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Les racines de la Vie communautaire

La fondation

Les racines de la vie communautaire
dans l’oeuvre de sainte Angèle

Que voulons-nous dire par communauté ? Le mot vient du latin, qui à son tour vient d’une racine sanscrite mun ou moin, qui veut lire « lier ensemble ». De cette racine, les Latins ont forgé moenia, les murs qui relient la ville en ses parties ; munus, la charge ou l’office auquel on est lié ; communus, quelque chose qui lie ensemble les gens ou les choses ; communio, le fait d’être uni ensemble, et finalement communitas, un groupe constitué par des liens communs.

Le mot communitas a une origine chrétienne ; il est caractéristique de la pensée chrétienne, d’un style de vie chrétien. A l’origine, il signifiait une manière de vivre différente de celles des païens ou des juifs, une manière de vivre enracinée dans le Christ et son message.

Aujourd’hui, le mot a été sécularisé ; il est souvent utilisé dans un sens sociologique. Si nous voulons l’appliquer à la vie consacrée, il faut nous rappeler ses connotations chrétiennes originales : être liés ensemble dans un style de vie différent, à cause du Christ.

En envisageant l’esprit communautaire dans la vie et l’enseignement d’Angèle, il est bon de garder en tête cet aspect fondamental. Comment Angèle a-t-elle vécu l’esprit communautaire ? Comment a-t-elle demandé à ses filles de le vivre ? Comment la Compagnie de Sainte Ursule a-t-elle peu à peu évolué vers la vie communautaire ?

I. Embryons de la vie communautaire dans la Compagnie de sainte Ursule

A. L’exemple d’Angèle : elle ne vécut jamais seule.

1. Angèle vécut en famille (Desenzano, Salò)

Selon Bellintani (Queriniana 11, 10v), lorsqu’elle revint à Desenzano, une jeune fille partagea sa vie ; « les deux s’édifièrent mutuellement, mais celle-ci mourut, laissant Angèle seule ». D’ailleurs, les registres civils révèlent qu’à la même époque, un des frères d’Angèle s’y trouvait aussi. Il est tout à fait normal de penser que les deux membres de la même famille partageaient la même demeure.

2. Angèle vécut, accueille par des familles : les Patengola, Romano, Gallo.

3. Angèle vécut avec une autre jeune fille.

D’après Bellintani (Monumenta 103, 41v), elle y habita [à Sainte Afre] avec une compagne jusqu’à la mort. Il ajoute, au sujet de Barbara Fontana, Celle-ci servait Angèle dans ses besoins, pour autant qu’elle en eût, et la suivait dans ses habitudes, autant qu’elle le pouvait. Du reste, ayant peu de travail dans la maison, elle cherchait, pour tenir compagnie à la sainte, à s’unir à Dieu dans la prière (Queriniana, 9, 9v). Elle se conformait, sinon en tout, du moins en grande partie aux repas d’Angèle. Dans leur maison, on n’allumait pas de feu pour la cuisine. Son vêtement était pauvre, et son lit, une chaise où elle s’asseyait… pour le peu de temps qu’elle consacrait au sommeil (Id. 20, 15).

Selon Doneda également, Barbara Fontana, une Vierge de la Compagnie, accompagnait Angèle à Sainte Afre ; il dit l’avoir vu dans les registres de la Compagnie (Vita, p. 53 ; p. 142, note 29) : Une bonne vierge, du nom de Barbara Fontana, qui survécut à Angèle, mais de peu de temps, a pu, comme témoin fidèle, rapporter au moins quelques particularités de sa vie. C’est peut-être, grâce à son témoignage que Landini a pu écrire : On la vit, pendant l’oraison, le corps élevé dans les airs.

Bellintani, Gondi, Faino et Doneda nous disent tous qu’Angèle avait une compagne, car en deux occasions, Angèle lui avait annoncé l’identité d’un visiteur qui frappait à la porte, avant qu’il ne fût entré, par exemple son neveu Tracagni de Salò, qui devint dans la suite Chanoine de Saint-Nazaire.

Cozzano mentionne une Barbara parmi les premières disciples, mais n’indique pas son nom de famille. Aucune autre Barbara ne figure parmi les noms mentionnés pendant les premières années de la Compagnie. Cependant, parmi les témoins du Chapitre d’élection d’Angèle, il y a un cordonnier, Maître Jean-Pierre Fontana, qui habitait dans le quarter de Sainte Afre. Dans le livre d’Office de Sainte Angèle, on trouve la dédicace suivante : Livre d’Office de la vénérable Sœur Angèle. Mon oncle, Jean-Pierre Fontana l’a reçu après sa mort, selon la promesse qu’elle lui en avait faite. Barbara était peut-être sa nièce, ou sa fille ? Ou bien, lorsque Doneda parle d’une « vierge » il ne veut indiquer qu’une jeune fille ?

B. L’enseignement d’Angèle

1. Les Vierges de la Compagnie ne devaient pas vivre seules :

S’il y avait ne fût-ce que deux sœurs à rester seules, sans père ni mère, ni autres supérieurs, alors, par charité, qu’on loue pour elles une maison (si elles n’en ont pas), et qu’on subvienne à leurs besoins. Mais s’il n’y en a qu’une seule, alors que l’une des autres veuille bien la recevoir dans sa maison, et qu’on lui donne la subvention qui paraîtra convenable à celles qui gouvernent. Cependant, si elle voulait aller se placer comme domestique ou femme de chambre, celles qui gouvernent devront s’occuper de la chose, afin qu’elle soit placée là où elle pourra se trouver bien et vivre honnêtement. (R 11, 25-28)

2. Angèle établit certaines structures qui présagent un embryon de vie communautaire.

- une prière communautaire :

On fait savoir qu’il faut choisir un lieu ou une église déterminée où l’on élira un père spirituel commun, prudent et d’âge mûr, auquel chacune voudra bien se confesser au moins une fois par mois ; et puis, qu’elles veuillent bien se réunir dans cette église chaque premier vendredi du mois, et là, toutes ensemble, qu’elles reçoivent la communion de ce même père (R 7, 12-13).

Vous devrez avoir soin de faire réunir vos filles de temps en temps, dans le lieu qui vous paraîtra le meilleur et le plus commode. Et ainsi selon que vous aurez à votre disposition quelqu’un qui convienne vous leur ferez donner quelque petit sermon ou quelque exhortation. (8e Legs, 1-2)

- des réunions communautaires

Selon que vous aurez à votre disposition quelqu’un qui convienne vous leur ferez donner quelque petit sermon ou quelque exhortation pour que, de cette façon aussi, elles puissent se retrouver ensemble, comme des sœurs très chères, et s’entretenant ainsi de choses spirituelles, se réjouir et s’encourager ensemble, ce qui ne sera pas pour elles d’un petit avantage (8e Legs, 1-6).

Souvent, selon que vous en aurez le temps et la possibilité, spécialement les jours de fête, veuillez aller visiter vos chères filles et sœurs, et les saluer, voir comment elles se portent, les réconforter, les encourager à persévérer dans la vie commencée (Av 5, 1-2).

Que les quatre vierges veuillent bien prendre pour leur tâche propre principalement ceci : visiter tous les quinze jours, ou plus ou moins suivant le besoin, les autres vierges, leurs sœurs, qui sont ici et là dans la ville, afin de les réconforter et de les aider (R 11, 8-9).

Réunions régulières à l’Oratoire : D’après Faino, En l’an 1533, la servante de Dieu fit aménager un oratoire où elle se retirait avec ses filles pour faire de ferventes prières et traiter des affaires de la Compagnie qu’elle envisageait de fonder. Elle les exhortait par de saints enseignements à servir le Seigneur et à Lui faire souvent le sacrifice d’elles-mêmes (Vita, p. 43).

Livre des Inscriptions (Texte transcrit par Doneda) : Livre dans lequel sont inscrits les noms de toutes les Vierges qui appartiennent à la Compagnie de Sainte Ursule ; elles se réunissent tous les premiers vendredis du mois pour la sainte Communion et tous les derniers dimanches du mois pour écouter la lecture de la Sainte Règle du titre de Sainte Ursule. Dans ce livre sont inscrites toutes celles qui sont entrées en 1535,1536,1537,1538 (Vita p. 76 ; 150).

- Des structures au sommet

Faites en sorte de vous réunir toutes avec les colonelles deux, ou tout au moins une fois par mois, pour ensemble échanger vos vues et faire un bon examen du gouvernement. Et surtout à propos de ce que les colonelles vous diront sur la conduite de vos chères enfants et sur leurs nécessités et besoins, tant spirituels que matériels. Et pourvoir à toute chose selon que l’Esprit Saint vous inspirera. (7e Legs, 1-7)

Donc, des réunions d’évaluation, de consultation et de décision. Angèle prévoyait aussi

  • la vigilance, pour garder la communion et la cohésion
  • une obéissance articulée à tous les échelons
  • un patrimoine commun propre à la Compagnie
  • un devoir d’encouragement et de correction, en cas de besoin
  • un droit de vote lors des assemblées générales, où toutes, riches et pauvres, patriciennes ou ouvrières, avaient le même droit.

Ces structures embryonnaires allaient peu à peu se développer et mener graduellement à une vie communautaire authentique. Par ailleurs, des occasions providentielles et des motifs d’ordre apostolique allaient aussi conduire les Vierges de Sainte Ursule à adopter la vie communautaire en de nombreuses circonstances.

II.Après la mort d’Angèle

A. A Brecia

1555  : Achat d’une maison pour regrouper les sœurs malades.
1559  : Ginevra Luzzago lègue sa maison à la Compagnie pour que les Vierges puissent y habiter, surtout les plus pauvres. Le Conseil Général décide que l’habitation sera limitée à trois ans pour chacune, afin de donner à d’autres l’occasion d’y demeurer.
1566  : Selon Landini, les membres de la Compagnie se regroupent pour assurer l’éducation des orphelines, des enfants abandonnés et des filles illégitimes dans les Luoghi Pii ou Hôpitaux de Brescia.
1572  : Nicolà Asti lègue plusieurs maisons à la Compagnie à condition d’y organiser une maison d’éducation pour jeunes filles internes.
Ainsi, les Ursulines de Brescia se regroupent peu à peu en communauté par pauvreté ou pour un motif apostolique, ou pour assurer un œuvre d’éducation.
1580 : Les communautés ursulines sont bien établies, puisque St Charles Borromée souhaite que les Sœurs qui vivent seules et désœuvrées soient envoyées par leurs supérieures dans une communauté afin d’être mieux stimulées à rester fidèles à leurs Règles.

B. A Milan

1560  : Des jeunes filles vivent ensemble pour mieux assurer la catéchèse dans les Ecoles de Doctrine Chrétienne, ou pour mieux se soutenir dans leur pauvreté, ou pour avoir plus de liberté à vivre leur vie consacrée.
1567 : Première édition de la Règle de Milan pour les Ursulines.
Editions successives en 1569, 15780, 1577, 1582.
Ces Règles sont les mêmes pour celles qui vivent en communauté ou celles qui vivent seules. En 1582, un tiers des Ursulines vivaient en communauté.
1572 : Après la grande peste, des Ursulines se regroupent à Santa Sofia et ailleurs pour s’occuper des orphelines et des filles en danger moral.
1582 : Premier Bref Apostolique, le 24 décembre, pour les Ursulines de Milan
1584  : Décret du 5 septembre, autorisant officiellement la vie communautaire.
1585  : Pour la première fois, édition de Règles différentes pour celles qui vivent en communauté et celles qui vivent en famille ou dans des familles. Toutefois, celles qui vivent en communauté ne suivent pas des règles de vie religieuse. Celles qui souhaitent la vie religieuse sont envoyées dans des monastères de clôture, (Clarisses, Bénédictines).
1643 : Plus d’un siècle après la mort d’Angèle, première édition de Règles pour des Religieuses Ursulines, sous Federico Borromeo, petit-neveu de Saint Charles.

Soeur Marie Seynaeve

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