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Lequel des trois ?...

« Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme ? »
(Lc 10, 36)

Ils étaient trois, un homme Dominique, et un couple, Betty et Paul.
Dominique était un habitué de la « Jungle » de Calais… jusqu’à son démantèlement en octobre 2016.
Il aimait y aller, passer une journée, pour rien, pour se maintenir dans une compassion positive vis-à-vis de tous ces pauvres gens qui avaient tout quitté…
« Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. » (Gn 12, 1) … Oui mais là, ce n’était pas pareil, « ils » avaient bien tout quitté, mais pour aller où ?
Ils ne savaient pas. Ils avaient été contraints et forcés, et ils étaient pauvres, démunis, et en même temps pleins de courage et d’espérance pour « passer en Angleterre »… et rapidement déçus, pleins d’amertume et de désespérance quand ils se rendaient compte que rien ne se passait comme ils avaient pu l’imaginer…
Alors, Dominique, tous les deux ou trois mois allait partager son temps avec eux, souvent pour rien, pour les rencontrer, simplement ; quelquefois pour participer aux travaux fantastiques réalisés par les nombreuses associations qui se dévouaient et se démenaient pour leur rendre la vie un peu moins pénible…
Et il aimait cela, Dominique, à tel point qu’en rentrant dans le confort de sa vie, il ne pouvait s’empêcher d’en parler, de raconter ce qu’il avait vu : les rencontres, à la fois fugaces et profondes, vraies, pleines d’humanité, mais aussi le déploiement de courage et d’ingéniosité de ces « gens là » pour reconstituer un minimum de vie sociale : des commerces de fortune, des restaurants où il aimait partager un repas, jusqu’au coiffeur qui s’efforçait de rendre une humanité au moins apparente à ces rejetés de la société.
Lors d’une de ces narrations, Betty et Paul étaient là. Ils étaient déjà naturellement ouverts, sensibles à la souffrance de tout être. Là ils ont été saisis, et ils ont demandé à Dominique de les y emmener.
Ils sont partis tôt le matin… 3 heures de voiture n’étaient pas de trop pour se préparer mentalement.
Et ils ont découvert…
Ils se sont promenés au milieu de la misère. Pourtant les personnes rencontrées portaient une certaine joie, celle des pauvres qui savent, ou qui sont obligés de se contenter de peu, de conserver leur joie au fond de leur cœur.
Et ils ont vu le restaurant, ils y ont mangé ; ils ont bu dans des tasses en vieux plastique le café saumâtre offert par des Soudanais qui leur avaient ouvert la « porte » de leur cabane.
Mais surtout, ils ont prié, avec eux, pour eux : en arrivant à la « jungle », Dominique, comme il faisait d’habitude, les avaient emmenés dans « l’église », tout près de la « mosquée », toutes deux construites avec honneur de planches et de bâches.

Et là, JOIE.
Il y avait un office célébré dans une langue inconnue, dans un rite quasi folklorique pour nous européens, sans doute des chrétiens d’Ethiopie. C’était la première fois que même Dominique vivait un office dans cette église qu’il connaissait pourtant bien. Moment très fort d’accueil, de partage, de prière.
Et la journée a passé, vite, trop vite…
Betty et Paul, déjà naturellement sensibles à toute souffrance humaine, avaient prévu d’emmener quelques vêtements chauds (nous étions à l’entrée de l’hiver), et surtout quelques paires de chaussures usagées mais en bon état. Ces chaussures qui sont quasiment un matériel de survie pour les migrants. Ils ne peuvent rien faire sans elles.
Mais à peine ouvert le coffre au trésor de la voiture, ce sont 15, 20 migrants qui nous ont entourés, avec toujours beaucoup de respect, pour nous demander de bénéficier de nos « cadeaux ». Tout est parti en quelques minutes, sauf les migrants qui n’avaient pas été « servis » et qui inlassablement demandaient « Shoes, shoes ».
Alors se produisit ce qui pour Dominique, pourtant habitué à cette situation, a été une révélation de la générosité quand elle est spontanément, intérieurement vécue : devant la déception des migrants qui restaient à trois ou quatre, de la façon la plus naturelle et spontanée, Betty se tourne vers Paul et lui dit : « Tu n’as qu’à lui donner tes chaussures »…
Et comme Saint Exupéry a dessiné le mouton du Petit Prince, Paul, aussitôt suivi par Dominique, s’est déchaussé et a échangé ses « tennis » contre les vieilles « choses » dépenaillées du migrant qui était là, qu’il ne reverra jamais, mais qui l’a gratifié d’une magnifique expression de joie sur le visage.

Et tous trois, ils sont repartis, les deux hommes chaussés de ces « choses » qu’ils se sont promis de garder comme des reliques d’une belle expérience de générosité pleine d’humanité.
« Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme ? »…

Lequel des trois ?

Note de la mise en ligne : Dominique est le frère d’une sœur ursuline, ce qui nous assure de l’authenticité des faits.

Messages

  • Comment rester insensible à ce récit relatant une situation consternante, à l’heure où, nous, français, sommes en phase de choisir un nouveau président ?

    Je côtoie plusieurs associations qui viennent au secours de migrants. Tout en déplorant ne pas être suffisamment investie dans cette lourde mission, je rends hommage à toutes les personnes qui se dévouent corps et âmes afin de rendre la condition de ces familles déracinées et déchirées, un peu plus supportable .

    Ah... s’il existait davantage de personnes telles que Paul, Betty et Dominique !

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