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Le prophétisme d’Angèle Mérici

Le prophétisme d’Angèle Mérici

Il y a 23 ans, Sœur Luciana Mariani, aujourd’hui dans son éternité, avait donné à Desenzano une conférence magistrale sur La mission ecclésiale de l’Ursuline. Cette mission, elle l’avait considérée à travers la figure prophétique d’Angèle Merici. Etant redevable à Sœur Luciana en plusieurs points de cet exposé, je reprends son affirmation :

Prophétie veut dire parler au nom d’un autre, transmettre un message confié par un autre. En langage biblique, cela veut dire parler au nom de Dieu, transmettre sa parole… La conscience d’avoir reçu une mission personnelle de Dieu est un trait caractéristique et essentiel du vrai prophète [1] .

Or, Sainte Angèle avait une conscience aiguë d’avoir été choisie par Dieu pour remplir une mission, celle de fonder la Compagnie de Sainte Ursule. N’a-t-elle pas écrit :

Dans sa bonté immense, Il m’a élue pour être mère, vivant et morte, de cette si noble Compagnie, bien que, pour ma part, j’en fusse très indigne (Av 3, 4). Il lui a plu dans sa bonté infinie de se servir de moi comme de son instrument pour son œuvre, une telle œuvre et si grande, quoique je fusse de moi-même une servante très insuffisante et très inutile (Test. Prol. 6-7). Tenez pour certain que cette Règle est directement plantée par sa sainte main… Si c’est Lui en premier lieu qui l’a plantée, qui donc pourra la déplanter ? (Dern Legs 6, 8).

Gabriele Cozzano, secrétaire et confident de la Madre les dernières années de sa vie, ne s’exprime pas autrement,

C’est Dieu qui a inspiré et aussi contraint notre Mère fondatrice à planter et à fonder en son nom cette sainte règle de vie. C’est tellement vrai qu’elle n’appelait pas la Compagnie la sienne, mais celle de Jésus-Christ. Et elle s’en occupait non comme dirigeante, mais comme servante. Et bien que la Compagnie lui ait été inspirée dès son jeune âge, qu’elle lui fût divinement présentée et l’objet de son grand désir, cependant, elle n’a pas voulu la commencer tant que Jésus-Christ ne le lui ait pas commandé, tant qu’Il ne le lui ait pas crié dans le cœur, tant qu’Il ne l’ait pas poussée et contrainte de la commencer et de la fonder.  [2]
C’est Lui qui l’a plantée, qui l’a inspirée, qui l’a appréciée… Tout ce que cette Vierge a fait l’a été sous l’ordre et la puissance du Fils de Dieu. [3]

La conviction qu’Angèle avait été choisie par Dieu pour cette mission est passée dans la Compagnie de Sainte Ursule, car le 21 décembre 1566, le Père Francesco Landini, dans une lettre adressée au Père Franceschino Visdomini, en se référant aux affirmations des premiers membres de l’institution méricienne, atteste que lors d’une vision (à Brudazzo), Angèle avait reçu du ciel le message suivant :

Que Dieu voulait se servir d’elle, qu’elle aurait à fonder une compagnie de vierges qui allait s’étendre [4]. …

Bien en avance sur son temps, estime Sœur Luciana Mariani, Angèle dans ses paroles et dans ses actes témoigne qu’en suivant la volonté de Dieu sur sa vie, elle participe à la mission prophétique du Christ :

Elle présente (sa mission) comme un témoignage vivant rendu au Christ, surtout par une vie de foi et de charité, et par l’offrande à Dieu d’un sacrifice de louange (cf. Lumen Gentium 12)… Si une dimension prophétique caractérise globalement le peuple de Dieu, une dimension prophétique très spécifique caractérise l’Ursuline. (LM 210).

L’exhortation apostolique « Vita Consecrata » est tout aussi explicite à ce sujet :

La véritable prophétie naît de Dieu, de l’amitié avec lui, de l’écoute attentive de sa Parole dans les diverses étapes de l’histoire. Le prophète sent brûler dans son cœur la passion de la sainteté de Dieu et, après avoir accueilli sa parole dans le dialogue de la prière, il la proclame par sa vie, ses lèvres et ses gestes, se faisant le héraut de Dieu contre le mal et le péché. Le témoignage prophétique exige une recherche permanente et passionnée de la volonté de Dieu, une communion ecclésiale indispensable et généreuse, l’exercice du discernement spirituel, l’amour de la vérité. Il s’exprime aussi par la dénonciation de ce qui est contraire à la volonté divine et par l’exploration de voies nouvelles pour mettre en pratique l’Evangile dans l’histoire, en vue du Royaume de Dieu. [5]

De ce texte il ressort clairement que la fonction prophétique englobe trois aspects : le témoignage donné à Dieu par la vie et par la parole, la lutte contre le mal, et la recherche de la Volonté de Dieu dans les circonstances concrètes de la vie. En d’autres mots, le prophète a mission d’annoncer la transcendance de Dieu, de dénoncer le mal et d’innover en des gestes adaptés à son temps.

Dans une première partie, nous verrons comment Angèle Merici par sa vie et son exemple s’insère comme naturellement dans cette triple mission prophétique. Ensuite, nous examinerons la portée prophétique de ses Ecrits en nous posant la question sur la manière dont nous, ses filles du 21ème siècle, héritons de la mission prophétique de notre Mère.

1 La mission prophétique d’Angèle MericI

1. Le témoignage par la vie et la parole

Les témoins directs de la vie d’Angèle, lors du Procès Nazari, insistent à plusieurs reprises sur la vie sainte menée par elle. Aussi bien Antonio Romano qu’Agostino Gallo, en se fondant sur des confidences de la Madre, font allusion à une piété précoce, à partir de 5 ans, âge auquel Angèle commence à s’adonner à une vie sobre, spirituelle et contemplative. Après la vision de sa sœur au Machetto, l’adolescente d’alors s’adonne avec encore plus d’ardeur aux jeûnes, à l’abstinence et à la prière. [6]

A partir du moment où Angèle est accueillie par Romano à Brescia – elle a alors une quarantaine d’années – sa sainteté croissait de jour en jour et sa réputation de vie très fervente se répandait parmi la population, si bien qu’un très grand nombre de personnes de la cité de Brescia accouraient à elle (PN 540). Le menuisier Bertolino Boscoli affirme de son côté que dans toute la ville on disait qu’elle menait une vie sobre, spirituelle et de grande sainteté (PN 541-542).

D’une manière plus précise, les témoins de sa vie mentionnent également des comportements concrets. Romano est frappé par sa sobriété dans l’ameublement et la nourriture, par sa prière confiante, même pendant une tempête en mer, par la manière dont elle communiquait son amour du Seigneur (PN 539-541). Chizzola mentionne non seulement ses jeûnes mais ses qualités d’âme : Elle était étrangère à l’ambition, à la vaine gloire, à la colère. Elle se plaisait uniquement dans l’humilité, dans une vie de contemplation et de piété (PN 542). Gallo est frappé par son ardeur, inhabituelle à l’époque, à se confesser, et à communier tous les jours qu’elle le pouvait Il fait état de son recueillement intense lors du pèlerinage en Terre Sainte, car malgré un état temporaire de quasi-cécité, elle voyait intérieurement ces saints lieux de dévotion, comme si elle les voyait des yeux du corps (PN 543). Il a constaté sa résistance à la faim, aux grands froids comme aux grandes chaleurs, ses longues prières nocturnes, l’absence de toute ostentation dans l’expression de sa dévotion et, surtout, sa grande humilité (PN 545).

Cozzano, le témoin des dernières années, ne tient pas un autre langage : La très haute Trinité a formé cette âme par sa toute-puissance, l’a gouvernée avec sagesse, l’a sanctifiée avec force (GC/R 72-75). Anéantie en elle-même dune manière admirable, [7]
par la force de sa foi, elle ne pouvait pas ne pas posséder d’une manière merveilleuse le Saint Esprit de Dieu qui la guidait, l’illuminait et l’enflammait continuellement d’une manière admirable. Elle a vécu comme le Fils de Dieu sur terre, comme les Apôtres et les premiers Chrétiens, alliant une haute contemplation à l’activité apostolique (GC/E 38-39). Comme un soleil lumineux, elle a resplendi en ce monde par la clarté de sa foi, son amour pour Dieu, ses vertus authentiques, son comportement royal (GC/R 50-51)
.

Tous ces témoignages réunis révèlent la force du rayonnement d’Angèle parmi ses contemporains. Concrètement, comment agissait-elle ? Que faisait-elle ? Nous l’avons vue avec intrépidité rencontrer le Prince Louis de Castiglione, réputé dur et autoritaire, pour plaider le retour en grâce d’un de ses amis. Elle était une âme de paix, pacifiante et pacificatrice puisqu’on recourait à elle dans les dissensions familiales et même civiles. Elle était disponible et accueillante à tous, riches et pauvres, savants et illettrés, princes et ouvriers, saints et pécheurs.

Elle frappait son entourage par sa piacevolezza. Cozzano le constate :

Elle était tellement reconnaissante et aimable envers quiconque lui rendait cordialement ne fût-ce qu’un petit service, qu’il lui semblait ne jamais pouvoir le récompenser par aucun geste de courtoisie. « Que Dieu soit Celui qui vous paie tout », disait-elle. Elle avait un tel amour et une telle union à Dieu qu’elle se faisait vraiment débitrice de toute créature qui vivait d’une manière honnête et juste, selon Dieu. Car tout l’honneur et le respect que cette créature avait à l’égard de Dieu, elle les estimait avoir été rendus à elle-même, puisque Dieu lui appartenait comme son seul amour et son unique Bien (GC/D 124-125).

Cozzano ajoute encore des souvenirs relatifs au zèle apostolique d’Angèle :

Elle avait une telle soif et un tel désir du salut et du bien du prochain, que si cela eût été nécessaire pour sauver même le plus petit, elle était entièrement disposée et prête à donner non seulement sa vie mais mille vies, si elle en avait autant. Sa charité était si grande qu’elle allait du ciel à l’enfer. Avec un amour maternel, elle embrassait toute créature. Celui qui était le plus pécheur recevait d’elle le plus d’amabilités, car si elle n’arrivait pas à le convertir, du moins, avec une douce affection, le persuadait-elle d’accomplir quelque bien ou de faire moins de mal Elle disait qu’ainsi il aurait au moins au moment de la mort quelque soulagement pour le peu de bien qu’il aurait fait, et en enfer, moins de tourments. (GC 124-125).

Le premier témoignage prophétique d’Angèle, celui de l’exemple de sa vie, était lié à la manière dont elle annonçait la Parole de Dieu. Nous nous rappelons la réflexion laconique de Nassino après les funérailles d’Angèle : Elle prêchait à tous la foi au Dieu très haut avec tant d’amabilité, que tous s’attachaient à elle. [8]

Cozzano en témoigne dans le style fleuri qui lui est propre :

Elle était comme un soleil qui éclairait toutes les autres, comme un feu et un brasier d’amour qui les enflammaient, comme un trône de Dieu qui les enseignait. Bien plus, le Fils de Dieu, ayant en elle sa demeure, faisait tout avec elle. (GC/D 122-123).

Gallo, de son côté, évoque un souvenir bien particulier :

Angèle me parla pendant le voyage (à Crémone) avec tant d’affection, que cela suffit pour que j’en fusse immédiatement captif, de sorte que je ne pouvais plus me passer d’elle, ni ma femme, ni ma famille entière. (PN 543).

A cette époque, la famille de Gallo comprenait deux ou trois enfants et sa sœur. Cet heureux début allait se prolonger dans le temps, car Gallo invita la Madre à demeurer chez lui. Ce séjour lui permit d’être témoin du rayonnement d’Angèle :

On ne lui avait jamais enseigné l’alphabet, et pourtant, non seulement elle lisait une quantité de livres saints, mais encore j’ai vu très souvent plusieurs religieux, et spécialement des prédicateurs et des théologiens qui allaient chez elle lui demander son opinion sur de nombreux passages des Psaumes, des Prophètes, de l’Apocalypse, et de tout le Nouveau et l’Ancien Testament. Ils entendaient de sa part de tels exposés qu’ils en demeuraient stupéfaits. Pour ce motif, on pouvait dire que cette femme tenait plutôt du divin que de l’humain… Elle ne manquait pas de lire des livres saints, quand il n’y avait personne pour l’occuper à quelque bonne œuvre. (PN 545).

Ce texte nous permet d’en déduire des indications intéressantes. Les connaissances bibliques d’Angèle étaient étayées par des lectures. Largement diffusées par la presse vénitienne, celles-ci alimentaient sa prière par des commentaires de l’Ecriture Sainte, des œuvres des Pères de l’Eglise. Angèle se donnait la peine d’approfondir ses connaissances, d’en faire une synthèse personnelle qui la rendait apte à communiquer à d’autres les lumières que la Parole de Dieu lui donnait. Le temps qu’elle n’accordait pas à la prière ou à l’accueil de ceux qui venaient la trouver, était consacré à des lectures dans des livres de piété.

Une autre constatation découle de la réflexion de Gallo : Elle tenait plutôt du divin que de l’humain, c’est-à-dire, que visiblement Dieu parlait par elle, et cela n’est-il pas la caractéristique du prophète ?

Le diplomate Giacomo Chizzola précise de son côté les faits rapportés par Agostino Gallo :

Ce me semblait encore une grande chose, que n’ayant jamais appris les lettres latines, elle comprenait si bien le latin, et, de plus, que n’ayant jamais étudié les Saintes Ecritures, elle faisait des sermons très beaux, très savants, et très spirituels qui duraient parfois toute une heure (PN 542).

A une époque où la catéchèse n’était pas encore organisée, où l’ignorance religieuse était généralisée, Angèle se voyait inspirée par Dieu à répandre avec force et en détail les trésors de lumière que l’Esprit-Saint lui communiquait. La première, elle avait su accueillir son cœur la lumière de Vérité et conserver en elle-même cette voix de Vérité, qui la conduisait à désirer ardemment sa patrie céleste comme elle l’avait-elle déclaré dans sa Règle (R Prol 12). Sous l’action de l’Esprit Saint, elle se sentait poussée à partager autour d’elle ses lumières et ses grands désirs.

La parole d’Angèle était non seulement éclairante, mais efficace, car elle opérait des changements dans le cœur de ses auditeurs. Gallo en est émerveillé :

Lorsque la Mère habitait chez nous, elle était visitée tous les jours du matin au soir, non seulement par beaucoup de religieux et de personnes très spirituelles, mais aussi par des hommes et des femmes de la noblesse et par diverses autres personnes de Crémone et de Milan… Tous s’émerveillaient de la grande sagesse qu’ils trouvaient en elle, parce qu’on voyait qu’elle en convertissait beaucoup et les faisait changer de vie (PN 543).

Romano, de son côté, a constaté les mêmes faits :

Un grand nombre de personnes de la cité de Brescia venaient chez elle, les uns pour implorer du Seigneur quelque grâce par ses très pieuses prières, les autres pour lui demander de pacifier quelque dispute née parmi les Citoyens et autres Nobles de la ville (PN 540).

Gallo précise davantage la nature des diverses interventions d’Angèle :

Un très grand nombre de personnes venaient lui demander conseil pour changer de vie, ou pour supporter les tribulations, ou pour faire leur testament, ou pour choisir une femme, ou pour marier leurs filles et leurs fils. De plus, elle avait toujours des personnes à réconcilier : les femmes avec leurs maris, les fils avec leurs pères, les frères avec leurs frères, et beaucoup d’autres personnes à des degrés divers. Elle conseillait et consolait chacun autant que possible.(PN 543-544).

Landini de son côté compare Angèle à Débora, la grande prophétesse d’Israël à l’époque des Juges (ch. 4 et 5) :

Arrivée dans la cité de Brescia, elle fut d’un si grand crédit auprès des habitants, qu’elle semblait être une autre Débora ; même les grands Docteurs et Prédicateurs s’inclinaient devant elle et allaient lui demander conseil (FL 537).

On ne pouvait plus clairement attribuer à Angèle une fonction prophétique : comme Débora, elle parlait au nom de Dieu, discernait selon la justice, conseillait ceux qui venaient à elle, encourageait au combat (spirituel), était sûre de la victoire, et chantait son hymne de louange à la gloire de Dieu.

Cependant, Angèle était aussi consciente des tares de la société dans laquelle elle vivait. Par sa manière de vivre elle contestait le mal qu’elle y voyait, accomplissant en cela une mission prophétique.

2. La dénonciation du mal

La manière propre à Angèle de réagir contre les vices de la société est celle d’une femme simple, humble, mais ferme. Elle le fera moins par les paroles que par les actes.

Devant le luxe effréné de la Renaissance, elle vit d’une manière extrêmement dépouillée par rapport à la nourriture, le vêtement, l’ameublement. Face à la recherche des plaisirs, elle s’astreint à un jeûne rigoureux, à une vie austère faite de prière, de lectures et de services à l’égard du prochain.

Devant l’injustice sociale et le contraste inouï entre quelques familles riches, quelques marchands aisés et les foules de pauvres, elle ne va pas, comme son contemporain Jérôme Emilien fonder des orphelinats pour les nombreux enfants abandonnés qui parcouraient en bande les rues de la ville, ni comme une autre bresciane, Laura Gambara, fonder un asile pour les prostituées et les mères célibataires. Non, tout simplement, elle encourage les dames de l’aristocratie bresciane à se mettre au service des humbles filles d’artisans et d’ouvriers, membres de son Institut. D’ailleurs, dans la Compagnie, toutes sont égales en droits, quel que soit leur rang social ou leur situation économique. Chacune, qu’elle soit cultivée ou illettrée, a droit de vote dans les réunions capitulaires de la Compagnie.

Au temps de la Réforme, le tissu ecclésial se défait. L’autorité de l’Eglise, souvent assumée par des ambitieux, des incapables, parfois des hommes indignes, est contestée. L’agir chrétien est critiqué et délaissé en faveur d’un humanisme païen. Messe et Sacrements, culte de la Vierge et des Saints, fidélité dans le mariage et célibat dans la vie sacerdotale et religieuse, tout est objet de discussions, de mépris, de moqueries. Angèle, de son côté, ne critique personne, mais elle se montre respectueuse de la hiérarchie. Elle entreprend un pèlerinage à Rome et affirme sa foi en la Papauté. Elle prie et fait prier pour l’Eglise. Elle réagit à contre courant, par sa prière personnelle et liturgique, par son ardeur à prôner une virginité vécue par amour pour le Christ.

Face à l’ignorance religieuse, elle réagit vigoureusement en s’instruisant et en instruisant les autres. Elle ne craint même pas d’aborder des questions épineuses dans l’interprétation de l’Ecriture Sainte, si bien que les spécialistes viennent la consulter. Elle se montre tellement indéfectible dans la foi de l’Eglise, que Cozzano a pu écrire,

Toute sa vie, elle a été un véritable et vivant exemple de toute sainteté, de toute vérité divine, sans altération, et de tout vrai sens catholique… Celui qui ne connaîtrait pas les vraies vertus, ni les voies de la Sainte Eglise, ni son vrai sens, ni son esprit, qu’il regarde l’esprit de la Mère-Sœur Angèle et son comportement, et qu’il s’y conforme, et il sera un vrai et fidèle catholique. (GC 50-51).

De son côté, Landini affirme,

Elle fut dotée d’une si grande foi, que si un jour celle-ci s’était perdue, on l’aurait retrouvée tout entière en elle. (FL 531).

Le rôle de contestation d’Angèle fut donc mené avec douceur, par des actions à contre-courant, mais combien efficaces et durables. En 1566, un quart de siècle après la mort de la fondatrice, les citoyens de Brescia en voyaient déjà les effets.

Dieu se sert d’elles (les membres de la Compagnie) pour convertir les âmes et pour attirer au service de sa Divine Majesté beaucoup de gens de leur entourage. Il est difficile de faire comprendre le grand bien universel que Dieu tire de cette sainte Compagnie par différentes sortes d’œuvres de piété et de miséricorde. Les membres de cette Compagnie fréquentent les Sacrements, s’adonnent aux saintes oraisons et au culte du Seigneur. En elles, brillent et resplendissent les saintes vertus de pauvreté et d’obéissance. (FL 592).

Deux ans après Landini, Nazari, dans sa courte biographie d’Angèle ne donne pas un autre témoignage :

Par sa piété cette révérende Mère a donné pendant sa vie un tel exemple, qu’il s’est introduit dans notre magnifique cité de Brescia, parmi les femmes, une manière de vivre tendant uniquement au bien et à l’obéissance au Siège Apostolique, et consistant à craindre et à honorer Dieu. [9]

Cependant, Angèle ne s’est pas contentée de contester par ses actes les maux de son époque. Pour répondre aux besoins de son temps, elle s’est plu à innover sur plusieurs plans, accomplissant ainsi une troisième fonction prophétique.


3. Un dynamisme créatif

Angèle va innover à partir des besoins et des appels qu’elle perçoit autour d’elle, surtout lorsqu’il s’agit de la réalisation de sa mission, la fondation de la Compagnie. Les ordres religieux sont souvent décadents ; pourtant, un désir de consécration au Christ monte dans le cœur de nombreuses jeunes filles, que le cloître n’attire pas. Angèle va leur proposer une vie de consécration dans le monde, avec des règles exigeantes et des structures portantes qui favorisaient au sein de la Compagnie un « milieu de vie » qui encourage et qui soutient ses membres. [10] Comme l’a noté Sœur Luciana Mariani,

Pour le monde d’alors, avec ses circonstances historiques, l’idée d’Angèle était révolutionnaire, anticonformiste, et Cozzano dira à quel point l’opinion publique lui était hostile. Avoir institué des vierges, les avoir laissées dans le monde ! discours inacceptable ! Et pourtant l’institution grandit : signe que l’idée d’Angèle impressionnait les âmes, répondait à un besoin. Ce fut cela l’apostolat direct des premières filles d’Angèle : charisme de prophétie, à travers le geste, la présence « prophétique » en tant que signe des réalités surnaturelles, véhicule à travers lequel passait le message de l’existence de Dieu, de sa providence, de l’amour personnel du Christ (LM 212).

Angèle voit la femme minorisée, sous la tutelle d’un père ou d’un mari, les congrégations religieuses sous l’autorité d’une branche masculine. Elle va donner à son Institut un gouvernement féminin, écrire elle-même une Règle pour des femmes.

Elle va faire appel à la collaboration des laïcs. Elle confie le bien et l’organisation administrative de la Compagnie à des veuves de la noblesse bresciane. Il faut se rappeler qu’alors seules les « Matrones », les veuves de la haute société, héritières de leur mari, avaient des droits civils reconnus. Elles administraient leurs biens librement et jouissaient d’une pleine autorité dans leur maison. Leur liberté d’action garantissait la légitimité de leurs interventions en faveur de la Compagnie. Angèle va également prévoir une équipe d’hommes chargés de la protection légale et juridique de ses membres. Ce sont eux qui doivent intervenir si l’une ne reçoit pas son salaire, l’autre, l’héritage auquel elle a droit.

La Compagnie, disait-elle, devait durer jusqu’à la fin des temps, une Compagnie qui allait se développer dans le temps et dans l’espace. Elle avait répété plusieurs fois avec force à Cozzano : Plût au ciel que le monde entier vienne sous l’ombre de cette règle ! (GC/E 31). Angèle avait-elle prévu l’extension internationale de son œuvre ? Peut-être. En tout cas, elle la pressentait.

Elle sut donner à ses filles des conseils d’une adaptation fondée sur la prière, la consultation, la réflexion selon les temps et les besoins Elle ne craignait pas les changements ni l’évolution future de son œuvre. Tout cela n’était-il le plan de Dieu et fruit de l’action de l’Esprit Saint ?

Voilà donc le portrait d’Angèle dans sa fonction prophétique. Mais aujourd’hui, qu’attend-elle de nous ? Comment ses Ecrits peuvent-ils nous inspirer à accomplir la fonction prophétique que l’Eglise attribue maintenant à la vie consacrée ? Cette question fera l’objet de la seconde partie de notre exposé.

II Le prophétisme méricien dans nos vies d’aujourd’hui

Les Ecrits d’Angèle sont vivants pour nous aujourd’hui. Nous, ses filles, nous avons hérité de notre Mère une manière méricienne d’exercer notre mission prophétique, d’annoncer les merveilles de Dieu, de dénoncer le mal, d’innover selon les besoins de notre temps.

A la lumière de Vita Consecrata, quelles sont les dimensions qui entrent dans l’épaisseur de notre vie, pour que nous accomplissions à notre tour notre mission prophétique ?

Notre monde, dans lequel les traces de Dieu semblent souvent perdues de vue, éprouve l’urgent besoin d’un témoignage prophétique fort de la part des personnes consacrées. Ce témoignage portera d’abord sur l’affirmation du primat de Dieu et des biens à venir, telle qu’elle se révèle dans la « sequela Christi » et dans l’imitation du Christ chaste, pauvre et obéissant, totalement consacré à la gloire de son Père et à l’amour de ses frères et de ses sœurs. La vie fraternelle elle-même est une prophétie en acte dans une société qui, parfois à son insu, aspire profondément à une fraternité sans frontières.(VC 85).

1. Affirmation du primat de Dieu et des biens à venir

Notre monde, comme celui de la Renaissance, semble avoir perdu les traces de Dieu. C’est un monde triste, dur, désabusé, sans espérance. Angèle l’a bien constaté, lorsqu’elle estime que ce monde est malheureux et traître, qu’il ne donne jamais de repos ni de bonheur vrai, qu’il occasionne seulement des illusions ou du travail dur et toutes sortes de malheurs et de mesquineries. (Av 5,5).

Nos contemporains le savent bien, témoins des injustices et des violences, des guerres qui n’en finissent pas, des illusions de la publicité et de la drogue, des concurrences commerciales sans merci, des mesquineries d’une administration tatillonne, des souffrances de femmes et d’enfants exploités et asservis à un dur travail. C’est ce monde-là qui éprouve l’urgent besoin d’un témoignage prophétique fort de la part des personnes consacrées.

Témoignage d’Angèle

C’est ici que les paroles lumineuses d’Angèle nous stimulent. Elle affirme sans ambiguïté le primat de Dieu, de notre Epoux, l’Immortel Fils du Dieu éternel, le Roi des rois et Seigneur des Seigneurs (4e Legs 13-14), Lui qui est notre unique voie, notre unique espérance (R 5, 35), notre unique trésor (Av 5, 43), notre amour (Av 5, 41). Avec Lui, nous avons tout (R 9, 6). Elle nous invite à mettre tout notre bien et notre amour et notre plaisir… en Dieu seul (R 10, 9-13), en Celui qui nous aime toutes (Dern Legs 18).

Il faut le chercher non pas ici en ce monde, mais au plus haut des cieux, à la droite du Père comme le dit l’Apôtre : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, ayez du goût pour les choses d’en haut et non celles de la terre ». (Av 5, 44)

Ainsi, l’amour d’Angèle pour le Christ l’a conduite d’emblée à l’affirmation des biens à venir (VC 85). S’il est une réalité sur laquelle Angèle revient continuellement, c’est bien celle du ciel, notre patrie(R Prol 30). La perspective de l’au-delà lui inspire une joie ardente et un vif désir : Combien elles doivent jubiler, et faire fête, puisque dans le ciel est préparé pour toutes et pour chacune, une à une, une nouvelle couronne de gloire et d’allégresse. (Av 5, 25) Angèle nous invite à désirer les allégresses et les biens célestes, à soupirer après ces fêtes joyeuses et nouvelles du ciel, ces bienheureux et éternels triomphes. (Av 5, 3).

La perspective de l’éternité stimule à l’endurance et à la patience au milieu des épreuves de ce monde :

Certes, elles rencontreront parfois des tribulations ou des difficultés ; mais cela passera vite et se changera en allégresse et en joie. Et puis, la souffrance de ce monde est un rien par rapport aux biens qui sont en ParadisAv 5, 30).

Cependant, la foi en ces fêtes joyeuses du ciel n’obnubile pas chez Angèle les engagements très concrets qui résultent de notre choix préférentiel du Christ. Tout un style de vie en découle, celui de la sequela Christi.

Témoignage prophétique de la sequela Christi

Vita consecrata insiste sur la valeur prophétique de l’imitation du Christ chaste, pauvre et obéissant, totalement consacré à la gloire de son Père et à l’amour de ses frères et sœurs. (VC 85). Le témoignage apporté par ces vertus évangéliques correspond, d’ailleurs, à un besoin particulier de notre monde contemporain :

La mission prophétique de la vie consacrée répond à trois défis principaux adressés à l’Eglise elle-même : ce sont des défis de toujours, qui, sous une forme nouvelle et peut-être plus radicale, sont lancés par la société contemporaine, au moins dans certaines parties du monde. Ils concernent directement les conseils évangéliques de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, et incitent l’Eglise, en particulier les personnes consacrées, à faire apparaître leur profonde signification anthropologique et à en témoigner (VC 87).

Le défi de la virginité consacrée

Ainsi, chacun de nos trois vœux rencontre un défi particulier, dû aux crises engendrées par notre civilisation :

La première provocation est celle d’une culture hédoniste qui délie la sexualité de toute norme morale objective, en la réduisant souvent à un jeu et à un bien de consommation, et en cédant à une sorte d’idolâtrie de l’instinct avec la complicité des moyens de communication sociale… La réponse de la vie consacrée réside d’abord dans la pratique joyeuse de la chasteté parfaite, comme témoignage de la puissance de l’amour de Dieu dans la fragilité de la condition humaine… Oui, dans le Christ il est possible d’aimer Dieu de tout son cœur, en le plaçant au-dessus de tout autre amour, et d’aimer ainsi toute créature avec la liberté de Dieu(VC 88).

Il est remarquable que la première exigence que pose Angèle pour entrer dans la Compagnie soit justement celle de la joie et de la liberté. Qu’elle y entre joyeusement et de sa propre volonté, dit-elle (R 1, 3-4). Cette joie est d’ailleurs un don à recevoir de Dieu, Lui qui ne veut que votre seul bien et votre joie (R 10, 18). La joie est la marque caractéristique de l’Epouse : Qu’elle soit joyeuse et toujours pleine de charité. (R 9, 11). Notons que dans ses Ecrits Angèle mentionne au moins une vingtaine de fois la joie, les fêtes, l’allégresse.

Angèle a des paroles passionnées pour nous exhorter à un amour total et exclusif de notre Epoux :

Que chacune s’efforce de se dépouiller de tout et de mettre tout son bien et tout son amour en Dieu seul (R 10, 8-9, 13). Qu’elles mettent leur espérance et leur amour en Dieu seul, et non en une personne vivante. (Av 5, 22) Efforcez-vous d’agir poussées seulement par le seul amour de Dieu et le seul zèle des âmes. (Av 2,2).

Quant à l’amour du prochain, les paroles d’Angèle ont un tel poids que ses consignes ont été adoptées depuis des siècles comme règles de conduite des Ursulines dans tout leur apostolat éducatif. Il s’agit d’un amour respectueux : Plus vous les estimerez, plus vous les aimerez ; d’un amour attentif : Plus vous les aimerez, plus vous aurez soin d’elles et veillerez sur elles. (Av Prol, 10) ; d’un amour personnel envers toutes et chacune (Av Prol 11) ; d’un amour universel, sans préférence pour l’une plutôt que pour l’autre, puisqu’elles sont toutes créatures de Dieu. (Av 8, 1-2), mais surtout d’un amour vif et passionné (2e Legs 10), attentif aux besoins matériels comme aux besoins spirituels (Av 4, 1 ; 7e Legs 5-6), un amour qui n’hésite pas à dilater le cœur par toutes sortes de consolations(Av 2, 8), et à manifester de la tendresse (les carezze !) (Av 2, 3).

Le témoignage de cet amour universel doit transparaître dans toute la manière d’être de la Vierge de Sainte Ursule : Que tout leur comportement, leurs actions et leurs paroles, soient animés de charité… Qu’elles ne disent que des paroles sages et mesurées, ni âpres ni dures, mais aimables, portant à la concorde et à la charité. (Av 5, 18,12) :

Le défi de la pauvreté

Une autre provocation actuelle provient d’un matérialisme avide de possession, indifférent aux besoins et aux souffrances des plus faibles et même dépourvu de toute considération pour l’équilibre des ressources naturelles… Avant même d’être un service des pauvres, la pauvreté évangélique est une valeur en soi, car elle évoque la première des Béatitudes par l’imitation du Christ pauvre. En effet, son sens primitif est de rendre témoignage à Dieu qui est la véritable richesse du cœur humain. C’est précisément pourquoi elle conteste avec force l’idolâtrie de l’Argent, en se présentant comme un appel prophétique face à une société qui, dans de nombreuses parties du monde riche, risque de perdre le sens de la mesure et la valeur même des choses. Il est donc demandé aux personnes consacrées de donner un témoignage évangélique renouvelé et vigoureux d’abnégation et de sobriété, par un style de vie fraternel caractérisé par la simplicité et l’hospitalité… Ce témoignage s’accompagnera naturellement de l’amour préférentiel pour les pauvres, et il se manifestera tout spécialement par le partage des conditions de vie des plus déshérités (VC 89-91).

La fille d’Angèle aujourd’hui est appelée à témoigner que Jésus-Christ est sa véritable richesse, son unique trésor (Av 5, 43), et cela par la vraie pauvreté d’esprit, par laquelle elle dépouille son cœur de toute affection à l’égard des choses créées, de tout espoir en elles, et de soi-même, afin de trouver en Dieu tout son bien, car avec Dieu elle a tout (R 10, 3-5).

Comment Angèle voudrait-elle que nous affirmions notre sobriété face aux sollicitations d’une civilisation de consommation, qui veut limiter nos horizons à ce qu’on a à ses propres ressources (R 10 : 9, 12) ? Comment voudrait-elle que nous réagissions aujourd’hui face à la publicité effrénée menée par les grandes sociétés alimentaires, qui ne sont pas indemnes de pratiques qui lèsent les pays pauvres de la planète, elle qui demandait de ne pas mettre son bien dans la nourriture et les satisfactions de la table (R 10, 10) ? Que nous demande-t-elle aujourd’hui, pour réagir contre la pollution grandissante de la nature, don du Créateur, elle qui nous rappelle de chercher d’abord le royaume de Dieu (R 10, 14), ce royaume de justice, de paix, d’harmonie, dans le respect des personnes et des choses, voulues et aimées par sa seule providence bienveillante et ineffable (R 10, 13) ? Nous sommes invitées à un radicalisme actif, en suivant la voie de la pauvreté évangélique.

Qu’en est-il de l’attention aux pauvres, de l’option évangélique pour les pauvres  ? Certaines paroles d’Angèle, adaptées aux circonstances concrètes de son époque, nous indiquent des pistes à suivre : Lorsqu’il s’agit d’injustice sociale Angèle invite à une réaction vigoureuse : d’abord par la persuasion, ensuite par voie légale. Elle cite particulièrement le cas de celles qui ne reçoivent pas leur juste salaire, ou l’héritage auquel elles ont droit. Elle établit la procédure à suivre, en la confiant à des hommes de lois (R 11, 15-19). Il ne s’agit pas pour les responsables de la Compagnie de fermer les yeux et de laisser faire !

Devant le danger moral, le risque de déviations de tous genres, devant des situations de pauvreté et de besoins aigus, les réactions doivent être immédiates et fortes. Il faut en référer aux supérieures de la Compagnie, même aux agents chargés de la protection légale, afin que tous ensemble collaborent pour y porter remède (R 11, 9-14). Sachez cependant que, là où vous voyez clairement que le salut et l’honnêteté de vos filles sont en péril, vous ne devez absolument pas y consentir ni le tolérer, ni avoir égard à rien. Mais tout cela toujours avec discernement et maturité de jugement. (Av 3, 14-15). Vite, et sans aucune hésitation, exposez les besoins de vos brebis (Av 4, 3). Et si les responsables d’aujourd’hui, qu’ils soient politiques ou religieux tardent à trouver des remèdes, usez d’instances, et soyez même importunes et ennuyeuses (Av 4, 4-5). Quelles paroles puissantes pour nous encourager à prendre position et à agir dans la mesure de nos moyens devant des situations intolérables parmi nos élèves, dans notre entourage et dans la société !

Angèle répond aussi aux problèmes de solitude, d’exclusion, de maladie et de vieillesse. Pour celles qui n’ont plus de famille ni de toit, on trouvera une maison ou un foyer pour les accueillir (R 11, 25-26). Celles que la vieillesse rend incapables de se suffire à elles-mêmes seront assistées et servies (R 11, 29) ; les malades seront visitées, aidées et servies, de jour et de nuit si cela est nécessaire (R 11, 30). Les gouvernantes devront aussi aider les Sœurs à trouver un emploi là où elles pourront se trouver bien et vivre honnêtement R 11, 28). De combien de préoccupations sociales Angèle ne fait-elle pas preuve ?

Le défi de la liberté dans l’obéissance

A la racine de ces problèmes sociaux se trouve l’égoïsme, fondé sur l’exaltation du choix libre, sans freins et sans considération du bien d’autrui :

La troisième provocation est celle qui provient des conceptions de la liberté qui soustraient cette prérogative humaine essentielle à son rapport constitutif avec la vérité et avec la norme morale. L’obéissance qui caractérise la vie consacrée est une réponse efficace à cette situation. Elle présente comme modèle, d’une manière particulièrement forte, l’obéissance du Christ à son Père et, à partir de son mystère, elle témoigne de ce qu’il n’y a pas de contradiction entre l’obéissance et la liberté. En effet, l’attitude du Fils révèle que le mystère de la liberté humaine est une voie d’obéissance à la volonté du Père et que le mystère de l’obéissance est une voie de conquête progressive de la vraie liberté.(VC 91)

De son côté, Angèle nous livre comme modèle d’obéissance celle du Christ à son Père. A partir de son mystère à Lui, elle estime qu’il n’y a pas de contradiction entre l’obéissance et la liberté. Angèle parle d’une grande lumière qui rend bonne et agréable chacune de nos œuvres (R 8, 4), parce qu’elle oriente notre liberté vers des choix justes et bons, parce qu’elle est une lumière supérieure au sacrifice (R 8, 5), parce qu’elle nous fait enter dans le mystère filial de Jésus-Christ venu pour faire la Volonté du Père (R 8, 3). Face à une recherche effrénée de pouvoir et de domination, qu’elle soit politique ou économique, avec toutes les conséquences de graves injustices et de terribles violences (VC 91) qui en résultent, elle nous recommande des décisions animées par un amour filial, aussi bien dans le domaine civil, familial et ecclésial, que spirituel. De plus, comme Jésus qui s’est laissé conduire par l’Esprit, elle nous invite à l’obéissance aux conseils et inspirations de l’Esprit Saint (R 8, 14), lui qui est Esprit d’amour, de force et de vérité, qui nous incite à accueillir la volonté paternelle comme notre nourriture quotidienne, notre roc, notre joie, notre bouclier, et notre refuge (VC 91).

Le défi de l’insieme

Faire la volonté du Père oui, mais la faire ensemble ; l’insieme dans l’obéissance a, elle aussi, une force de témoignage prophétique.

La vie fraternelle est le lieu privilégié pour discerner et pour accueillir la volonté de Dieu, et pour avancer ensemble en union d’esprit et de cœur. L’obéissance, vivifiée par la charité, unit les membres d’un Institut dans le même témoignage et dans la même mission, bien que dans la diversité des dons et dans le respect de chaque individualité. Par la vie fraternelle animée par l’Esprit, chacun entretient avec les autres un dialogue précieux pour découvrir la volonté du Père, et tous reconnaissent en celui qui est responsable l’expression de la paternité de Dieu ainsi que l’exercice de l’autorité reçue de Dieu, mise au service du discernement et de la communion. (VC 92).

L’insistance d’Angèle sur l’insieme n’est pas à démontrer, mais peut-être pouvons nous accorder une attention particulière à cet insieme dans la recherche de la volonté du Père, car notre fondatrice ne les dissocie pas. En effet, elle nous demande de vivre unies ensemble, n’ayant toutes qu’un seul cœur et un seul vouloir (Av 9, 1), à être décidées à être unies… n’ayant toutes qu’un seul vouloir et se tenant sous l’obéissance de la Règle, car tout est là (Av 5, 20). Elle recommande aux Supérieures de la Compagnie une vigilance particulière sur ce point : Tenez-vous donc sur vos gardes, et surtout ayez soin que toutes soient unies de cœur et de volonté… (10e Legs, 6-7). Car là où il y a diversité de volonté, il y a inévitablement discorde, et là où il y a discorde, sans aucun doute, il y a ruine (10e Legs, 17-18).

Cette recherche de la volonté de Dieu se fait ensemble, dans le dialogue et dans un discernement priant. Angèle n’en a-t-elle pas donné elle-même l’exemple, dans la rédaction de la Règle, selon ce que Cozzano nous rapporte :

Ce qu’elle enseignait aux autres, elle l’obtenait des vierges en leur donnant l’occasion de le faire. Ensuite, elle les consultait et les exhortait à agir, puis elle disait que ce n’était pas elle seule, mais ses filles qui l’avaient fait avec elle. (GC/D 122-123).

Angèle exhorte ses filles à agir de la même façon. Tout le 7e Legs va dans ce sens :

Faites en sorte de vous réunir toutes avec les colonelles deux, ou tout au moins une fois par mois, pour ensemble échanger vos vues et faire un bon examen du gouvernement. Et surtout à propos de ce que les colonelles vous diront sur la conduite de vos chères enfants et sur leurs nécessités et besoins, tant spirituels que matériels. Et pourvoir à toute chose selon que l’Esprit Saint vous inspirera. (7e Legs, 1-7).

Toutes les innovations et les adaptations suivront la même voie : concertation, consultation, prière ensemble :

Si, selon les temps et les besoins, il y avait de nouvelles dispositions à prendre ou quelque chose à modifier, faites-le prudemment et avec bon conseil. Et que toujours votre principal recours soit de vous rassembler aux pieds de Jésus-Christ, et là toutes, avec toutes vos filles, de faire de très ferventes prières. Car ainsi, sans aucun doute, Jésus-Christ sera au milieu de vous, et il vous éclairera et vous instruira en vrai et bon maître sur ce que vous aurez à faire. (Dern Legs 2-5).

Cette recherché insieme de la volonté du Père, n’est-elle pas un témoignage puissant d’unité devant l’individualisme qui prévaut chez beaucoup de nos contemporains ?

Pourtant, nous sommes témoins qu’à côté de cette tendance égoïste surgit une dimension intérieure, une source souterraine, qui creuse chez beaucoup d’hommes et de femmes d’aujourd’hui la soif de Dieu.

Le défi de l’intériorité

S’il y a un domaine où nos contemporains sont en état de quête, c’est bien dans leur recherche du spirituel. Nous en constatons les multiples déviations, dans la croissance des sectes et l’engouement pour les traditions orientales. Sectes, superstitions, procès de sorcellerie, Angèle les a tous vécus de son temps. Son antidote, elle le trouvait dans la prière, une prière prolongée, passionnée, qui était le centre de sa vie. Aussi a-t-elle légué à ses filles des directives solides et exigeantes sur la manière de vivre cette dimension spirituelle de leur existence. Selon Vita consecrata,

C’est précisément la qualité spirituelle de la vie consacrée qui peut ébranler les personnes de notre temps, elles aussi assoiffées de valeurs absolues, et devenir un témoignage attirant (VC 93)

Au cœur de la vie spirituelle se situe l’écoute de la Parole de Dieu, car,

La Parole de Dieu est la première source de toute spiritualité. Elle nourrit une relation personnelle avec le Dieu vivant et avec sa volonté salvifique et sanctifiante… Les fondateurs et les fondatrices s’y sont constamment référés dans la réponse à leur vocation et dans le discernement du charisme et de la mission de leur Institut (VC 94).

En parcourant les Ecrits d’Angèle, nous sommes frappées par les nombreux textes scripturaires qu’elle cite, afin de nous motiver à nous laisser conformer au Christ. Au cœur de ses interventions, il y avait la Parole du Verbe, la Vérité, car aucun point de règle n’est proposé sans référence explicite à ce qu’Il a dit et fait. En voici quelques exemples :

-  S’il s’agit de se donner à Lui, il faut vouloir tous les moyens et toutes les voies nécessaires pour persévérer et progresser jusqu’à la fin, car Il a dit, Celui qui jusqu’au bout aura persévéré, celui-là sera sauvé (R Prol 10-11).

-  Angèle propose le jeûne, en raison de l’exemple… et surtout de la vie de Jésus- Christ, unique voie qui mène au ciel (R 4, 3-4).

-  Il faut toujours prier d’âme et d’esprit, dit-elle, car c’est le Christ qui a dit : « ll faut toujours prier » (R 5, 5).

-  La pauvreté d’esprit est à rechercher, parce que la Vérité a dit : « Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ». (R 10, 7).

-  Les supérieures locales sont encouragées à servir leurs filles avec humilité, parce que Jésus Christ a dit : J’ai été au milieu de vous non comme celui qui est servi, mais comme celui qui sert (Av 1, 7). Et encore, Celui qui s’abaisse sera élevé (Av 1, 14).

-  Angèle invite à la douceur, car Jésus-Christ a dit : Apprenez de moi, parce que je suis doux et humble de cœur et Mon joug est doux et mon fardeau léger. (3e Legs, 4-6).

-  Et enfin le grand précepte d’amour fraternel est fondé sur la parole même du Christ : En cela le monde connaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres. (10e Legs, 11).

Toutes ces exhortations résument en quelque sorte celles qu’Angèle faisait à ses filles, pour les former les encourage à vivre cette vie nouvelle qu’elle leur proposait. Dans quelle mesure les filles de Saint Angèle sont-elles aujourd’hui des évangiles en acte, vrais reflets de la personne et de la parole du Christ ? C’est ici que nos contemporains nous attendent comme prophètes de l’absolu de Dieu, d’un Dieu qui se laisse rejoindre et toucher, parce qu’Il est proche de ceux qui le cherchent, et parce qu’Il est amour et tendresse.

2. Une manière nouvelle de dénoncer

Angèle prend le contre-pied de la pratique et de la mentalité de son temps, qu’il s’agisse de vie spirituelle ou de la vie sociale et économique. Ses Ecrits nous stimulent à une contestation active par la vie, parfois par la parole.

Elle demande à ses filles de réagir comme elle à un laisser-aller dans la vie chrétienne et les exhorte à une vie sacramentelle et liturgique forte : Messe quotidienne (R 6, 1), communion et confession au moins une fois par mois au père spirituel commun (R 7, 132-13), et dans sa propre paroisse aux fêtes solennelles (R 7, 14) qui étaient nombreuses à cette époque ; Office de la Sainte Vierge tous les jours, et cela aux Heures Canoniales en souvenir des 3 années que Jésus-Christ a vécues en ce monde par amour pour nous et en l’honneur des sept dons du Saint Esprit (R 5, 12-13). Une conférence spirituelle sera donnée de temps à autre par quelqu’un qui convienne ; ensuite elles pourront s’entretenir ensemble de choses spirituelles, se réjouir et s’encourager ensemble (8e Legs :2, 4-6). Angèle invite aussi à la prière vocale fréquente (R 5, 6), ainsi qu’à la prière personnelle, à élever son esprit à Dieu et à s’y exercer chaque jour (R 5, 15). Elle propose de jeûner pendant la plus grande partie de l’année, mais avec mesure et discernement (R 4 : 8-17, 18-19).

Elle nous convie aussi par des exhortations pressantes à nous tourner vers notre monde contemporain. C’est dans notre civilisation que nous sommes appelées à mettre la paix et la concorde partout où nous serons (Av 5, 16). Cela n’implique-t-il pas des réactions positives en faveur de la paix dans notre entourage et dans notre monde, si enclin à toues sortes de violences et d’oppressions ? Qu’elles ne disent que des paroles sages et mesurées… portant à la concorde et à la charité (Av 5, 12). N’y a-t-il pas là un appel à œuvrer pour l’unité entre nous, avec nos collègues, dans nos milieux paroissiaux et locaux, entre les différentes religions, [11]
entre les races et les cultures diverses ? Nous en avons d’amples occasions face à l’afflux d’immigrés venant de l’est et du sud de la planète.

La vie fervente proposée par Angèle ne pouvait que provoquer des réactions diverses dans l’entourage immédiat des membres de la Compagnie : étonnement ? désapprobation ? admiration ? opposition ? émulation ? Leur exemple était tellement différent de la pratique courante ! Aujourd’hui, alors qu’en occident nos églises se vident, que la foi est objet de contestation et de moqueries, notre fidélité à vivre la tradition priante de l’Eglise, simplement, humblement, mais fermement, n’est-elle pas une manière prophétique de proclamer notre amour et notre union au Christ, Fils du Dieu très haut ?

Certaines Ursulines sont allées encore plus loin dans leur témoignage : elles ont donné leur vie. Et l’on songe à Sœur Margaret Bradley, anglaise, martyrisée au Congo, à Sœur Dorothy Kazel, américaine, martyrisée au Salvador, à Sœur Klemensa, Polonaise, martyrisée à Auschwitz et récemment béatifiée, à Sœur Gabriella, roumaine, morte en prison parce qu’elle avait commis le crime d’enseigner le catéchisme, à Natalia, polonaise, qui vivait de l’esprit de Sainte Angèle et qui mourut, elle aussi, à Auschwitz.

Ainsi que l’écrivait Sœur Luciana Mariani :

Notre histoire de famille commence en amont de Sainte Angèle : elle commence à Cologne avec le martyre documenté de quelques vierges chrétiennes qu’Angèle choisira comme patronnes et « capitaines » de sa Compagnie. Cette histoire continue toujours. Parce que, pour l’Ursuline, la prophétie du geste porte le signe du sang. Avant tout, intime et profond, celui de l’adhésion totale et aimante au Christ crucifié. C’est un engagement que nous avons officiellement assumé quand l’Eglise a accepté et ratifié notre consécration… Mais le signe du sang se répète périodiquement ici et là dans le monde… et encore de nos jours en tant de pays… On ne s’improvise pas martyre du jour au lendemain ; on s’y prépare moment par moment, par l’option généreuse et aimante de la volonté de Dieu, et par la recherche persévérante de l’intimité avec Dieu. (LM 214-215).


3. « Menez une vie nouvelle »

Angèle, nous l’avons vu, a laissé à ses filles non seulement un modèle de vie, mais des conseils d’adaptation pour l’avenir, selon les lieux, les temps, les besoins. Autrement dit, elle nous propulse dans une créativité continue, pour mieux répondre aux besoins de l’Eglise et du monde qui nous entoure.

Cette créativité, les Ursulines l’ont bien mise en acte tout au long de leur histoire. En témoignent les transformations qu’elles ont vécues à travers les siècles, les visages très divers d’une quarantaine de branches ursulines, religieuses et séculières dans le monde d’aujourd’hui, toutes unies fondamentalement par un même esprit. Plus près de nous, pensons aux adaptations nombreuses auxquelles les Ursulines ont consenti après Vatican II. Beaucoup d’entre nous ne retrouvent plus tout à fait les mêmes formes dans l’institut où elles ont fait leurs premiers pas. Or, aujourd’hui, en l’an 2000, l’Eglise nous invite tout autant à la créativité, en vivant d’une vie nouvelle. Celle-ci s’applique particulièrement à la nouvelle évangélisation :

L’entrée dans le nouveau millénaire encourage la communauté chrétienne à élargir son regard de foi vers des horizons nouveaux pour l’annonce du Règne de Dieu. En cette circonstance spéciale, il faut revenir avec une fidélité raffermie à l’enseignement du Concile Vatican II, qui a apporté un éclairage nouveau sur l’engagement missionnaire de l’Eglise, face aux exigences actuelles de l’évangélisation. [12]

Des moyens puissants d’évangélisation sont à notre disposition par les mass-media, particulièrement par l’Internet. Je pense à une expérience toute récente réalisée par les Jésuites en France. Après avoir mis sur Internet un programme pour suivre les Exercices de Saint Ignace dans la vie pendant toute une année, il n’a pas fallu un mois pour qu’une trentaine de personnes de tous pays et de tous milieux se présentent comme volontaires et sollicitent un accompagnement spirituel !

Fortes de l’enseignement de Sainte Angèle, nous sommes conviées par l’Eglise à un nouveau dynamisme créatif. Et cela dans une nouvelle affirmation de la place centrale du Christ dans notre vie et dans la vie du monde. Ce monde qui en de nombreuses régions a renié son Dieu, nous sommes à même de lui appliquer les paroles mêmes d’Angèle :

Seigneur, prenant la place de ces pauvres créatures qui ne te connaissent pas et ne se préoccupent pas de participer à ta Passion très sacrée, mon cœur se crève, et volontiers si je le pouvais, je répandrais mon propre sang pour ouvrir les yeux aveugles de leur esprit (R 5, 31-34).

En cette période où l’Eglise nous convie à une nouvelle évangélisation, ne sommes-nous pas conviées avec empressement à faire connaître le Seigneur à ces pauvres créatures qui ne le connaissent pas, qui ne s’en préoccupent pas, et à donner toute note vie pour que son Saint Nom soit béni (R 5, 26) partout, parmi tous les peuples de la terre ?

Il y a plus encore. Angèle avait dit : Vous serez attentives et vigilantes pour connaître et comprendre la conduite de vos filles et pour être au courant de leurs besoins spirituels et temporels (Av 4, 1). N’est-ce pas une invitation à prendre à cœur les besoins de nos élèves, de ceux qui nous entourent, de tant d’hommes assoiffés de Dieu, ou pauvres en ressources matérielles, ou privés d’estime et d’affection, et à être pour eux des témoins de l’amour du Père ? Comme l’écrivait le Pape Jean-Paul II :

A la crise de la civilisation, il faudra répondre par la civilisation de l’amour, fondée sur les valeurs universelles de paix, de solidarité, de justice et de liberté, qui trouvent dans le Christ leur plein épanouissement. (TMA 52).

Oui, les paroles de notre Mère Sainte Angèle nous engagent chacune à vivre notre vie consacrée dans sa dimension prophétique, celle que réclame notre monde d’aujourd’hui, celle que forme en nous l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus-Christ.


Marie Seynaeve

[1Luciana MARIANI, “La mission ecclésiale de l’Ursuline”, ICONE DUN MYSTERE , Rome, Généralat des Ursulines de l’Union Romaine, 1999, p. 210.
Les références ultérieures seront signalées par le sigle LM.

[2Gabriele COZZANO, “Epistola Confortatoria”, ANGELA MERICI. LETTERE DEL SEGREETARIO 1540-1548, a cura di Elisa Tarolli, Milano, Ancora, 2000, pp. 28-31.
Les références ultérieures seront signalées par le sigle GC/E.

[3Gabriele COZZANO, “Risposta contro quelli che persuadono la clausura alle Vergini di Sant’Orsola”, op. cit., pp. 62-63 ; 76-77.
Les références ultérieures seront signalées par le sigle GC/R

[4L. MARIANI, E. TAROLLI, M. SEYNAEVE, ANGELE MERICI, CONTRIBUTION POUR UNE BIOGRAPHIE, MIlano, Ancora, 1987, p. 537, citant « Estratto di una lettera del P. Francesco Landini », Milano, Archivio Storico Diocesano, Sez. XIII, vol. 61, Regola della Compagnia di Santa Orsola…, Milano, 1569, pp. 279-32.
Les références ultérieures seront signalées par le sigle FL.

[5JEAN-PAUL II, “Exhortation apostolique post-synodale sur la vie consacrée et sa mission dans l’Eglise et dans le monde – Vita Consecrata”, LA DOCUMENTATION CATHOLIQUE, n° 2136, T. XCIII, 21 avril 1996,p. 386, n° 84.

[6MTS, op. cit., “Processo Nazari”, (Città del Vaticano, Archivio Segreto Vaticano, S.C.Rituum, Process. 341, ff. 936v-945v), p. 539.
Les références ultérieures seront signalers par le sigle PN.

[7Gabriele COZZANO, op. cit., “Dichiarazione della Bolla”, pp. 108-111.
Les références ultérieures seront signalées par le sigle GC/D.

[8MTS, op.cit., p. 526, Pandolfo NASSINO, « Registro di molte cose ssguite », Brescia, Biblioteca Queriniana, ms. FC.I.15, pp. 574-575.

[9MTS, op. cit., p. 546. (Giovanni Battista Nazzari, “Libro della Vita della Reverenda et quasi beata madre suor Angela…”, Città del Vaticano, Archivio Segreto Vaticano, SS. C. Rituum, Processus 341, ff. 927v-936v.)

[10MTS, op. cit., p. 548. (Giovanni Batista Nazari, “Libro della Vita della Reverenda et quasi beata Madre suor Angela…”, Città del Vaticano, Archivio Segreto Vaticano, SS. C. Rituum, Processus 341, ff. 927v-936v).

[11Jean-Paul II, A L’APPROCHE DU TROISIEME MILLENAIRE – TERTIO MILLENNIO ADVENIENTE, Paris, Pierre Téqui, 1994, par. 53 : appel au dialogue inter-religieux.
Les références ultérieures seront signalées par le sigle TMA.

[12JEAN-PAUL II, A TOUS LES FIDELES EN MARCHE VERS LE TROISIEME MILLENAIRE, « INCARNATIONIS MYSTERIUM », Bulle d’Indiction du Grand Jubilé de l’An 2000, Paris, les Editions du Cerf, 1998, par. 2.

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Dernière mise à jour :
15 décembre 2018