par le milieu de vie
Coopération avec les familles
Angèle veut s’assurer que la future Vierge de la Compagnie sera aidée par un milieu porteur. Avant l’entrée dans l’Institut, la famille - ou les employeurs - devaient garantir la liberté d’action de la candidate :
Si elle a son père, sa mère ou d’autres supérieurs, elle doit avant tout demander leur consentement. Ainsi les gouvernantes et les gouverneurs de la Compagnie pourront à leur tour en conférer avec eux, afin qu’il n’aient aucune raison légitime s’ils voulaient par la suite empêcher la jeune fille de se soumettre à cette sainte Règle (R 1, 7).
Le Cérémonial de la Compagnie laisse entrevoir implicitement la même exigence : Lors de la "présentation" des candidates - nous dirions aujourd’hui, l’entrée au postulat - sont présents à la Cérémonie non seulement le père spirituel ou confesseur principal des Vierges, mais les Supérieurs, les père, mère, frères et soeurs de la candidate ; ainsi l’entourage immédiat s’engageait lui aussi, en quelque sorte, à respecter la liberté de la candidate au sein dela famille ou de son milieu de travail.

Formationd’une certaine durée
Angèle Mérici commence la formation très tôt, au seuil de l’adolescence. L’expérience actuelle ne nous prouve-t-elle pas que c’est souvent à ce moment que les jeunes prennentconsciencede l’appel du Seigneur ? De plus, Angèle entend assurer une formation de longue durée : environ six ans !
"La jeune fille doit avoir au moins 12 ans quand elle se présentera... On rappelle donc que les adolescentes à moins de douze ans peuvent être reçues seulement pour être préparées à entrer dans ce genre de vie tout à fait nouveau. " (R. 1, 9)
En commençant la première formation à l’âge de 12 ans, Angèle prévoit l’admission définitive vers 18 ou 20 ans, instaurant ainsi 6 à 8 années de formation sans discontinuité, comportantdes contacts réguliers, au moins hebdomadaires avec les formatrices, et bimensuels avec d’autres membres de la Compagnie.

Utilisation des biens de la Compagnie pour assurer ce milieu et cette formation
Angèle n’a pas hésité devant certains moyens plus onéreux pour assurer la formation de ses filles : Les trois semaines de pèlerinage à Varallo représentent une dépense certaine. L’ornementation de l’Oratoire dont elle eutl’initiative et la responsabilité exigeait certes des moyens financiers, sans compter l’ameublement d’une salle destinée à recevoir au moins une soixantaine de jeunes filles. Nous savons qu’Angèle Mérici possédait certains biens ; les redevances qu’elle payait à la commune de Desenzano sur les terres qui luiappartenaientensont la preuve. Tout en vivant très pauvrement, elle savait utiliser ses biens pour le profit spirituel d’autrui ; nous trouvons dans ses Écrits des indications précises à ce sujet :
"Dépensez l’argent que vous aurez pour le bien et le développementde la Compagnie... en dirigeanttout pour le bien et le profit spirituel de vos chères enfants, autantpour inciter et pousser à un plus grand amour et à l’obligation de bien faire celles qui s’y trouvent déjà que pour en attirerd’autres" (9e Legs, 4, 8-10)
"Tel est le vrai but, agréable à Dieu, de l’aumône et de la libéralité : détourner par ce moyen la créature du mal et du vice, et la porter au bien, aux bonnes moeurs, ou au moins à un plus grand profit spirituel." (9e Legs, v 11-13)

Par une formation de base
A la foi chrétienne
Les Écrits d’Angèle contiennent toute une catéchèse de base : presque tous les articlesdu Credo s’y trouvent. (cf. Le Message d’Anqèle Merici..., pistes catéchitiques » de Sr Anne-Ghislaine Nicolas, mémoire présenté à "Lumen Vitae", juin 1986). Cette catéchèse est éminemment trinitaire.
Sainte Angèle Mérici rappelle que le Père est amour, providence, qui "veut et peut" favoriser notre bien. "Criez vers Lui... ne vous découragez pas"... Le Christ est pour elle l’Époux, qui a donné sa vie pour nous, et qui nous attend dans son Royaume de lumière. Il est le Maître qui nous enseigne et que nous devons écouter. Il est notre modèle que nous sommes appelées à imiter en sa douceur, son humilité, son obéissance. L’Esprit-Saint est Celui que nous devons invoquer avant une démarche, une décision. C’est Lui le maître intérieur que nous devons écouter et à qui nous sommes appelées à obéir...
Toute la vie chrétienne se déroule pour Angèle sous le signe d’une option fondamentale d’amour, amour pour Dieu et amour pour le prochain. Cette option d’amour conditionne tout l’agir chrétien.

A l’agir chrétien
Rappelons que la Règle s’adresse à toutes les Vierges, et qu’au moment de sa rédaction celles-ci se trouvaient encore en formation à des stades divers. Il n’est donc pas étonnant qu’Angèle ajoute aux grands principes de vie spirituelle, des exhortations destinées aux commençantes ; voyons-en quelques exemples :
la prière
"On rappelle que chacune doit être prompte et diligente à la prière".
"Nous conseillons la prière vocale, qui, en faisant intervenir les sens corporels, nous dispose à l’oraison mentale. " (R 5, v1, 6-8).
"Chacune de vous dira volontiers chaque jour avec dévotion et attention, au moins l’Office de la Sainte Vierge et les sept Psaumes de la pénitence". (R 5, v 9).
"Celle qui ne saurait pas réciter cet Office demandera aux soeurs qui le savent de le lui enseigner." (R 5, v. 11)
"Pour donner matière à l’oraison mentale et lui ouvrir la voie, nous exhortons chacune à élever son esprit vers Dieu et à s’y exercer chaque jour." (R 5, v. 15)
Nous voyons donc la place qu’Angèle accorde, dans la formation, aux "exercices de piété » et à tous les moyens qui peuvent favoriser l’entrée dans un véritable esprit de prière.
À une époque où les églises n’étaient pas uniquement des lieux de culte, mais des endroits où on se rassemblait pour des motifs politiques ou économiques, pour échanger les dernières nouvelles ou pour des rencontres galantes, l’on comprend qu’Angèle ait demandé aux Vierges de s ’y tenir "avec modestie et dévotion" (R 6, 2) lorsqu’elles assistaient à la messe.
Quant à la confession, Angèle rappelle qu’"elle (la Vierge de Sainte Ursule) confesse son péché et en demande pardon ; qu’elle se tienne toujours agenouillée devant le confesseur, avec crainte et révérence, jusqu’à ce qu’elle ait reçu l’absolution". (R 7, v. 11). Ces diverses prescriptions s’adressent à de jeunes commençantes dont il faut assurer parfois la première formation religieuse.

La fuite des occasions de péché
Plusieurs avertissements dans les Écrits montrent le souci d’Angèle de préciser clairement les circonstances qui pourraient devenir pour les jeunes en formation des occasions d’infidélité à l’appel reçu :
"Si leur père ou quelque autre supérieur du monde voulait les exposer à ces périls ou à d’autres semblables (dangers, embûches et pièges diaboliques... tels que s’attarder dans les rues, aller aux noces, bals, tournois et autres divertissements mondains, fréquenter des femmes de mauvaise vie) ou bien les empêcher de jeûner, de prier, de se confesser, ou de faire quelque autre sorte de bien, qu’elles s’ empressent d’en référer aux gouvernantes de la Compagnie afin que celles-ci prennent les mesures nécessaires. " (R3, 3, 5, 8-10)
"Pour ce qui est des fréquentations mondaines, veillez particulièrement à ce que vos filles ne prennent pas de privautés avec des jeunes gens et d’autres hommes, fussent-ils spirituels". (7e Avis, v2)
"Ne les laissez pas non plus, autant que vous le pouvez, fréquenter des femmes oisives auxquelles il déplaît de vivre chastement et qui aiment les discours futiles et les plaisirs mondains". (7e Avis, 4-5)
"Veillez bien à ce qu’aucun confesseur ou autre religieux ne détourne les vierges d’aucune bonne résolution... ou du ferme propos de garder la virginité, ou de l’estime de cette sainte Règle... Car beaucoup d’entre eux, sous prétexte de donner des sages conseils, détournent souvent l’esprit d’un grand nombre de pauvres filles de leurs bons sentiments et bonnes résolutions. " (7e Avis, 6-19)
"Si vous entendez dire que quelque prédicateur ou autre personne a une réputation d’hérétique ou prêche des nouveautés qui sortent de l’usage commun de l’Église et qui sont contraires à ce que vous avez reçu de nous, alors avec beaucoup de tact, empêchez vos enfants d’écouter de telles personnes. Il arrive souvent, en effet, que soient plantées dans l’esprit des semences mauvaises, qu’il est ensuite très difficile de déplanter". (7e Avis, 12-16)
Ainsi Angèle tente-t-elle de déjouer les pressions d’origine familiale, sociale ou ecclésiastique qui pourraient devenir pour les Vierges des sources d’infidélité.

Charité et vérité
La Madre évoque l’importance du témoignage et de l’exemple, surtout celui de la charité : "Qu’elle soit joyeuse et toujours pleine de charité" (R 9, 11) ; "Que votre bonne tenue et votre prudence soient visibles à tous". (R.9, 12.) "Que toutes nos paroles, nos actes et nos démarches puissent toujours servir d’enseignement et être un sujet d’édification pour tous ceux qui auront affaire à nous ; ce qui se fera si nous avons à coeur une vraie charité." (R9, 21). "Dites-leur que, où qu’elles se trouvent elles donnent le bon exemple, et que tous puissent respirer en elles le parfum de la vertu. Par dessus tout qu’elles soient humbles et affables ; que tout leur comportement, leurs actions et paroles soient empreints de charité, et qu’elle supportent tout avec patience." (5e Avis 13-14 ; 17-18).
À l’intention de tous les âges, mais spécialement, semble-t-il, aux adolescentes qui se préparaient à la consécration définitive, Angèle Mérici n’hésite pas à préciser les fautes contre la charité et la vérité qui seraient à éviter :
"Ne prenez pas en vain le nom de Dieu. Ne faites pas de serment, mais dites seulement avec simplicité, Oui, oui, non, non. Ne répondez pas avec orgueil. Ne faites rien de mauvais gré. Ne restez pas en colère. Ne murmurez pas. Ne rapportez rien de mal." (R 9, 18-19). "Quand elles parlent, que toutes leurs paroles soient sages et honnêtes, ni rudes ni âpres, mais affables, portant à la concorde et à la charité. " (5e Avis, 12).

Par l’obéissance
Le chapitre 8 de la Règle contient des précisions sur l’obéissance, qui relèvent plus de la simple vie chrétienne que de l’obéissance religieuse. Ici encore, nous nous trouvons en face de textes qui visent la formation, car il s’agir d’obéir aux commandements de Dieu... à l’Église... à l’Évêque, au Père spirituel, aux gouverneurs et aux gouvernantes... aux pères et mères et autres « supérieurs de la maison » à qui Angèle Mérici invite de "demander pardon une fois par semaine, en signe de sujétion et pour la conservation de la charité". (R 8, 7-12)

Par l’encouragement
Nous savons combien les jeunes que nous côtoyons ont besoin d’encouragements fréquents pour lutter contre le pessimisme ambiant, la défiance de soi, la faiblesse de caractère que notre civilisation de consommation entretient. L’insistance d’Angèle sur l’encouragement nous fait soupçonner que les premières Vierges de Sainte Ursule devaient souvent être soutenues par la parole et par l’exemple de leurs formatrices :

La parole :
Dans le dernier Avis où Sainte Angèle ramasse ses recommandations les plus insistances, celles qui lui tiennent le plus à coeur, nous trouvons une exhortation à l’encouragement :
"Encouragez vos filles à poursuivre courageusement l’entreprise commencée." (Dern. Avis, v 21)
Cet encouragement global se voit précisé par diverses attitudes que la Madre propose à ses Colonelles :
"Si vous en voyez une pusillanime, timide et portée au découragement, réconfortez-la, encouragez-la, promettez-lui le bienfait de la miséricorde de Dieu, dilatez son coeur par toutes sortes de consolations.. . " (2e Avis, v8). "Souvent, selon que vous en aurez le temps et la possibilité, spécialement les jours de fête, veuillez aller visiter vos chères filles et soeurs, les saluer, voir comment elles se portent, les encourager, les exhorter à persévérer dans la vie qu’elles ont commencée". (5e Avis, v 1-2).
"Réconfortez-les et encouragez-les à faire toute chose de bon gré". (5e Avis, v 23).

L’exemple
Nous avons vu combien l’exemple personnel d’Angèle Mérici donnait poids à ses paroles et stimulait ses auditrices à l’imiter. Il n’est donc pas étonnant qu’Angèle demande aux Supérieures locales d’entraîner par l’exemple celles qui leur sont confiées :
"Comment pourriez-vous les admonester, les reprendre pour quelque défaut qui serait également en vous, ou bien les exhorter et les entraîner à pratiquer une vertu que vous n’auriez pas les premières ou que, tout au moins, vous ne commenceriez pas à pratiquer avec elles ? Faites donc qu’à votre exemple elles se portent et s’encouragent à vivre vertueusement.
Et veuillez pratiquer avec elles toute action honnête et vertueuse possible, de la manière qui vous est appropriée, particulièrement en ce qui concerne le comportement, la fréquentation des sacrements... et autres oeuvres semblables. "
(6e Avis, v. 3-7)


II. Poser certaines exigences

Se laisser fasciner par Jésus-Christ, le suivre par amour
Jésus est le Serviteur, doux et humble, obéissant au Père, qu’Il faut contempler et imiter. Il est le Bon pasteur, la voie, la vérité, la vie, la lumière, le maître, le modèle. Enfin, Il est "l’unique trésor", 1’amour unique des Vierges (5e Avis, v. 43)
"Qu’elles mettent donc leur amour et leur espérance en Dieu seul et non dans aucune personne vivante". (5e Avis, v. 22)

Avoir une volonté ferme et un grand désir
Les termes utilisés par Angèle sont significatifs :
"Faites tous les efforts possibles pour demeurer dans l’état auquel vous aurez été appelées par Dieu." (R. Prol, v. 9). Notons que le texte original porte "sarete chiamate" ; le futur indique une fois de plus que la Règle s’adresse aussi à des jeunes que Sainte Angèle Mérici encourage et forme à la vie consacrée.
"Cherchez tous les moyens et toutes les voies nécessaires pour progresser dans le bien et persévérer dans cette état jusqu’à la fin, car bien commencer ne suffit jamais sans la persévérance". (Règle, Prol.v. 10-11).
"Seule, en effet, la personne qui voudra aussi prendre les moyens et les voies nécessaires pour persévérer pourra y réussir de façon sûre". (R, Prol. V 13)
Notons encore le futur : "potra conservare... vorra abrazzare i mezzi..."
"Maintenant donc, par la grâce de Dieu, écoutez toutes attentivement, le coeur avide et plein de désir ..." (R Prol v, 32).
"... ayant la ferme intention de servir Dieu en cet état de vie, elle doit y entrer joyeusement et de sa propre volonté". (R 1.2-4)

Avoir une connaissance claire des difficultés mais aussi une assurance que le Seigneur donnera la grâce de les vaincre.
Angèle ne craint pas de prévenir les Vierges des difficultés qui les attendent :
"Il n’y a de mal d’aucune sorte qui ne cherche à s ’y opposer, étant donné que nous sommes ici-bas placées au milieu de pièges et de dangers" (R Prol.v. 19)
"Nous avons d’autant plus besoin de vigilance que notre entreprise est d’une importance si grande qu’il n’y en a pas de plus grande". (R Prol. V 15).
" Notre chair et notre sensualité ne sont pas mortes ; les éléments et tout l’enfer s’armeront contre nous". (R. Prol. V 20).
Elle les stimule à la prudence et au courage et leur met devant les yeux les joies spirituelles qui ne manqueront pas d’accompagner leurs victoires :
"C’est pourquoi, ici, nous devons être avisées et prudentes ; en effet, plus elle comporte de fatigue et de dangers, plus l’entreprise a de la valeur" (R Prol. v. 18)
"Armées de ces préceptes sacrés, conduisons-nous de telle manière que nous aussi (à l’exemple de Judith) nous coupions court aux tromperies du démon et puissions entrer glorieusement dans la patrie céleste. " (R Prol. V. 30)
"Il y va de notre vie et de notre salut, puisque nous sommes appelées à un genre de vie tellement glorieux que nous devenons épouses du Fils de Dieu et Reines glorieuses dans le ciel". (R Prol.v 16-17).
"Si vous vous efforcez de vivre à l’avenir comme1e il est demandé aux véritables épouses du Sauveur, et de suivre cette Règle comme la voie par laquelle vous devez marcher et qui a été tracée pour votre bien, je crois fermement que non seulement nous surmonterons tous les périls, difficultés et adversités, mais aussi, à notre grand honneur et à notre grande joie, nous passerons cette courte vie d’une manière tellement consolée que toute douleur et toute tristesse se changeront pour nous en joie et en allégresse". (R Prol.v. 23-27).
"Nous découvrirons que les routes épineuses, raides et rocailleuses deviennent pour nous fleuries, planes, joyeuses, parsemées de très précieux trésors". (R Prol.v 27).
"Invitez-les à désirer les allégresses et les biens célestes.. et à abandonner désormais totalement l’amour de ce monde misérable et trompeur où il n’y a jamais ni repos, ni aucun contentement vrai, mais seulement de vains songes ou de durs labeurs, et où tout est pénible et mesquin". (5e Avis, 3-5).

Être capable de se vaincre et de se renoncer
Renoncer aux frivolités
Les peintures de la Renaissance nous montrent à quel degré de raffinement et de beauté dans les étoffes, la courbe ; l’ornementation, les vêtements féminins, étaient arrivés. Sainte Angèle met ses filles fermement en garde contre de telles préoccupations vestimentaires :
"Si vous voyez qu’une vierge a beaucoup de peine à renoncer aux fanfreluches et autres frivolités, qui, dans un autre contexte, n’ont que peu d’importance, n’ayez pas trop d’espoir qu’elle persévère sous cette Règle. Car, si elle ne veut pas faire ce qui est moindre, elle aura bien plus de mal à faire ce qui est plus !" (6e Legs, v 1-3)
La Règle fait toutefois une exception pour les aspirantes : "Les Soeurs pourront porter les vêtements qu’elles avaient lors de leur entrée dans la Compagnie, aussi longtemps qu’ils dureront"(R 2, v 4)

Le Cérémonial ajoute cependant un correctif :
"... à condition qu’ils soient simples, pas ornés, pas transparents... "
Si la Madre recommande la patience à l’égard de celles qui seraient lentes à renoncer à la mode de leur temps, elle prévoit néanmoins que ce renoncement devra se faire : "Ici pourtant il faut être prudentes, parce qu’il peut se faire qu’une personne ait concentré son attachement sur une bagatelle, et, qu’ayant réussi à se vaincre de ce côté-là, aucune autre victoire ne lui sera désormais trop difficile". (6e Legs, v 4)
Renoncer à la volonté propre
La fondatrice se rend bien compte que le renoncement à la volonté propre est certes la forme d’abnégation la plus coûteuse et la plus difficile à réaliser en profondeur. Aussi recommande-t-elle aux Colonelles une grande patience dans la formation à l’obéissance :
"Quand vous aurez conseillé et averti charitablement une des vierges trois ou tout au plus quatre fois au sujet de quelque manquement notable et que vous verrez qu’elle ne veut pas obéir (remarquez la progression...), alors abandonnez-la à elle-même et ne lui envoyez plus les colonelles ni autres visitatrices ; surtout parce qu’il pourra se faire que la malheureuse, se voyant ainsi abandonnée et mise à l’écart, vienne à résipiscence et ait un plus grand désir de rester et de persévérer dans la Compagnie. » (5e Legs, v 1-7)
Pourtant, selon la Madre, prudence et confiance vont de pair : "Toutes sont enfants de Dieu. Vous ne savez pas ce qu’Il veut faire d’elles. Pouvez-vous discerner si celles qui vous paraissent les plus insignifiantes et les plus dépourvues de valeur ne vont pas devenir les plus généreuses et les plus agréables à sa Majesté ?" (8e Avis, v 2-3)
Si Angèle Mérici recommande l’obéissance aux inspirations du Saint Esprit et "à toute créature pour l’amour de Dieu", elle ne néglige pas pour autant de spécifier les autorités familiales, civiles et ecclésiales auxquelles les Vierges sont tenues d’obéir. Elle recommande même le renoncement à la volonté propre jusque dans la pratique de la pénitence :
"Comme on ne peut exiger que des choses raisonnables, nous précisons que nulle ne doit observer les jeûnes indiqués ci-dessus (et en particulier les 40 jours qui suivent l’Épiphanie) sans le conseil spécial de son Père spirituel et des gouvernantes (donc des supérieures majeures) de la Compagnie ; celles-ci devront diminuer le nombre des jeûnes susdits selon qu’elles le jugeront nécessaire". (R 4, v. 18-19)

Se laisser former et guider
Par la formatrice
Angèle la première revendique le droit à cette formation comme un mandat qui lui a été confié par Dieu lui-même :
"Dans sa bonté habituelle, il m’a aussi accordé la grâce et le don de pouvoir gouverner les vierges selon sa volonté, en pourvoyant à leurs nécessités et à leurs besoins, surtout quand il est question de les diriger et de les maintenir dans le genre de vie auquel elles ont été appelées. " (Test. Prol. 6-9)
Elle confie cette tâche aux supérieures locales :
"Nous voulons en outre que les quatre vierges soient chargées spécialement de la fonction suivante : visiter tous les quinze jours - ou plus ou moins selon les besoins -toutes les autres vierges, leurs soeurs, dispersées par la ville, afin de les encourager et de les aider, si elles avaient quelque différent (difficultés de relation) ou quelque tribulation de corps ou d’esprit (quelque problème matériel ou moral), ou encore, si les supérieurs de l’une d’elles, à la maison, lui faisaient quelque tort, l’empêchaient d’accomplir quelque bien ou la mettent en danger de mal faire. " (R 11, v 8-12).

Le 5e Avis est riche en conseils pratiques, car pour Angèle il y a une manière consacrée...

---...de se reposer : "Qu’elles soient modérées aussi dans le sommeil ; qu’elles dorment seulement selon ce que requiert la nécessité"... v. 9
...de se nourrir :
"Qu’elles mangent et boivent non par plaisir, ni pour satisfaire leur goût, mais seulement parce qu’il faut soutenir la nature, afin de mieux servir Dieu" v. 8 ...de parler :
"Quand elles parlent, que toutes leurs paroles soient sages et honnêtes... affables, portant à la concorde et à la charité." v 12
...de traiter avec les autres :
"Qu’elles cherchent à mettre la paix et la concorde partout où elles seront. Par-dessus tout, qu’elles soient humbles et affables ; que tout leur comportement, leurs actions et paroles, soient empreints de charité" v. 16-18
...d’accepter les difficultés :
"Qu’elles supportent toute chose avec patience ; car c’est par ces deux vertus principalement que l’on écrase la tête au diable... " v 18
Certes, "elles rencontreront parfois des difficultés et des tribulations, mais tout cela passera vite et se changera en allégresse et en joie." v 29
...de rayonner ensemble la paix de Jésus-Christ :< br> "Dites-leur qu’elles soient décidées à être unies, vivant ensemble dans la concorde, n’ayant toutes qu’un seul vouloir et se tenant sous l’obéissance de la Règle, car tout est là. Qu’elles fassent honneur à Jésus-Christ à qui elles ont promis leur virginité et leur être tout entier. " v 20-21

Le 5e Avis est en quelque sorte un petit traité de formation, soulignant les points sur lesquels les Vierges devront être guidées.

Par le groupe
La Madre avait perçu l"importance d’une formation en groupe et de l’encouragement mutuel que pourraient se donner les Vierges de Sainte Ursule :
"Ayez soin de réunir de temps en temps vos filles dans le lieu qui vous paraîtra le meilleur et le plus commode. Et ainsi, selon que vous aurez la possibilité de trouver quelqu’un qui en soit capable, vous leur ferez donner quelque petit sermon et exhortation. Elles pourront ainsi se trouver ensemble comme des soeurs bien-aimées, et s’entretenant ensemble des choses spirituelles, se réjouir, et, ensemble, se réconforter, ce qui ne sera pas pour elles d’un petit avantage". (8e Legs, v 1-6)
De leur côté, les formatrices se réuniront pour pratiquer évaluation et discernement :
"Faites en sorte de vous réunir ensemble avec les colonelles deux ou tout au moins une fois par mois, pour échanger vos vues et faire un bon examen du gouvernement, surtout à propos de ce que les colonelles auront à vous dire sur la conduite de vos chères enfants et sur leurs nécessités et besoins tant spirituels que corporels, afin de pourvoir à toute chose selon que l’Esprit vous inspirera. " (7e Legs, 1-7)

En guise de conclusion, à la lumière de la pédagogie de Sainte Angèle Mérici pour l’éveil et l’éducation des vocations, trois questions nous interpellent :
1. Devant la rareté des vocations, que faisons-nous, que devrions-nous faire pour développer celles qui se réveillent aujourd’hui au sein de l’Église ?
Quelles priorités devrions- nous établir ?

2. Parmi les moyens utilisés par Sainte Angèle Mérici, quels sont ceux qui nous interpellent davantage aujourd’hui ?
Comment adapter aux jeunes que nous côtoyons les principes de Sainte Angèle Mérici ?

3. Comment assurer le milieu favorable, les contacts personnels, la formation en groupe, utilisés par Angèle pour la formation des aspirantes ?

Soeur Marie Seynaeve
Ursuline de l’Union Romaine

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