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Lire les Ecrits d’Angèle

Lire les Ecrits de Sainte Angèle Merici à la lumière des Prologues

Nous sommes réunies aujourd’hui, au nom du Seigneur, sous le regard de Sainte Angèle Merici, assurées de sa présence parmi nous, comme de celle du Seigneur Jésus. Si elle était physiquement parmi nous, que nous dirait-elle ? Probablement rien d’autre que ce qu’elle nous a laissé dans ses Ecrits.

Les textes que nous appelons « Ecrits de Sainte Angèle », nous le savons, n’ont jamais été écrits par elle, mais seulement dictés à son secrétaire, Cozzano, comme, d’ailleurs, Saint François d’Assise qui a dicté sa règle et ses écrits. Or, Cozzano nous dit qu’avant de présenter le texte définitif de la Règle à ses filles, en 1535, Angèle Merici leur a adressé une lettre pour leur indiquer dans quel esprit elles étaient appelées à la vivre. Cette lettre a été ajoutée au début de la Règle, comme Prologue.
Celui-ci contient donc des indications précieuses de la part d’Angèle sur la manière de lire et de vivre cette Règle.
Bien qu’il n’y ait pas d’indication du même genre au sujet des Prologues des Avis et du Testament, nous pouvons supposer qu’eux aussi ont été écrits en finale, pour indiquer comment lire et vivre ces Ecrits.
Nous examinerons donc successivement chacun des Prologues, pour nous éclairer sur l’intention d’Angèle lorsqu’elle a dicté chacun de ses Ecrits.

I. Le Prologue de la Règle

Lumière sur une vie toujours nouvelle

Le Prologue de la Règle commence par une prière, par une invocation à la Sainte Trinité. La démarche que nous faisons aujourd’hui n’est-elle pas vécue au nom de la bienheureuse et indivisible Trinité ? (v. 1)
Bienheureuse, parce que le Père trouve sa joie à se donner à son Fils, et par Lui, à nous ; parce que le Fils est heureux de recevoir tout du Père. Lors de sa vie terrestre, Il a été heureux d’offrir sa vie pour nous.
Bienheureuse, parce que l’Esprit se réjouit d’être le lien d’amour qui va du Père au Fils et du Fils au Père, d’être dans nos vies, source d’eau jaillissante, feu qui éclaire et réchauffe, lumière qui nous conduit au Père et au Fils. Oui, Dieu est heureux dans sa vie intime, heureux d’être union, communion. Il est indivisible dans la réciprocité, dans l’amour de chacune des Personnes, heureux de nous unir à Lui dans l’amour, car rien ne pourra jamais nous séparer de cet amour.

Notre première réaction est celle de l’action de grâces :
Vous devez le remercier sans fin de ce qu’à vous spécialement il ait accordé un don si extraordinaire. (v. 5) Il nous a interpellées, Il nous a appelés à une vie plus évangélique, à l’exemple d’Angèle. Il nous a accordé une grâce de lumière, qui éclairé les obscurités de ce mondé (v. 4). Il nous a rassemblées, unies ensemble, (v. 4) dans un même but, nous invitant à son service (v. 4), à l’exemple de Jésus, qui s’est fait le serviteur de tous.

Comment ne pas le remercier constamment de cette bienveillance, alors que des personnes plus importantes par leurs fonctions, leurs dons, leur savoir et leur avoir, n’ont pas reçu cette grâce (v. 6) Essayons de comprendre ce que cela veut dire, d’être les filles de Sainte Angèle Merici. Il y a là quelque chose de grand, de tout neuf, d’incroyable (v. 8).

Si Dieu nous a fait cette faveur, à nous d’y répondre par notre fidélité, en essayant de tout notre pouvoir (v. 9) de nous maintenir accueillantes à la grâce qui nous est faite. Il s’agit d’un accueil dynamique pour persévérer et progresser jusqu’au bout (v. 10), mais aussi d’un accueil qui ne repose pas sur nos propres forces, mais sur Jésus-Christ et sur sa Parole (v. 11)

Bienheureux ceux qui entendent la Parole de Dieu et qui la gardent (v. 12) Il s’agit d’écouter cette Parole et de la mettre en pratique, car cette parole va nous éclairer, nous transformer, nous stimuler, nous appeler à l’intériorité, nous fortifier. Voici comment Angèle nous propose de comprendre ce verset d’Evangile : Bienheureux ceux à qui Dieu aura soufflé au coeur la lumière de Vérité : La lumière est un don de Dieu ; la lumière permet un nouvel éclairage sur notre vie, à la lueur de la foi. Et cette lumière nous rend bienheureuses.

La lumière s’accompagne de désir : désirer ardemment la patrie céleste (v. 12), c’est-à-dire ce Royaume de Dieu, Royaume de paix, d’entente, de solidarité, de partage, en un mot, d’amour pour Dieu et pour nos frères. Donc, l’écoute de la parole de Vérité, le désir du Royaume sont des attitudes fondamentales à conserver... mais comment ?

Sainte Angèle Merici nous invite à "embrasser tous les moyens et les voies nécessaires", car le Seigneur nous en dira toujours plus, et l’eau qu’Il donne creuse toujours davantage en nous la soif de sa présence et de la réalisation du Royaume. Ces moyens sont concrétisés, pour nous, dans nos Règles qui nous invitent à prier, à nous rencontrer, à vivre, comme Angèle Merici, de l’esprit de l’Evangile. Ces moyens creusent en nous la capacité d’écoute et le désir d’une vie remplie d’un amour effectif, qui se donne, là où nous sommes, au milieu de nos sœurs et des personnes à qui nous sommes envoyées.

Cette entreprise est d’une telle importance qu’il ne pourrait y en avoir de plus grande, (v. 15) nous dit Sainte Angèle. Et cela, parce qu’elle engage toute notre manière de vivre et notre manière personnelle de nous laisser sauver, libérer par Jésus-Christ, de nous laisser renouveler dans notre foi et dans la réalisation de notre idéal d’Ursulines. Cet appel de Dieu, que nous avons ressenti, est pour aujourd’hui et pour l’éternité, car Il nous a aimés d’un amour éternel, comme le dit l’Ecriture, et cela fait de nous des reines dans son Royaume (v. 17).

Cependant, ne nous faisons pas d’illusions, dit Sainte Angèle, il y aura des obstacles sur la route. D’abord la lassitude (v. 18), l’usure du temps, la monotonie, le manque d’enthousiasme qui nous guettent toutes et qui petit à petit rongent le bel idéal auquel nous avons consenti. Puis, il y aura des oppositions (v. 19) de la part de nos proches, peut-être, de nos amis, de ceux qui trouvent que « c’est exagéré » que « Dieu n’en demande pas autant »... Même l’eau, l’air et la terre (v. 20) peuvent devenir des obstacles. N’est-il pas vrai que la pluie, le mauvais temps, le froid et le vent, les routes glissantes ou rocailleuses, ou tout simplement encombrées par le trafic sont parfois des prétextes pour rester bien tranquillement chez nous ? Angèle rappelle aussi les obstacles qui viennent de notre faiblesse humaine : notre chair et notre sensualité ne sont pas encore mortes (v. 20) C’est un vocabulaire qui ne s’utilise plus aujourd’hui, mais la réalité à laquelle il se réfère reste d’actualité : il s’agit de notre désir de dominer, de tout savoir, de paraître "bien", d’avoir plus. Enfin, par-dessus tous ces d’obstacles survient le tentateur, celui qui divise, qui sème le doute, la crainte, le découragement, l’inquiétude. Tableau peu réjouissant, mais réaliste, du réalisme d’Angèle qui est issue de la campagne, et qui a ses pieds solidement posés sur la terre...

Mais aussi Angèle Merici a le coeur et la tête au ciel, car tout de suite elle veut nous rassurer : ne vous effrayez pas pour cela(v.22) Vous pouvez être en paix, si vous faites tout votre possible (v. 23) pour observer cette Règle, comme le chemin tracé pour votre bien (v. 24). J’en suis sûre, dit-elle, d’une foi ferme et inébranlable (v. 25), car la bonté de Dieu est sans limite (v. 25) que ce ne sera pas trop difficile d’avancer, ce sera même facile (v. 25) et nous pourrons le faire avec grande joie (v. 25).

D’ailleurs, notre vie, somme toute, est courte (v. 26). N’avons -nous pas l’impression que le temps passe de plus en plus vite ?
L’été est à peine fini, et nous nous trouvons déjà au printemps. Alors, cette vie qui passe si vite, nous la passerons dans la joie, la consolation (v. 26). Un jour, toutes nos tristesses se changeront en joie et allégresse (v. 27). C’est vrai de la béatitude éternelle, mais c’est vrai aussi que la sagesse humaine nous apprend que la vie est une succession de pluie et de beau temps. Nous ne passons pas toujours sous un tunnel. Les chemins qui piquent et qui blessent se transforment à certains moments en routes fleuries (v. 27). Ces moments de joie sont des trésors, comme des dalles d’or très fin (v. 27). Ici Angèle ne parle pas uniquement de la joie éternelle, mais aussi de nos joies humaines, passagères, mais combien réelles.

Nous ne sommes pas seules. Les anges de la vie éternelle sont avec nous (28). Angèle avait vu des anges lors de sa vision à Brudazzo. Elle croyait à l’activité des anges, alors que nous les condamnons au chômage, la plupart du temps. Donc, les anges nous accompagnent, dans la mesure où nous participons à leur vie d’ange (v_ 28). Que fait l’ange ? il adore Dieu ; il prie ; sa face est continuellement tournée vers ce Dieu qu’il aime. De plus, il est constamment disponible, prêt à être envoyé n’importe où, à porter n’importe quel message de la part de Dieu ! Voilà l’activité des anges que nous sommes appelées à imiter !

Le dernier mot de Sainte Angèle Merici est un encouragement. Allons, courage (v. 29), dit-elle. Embrassons donc cette Règle que Dieu par sa grâce nous a offerte (v. 29). Embrasser, veut dit chérir, porter sur son coeur, entourer d’affection. Soyons énergiques, viriles, dit Angèle, (v. 30), comme Judith qui eut le courage de trancher la tête à Holopherne (v. 30). Et surtout, soyons attentives, en état d’écoute, le coeur large, ouvert, et plein de désir. (v. 32).

Ces dernières paroles d’encouragement nous sont adressées comme un souffle, un élan qui nous porte vers une plus grande fidélité à Celui qui nous a choisies. Toute notre lecture de la Règle sera donc imprégnée de ces paroles d’encouragements qui nous stimulent à la persévérance et à la fidélité.

II. Le Prologue des Avis

Lumière sur notre apostolat

Le Prologue des Avis est adressé aux Colonelles, donc aux supérieures locales et aux formatrices. Alors que beaucoup de membres de la Compagnie étaient illettrées, celles-ci avaient reçu une certaine éducation, car elles savaient lire. Angèle Merici, comptant sur la formation humaine de base qu’elles avaient déjà reçue, leur indique comment exercer leurs responsabilités vis-à-vis de leurs soeurs.

Lorsque la Règle était perdue, ou oubliée, c’est par ces Avis que l’esprit d’Angèle s’est perpétué dans toute l’histoire des Ursulines. La Congrégation de Bordeaux, la plus puissante, et celle qui a inspiré les Ursulines dans toute l’Europe Centrale et de l’Est, avait intégré les Avis dans ses Constitutions. Leur portée pédagogique a donc influencé toute l’œuvre éducative des Ursulines à travers les siècles. Nous pouvons lire les Avis, comme des conseils qu’Angèle nous donne dans l’accomplissement de nos tâches apostoliques. Le Prologue nous indique comment les assumer et dans quel esprit suivre les conseils ou « Avis » qu’Angèle nous donne dans les chapitres qui suivent.

Sainte Angèle Merici commence le Prologue des Avis au nom de Jésus Christ qu’elle veut servir, bien quelle n’en soit pas digne, car elle se nomme indigne servante de Jésus-Christ (1). Elle s’adresse à nous comme des sœurs très aimées et comme ses filles (2).

En premier lieu, elle présente nos tâches non comme des activités à faire, mais comme des responsabilités à vivre avec un regard de foi. Son premier regard va vers Dieu ; le deuxième vers ses filles, et le troisième vers celles qui leur sont confiées. Etre appelées à œuvre pour le Royaume est un privilège, un don de Dieu, pour lequel être pleines de reconnaissance. Elle nous invite donc à remercier Dieu grandement de ce qu’il ait daigné faire en sorte que vous soyez de celles à qui il demande de se dépenser pour gouverner et sauvegarder un tel trésor, qui est le sien (12). Angèle emploie deux fois le mot trésor dans ses Ecrits. Elle se réfère à notre trésor, à notre unique trésor, qui est Jésus-Christ, mais aussi, à ses trésors à Lui, qui lui appartiennent : tous ses enfants, toutes les personnes qu’Il a bien voulu nous confier pour que nous puissions les diriger, les gouverner, selon Sainte Angèle, et les garder, comme on garde avec précaution un trésor précieux.

Les premières Colonelles devaient certainement ressentir leur incapacité et leur petitesse devant la tâche qu’Angèle leur confiait, c’est pourquoi, elle leur demande avant tout, de prier, et de prier avec humilité : Priez-le, humiliez-vous sous sa grande puissance, car, sans aucun doute, de même qu’il vous a confié cette charge, de même aussi il vous donnera les forces nécessaires pour la remplir, pourvu que vous ne manquiez pas de votre côté. (16). La force et le vrai réconfort leur viendront du Saint-Esprit (3), dit-elle. Surtout, elle leur demande de prier pour recevoir les grâces inhérentes à leurs responsabilités : prier Dieu de vous éclairer, et de vous diriger, et de vous enseigner ce que vous avez à faire pour son amour en cette tâche (7). Et de prier avec confiance :Ayez espérance et foi ferme en Dieu, car il vous aidera en toute chose. (15).

Enfin, Angèle Merici demande une pureté d’intention, un dégagement de soi qui nous permettent de réellement agir pour Lui et qui nous purifient d’un désir de promotion ou de réussites purement humaines : Orientez tout vers la louange et la gloire de sa Majesté et vers le bien des âmes. (Avis P, 18)

Le deuxième regard de Sainte Angèle Merici se pose sur ses filles et sœurs bien-aimées : afin que vous puissiez soutenir et remplir virilement et fidèlement la charge que vous avez à porter (4). Virilité et fidélité, voilà les deux attitudes qu’Angèle attend de nous. Ce qu’elle signifie par « virilité », elle le précise plus loin, en disant : Agissez, remuez-vous, croyez, faites des efforts, espérez, criez vers lui de tout votre cœur (17). Ce sont tous des verbes qui dénotent une action énergique. Quant à la fidélité, elle s’exerce dans la manière de veiller et de garder celles qui nous sont confiées, comme de très vigilantes bergères et de sages ministres (6) ou intendantes. Et en réponse à cette fidélité et cette vigilance, Dieu lui-même nous en saura gré, car Il a préparé pour nous une grande récompense (5).

Le troisième regard d’Angèle se porte sur les personnes qui nous sont confiées. Elle nous demande de les apprécier (9), de les aimer, d’avoir soin d’elles, de veiller sur elles (9). Et cela jour et nuit (11). Toutes, et chacune, une à une, sont à graver dans notre cœur (11) et à aimer d’un amour véritable (11). Et Angèle, pour nous encourager, car elle sait que cela ne sera pas facile tous les jours, ajoute, que si nous nous confions en Dieu, alors sans aucun doute, vous verrez des choses admirables (19).

En finale du Prologue, Sainte Angèle Merici change de ton : Il s’agit maintenant des Avis qu’elle porte dans le cœur et qu’elle veut nous confier. Elle désire que nous les suivions par amour, amour pour Jésus – Christ et pour sa sainte Mère d’abord (20), mais aussi amour pour elle-même, si nous voulons lui faire plaisir. (22) Ces Avis sont à mettre en pratique (20), à exécuter (21), comme le testament d’une mourante, pour être exécutés après ma mort comme une partie de mon vouloir et de mon désir. (21). Puis, elle laisse déborder son cœur : Elle nous assure que du haut du ciel, Je vois mieux, j’aime et j’apprécie davantage les bonnes actions que continuellement je vous vois faire, (24), et à présent je veux et je peux davantage vous aider et vous faire du bien de toutes sortes de manières. (25). N’est-ce pas aussi un portrait de ce qu’Angèle faisait de son vivant et qu’elle veut continuer pour nous : apprécier ce que nous faisons, nous aider, nous faire du bien ? Tous les Avis d’Angèle peuvent donc être lus et méditer à cette lumière : ce sont les moyens qu’elle nous donne pour nous aider à faire du bien de toutes sortes de manières. Recueillons-les précieusement, en nous confiant en la puissance du Seigneur, qui vient au secours de nos limites, et qui, Lui, réalise, jour après nous, par nos efforts, la construction de son Royaume

III. Le Prologue du Testament

Lumières sur la maternité spirituelle

Le Prologue du Testament s’adresse aux gouvernantes ou « matrones » de la Compagnie. Du temps d’Angèle, ce terme désignait des veuves d’un niveau social élevé, qui avaient hérité de la fortune de leur mari, et qui, en fait, étaient les seules femmes vraiment libres selon le droit de Brescia. Elles possédaient leur héritage, l’administraient, dirigeaient leur maison et leurs nombreux serviteurs. C’étaient des femmes d’expérience, qui étaient capables d’assumer des responsabilités. En les nommant individuellement, chacune par son nom, Angèle les appelle non seulement « gouvernantes » et « matrones », mais mères (2), car c’est à ce titre particulier qu’elle s’adresse à elles.

Vous avez certainement déjà remarqué la similitude entre ce prologue et celui des Avis. Des deux côtés, Angèle Merici se nomme servante indigne de Jésus–Christ (1). Dans les deux Prologues, elle invite à la reconnaissance pour le choix de Dieu et à la prière (17-18) et elle demande la fidélité à ses directives, qu’elle laisse comme un testament (23 à 30). Il y a cependant des accents très particuliers, adaptés à la situation sociale des ces dames de l’aristocratie. Ici, Angèle ne leur parle pas comme à des filles aimées, mais comme à des mères vénérables, auxquelles elle est attachée très cordialement - cordialissime- dans le Sang de Jésus-Christ (4).

Angèle Merici commence par demander pour elles l’éternelle bénédiction donnée par le Dieu tout-puissant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (3) et évoque le Conseil éternel qui a voulu élire en dehors de la vanité du monde beaucoup de femmes, spécialement des vierges, c’est-à-dire notre Compagnie (5). Pour ces mères spirituelles, habituées à commander, il n’était pas inutile de rappeler que la Compagnie est d’abord l’œuvre de Dieu, et que c’est de Lui qu’elles doivent accueillir toutes leurs soeurs, qui appartenaient, pour la plupart à un niveau social bien plus bas que le leur. De plus, Angèle affirme avec force son propre rôle, car elle aussi a été choisie par Dieu pour une telle œuvre est si grande (6), et c’est à ce titre qu’elle s’adresse à ces nobles dames de l’aristocratie bresciane. Il m’a aussi, dit-elle, dans sa bonté habituelle, donné et accordé une telle grâce et un tel don, que j’aie pu les gouverner selon sa volonté, (8) et pourvoir à leurs nécessités et leurs besoins surtout en ce qui contribue à les diriger et à les maintenir dans l’état de vie auquel elles ont été appelées (9).

Angèle Merici rappelle aux Matrones qu’elles ont été choisies par Dieu pour l’aider, pour la seconder dans ses fonctions de mère : Parmi les ressources bonnes et nécessaires que Dieu a préparées pour moi, vous êtes l’une des principales (10) et que leur rôle principal est celui d’être des mères, vous qui êtes trouvées dignes d’être de vraies et aimantes mères d’une si noble famille (11) confiée à vos mains (12). Notons les mots employés par Angèle : mères d’une si noble famille. Il s’agit donc de relations de proximité, d’affection, comme entre une maman et ses enfants, et cette famille a une noblesse particulière, non celle du monde auquel les matrones appartiennent, mais celle que confère le choix de Dieu. En effet, c’est Lui qui a daigné faire de vous les mères de tant de vierges (15). C’est Lui qui a remis ses propres épouses entre vos mains et les a confiées à votre gouvernement (16). C’est Lui qui a daigné vous placer à la tête d’un si noble troupeau (19). Sainte Angèle insiste ici sur cette noblesse spirituelle des sœurs.. L’image du troupeau ajoute un nouvel élément, celui du Bon Pasteur, qui prend soin de ses brebis, qui connaît chacune par son nom, qui marche devant elles, et qui est prêt à donner même sa vie pour elles.

Lorsque nous avons la responsabilité d’enfants, de jeunes, de groupes d’adultes, il est facile pour nous de faire l’application de ses paroles au concret de notre vie : Eux aussi ont été choisis par Dieu et confiés à notre soin, et nous, choisies par Lui pour continuer la mission d’Angèle. Eux aussi sont pour nous comme une famille, ennoblie par le choix de Dieu, comme des brebis confiées à notre sollicitude. Cette préoccupation pour « nos » brebis doit ressembler au souci d’une mère pour ses propres enfants : que vous ayez pour elle le soin et la sollicitude que vous auriez si elles étaient sorties de votre propre sein (13). Et même, elle doit dépasser les soucis d’une mère selon la nature, car Angèle ajoute, et plus encore (13) ! Angèle reviendra sur ce plus encore dans les 2 et 4e Legs.

Ce choix de maternité spirituelle une grande grâce et un heureux sort (14) pour lesquels exprimer à Dieu notre reconnaissance : Combien vous avez ici à le remercier (17) d’avoir été ainsi choisie par Lui, et en même temps à le prier (18) afin qu’Il daigne encore vous donner une sagesse et une aptitude telles que vous puissiez faire œuvre digne de louange à ses yeux (20) et mettre toute votre application et toutes vos forces à faire votre devoir (21).
L’objet de cette prière est donc triple :

  • Demander à Dieu la sagesse, non seulement celle qui provient de l’expérience et du bon jugement qui devait caractériser les matrones, mais surtout celle qui vient de Dieu, celle qui permet de juger surnaturellement des personnes et des actes.
  • Demander dans la prière la capacité, l’aptitude de faire l’œuvre de Dieu, c’est-à-dire, une œuvre digne de louange à ses yeux, au-delà des réussites purement humaines.
  • Prier pour avoir la capacité de s’appliquer de toutes ses forces à bien accomplir ce devoir que Dieu nous confie.
    Cette tâche est à recevoir de Lui avec une foi vive et inébranlable et à accomplir pour son amour (23).

Sainte Angèle Merici trace ainsi toutes les exigences d’une vraie maternité spirituelle : discernement spirituel, dépouillement d’intérêts personnels, générosité dans l’effort, et tout cela dans un grand esprit de foi et d’amour. Et ce n’est pas fini : Il vous faut, par conséquent, prendre la nette et ferme résolution de vous soumettre totalement à sa volonté (22). Et en cela (quoiqu’il puisse arriver) persévérer avec constance jusqu’à la fin (24) ! Le ton d’Angèle est fort et va bien plus loin qu’une douce persuasion. Alors que ce n’est pas dans son habitude, elle se sert ici d’un ton impératif : il vous faut prendre la résolution… il vous faut persévérer. Angèle, près de sa mort, veut s’assurer de la constance de celles qui sont appelées à « gouverner » la Compagnie, car il s’agit de l’œuvre de Dieu, qui ne connaît pas de rémission. Ainsi, fait-elle appel à la fidélité et à la persévérance de toutes celles qui dans la suite seront choisies pour faire croître l’œuvre du Père, dans le cœur de ses enfants.
Après ces injonctions fortes, le ton se radoucit, et Angèle reprend son style habituel : Par-dessus tout, je vous prie toutes et vous supplie, par la Passion et le Sang de Jésus-Christ répandu pour notre amour, (25) de bien vouloir mettre en pratique avec toute la sollicitude possible ces quelques avis (26) qu’avec la grâce de Dieu vous trouverez exposés ci-dessous l’un après l’autre (27). Ces directives, ce sont celles qu’Angèle laisse aux mères de la Compagnie, chargées de la remplacer comme mes héritières (29), héritières de la fonction maternelle qui a été la sienne sur terre, et qu’elle continue dans le ciel. Je vous laisse à ma place ; ces avis seront pour vous comme des legs que, dans ma volonté suprême, je vous laisse à exécuter fidèlement. (30). Les directives qui suivent sont donc issues du cœur de mère d’Angèle, afin que nous aussi, nous puissions, avec la grâce de Dieu, et avec toute la sollicitude possible, les appliquer dans nos relations avec ceux à qui nous sommes envoyées dans nos tâches apostoliques quotidiennes.

Soeur Marie Seynaeve
Ursuline de l’Union Romaine

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