Messagère de joie - Ursulines de l'Union Romaine
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Messagère de joie


Sainte Angèle et la joie.

Les témoins de la vie d’Angèle nous ont laissé le souvenir d’une femme joyeuse et communicative, douée d’un charisme d’encouragement. Bellintani attribue à un tempérament allègre le don de sympathie qui était le sien. Cette joie, elle a dû la puiser dans son amour du Seigneur, car différentes circonstances de sa vie auraient pu en faire une personne morose : mort de sa sœur et de ses parents pendant son adolescence, accueil dans sa famille de Salò où le train de vie était tout différent de celui qu’elle avait connu, horreurs de la guerre vécues à Desenzano à partir de 1512, catastrophes naturelles et souffrances à Brescia.

Les témoins de sa vie laissent percer le secret de cette joie, qui était pour Angèle comme une irradiation de la joie céleste. D’après Romano, après la mort de sa sœur et les inquiétudes d’Angèle par rapport à son salut, elle la vit tout heureuse et triomphante au milieu des anges. Le souvenir de cette joie demeura dans son esprit et la stimula, d’ailleurs à une ferveur plus grande.

De retour à Desenzano à l’âge adulte, elle reprit avec joie sa demeure dans la maison familiale et les occupations agrestes qui lui étaient familières. La vision de Brudazzo fut aussi une source de joie : d’après Landini, elle revit sa sœur dans une ambiance de fête, où anges et jeunes filles chantaient et jouaient des instruments.

Ses pèlerinages, surtout celui de Jérusalem et de Rome, ardemment désirés, lui procurèrent la joie de revivre les mystères du Christ aux lieux même où Il les a vécus, et d’honorer les sanctuaires des apôtres et des martyrs au centre de l’Eglise. Après avoir reçu la bénédiction du Pape Clément VII sur l’œuvre qu’elle allait fonder, elle revint à Brescia, toute jubilante, nous dit Nazari.

Selon Agostino Gallo, lorsqu’elle tomba gravement malade à Vérone en 1529, l’intervention maladroite de Girolamo Patentola, qui lui lut l’épitaphe qu’il comptait faire graver sur son tombeau, remplit Angèle de joie. Elle parla avec véhémence, le visage rayonnant, pendant une demi-heure, de félicité de la patrie céleste, pensant qu’elle y était déjà et ressentant une très grande allégresse d’avoir quitté ce monde. Cette joie, d’ailleurs, provoqua en elle une guérison rapide.

Angèle jouissait aussi de la beauté de la nature, du sable de la mer, des gouttes des eaux, de la multitude des étoiles (R 5, 26), des routes fleuries (R Prol 27), de tout le ciel et tout l’univers (Dern Av 8).

Il n’est donc pas étonnant que ses Ecrits trahissent sa joie, surtout celle que lui procure la présence du Christ, son bien-aimé. Elle le voit dans la lumière et la joyeuse splendeur de la vérité (Dern Legs 20), Lui, dont la face resplendissante réjouit tout cœur affligé (R 5 19). C’est en ressuscité que le Christ lui est présent. C’est Lui qu’elle cherche, non en ce monde, mais au plus haut des cieux, à la droite du Père (Av 5, 44). Plusieurs expressions d’Angèle nous font découvrir la joie quelle expérimente en contemplant la face glorieuse du Christ : Il est le très haut (R Prol 23, 23-24 ; 9,6 ; Av Prol) le Fils de Dieu (R Prol 7, 17), le Fils du Dieu éternel, (4e Legs 12), le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs (4e Legs 14), L’Epoux qui l’attend pour la conduire après de Lui dans la gloire céleste (R 11, 35-36).

Comme Il l’a promis, Il demeure auprès de nous, au milieu de nous, pour écouter nos prières, pour nous éclairer de sa vérité :

Et que toujours votre principal recours soit de vous rassembler aux pieds de Jésus-Christ… Car ainsi, sans aucun doute, Jésus-Christ sera au milieu de vous, et il vous éclairera et vous instruira en vrai et bon maître sur ce que vous aurez à faire. (Dern Legs, 3-5).


Fortes de la joie communiquée par le Christ, nous sommes appelées à notre tour à la rayonner autour de nous. Elle caractérise notre vocation ; elle contribue à nous rendre heureuses ; elle stimule notre foi, notre espérance et notre charité. Ce sont les trois points que nous envisagerons ensemble.

1° Le don de la joie caractérise notre vocation.

Angèle en fait une condition d’admission dans la Compagnie : Qu’elle y entre joyeusement (R 1, 3). Cette joie est aussi importante que la liberté de choix et la volonté ferme de servir Dieu, car il s’agit d’une grande grâce et d’un heureux sort (Test Prol 14). Elle est un don de Dieu qui ne veut que notre seul bien et notre seule joie (R 10, 18).

La joie nous accompagne dans tout le cheminement de notre existence : Persévérez fidèlement et avec allégresse dans l’œuvre entreprise (Dern Legs 22). Nous sommes invitées à nous aider mutuellement à surmonter la tristesse, pour que rayonne la joie :

Si vous en voyez une pusillanime et timide, et portée à l’abattement, réconfortez-la, inspirez-lui courage, promettez-lui le bienfait de la miséricorde de Dieu, dilatez son cœur par toutes sortes de consolations. (Av 2, 8).


Cette joie, nous avons donc à la rayonner autour de nous : Qu’elle soit joyeuse et toujours pleine de charité, et de foi, et d’espérance en Dieu (R 9, 11).

Angèle nous demande non seulement de donner le témoignage de la joie, mis elle en précise la source, c’est-à-dire, toute notre orientation vers Dieu dans l’amour, la confiance, et l’espérance. C’est ainsi que nous manifestent la joie qui nous rend heureuses.

2° Les circonstances de notre vie contribuent à nous rendre heureuses.

Angèle en signale plusieurs, par des béatitudes bien à elle : Dès le début de sa Règle, après avoir exhorté à la fidélité, elle signale le premier moyen nécessaire pour persévérer et progresser jusqu’à la fin (R Prol 10) ; celui qui nous assurera le bonheur :

« Bienheureux ceux qui entendent la Parole de Dieu et qui la gardent », c’est-à-dire, bienheureux sont ceux à qui Dieu aura soufflé au cœur la lumière de la Vérité et aura donné l’inspiration de désirer ardemment leur patrie céleste, et qui chercheront ensuite à conserver en eux-mêmes cette voie de vérité et ce bon désir. (R Prol 12)

La Parole de Dieu ne peut que libérer en nous la joie, à condition que nous la gardions, en la mettant en pratique et en conservant la lumière de vérité que le Seigneur nous envoie.

Une autre béatitude d’Angèle consiste à se laisser instruire par le Seigneur : Heureux celui que toi, Seigneur, tu auras instruit (Av 7, 28). Elle nous invite à nous laisser guider par Celui qu’elle appelle la Vérité, à être attentives à sa voix, comme l’Epouse du Cantique des Cantiques, qui entend la voix de l’Epoux : Mon bien-aimé a pris la parole et m’a dit, ‘Lève-toi, ma bien-aimée et viens’ (Cant. 3, 10). J’entends mon bien-aimé qui frappe : ‘Ouvre-moi, ma sœur, ma bien-aimée’ (Cant. 5, 3).

Vigilante et prudente, Angèle nous recommande aussi la béatitude de la crainte du Seigneur : Bienheureux celui qui demeure toujours dans la crainte (Av 2, 11). Cette crainte du Seigneur nous fait discerner les pièges du péché, de l’orgueil et des illusions ; elle construit en nous la délicatesse de l’amour.

Une dernière béatitude est liée au service de l’institut et des sœurs, service qui ne doit pas être un poids, une charge, mais une source de reconnaissance et de joie : Bienheureux ceux qui s’en occuperont vraiment (Dern Legs 13), qui mettent toute leur joie en ceci : être mères de filles qui plaisent tant à un époux aussi noble. (Cf 4e Legs 9). Et Angèle de conclure : Trop heureuses serez-vous si vous êtes prêtes et attentives à reconnaître la nouveauté et la singularité d’un tel sort (4e Legs 17).

Je me souviens de la réflexion d’une jeune Prieure, nommée à cette responsabilité pour la première fois. Une religieuse en visite à sa communauté lui présentait ses condoléances : Je vous plains. C’est une charge difficile que vous avez à porter. Et la Prieure de lui répondre, Ce n’est pas très gentil pour ma communauté de dire cela ; elle fait tout ce qu’elle peut pour me donner de la joie !

3° La joie stimule notre foi, notre espérance et notre charité.

La présence vivante du Christ ressuscité ne peut que nous procurer de la joie, un avant-goût de la joie éternelle. Cette joie se vit dans la foi. Angèle rappelle souvent avec conviction la joie qui nous attend après un temps d’épreuve et de souffrance sur la terre.

La joie à laquelle Angèle nous convie est fondée sur la confiance en la bonté du Seigneur qui nous promet la joie sur terre et dans l’au-delà, et sur la confiance à l’égard des autres qui, par grâce, arriveront à dominer les difficultés et les tentations de la vie quotidienne :

J’ai cette foi et cette espérance, fermes et inébranlables, en l’infinie bonté de Dieu : non seulement nos surmonterons tous les périls et adversités, mais encore nous les vaincrons avec grande gloire et grande joie. Et même, nous passerons cette très courte vie dans la consolation, et chacune de nos douleurs et tristesses se changera en joie et allégresse ; et nous trouverons les routes épineuses et rocailleuses fleuries pour nous, et pavées de dalles d’or très fin. (R Prol 25-27).

La joie au sein de l’épreuve nous prépare à la joie que le Seigneur veut nous donner en abondance. Née de l’espérance, elle doit nous combler, nous faire désirer les allégresses et les biens célestes, soupirer après ces fêtes joyeuses et nouvelles fêtes du ciel, ces bienheureux et éternels triomphes. (Av 5, 3). Et Angèle d’insister :

Certes, elles rencontreront parfois des tribulations ou des difficultés ; mais cela passera vite et se changera en allégresse et en joie. Et puis, la souffrance de ce monde est un rien par rapport aux biens qui sont en Paradis. (Av 5, 29-30) Combien elles doivent jubiler, et faire fête, puisque dans le ciel est préparé pour toutes et pour chacune, une à une, une nouvelle couronne de gloire et d’allégresse, pourvu qu’elles demeurent fermes et stables dans leur résolution. (Av 5, 25-26)

Angèle fait ici écho aux paroles de Saint Paul : J’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous (Rom 8, 18).

La joie est aussi fruit de l’amour, un amour fidèle et docile à l’Esprit Saint :

Si vous observez fidèlement toutes ces choses et d’autres semblables, comme le Saint-Esprit vous le dictera selon le temps et les circonstances, réjouissez-vous, continuez bon gré. (Dern Legs,14)

Alors, notre amour rayonnera sur les unes et les autres lors de nos rencontres et de nos échanges et leur procurera de la joie :

Elles pourront se retrouver ensemble, comme des sœurs très chères, et s’entretenant ainsi de choses spirituelles, se réjouir et s’encourager ensemble, ce qui ne sera pas pour elles d’un petit avantage. (8e Legs, 5-6).


Angèle nous promet une autre source de joie : sa présence indéfectible auprès de nous ; elle se voit vivante parmi nous, avec le Christ lui-même :

Vous leur direz encore que, maintenant, je suis plus vivante que je ne l’étais quand elles me voyaient corporellement, et que maintenant je les vois et les connais mieux. Et que je puis et veux les aider plus encore. Et que je suis continuellement au milieu d’elles avec Celui-là qui m’aime, ou plutôt qui nous aime, nous toutes, pourvu qu’elles croient, et ne perdent par le courage et l’espérance. Élargissez donc pour elles la mesure des promesses, qui ne manqueront pas de réalisations surtout pour celles que vous verrez être désolées, incertaines et craintives. (Av 5, 35-40)

Elle promet même d’appuyer nos prières auprès de Dieu, si nous avons la joie de vivre unies les unes aux autres :

Etant ainsi unies de cœur toutes ensemble, vous serez comme une forteresse ou une tour inexpugnable, contre toutes les adversités, persécutions et tromperies du démon. Et je vous certifie de plus que toute grâce que vous demanderez à Dieu vous sera infailliblement accordée. (Dern Av 15-19).

La joie, telle qu’elle est proposée par Angèle est exigeante : elle demande foi et espérance, amour et fidélité, union et communion. C’est une joie vécue dans la constance, la sérénité. Elle est communicative. Nos contemporains n’attendent-ils pas de nous ce témoignage de joie, dans une vie qui leur paraît souvent morne et triste ?

Cette joie, le Christ nous la donne. Il s’agit de sa propre joie qu’Il met en nous, afin que notre joie soit parfaite (Jn 15 11).

Sœur Marie Seynaeve
Pau Merici
Retraite annuelle

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