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Le très bas du Très-Haut

Homélie de Frère Pierre-Marie Delfieux

Le Très Bas du Très Haut

Quelle étrange paix a envahi la terre
depuis l’heure où Jésus est mort en poussant un grand cri (Mt 27,50).
Dans les plis du grand linceul où sa mère et ses amis l’ont enveloppé,
son corps repose, comme il convient en ce jour du Grand Sabbat.
Celui qui n’a pas été jeté dans la fosse commune,
ni descendu dans la terre de notre mort commune,
est déposé dans le roc, image de l’Incorruptible.

Mais si le sabbat est fait pour l’homme,
cet homme-là, même mort, reste maître du sabbat (Mt 12,8).
Car l’Agneau immolé est aussi un lion endormi.
Et ce Lion qui dort est celui de la tribu de Juda
qui doit encore ouvrir le Livre et briser les sept sceaux
que nul jusqu’ici, ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre,
nous dit l’Apocalypse, n’a pu ni lire ni ouvrir (Ap 5,5).

Or le ciel se tait.
Et sur terre tout est accompli (Jn 19,30).
Mais, sous terre,
les morts ne restent-ils pas encore emprisonnés ?
Alors a commencé cette marche prodigieuse
du Fils de l’homme en plein Sabbat,
jusqu’à l’aube du huitième jour qui, désormais,
supplantera l’ancien sabbat,
pour devenir son Jour.
Jésus est mort, mais Christ est vivant
Et le cœur du Christ n’est pas en repos pendant ce temps-là !

Au-delà de la mort qui garde son corps dans le tombeau scellé,
le Premier-né d’entre les morts s’en est allé, nous dit l’apôtre Pierre,
prêcher le salut aux prisonniers de l’ombre (1 P 3,19),
prolongeant son incarnation jusqu’à la descente aux enfers
dont l’Église a fait un dogme pour notre foi.
Pourquoi cela ?

Frères et sœurs, le mal est un abîme encore plus profond que nous ne savons,
et le Christ, en ce jour, est descendu l’arracher jusqu’à sa racine ultime.
Le désespoir, l’angoisse, l’écrasement de certaines douleurs humaines
sont souvent plus lourds encore que nous ne pouvons l’imaginer.
Et le Christ, qui le sait, a voulu,
en poussant son amour jusqu’à l’extrême,
descendre au plus bas pour les racheter.
En nous révélant ce mystère, l’Écriture a perçu ici quelque chose
de l’immensité incommensurable de son amour
et nous convie aujourd’hui à le contempler.

Abaissement extrême,
kénose ultime qui dépasse jusqu’à l’entendement !
Le Christ du Samedi Saint a parcouru un tracé vertical
_qui est le chemin le plus droit et le plus long
entre le Très Haut et le très bas.
Il fallait qu’il obtînt en tout la primauté (Col 1,18),
le grand pèlerin de la Vie.
Et que même le zéro soit rejoint par l’infini !

Parce qu’il y a des goulags, des ghettos, des cancers, des suicides,
des famines, de noires solitudes, des fours crématoires et la Shoah,
le coup de lance n’a pas arrêté la course de son amour fou :
C’est par la folie du message (et du messager)
qu’il a plu à Dieu de sauver les croyants (1 Co 1,21).
Celui qui, par nature, a la première place, dans l’au-delà,
est donc descendu, par miséricorde, en deçà de la dernière.
Depuis le premier mort, comme Abel, dont nous savons le nom,
jusqu’au plus grand pécheur, dont nul ne sait le nom,
vous tous qui peinez et ployez sous le poids du fardeau,
par sa plongée dans la ténèbre,
le Christ vous a relevés (Mt 11,28).

La descente aux enfers du Samedi Saint
est la dernière marche d’un escalier sans fond
où l’amour irrésistible du Dieu fait homme s’est lancé,
pour aller chercher jusqu’au plus perdu des désespérés.
« Inanition ultime », dit la mystique orientale,
en face de quoi nous ne pouvons que demander, avec Saint Paul,
la force de comprendre la profondeur de l’amour du Christ
qui surpasse toute connaissance (Ep 3,18).
Car c’est Jésus lui-même, ne l’oublions pas,
qui nous a, le premier, révélé ce mystère :
En vérité, je vous le dis,
de même que Jonas fut dans le ventre du monstre matin,
durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l’homme
sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits (Mt 12,40)

C’est ainsi que le Nouvel Adam est descendu vers le premier Adam
et, se penchant vers lui, pour le prendre par la main, il lui parla ainsi :
« Relève-toi d’entre les morts,
je suis la vie des morts !
Lève-toi Adam et partons d’ici !
Allons ensemble de la mort à la vie ! »

Quelle immense espérance pour tout homme désormais,
puisqu’en marchant sur les pierres mortes de l’enfer noir,
le Christ y a laissé la trace de ses pas de lumière !

Oui, dans la nuit du sépulcre, sur la roche nue,
Le corps de Jésus repose
La mort semble avoir triomphé
Ne règne-t-elle pas sur la tombe
de Celui qui disait : Je suis la Vie ?

Mais pourquoi se met-elle à frissonner ainsi dans le noir ?
Dans le silence sépulcral,
il y a comme l’imperceptible frémissement d’un murmure.
On dirait un cœur qui bat !

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