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Obéissance, chemin d’amour

Obeissance, chemin d’amour

L’obéissance, selon Sainte Angèle, se vit dans l’amour : l’Epouse va chercher dans la foi le bon vouloir de Celui qu’elle aime.

Elle trouve tout naturel d’entrer dans ses vues, de Le soutenir dans sa mission, d’aller là où Il habite. Et cela n’est pas une charge, parce qu’elle L’aime.
Elle désire Le connaître de plus en plus, afin de mieux approfondir ses sentiments, ses préférences, ses goûts, ses vouloirs.

Nous allons donc réfléchir ensemble sur trois aspects :
Comment Angèle a-t-elle vécu elle-même l’obéissance ?
Comment nous invite-t-elle à vivre l’obéissance, à l’imitation de Jésus-Christ, notre Epoux ?
Enfin, nous verrons quelles conséquences tirer de cet enseignement.

I. Comment Angèle a-telle vécu l’obéissance ?

Un examen attentif de la vie d’Angèle nous frappe par sa disponibilité à voir la volonté du Père dans les événements, dans les inspirations venues d’en Haut, dans les supérieurs, et même, lors de la fondation de la Compagnie, dans ses Sœurs.

1.Obéissance aux événements

Les deuils successifs qui ont marqué son adolescence n’ont pas laissé Angèle désespérée, désemparée. Elle souffrait, certes, du départ de sa sœur et de ses parents, mais l’incident au Machetto, où, après de longues prières, elle vit sa sœur dans son éternité bienheureuse, nous fait comprendre qu’Angèle trouvait sa force dans la prière.

Revenue à Desenzano à l’âge adulte, elle y connaît des années de paix, et après 1512, une période de guerre. Aucun document ne nous instruit sur ses réactions lors des années douloureuses où toute la côte du Lac de Garde fut soumise par Louis XII à la domination des vainqueurs. Les historiens contemporains des faits nous décrivent les exactions des militaires sur la population : confiscations, emprisonnements, tortures, mises à mort sans procès. Nous pouvons présumer, d’après certaines réflexions d’Angèle, sur ce monde misérable et traître, où il n’y a jamais ni repos ni aucun contentement vrai… et toutes sortes de choses malheureuses et mesquines (Av 5, 4-5), quelle avait vécu ces réalités pénibles, tout en espérant les allégresses et les biens célestes… les fêtes joyeuses et nouvelles du ciel (Av 5, 3) qui l’attendaient au terme d’une vie traversée par l’épreuve.

Lors de son départ en Terre Sainte, la presque cécité d’Angèle, survenue au début de son voyage, ne la décourage pas. Au contraire, elle poursuit son pèlerinage et fait de son épreuve un tremplin pour mieux approfondir intérieurement les mystères du Christ aux lieux où Il les a vécus.

De retour à Brescia après ses pèlerinages, Angèle voit sa chambre assaillie de visiteurs, quelle accueille avec bonté, en particulier les « pécheurs ». Angèle est de plus en plus appelée à éclairer, pacifier, conseiller, instruire de la foi, accompagner ses contemporains dans leur cheminement spirituel. Chacun est pour elle un envoyé de Dieu.

Lorsque les armées de Charles Quint s’approchent dangereusement de Brescia, elle fuit avec Agostino Gallo et les siens jusqu’à Crémone. Sa sérénité et sa foi au milieu des dangers menaçant font l’admiration de cette famille, qui l’accueille comme une véritable amie.

Les catastrophes naturelles, si fréquentes en Italie, n’ont pas épargné la ville de Brescia du vivant d’Angèle. Elle connaît un tremblement de terre dévastateur, des inondations qui anéantissent les cultures environnantes et emportent les bêtes, causant ainsi des mois de famine. Gallon mentionne sa patience au milieu de ces cataclysmes, disant qu’elle supportait avec égalité d’esprit la faim et la soif, la chaleur et le froid. Lorsque la Comète de Halley s’approche de la terre en balayant de sa queue un tiers du ciel, beaucoup de contemporains d’Angèle en sont terrifiés. Plusieurs se suicident, par crainte de ce qui allait arriver. Angèle, de son côté, ne peut qu’admirer le ciel et tout l’univers (Dern Av 8).

La foi robuste d’Angèle, qui voyait la volonté Dieu dans les événements, était soutenue par une docilité intérieure à Ses inspirations.

2. Obéissance aux inspirations de Dieu

Favorisée d’un don de discernement spirituel, Angèle sait, dès son plus jeune âge, reconnaître l’action de Dieu. De son propre aveu, elle commence vers l’âge de 5 ou 6 ans, à mener une vie de prière et de renoncement, cherchant des lieux et des moments de solitude pour prier le Dieu qui l’attire.

Jeune adulte, elle se fait Tertiaire de Saint François pour mieux répondre à son attrait intérieur de prière, de fréquentation des Sacrements, de pénitence.

Elle accueille dans la foi la mission qui lui est confiée lors de la vision à Brudazzo, laissant à Dieu le choix du temps, du lieu, des personnes avec qui elle s’engagerait dans cette vie nouvelle d’Epouse du Christ. Elle devra attendre avec patience et sérénité pendant environ quarante ans l’heure de Dieu.

Elle sait discerner la volonté du Seigneur par rapport aux invitations humainement intéressantes qui lui parviennent à Venise, à Rome, à Milan. Plutôt que de se lancer dans un bien immédiat de consolation et d’entraide auprès des pauvres et des malades, elle sa garde libre pour la mission que Dieu lui a confiée et dont la réalisation semble encore très lointaine.

En même temps, elle se montre accueillante aux décisions de ceux qui représentent pour elle la volonté de Dieu, même au prix de bouleversements de ses projets personnels.

3. Obéissance à ses supérieurs

A la mort de ses parents, Angèle entre sans récriminations dans la famille de son oncle, si bien qu’elle choisira comme compagnon de voyage en Terre Sainte, son propre cousin Bartolomeo.

Lorsque ses supérieures franciscains lui demandent d’aller à Brescia pour une mission de consolation auprès de Caterina Patengola, Angèle quitte tout : sa maison, ses champs, son travail, ses amis, pour aller vers l’inconnu, dans une ville dévastée par la guerre.

Elle demande et obtient en 1536, par l’entremise du Vicaire Général, Lorenzo Muzio, l’approbation de l’Evêque de Brescia pour la nouvelle Règle de Vie qu’elle vient d’instituer.

Docile à ses Supérieurs ecclésiastiques nous voyons Angèle vivre une même attitude d’accueil et d’écoute dans ses relations avec les membres de son Institut.

4. Obéissance à ses sœurs

C’est Cozzano qui nous livre le secret de la rédaction de la Règle : Angèle commençait par consulter ses sœurs sur tel ou tel point, leur donnant l’occasion de le pratiquer pendant un certain temps. Ensuite, elle demandait leur avis dans une réunion d’évaluation, avant de l’inscrire comme point de Règle. Si celle-ci a été inspirée par Jésus-Christ, selon les paroles mêmes d’Angèle, la fondatrice a su voir dans la vie et l’expérience de ses sœurs un aspect de sa divine volonté.

Lorsqu’il s’agit de l’usage des biens possédés par la Compagnie, Angèle ne va pas en décider personnellement, mais elle en confie la gestion aux matrones :

Sur ce point je ne veux pas que vous cherchiez des conseils au dehors ; décidez vous-mêmes, seulement entre vous, selon que la charité et l’Esprit Saint vous éclaireront et vous inspireront, en dirigeant tout pour le bien et le profit spirituel de vos chères enfants (9e Legs, 5-8).

Ainsi, nous voyons la vie d’Angèle se dérouler dans l’écoute attentive des inspirations de l’Esprit Saint et dans la docilité à accueillir et à mettre en œuvre ce qu’elle percevait comme la volonté du Père. Il n’est donc pas étonnant que se Ecrits en soient fortement marqués, développant toute une spiritualité de l’obéissance.

II. Une spiritualité de l’obéissance

Angèle insiste à deux reprises sur l’obéissance filiale du Christ : Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais celle du Père qui m’a envoyé (R 7, 3). Apprenez de Notre-Seigneur qui, pendant qu’il était en ce monde, y fut comme un serviteur, obéissant au Père éternel jusqu’à la mort (Av 1, 6).

Comme nos Constitutions nous le rappellent :

Il a vécu à travers les réalités humaines sa soumission parfaite à Celui qui l’a envoyé, faisant de la volonté du Père sa nourriture, dans la liberté et l’amour. Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort de la Croix, et par cette obéissance, il devient Sauveur des hommes et il est exalté dans la gloire. Comme le Christ nous mettons notre bonheur dans la communion au vouloir du Père. Comme Lui, nous faisons librement l’offrande totale de notre volonté en sacrifie de nous-mêmes. Notre obéissance nous unit plus étroitement à Lui, en son dessein de salut et à l’Eglise, servante du Royaume. (Art. 34-35).

Voilà donc le portrait de l’Epoux auquel nous sommes unies : Celui qui fait dans l’amour la volonté du Père, celui qui m’unit à Lui dans l’amour, pour que je fasse la volonté du Père. Si je suis épouse, c’est pour entrer par la foi dans la dimension filiale du Fils de Dieu. Notre amour réciproque nous fait entrer dans ce mouvement merveilleux du Christ, qui reçoit tout du Père (ses paroles, ses actes, ses décisions, sa mission) et qui, par Lui, remet tout au Père dans l’amour, l’adoration, la disponibilité, l’obéissance. En cela, l’Epoux et l’Epouse sont unis.

L’amour de l’Epouse s’adresse aussi à tous ceux et celles qui Lui sont chers, qui sont ses délégués, qui ont une part d’autorité en Son nom, car, nous dit Angèle en citant les paroles du Christ, Qui vous écoute m’écoute, qui vous méprise, me méprise. Oui, car l’Epoux a accepté une dépendance familiale pendant 30 ans, ainsi que les prescriptions de la Loi de son temps : circoncision, présentation au Temple, impôts du Temple, prières au Temple, fêtes religieuses, amour respectueux des rouleaux de la Loi. L’exemple du Christ nous révèle sa disponibilité foncière à ceux qui faisaient la loi, jusqu’à changer de domicile selon les aléas des situations politiques : Nazareth, Bethléem, Egypte, Nazareth ; puis les changements imposés par la mission reçue du Père : Galilée, Samarie, Judée. Alors que son heure n’était pas encore venue, Il a même dû se cacher ici ou là parce qu’on le cherchait pour le faire mourir.

Voilà ce qui fonde notre disponibilité de cœur à l’égard de l’Eglise, de nos Supérieures, et de tous ceux qui ont une part d’autorité, jusqu’aux autorités familiales, professionnelles, civiles et ecclésiastiques. Angèle synthétise toutes ces différentes formes d’obéissance, à la fin de son chapitre en ajoutant, Enfin, obéir à toute créature pour l’amour de Dieu (R 8, 17). Il s’agit de nouveau d’amour, un amour d’humble acquiescement à l’autre, cherchant à faire plaisir à l’autre, qui ne cherche pas à dominer, ni à avoir raison, tant que cela ne contredise pas sa propre conscience ni l’honneur de Dieu (R 8, 18).

L’amour de l’Epoux se vit dans l’unité de l’Esprit Saint que Jésus nous envoie pour que nous ne soyons pas orphelins (Jn 14, 18), qui nous enseigne toute vérité (R 8, 16), celui qui envoie continuellement en nos cœurs des conseils, des inspirations (R 8, 14), Celui dont nous entendrons d’autant plus clairement la voix que nous aurons la conscience plus purifiée et plus nette (R 8, 15), Celui qui est répandu dans nos cœurs et qui crie en nous, Abba, Père, en écho à l’amour filial qui est le propre de notre Epoux.

De cette conception de l’obéissance proposée par Angèle, nous pouvons tirer plusieurs conséquences.

III. Conséquences de notre obéissance filiale à l’exemple du Christ

1° Il s’agit tout d’abord d’un amour réciproque

Nous voyons maintenant ce que cela veut dire aimer. On n’aime pas, tant qu’on ne donne que ses propres biens, son temps et ses talents, même sa prière. On peut agir par sens du devoir, ou pour soulager sa conscience, ou par nécessité, mais on n’aime vraiment que lorsqu’on se donne soi-même.

Dieu nous a montré son amour en s’incarnant, en mourant pour nous. Dieu attend une réciprocité dans l’amour. Or, ce don de nous-mêmes, de toute notre vie, de tout notre être, corps et âme, se fait dans la foi, en unissant notre volonté à celle du Christ. L’obéissance devient ainsi l’expression définitive de l’amour, parfois dans un don unique, irrévocable, mais surtout dans les dons quotidiens de la vie de tous les jours.

J’ai une amie qui appartient à la congrégation des Sœurs de Notre-Dame d’Afrique. Elle se trouvait au Congo lors de la révolte des Simbas vers les années 1960. Les soldats sont arrivés et ont enfermé les sœurs, dont mon amie était la supérieure, dans la cave, avec la communauté des Pères qui se trouvaient à proximité. Les soldats les guettaient, s’attendant à ce que quelque chose se passe entre les hommes et les femmes des deux communautés ; comme rien ne se passait, sinon la prière commune et les exhortations réciproques à la fidélité, ils ont fait sortir les sœurs et ont voulu les déshabiller. Celles-ci ont résisté. Alors, les soldats ont commencé à les battre avec des bouteilles cassées. Mon amie a vu ainsi ses sœurs mourir l’une après l’autre sous ses yeux ; elle restait la dernière en vie. Les soldats ont commencé à la battre aussi, puis, sans que l’on sache pourquoi, ils ont brusquement cessé et sont partis. La sœur a été rapatriée, soignée et se trouvait dans une maison de sa congrégation où j’étais partie faire une retraite. Après m’avoir raconté cet incident, elle le termina en disant, Tu sais, Marie, quand on est appelé à donner sa vie pour le Christ dans le martyre, on est saisi d’une telle joie que l’on sent à peine la douleur. Vraiment, on expérimente que c’est le Christ qui souffre en nous et que c’est Lui qui nous porte. Mais, le martyre de tous les jours, celui-là est bien plus dur… L’amour s’exprime surtout dans les petits martyrs quotidiens.

2° L’amour réciproque s’exprime dans une Alliance

Depuis le début de l’Histoire Sainte, l’alliance de Dieu avec Israël signifiait d’une part l’amour de Dieu pour son peuple, et d’autre part, l’acceptation de cette alliance par amour pour la loi de Dieu. Le rite de l’aspersion du peuple et de l’autel signifiait que l’Alliance était conclue.

Jésus est venu parfaire la Loi, nous donner un commandement nouveau, et sceller de sa propre vie l’Alliance qu’il a voulu faire avec nous. Notre profession religieuse scelle notre alliance avec lui. Notre écoute de son bon plaisir – obaudire – et notre disponibilité à l’accomplir font partie de cette alliance, toujours en progrès, toujours en devenir. Au moment de notre profession religieuse, cette alliance d’amour a été scellée ente Lui et nous, mais Il nous mène sur un chemin de dépouillement pour arriver à un amour de plus en plus purifié et parfait. Cette purification intérieure par l’obéissance est conditionnée par notre volonté d’y adhérer.

3° L’alliance repose sur notre sacrifice librement consenti

Il ne dépend pas de la volonté de Dieu que l’obéissance nous mortifie parfois, même douloureusement, mais du fait que nous sommes liées au péché et à la mort ; dans la mesure où nous nous libérons de notre amour propre et que nous nous rendons disponibles à la volonté divine, notre docilité se dilate, devient joyeuse, légère et libre. Sainte Angèle a une expression qui peut paraître exagérée : l’obéissance, dit-elle, est la seule et vraie abnégation de la volonté propre (R 8, 2), de cette volonté propre qui est en nous comme un enfer ténébreux. Dès qu’on n’est plus dans une attitude de docilité, on se ferme à Dieu, on reste dans sa « propriété », dans sa propre volonté, donc dans la solitude. On reste libre, oui, mais libre d’amour.

Un ami psychologue m’a dit un jour, Il n’y a rien qui ressemble plus à l’amour que la haine. Quand on aime, le moindre regard, le moindre geste, la moindre parole véhiculent une expression d’amour. Quand on a cessé d’aimer, le moindre regard, le moindre geste, la moindre parole sont interprétés comme hostiles et malveillants. C’est vrai dans la vie des couples. C’est vrai aussi dans notre vie, plus particulièrement dans nos relations avec nos Supérieures qui représentent pour nous la volonté aimant du Fils de Dieu. C’est vrai aussi dans nos relations avec nos Sœurs.

Le don de soi dans l’obéissance, l’union de notre volonté à celle du Christ enlève l’être humain à sa solitude, à son champ fermé, à sa propriété privée. Cette union le fait vire dans le don concret et total de soi à Dieu et cela, comme le suggère Sainte Angèle, dans l’obéissance aux commandements de Dieu, aux préceptes de l’Eglise, à son Evêque, aux supérieures légitimes, au père spirituel, aux parents, aux lois et aux statuts des chefs et gouvernants de l’Etat. Plus l’âme agit par amour, plus la docilité à l’Esprit nous fait vivre et nous fait consentir à la Volonté d’un Dieu qui nous aime et qui veut notre bien. C’est cela la grande lumière qui rend bonne et agréable chacune de nos œuvres (R 8, 4), agréable à Dieu, mais aussi à nous… Angèle dit accetta, acceptée par Lui, mais aussi par nous. Cela coupe court à toutes les ruminations, tous les ressentiments ou amertumes devant les décisions de celles qui sont en autorité.

La conception qu’a Sainte Angèle de l’obéissance nous en dit la grandeur. Si vraiment nous voulons aimer Dieu d’un amour exclusif et total, il faut que dans la joie nous renoncions pour toujours à notre volonté propre. Il faut que Dieu se fasse tellement présent dans notre vie, qu’Il puise demander à chaque instant le don réel de nous-mêmes dans l’obéissance. On cherche toujours à se réserver quelque chose, à se défendre. Mais la consacrée, en écoutant la voix de l’Epoux à travers celles qui le représentent, ne se défend plus, parce que toute sa vie est donnée à l’Epoux. C’est alors que toute action que nous faisons, pour qu’elle soit bonne, est faite sous l’obéissance (R 8, 6), parce que toute la vie devient offrande en union à la volonté de Celui qu’on aime.

4° Notre amour est informé et guidé par l’Esprit Saint.

Sainte Angèle nous invite à une attention délicate à l’action de l’Esprit au fond de l’âme ; elle connaît la grande discrétion de Dieu ; Il nous conseille ; Il nous inspire.

Par-dessus tout : obéir aux conseils et inspirations que l’Esprit Saint nous envoie continuellement au cœur, lui dont nous entendrons d’autant plus clairement la voix que nous aurons la conscience plus purifiée et plus nette. Car l’Esprit Saint, comme dit Jésus-Christ, est celui qui « docet nos omnem veritatem » ; c’est-à-dire : celui qui nous enseigne toute vérité (R 8, 14-16).

Ces paroles de Sainte Angèle, d’après Divo Barsotti, sont parmi les plus neuves et les plus extraordinaires de toute la Règle. L’obéissance à Dieu, celle qui nous parle le plus au cœur, n’est pas placée en tête de liste, mais intervient après toute une liste de personnes à qui l’obéissance est due. En effet, l’obéissance à Dieu suppose une âme pure et purifiée du péché. Surtout nous devons obéir à l’Esprit qui vit dans un cœur purifié. Avec ces paroles, Angèle semble vouloir reconduire la vie de l’âme à son principe et à sa source. La doctrine est extraordinaire parce que Sainte Angèle enseigne que toute la vie est guidée par l’action de l’Esprit. Continuellement il conseille et inspire. La vie spirituelle est donc assimilée à une dépendance continuelle et totale, dépendance qui ne peut être vécue que dans la mesure où l’âme, purifiée du péché, est capable de percevoir cette action secrète.

Sainte Angèle nous invite à la fois à l’obéissance à l’autorité extérieure et à la docilité à l’action de l’Esprit. Elle ne met pas en opposition l’action de l’Esprit Saint dans le cœur de l’homme et l’autorité qui commande. L’obéissance à celui qui commande et qui dirige pourrait être ou devenir purement formelle, pourrait manquer d’amour et de liberté spirituelle, s’il n’y avait pas en même temps l’obéissance à l’Esprit qui meut l’âme intérieurement.

Il n’y a qu’un seul Esprit, celui qui guide chacun intérieurement est aussi celui qui guide l’Eglise Corps du Christ. Il ne peut donc avoir une opposition, (toujours selon Divo Barsotti) entre l’inspiration de la grâce et l’obéissance à l’Eglise. Comment concilier alors l’obéissance à l’Eglise lorsque ce qui nous est commandé semble aller à l’encontre de ce que le Seigneur semble nous demander intérieurement ? Comment concilier ce que le Seigneur nous demande intérieurement avec ce qu’il semble nous demander à travers les événements et les personnes ? Comment concilier notre besoin de prière et d’intimité avec le Seigneur et la multiplicité des appels et des activités apostoliques qui nous sollicitent sans cesse ? Angèle donne la réponse : La docilité au Saint Esprit dans une âme purifiée, dégagée d’elle-même, donne le discernement nécessaire. En outre, obéir à l’Esprit peut vouloir dire, non certes désobéir, mais susciter des initiatives, aider les supérieurs à être plus attentifs à tel ou tel aspect, à s’engager davantage dans telle direction.

Il est absolument impossible que les inspirations de l’Esprit Saint puissent aller contre la volonté explicite et solennelle de Dieu, communiquée par l’Eglise. Autrement, l’Esprit ne serait pas d’accord ave lui-même.

Par son autorité, l’Eglise reconnaît l’action secrète et réelle de l’Esprit, mais pas nécessairement au moment où elle s’exprime, peut-être des années après, car il faut aussi savoir reconnaître le temps favorable pour que se développe telle ou telle inspiration venue de l’Esprit. Exprimer respectueusement avec délicatesse (Av 3, 6) ce que l’Esprit nous dit au cœur, c’est le charisme de l’Epouse, mais reconnaître le temps favorable au développement de cette inspiration de l’Esprit, appartient au charisme de l’autorité.

Comment concilier l’action secrète de l’Esprit avec l’obéissance à l’Eglise ? Le charisme de discernement suppose vigilance, mais aussi amour de sa part. Il est nécessaire aussi que chacun vive en reconnaissant que l’Eglise est Mère, et que nous recevons tout de notre mère. Seul l’Esprit d’amour peut réaliser en nous cette prise de conscience. Il le fait dans la patience et suscite notre amour.

Le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré pour elle. Il a aimé son Epouse. Angèle, malgré toutes les tares, les faiblesses, les scandales des hommes d’Eglise de son temps, n’a pas cessé d’aimer l’Eglise. L’Esprit pousse toujours à l’amour et à l’unité. Au-delà du visible et du répréhensible, Angèle voyait son Epoux qui prenait son temps pour réformer son Eglise, comme il lui plaît (Av 7, 24). Elle savait que l’Eglise a la promesse de durée jusqu’à la fin des temps, et que les opinions qui surgissent actuellement et qui surgiront, il faut les laisser tomber (Av 7, 23). Elle invite à s’attacher à l’ancienne voie et l’usage de l’Eglise, établis et confirmés par tant de Saints sous l’inspiration de l’Esprit-Saint (Av 7, 27).

Cela est vrai aussi de notre Institut. Celui qui agit en lui, c’est l’Esprit d’amour qui tend à la communion et à l’unité. Mais cet Esprit requiert écoute et purification intérieure pour dire des paroles qui construisent et faire œuvre d’amour.

x x x

Ainsi l’obéissance, selon Sainte Angèle, se situe à la racine de notre élan vers le Seigneur. Elle se développe, comme les branches d’un arbre, en de multiples formes, qu’il s’agisse d’obéissance à Dieu, à l’Eglise, aux supérieures, aux événements. C’est l’amour que nous portons au Christ Jésus qui en est la sève, un amour reçu lors de notre Baptême et scellé par l’alliance de notre profession religieuse.

L’Esprit Saint, par ses invitations pressantes et fréquentes, creuse en nous jour après jour un amour plus profond, plus dépouillé de nous-mêmes. C’est pourquoi la dernière exhortation d’Angèle dans son chapitre sur l’obéissance, résonne presque comme un défi : Par-dessus tout, obéir aux conseils et inspirations que l’Esprit Saint envoie continuellement au cœur (R 8, 14).

Soeur Marie Seynaeve
Triduum donné à la communauté de Paris-Péreire à Beaugency.
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