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Maternité spirituelle

La maternité spirituelle selon Angèle Mérici

Nous toutes, d’une manière ou d’une autre, nous exerçons une forme de maternité. Nous suscitons la vie, nous entourons de notre affection et de notre sollicitude des êtres qui nous sont chers, que ce soient nos enfants, nos élèves, ou les personnes de notre entourage.

Angèle de son côté a été mère. Sa maternité spirituelle fut tellement évidente pour ses contemporains qu’ils l’appelèrent la Mère-Sœur Angèle. C’est la seule fondatrice d’un institut religieux qui ait mis en avant son rôle de mère. N’a-t-elle pas quelque chose à nous dire sur cette maternité qui fut la sienne, maternité toute d’amour et de bienveillance ?

 

S’il y a un titre auquel Angèle tenait, c’est bien celui de mère. Les membres de la Compagnie sont ses filles (R Prol 3 ; Av. Prol. 2 ; 1,1). Elle en est la mère, car le Seigneur, dans sa bonté immense, m’a élue pour être mère, et vivante et morte, de cette si noble Compagnie, bien que, pour ma part, j’en fusse très indigne ; et m’ayant élue, il m’a aussi donné la grâce de pouvoir la gouverner selon sa volonté. (Av 3, 5) Cette maternité, Dieu la lui a donnée non seulement sur terre, mais encore davantage au ciel, car, dit-elle, maintenant, je suis plus vivante que je ne l’étais quand elles me voyaient corporellement, et maintenant je les vois et les connais mieux. Et je puis et veux les aider plus encore. Et je suis continuellement au milieu d’elles avec Celui-là qui m’aime, ou plutôt qui nous aime, nous toutes, (Av 5, 35-38).

Dans une première partie nous interrogerons son histoire, ses faits et gestes rapportés par les témoins de sa vie. Ensuite, nous verrons comment elle a incité d’autres à être mères à leur tour, quels conseils elle leur a laissés, quels encouragements elle leur a donnés.

I. Angèle avait un cœur de mère

En examinant les attitudes concrètes d’Angèle pendant sa longue vie, nous nous rendons compte qu’elle manifestait un amour maternel envers tous ceux qui l’approchaient, qu’ils soient riches ou pauvres, instruits ou analphabètes, jeunes ou moins jeunes, bons ou mauvais.

Les riches et les puissants avaient leurs problèmes. Elle se montrait accessible pour les écouter et les aider à vivre plu chrétiennement. Voyons sa sollicitude pour Caterina Patengola, cette riche veuve, qui avait perdu presque toute sa famille pendant la guerre. Angèle y est envoyée comme un ange de paix, pour la soutenir, la consoler, l’entourer de son affection, l’encourager à reprendre vie. Elle y réussit si bien qu’au bout d’un an, Caterina put se passer d’Angèle. Plus encore, son cœur s’est ouvert à une autre maternité, celle qui s’exerce envers les enfants malheureux. Nous savons d’après les Registres civils qu’elle adopta dans la suite un petit orphelin qu’elle élevait dans sa propre maison, le préparant à affronter la vie. Et quand celui-ci fut en âge d’être indépendant, elle en adopta un autre.

Antonio Romano, ce jeune marchand de tissu nouvellement établi à Brescia, trouvait en Angèle une vraie mère. Loin de ses parents restés au village – nous le savons d’après les Registres civils - il était seul à 22 ans pour commencer son commerce. Il invita Angèle, qui avait l’âge de sa mère, à s’établir chez lui. Cette hospitalité allait durer 14 ans. Angèle rendait de menus services dans la maison, tandis qu’Antonio voyait son commerce se développer d’année en année. Elle le quitta, probablement par discrétion, au moment où Antonio allait se marier. D’ailleurs, il nomma sa première petite fille Angèle.

Même les grands de ce monde avaient droit à sa sollicitude maternelle : Francesco Sforza, Duc de Milan, après une jeunesse en exil et en prison, avait récupéré son droit de régner sur le Duché depuis seulement deux ans quand il en fut chassé par les armées de Charles-Quint. Découragé, affaibli dans sa santé, il sollicita une entrevue avec Angèle et finit par lui demander de la considérer comme un fils, tâche spirituelle qu’Angèle accepta, promettant de prier particulièrement pour lui et pour son peuple éprouvé.

Quelle était l’attitude d’Angèle envers les petites gens ? Elle logeait chez Romano, dans le quartier de Sainte Agathe, tout près des murs de la ville. A l’intérieur se trouvaient les demeures des riches marchands ; à l’extérieur, les petites maisons des pauvres gens. Tous se retrouvaient dans l’église Sainte Agathe, qui avait été construite, d’ailleurs, en grande partie par les deniers des pauvres. Romano nous raconte qu’il ne fallut pas beaucoup de temps pour que la chambre d’Angèle fut assaillie par ceux qui venaient la trouver pour lui demander réconfort, encouragement, ou même une intervention délicate.

On se souvient de sa démarche auprès du Prince Louis de Castiglione, un homme dur, colérique et cruel, qui avait exilé un de ses propres serviteurs (ami ou parent d’Angèle ?), et pris tous ses biens : maison, meubles, champs, bétail. Angèle eut le courage de l’affronter, et par la douceur de ses paroles, elle obtint de ce Prince puissant non seulement le rétablissement en grâce du serviteur, mais même la restitution de tous ses biens. Et Romano ajoute que cet incident fit grand bruit, si bien que nombreux furent ceux qui, comptant sur le bon cœur d’Angèle, s’adressèrent à elle pour obtenir une grâce auprès des grands. Malheureusement, l’histoire ne nous a pas laissé d’autres exemples de ses interventions efficaces.

Lors du premier Chapitre Général en 1537, Angèle invite comme témoins des élections les gens simples de son quartier : un tisserand, un porte faix, un bonnetier, un cordonnier !

Angèle n’était jamais allée à l’école. Elle savait lire, mais non écrire, et pourtant les gens instruits et cultivés avaient recours à elle. Agostino Gallo était agronome et écrivain. Lors de l’approche des armées de Charles Quint, il prit la fuite avec d’autres Brescians, emmenant avec lui toute sa famille, ses enfants, de 3 à 12 ans, ainsi qu’Angèle, amie de sa sœur. La présence maternelle et réconfortante d’Angèle pendant les 2-3 jours de voyage de Brescia à Crémone l’impressionna tellement qu’il ne pouvait plus se passer d’elle, ni sa famille non plus, et qu’il l’invita à séjourner chez lui.

Giacomo Chizzola, diplomate engagé par les Gouverneurs de Venise, était un ami d’Angèle et ne dédaignait pas de lui demander des conseils, si bien qu’en apprenant que sa santé était défaillante, il alla la visiter pour recevoir d’elle un dernier témoignage de sa bonté.

La plupart des Brescians ne savaient ni lire ni écrire. Ce fut le cas de beaucoup de membres de la Compagnie, venues des campagnes chercher du travail dans la grande ville ou appartenant à des familles d’artisans. Toutes, qu’elles soient instruites ou analphabètes, avaient les mêmes droits au sein de la Compagnie. En outre, dans le chapitre de la Règle sur la prière, Angèle demande à celles qui savent lire, d’enseigner à celles qui ne le savent pas comment réciter l’Office. Il s’agissait véritablement d’alphabétisation avant la lettre.

Les jeunes osaient venir parler à Angèle, sentant chez elle un intérêt et une affection provenant d’un cœur ouvert et sensible. Bertolino Boscoli, menuisier de métier, raconte comment, jeune adolescent, il prenait plaisir à venir parler à Angèle et à recevoir d’elle des conseils de sagesse. Stefano Bertazzoli, étudiant en droit, n’hésita pas à venir rendre visite à Angèle, et malgré les taquineries de celle-ci sur la mode estudiantine de ses vêtements, il prit très au sérieux sa conversation avec Angèle et retourna à l’université s’inscrire aux cours de droit canon. Angelo Merici, un petit-cousin d’Angèle qui habitait Brescia, vint, lui aussi, la trouver lorsqu’elle habitait à Sainte Afre. Angèle le laissa raconter sa vie ; elle y ajouta quelques précisions que lui seul connaissait. Tous deux, Stefano et Angelo, furent aidés par Angèle à découvrir sur eux l’appel du Seigneur et devinrent des prêtres fervents et zélés à l’âge adulte.

Cependant, les jeunes qu’Angèle aimait avec prédilection étaient ces jeunes filles qui peu à peu l’entouraient et recevaient d’elle conseils et direction pour devenir, à son exemple, épouses de Jésus-Christ. A la mort d’Angèle, elles étaient déjà environ 150 !

Des biographes d’Angèle mentionnent le fait que beaucoup de femmes venaient à elle pour être consolées et encouragées dans leurs difficultés. De fait, la situation de la femme, traitée en perpétuelle mineure, n’était pas enviable. Combien de jeunes adolescentes forcées par leur famille d’épouse des hommes d’âge mûr et même d’un âge avancé, et ne jouissant d’aucun droit au sein de leur foyer !

Nous savons que des veuves avaient aussi recours à Angèle pour être réconfortées et guidées dans la direction de leur famille. Certaines lui étaient particulièrement attachées ; Angèle en choisira comme Gouvernantes de la Compagnie de Sainte Ursule.

Angèle était aussi un guide spirituel pour ceux qui aspiraient à une meilleure orientation de vie et cherchaient auprès d’elle les paroles qui les incitaient à prier, à mettre leur espoir en Dieu, à vivre d’une vie chrétienne toute de foi et de charité. En outre, les témoins nous disent combien la Madre affectionnait les « pécheurs ». Avec une patience inlassable, elle les encourageait à faire le petit pas possible pour devenir un peu meilleur. Selon Cozzano, ceux qui semblaient les plus mauvais avaient droit à plus de gentillesse et d’amabilité.

La mère, nous le savons, est au cœur du foyer. C’est elle qui maintient sa famille dans la paix et l’unité, qui prodigue ses conseils pour le bien des uns et des autres, qui veille sur les besoins de chacun.

Angèle semble avoir exercé ce rôle maternel à l’égard de toute la cité de Brescia. Elle avait un don particulier pour inciter au pardon et à réconciliation les maris et les femmes, les parents et les enfants, les frères et les sœurs. Au plan social, elle était arrivée à réconcilier des ennemis déterminés à se battre à mort (Francesco Martinengo et Filippo Sala), à intervenir pour ranimer la bonne entente entre chefs et subordonnés.

Ses conseils étaient recherchés pour des problèmes personnels délicats, ceux qu’on partage avec une personne de confiance : choix d’un conjoint, détermination d’une orientation de vie, manière de faire son testament. A tous, la Mère-Sœur Angèle, qui pourtant n’avait reçu aucune instruction formelle, prodiguait les avis que sa sagesse lui suggérait.

Dans ses Ecrits, on peut percevoir à quel point Angèle était soucieuse de répondre aux besoins de ses filles, besoins matériels aussi bien que spirituels. Elle prévoit les interventions nécessaires en faveur de celles qui ne reçoivent pas leur salaire ou leur héritage, de celles qui se trouvent sans toit ou sans emploi, de celles qui sont malades ou trop âgées pour se suffire à elles-mêmes.

Angèle ne voulut pas garder pour elle seule ses dons de maternité spirituelle. A ses filles, elle veut montrer comment être de vraies mères à leur tour. Ce sera l’objet de notre deuxième partie.

II. Conseils d’Angèle pour une vraie maternité spirituelle

En éveillant ses filles à une varie maternité spirituelle, Angèle trouve dans la foi les motifs et les attitudes qui vont l’enraciner en profondeur. Elle s’inspire des qualités de la maternité humaine pour exprimer les exigences inhérentes à cette maternité spirituelle. Elle insiste sur des attitudes positives, tout en invitant à un amour réaliste. Nous verrons successivement chacun de ces aspects.

  • 1.Une maternité spirituelle qui a sa source en Dieu

C’est Dieu le premier qui inspire une maternité spirituelle, qui y appelle par sa grâce : Considérez la grande grâce et l’heureux sort qui est le vôtre (Test Prol 15), dit-elle. Ayant été choisies par Dieu, nous avons d’abord à être reconnaissantes pour cet appel : Combien vous avez à le remercier ! (Test Prol 17). Ayant besoin de son aide, nous sommes invitées à Le prier : Combien vous devez prier Dieu de vous éclairer, de vous diriger et de vous enseigner ce que vous avez à faire pour son amour (Av Prol 7), car, en ces temps périlleux et pestiférés vous n’aurez d’autre recours que de vous réfugier aux pieds de Jésus-Christ. Car si c’est lui qui vous dirige et vous enseigne, vous serez [bien] enseignées (Av 7, 27-28).

Cette prière est accompagnée de confiance, malgré les limites que nous sentons inévitablement en nous-mêmes : N’ayez pas peur de ne pas savoir, ni de pas pouvoir faire ce qu’on exige à bon droit pour cette tâche. Ayez espérance et foi ferme en Dieu, car il vous aidera en toute chose. (Av Prol, 14-15) Tout en faisant appel à la responsabilité personnelle, Angèle nous invite à accorder une confiance absolue en l’Esprit de Dieu qui nous guide : Il vous faut prendre la nette et ferme résolution de vous soumettre totalement à sa volonté, et, avec une foi vive et inébranlable, recevoir de lui-même ce que vous aurez à faire pour son amour. (Test Prol, 22-23)

Mais l’aide de Dieu est aussi conditionnée par notre fidélité : De même qu’il vous a confié cette charge, de même aussi il vous donnera les forces nécessaires pour la remplir, pourvu que vous ne manquiez pas de votre côté. (Av Prol, 16), car il s’agit de mettre toute votre application et toutes vos forces à accomplir votre devoir (Test Prol 21). Ainsi, la foi inébranlable d’Angèle se conjugue avec son réalisme. Ce réalisme se traduit encore dans sa manière d’évoquer l’amour maternel humain pour mieux faire comprendre les exigences d’un amour spirituel.

  • 2. Une maternité spirituelle inspirée de la maternité humaine

Angèle avait connu un foyer heureux dans son enfance. Est-ce le souvenir de sa propre mère qui rejaillit, lorsqu’elle cherche à décrire l’amour maternel ? IL s’agit de soins et de sollicitude, comme si elles étaient sorties de votre propre sein (cf. Test Prol 11-13), d’un amour personnel pour toutes, d’un amour totalement fixé dans le cœur, un à un, car c’est ainsi qu’agit le véritable amour. Il semble même que, plus il y en a( d’enfants), plus aussi grandissent l’amour et la sollicitude pour chacun d’eux. A plus forte raison les mères spirituelles peuvent-elles et doivent-elles agir ainsi, car l’amour spirituel est sans comparaison beaucoup plus puissant que l’amour naturel. (2e Legs, 5-9). D’ailleurs, on voit les mères selon la nature mettre beaucoup de soin et de peine pour parer, orner, et embellir de tant de façons diverses leurs filles selon la chair, afin qu’elles puissent plaire à leurs époux de la terre… combien plus devez-vous le faire (4e Legs, 7-8), afin que vos chères enfants soient parées de toutes sortes de vertus, et de manières royales et belles, afin qu’elles puissent plaire le plus possible à Jésus-Christ leur Époux. (4e Legs, 1-3).

Angèle précise les attitudes concrètes qui découlent du cœur d’une vraie mère : apprécier ses enfants, en prendre soin, veiller sur eux, en porter le souci jour et nuit, les avoir gravés dans son cœur. (cf. Av Prol 9-11), non seulement leurs noms, mais aussi leur condition et leur tempérament, et leur situation et tout ce qui les concerne (2e Legs, 1-3). Elle invite à être attentives et vigilantes pour connaître et comprendre leur conduite, pour être au courant de leurs besoins spirituels et temporels, et y pourvoir de son mieux (Av 4, 1-2), en dépensant l’argent que vous aurez… selon que la discrétion et l’amour maternel vous le dicteront (9e Legs, 3-4), en dirigeant tout pour le bien et le profit spirituel de vos chères enfants… pour les inviter et pousser à un plus grand amour (9e Legs, 5-9).

Angèle sait combien les sentiments d’envie et de jalousie peuvent ternir les relations et compromettre un climat d’amour vrai. Elle met donc en garde contre le favoritisme et les jugements hâtifs : Aimez vos chères filles également ; et n’ayez pas de préférence pour l’une plutôt que pour l’autre, puisqu’elles sont toutes créatures de Dieu. Et vous ne savez pas ce qu’il veut faire d’elles. En effet, comment pouvez-vous savoir, vous, si celles qui vous paraissent les plus insignifiantes et les plus dépourvues ne vont pas devenir les plus généreuses et les plus agréables à sa Majesté ? (Av 8, 1-3)

Les conseils d’Angèle portent surtout sur des attitudes positives, inspirées par la bonté et la douceur, qui encouragent et laissent un champ libre au progrès et à l’avancement de chacune.

  • 3. Une maternité s’exprimant par des attitudes positives

Angèle accorde beaucoup d’importance à la douceur et à l’amabilité, faisant ainsi inconsciemment son propre portrait. Elle invite à être aimables et humaines envers vos chères enfants (Av 2, 1), à mener vos filles avec amour et d’une main suave et douce, et non impérieusement, ni avec âpreté. En toutes choses veuillez être aimables (3e Legs, 1-3). En effet, Jésus-Christ a dit, Apprenez de moi, que je suis affable et doux de cœur… Vous devez donc vous efforcer de faire de même vous aussi, et d’user de toute l’amabilité possible. (3e Legs : 4, 6-7).) D’ailleurs, vous obtiendrez davantage par la tendresse (L’italien dit charezze, des caresses  !) et par l’amabilité que par la rudesse et de durs reproches (Av 2, 3-5).

Elle préconise particulièrement les encouragements, car en ces temps de crise, comme aujourd’hui, les jeunes sont plus fragiles. Réconfortez-les, encouragez-les, qu’elles continuent de bon gré (Av 5, 32). Si vous en voyez une pusillanime et timide, et portée à l’abattement, réconfortez-la, inspirez-lui courage, promettez-lui le bienfait de la miséricorde de Dieu, dilatez son cœur par toutes sortes de consolations. (Av 2, 8). Remarquons qu’Angèle ne dit pas consolations spirituelles, mais toutes sortes de consolations. Cela passe aussi bien par un coup de téléphone, que par une petite fleur, ou une douceur ou un sourire !

Angèle prévoit même des réunions fréquentes, afin de permettre à ses filles de se retrouver ensemble, de se réjouir et de s’encourager ensemble (8e Legs, 1, 3-6).

Pourtant, la douceur d’Angèle n’est pas faiblesse. Son amour maternel est réaliste, car elle trace des lignes de conduite qui tiennent compte des faiblesses de ses filles.

  • 4. Une maternité spirituelle réaliste

De toute évidence, la mère est d’abord appelée à donner le bon exemple à ses enfants. Angèle compare cette exigence à celle du miroir : Vivez et comportez-vous de telle façon que vos filles puissent se mirer en vous. Et ce que vous voulez qu’elles fassent, faites-le d’abord vous-mêmes. Comment pourrez-vous les avertir ou les reprendre pour quelque défaut s’il se trouve encore en vous ?… Il est juste et convenable que les mères soient un exemple et un miroir pour leurs filles, spécialement par leur modestie, leur comportement, et leurs actions ordinaires et même extraordinaires. (Av 6, 1-3, 6-7). Angèle va même pousser l’effet du miroir réfléchissant en demandant aux mères de s’inspirer du bon comportement de leurs filles ! Veuillez vous rendre conformes à elles en toute action honnête et vertueuse qui vous convienne et qui vous soit possible… (Av 6, 7).

Le réalisme d’Angèle n’exclut pas les avertissements, nie les corrections nécessaires, mais ils doivent toujours prendre leur source dans un amour maternel authentique : La charité, qui dirige toute chose pour l’honneur de Dieu et le bien des âmes, c’est elle qui enseigne un tel discernement, et meut le cœur à être, selon le lieu et le temps, tantôt aimable et tantôt sévère, et un peu ou beaucoup, suivant les besoins. (Av 2, 7). Je ne dis pas cependant qu’on ne doive parfois user de reproches et de sévérité, en lieux et temps voulus, selon l’importance, la situation et le besoin des personnes ; mais nous devons agir poussées seulement par la charité et le seul zèle des âmes. (3e Legs, 13-15).

Elle-même donne un exemple de correction patiente en mentionnant les conditions qui assurent son efficacité : conseiller et avertir avec amour, trois ou tout au plus quatre fois, au sujet de quelque manquement notable… (5e Legs, 1-3). Elle propose l’isolement comme moyen favorable au changement souhaité : Si vous voyez qu’elle ne veut pas obéir, alors laissez-là à elle-même… Il peut se faire que la pauvrette, se voyant ainsi abandonnée et mise de côté, soit poussée au repentir (5e Legs, 2-3, 5). Et si celle-là veut revenir, on doit la recevoir, à condition qu’elle demande pardon… (5e Legs, 9).

Angèle met en garde contre toute forme de contrainte qui empêcherait de grandir, d’évoluer vers une prise en charge personnelle de sa propre destinée : Par-dessus tout, gardez-vous de vouloir faire faire (quoi que ce soit) par force, car Dieu a donné à chacun le libre arbitre, et Il ne veut forcer personne, mais seulement il propose, invite et conseille, (3e Legs, 8-11).

La clairvoyance réaliste d’Angèle la pousse aussi à prévoir non seulement des possibilités d’évolution et d’adaptation, mais aussi les conditions nécessaires pour que celles-ci aient un effet durable. Si, selon les temps et les besoins, il y avait de nouvelles dispositions à prendre ou quelque chose à modifier, faites-le prudemment et avec bon conseil. Et que toujours votre principal recours soit de vous rassembler aux pieds de Jésus-Christ, et là toutes, avec toutes vos filles, de faire de très ferventes prières. (Dern Legs, 2-4)

La révélation de sa mission qui allait s’étendre dans le temps et dans l’espace, ses contacts avec des personnes de tous milieux, ses pèlerinages en Italie, mais aussi en Terre Sainte, où elle a pu prendre contact ave c des personnes de civilisation grecque, musulmane, africaine, slave et flamande, lui avaient fait comprendre la nécessité d’une ouverture à d’autres mentalités, à d’autres cultures. Ce conseil d’adaptation est d’ailleurs unique dans toute l’histoire des instituts religieux.

Notre conclusion s’articule sur l’appel pressant d’Angèle en faveur de l’unité. Que peut faire une mère de plus important, sinon de favoriser l’amour mutuel entre les membres de sa famille ? Ce sont les dernières paroles d’Angèle, celles où elle met le plus d’insistance : Il n’y aura pas d’autre signe que l’on est dans la grâce du Seigneur que de s’aimer et d’être unies ensemble… Ainsi donc, s’aimer et être unies ensemble sont le signe certain que l’on marche dans la voie bonne et agréable à Dieu. (10e Legs ; 10, 12). C’est sur ce point qu’Angèle demande le plus de vigilance de la part des mères : Soyez vigilantes sur ce point, car c’est ici que le démon vous tendra des pièges sous apparence de bien. Donc, dès que vous apercevrez ne fût-ce que l’ombre d’une telle peste, remédiez-y aussitôt selon les lumières que Dieu vous donnera. (10e Legs, 13-14). L’union, en effet, appelle près de soi la présence du Seigneur, car plus vous serez unies, plus Jésus-Christ sera au milieu de vous comme un père et un bon pasteur. (10e Legs, 10).

La maternité spirituelle, telle qu’Angèle l’a conçue, est riche de son expérience personnelle, de sa prière surtout. Elle a été la source de toute une pédagogie, de toute une éducation qui a caractérisé les Ursulines à travers les siècles. Aujourd’hui, des laïcs ressentent un appel pressant à s’inspirer de cet esprit de la Mère-Sœur Angèle. Cozzano, d’ailleurs, au 16e siècle, l’avait bien prévu dans sa Préface à la Règle Trivulzienne, la plus ancienne que nous possédons. La fondation d’Angèle qui allait s’étendre réalise aujourd’hui sur divers continents une nouvelle extension auprès d’hommes et de femmes attirés par sa manière de vivre l’Evangile, dans leurs rapports avec Dieu et avec leurs frères et sœurs partout dans le monde.


Soeur Marie Seynaeve

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