Bouton Menu Mobiles

Accueil > Connaître > Ste Angèle Merici > Conférences > Le Christ pour Angèle

Le Christ pour Angèle

Le Christ pour Sainte Angèle Mérici

Toute la vie de Sainte Angèle Mérici est inspirée par un amour sans partage de Jésus-Christ. Cette femme de la Renaissance, à une époque de contestation religieuse, d’affaiblissement et de rejet de la foi, se montre indéfectiblement attachée à Celui qu’elle nommera, "Celui qui m’aime". Nous envisagerons donc comment Angèle a vécu pour Jésus-Christ pendant ces 65 années de sa vie ; ensuite, nous nous pencherons sur ce qu’elle dit du Christ dans ses Ecrits.

I. Qui est Jésus-Christ pour Sainte Angèle Mérici ?

A chaque étape de sa vie, Angèle se laisse attirée par la personne du Christ. Elle s’ouvre à Lui et généreusement consent à Le suivre au fur et à mesure que les événements de sa vie la font rechercher en Lui "l’unique nécessaire".


- Jésus-Christ celui qui l’attire toute jeune à la prière et au renoncement à elle-même.
Déjà à l’âge de 5 ou 6 ans, de son propre aveu, Angèle Mérici est stimulée par l’exemple des saints et des saintes lors des lectures faites par son père. Elle avoue avoir été attirée à la prière, recherchant une certaine solitude pour mieux contempler Celui qui se révélait à elle. Certains biographes ont parlé d’une "fuite au désert", A l’exemple de certains chrétiens de l’Église primitive. Vraie ou symbolique, cette allusion dénote déjà un penchant contemplatif chez la jeune Angèle.

- Il est Celui qu’elle prie avec angoisse après la mort de sa soeur.
Quel est le sort éternel de cette soeur ? Elle devait être espiègle, à en croire les amendes que Jean Merici devait payer au garde-champêtre pour les infractions de ses aînés. Angèle n’a de recours qu’au ciel, et c’est en plein champ, alors qu’elle se trouve au travail dans le lieu-dit de Machetto, que la réponse viendra avec la vision d’une soeur heureuse et triomphante au milieu des anges. Cette vision ne fit qu’accroître la ferveur d’Angèle Mérici.

- Il est la Résurrection et la Vie pour ses parents, arrachés à leur vie mortelle.
Cette grande adolescente, maintenant âgée d’environ 18 ans, voit son foyer brisé et disloqué après la mort de ses parents. Ses frères aînés sont placés en d’autres fermes pour subvenir à leur subsistance, et Angèle Mérici, adoptée par un oncle maternel demeurant à Salo. Angèle, orpheline, s’ancre d’autant plus en Celui qu’elle nommera plus tard "ma seule vie, mon unique espérance".

- Il est le Serviteur qu’elle cherchera à imiter.
Alors qu’Angèle Mérici se trouve dans le milieu aisé de son oncle notaire, de son propre aveu elle se réserve les travaux des servantes : aller chercher l’eau à la fontaine, pétrir le pain, bluter le blé, faire la lessive.

- Il est Celui à qui elle veut appartenir mais sans savoir comment.
Les souvenirs de Salo rapportés par son compatriote Bellintani révèlent une Angèle volontaire, aux réactions immédiates : N’est-elle pas allée ternir sa belle chevelure blonde à la seule mention d’un mariage possible ? N’a-t-elle pas repoussé avec colère un plat élégant qu’on lui proposait dans une ambiance frivole et mondaine, qu’elle n’avait pas recherchée ? Ses souvenirs personnels font état d’une mystérieuse apparition du prince des Ténèbres, d’une beauté surprenante. Le trouble que cette vision lui causait lui fit discerner immédiatement son origine et ce fut dans l’humilité qu’elle le chassa, se disant "indigne de voir un ange du ciel".

- Il est Celui qu’elle veut servir comme François d’Assise, dans la prière, la pauvreté joyeuse, l’amour de Jésus crucifié.
Se sentant attirée ni par le mariage ni par la vie mystique, Angèle entre dans le Tiers-Ordre de Saint François, ce qui justifiait à son entourage ses longues heures de prière à l’Eglise, ses recours fréquents aux Sacrements, ses jeûnes dont elle avait pris très tôt l’habitude. Vêtue de la bure franciscaine, elle dort sur une natte à même le sol, comme les pauvres de son époque. Elle se prive habituellement de viande, de pain, qui sont la nourriture des riches, et se contente de légumes, de fèves, de poisson.

- Il est Celui qu’elle commence à annoncer.
Les souvenirs salodiens révèlent chez Angèle Mérici un amour débordant pour ,le Christ. Elle cherche à le faire connaître et aimer. Son entourage commence à trouver chez elle un stimulant pour sa foi, des conseils qui le rapproche de Dieu.

- Il est Celui qui lui confie sa mission, dont elle ne doutera jamais, même au cours de 40 années d’attente.
Oui, elle est choisie pour fonder une "compagnie de vierges", mais la vision qu’elle reçoit à Brudazzo, de nouveau en plein champ, lors de la moisson, à l’heure où ses compagnes se reposent, ne lui révèle ni où, ni quand, ni comment cela devait s’accomplir. Angèle Mérici la reçoit dans la foi et l’abandon, laissant au Christ le choix des circonstances qui amèneront sa réalisation.

- Il est Celui qu’elle sert pendant une vingtaine d’années à Desenzano, dans une vie humble et cachée, dans la pauvreté, la prière et le travail.
Elle connaîtra une période de paix, puis la guerre, à partir de 1512, avec l’invasion de la région par les troupes de Louis XII, et l’occupation du pays sous le Cardinal d’Amboise, période de violences, d’exactions, de confiscations. Néanmoins, elle continue sa vie simple et priante, pleine de confiance en Celui qui ne l’abandonnera jamais.

- Il est Celui à qui elle obéit en la personne de ses Supérieurs capucins.
Pour Lui, elle se rend à Brescia et quitte tout, sa maison, ses champs, sa famille, son travail, sa vie simple et agreste. Elle se rend à Brescia, ville ruinée par la guerre, avec ses bruits, ses odeurs, ses souffrances. Elle se trouve devant l’inconnu dans le palais de Caterina Patengola, qui pleure son mari et ses fils. Angèle partage avec elle sa foi et sa confiance dans le Christ, qui conduit nos vies jusqu’à l’éternité bienheureuse.

- Il est Celui dont elle apprécie la force qui lui vient des Sacrements.
Sa mission de consolation terminée, Angèle choisit de rester à Brescia, où elle peut assister à la Messe tous les jours, recevoir les Sacrements plus souvent, entendre des homélies pour soutenir sa foi. Elle accepte l’invitation d’une jeune marchand de drap, Antonio Romano et vient loger chez lui, dans le quartier de Sainte Agathe, à la frontière entre les riches et les pauvres. Sa présence rayonne, et elle se voit de plus en plus sollicitée à donner l’appui de ses prières, assurer des conseils, intervenir en faveur des petites gens.

- Il est Celui dont elle veut chercher les traces dans son pays, la Terre Sainte.
Frappée d’une ophtalmie presque totale, elle poursuit néanmoins son pèlerinage, intériorisant à chaque étape les différents mystères de la vie du Christ, aux lieux mêmes où Il les a vécus. Une prière intense et prolongée au Calvaire la marquera pour le reste de sa vie. Il a versé tout son sang pour elle, pour tous. Comment ne pas Lui offrir toute sa vie en retour et chercher à le faire connaître et aimer ?

- Il est l’Époux de l’Église, cette Église tellement décriée et affaiblie.
Elle sait qu’Il agit par son Église dont elle reconnaît l’autorité et où elle perçoit l’action de l’Esprit. Elle va trouver le Pape Clément VII, obéit à son Évêque, se montre respectueuse de tous, tout en priant avec instance pour la réforme de l’Église. Son exemple de foi, sa sainteté personnelle, à une époque tiraillée par le protestantisme, sont un témoignage vivant de son amour pour l’Église.

- Il est Celui dont la volonté est plus importante que tous les avantages de ce monde.
Sachant qu’Il l’attend à Brescia pour la fondation de la Compagnie, elle refuse l’invitation de rester à Venise, à Rome, à Milan, pour s’occuper des lieux de bienfaisance. Devant un avantage immédiat et sûr, elle choisit un avenir obscur et incertain, dont elle ne sait qu’une chose, c’est qu’il est voulu par Dieu.

- Il est Celui qu’elle accueille dans les autres.
Angèle Mérici est de plus en plus assaillie par des visiteurs de toute catégorie sociale : riches et pauvres, lettrés et illettrés, religieux et laïcs, saints et pécheurs. Viennent la trouver ouvriers, portefaix, artisans, princes, dames de l’aristocratie, humanistes, théologiens et prédicateurs, personnes à réconcilier, à pacifier, à conseiller. Surtout elle se voit entourée de femmes et de jeunes filles qu’elle cherche à guider et à rapprocher du Christ.

- Il est Celui dont elle revit constamment la Passion, preuve de son amour pour nous.
Par deux fois elle entreprend un pèlerinage à Varallo, où elle peut contempler en des chapelles les différentes étapes de la vie du Christ. Elle fait peindre dans l’Oratoire les scènes de la Passion du Christ. Ses Écrits, d’ailleurs, sont émaillés de références à cet acte suprême d’amour du Christ.

- Il est Celui qu’elle aime comme son Époux et qu’elle cherche à faire aimer comme un Époux.
Peu à peu se regroupent autour d’elles des femmes, des jeunes filles, attirées par son genre de vie et par la possibilité de vivre unies à Jésus-Christ sans entrer dans un monastère. Elle les guide, les accompagne spirituellement, les centre sur le Christ qui les appelle à être "les Épouses de l’Immortel Fils de Dieu".

- Il est le vrai fondateur de la Compagnie.
Angèle Mérici a attendu longtemps, très longtemps avant de réaliser sa mission. Il a fallu, selon Cozzano, le fidèle secrétaire d’Angèle, qu’Il "crie dans son coeur" "pour la forcer" à entreprendre cette fondation, dont elle a toujours dit qu’il n’y avait rien d’elle, mais que tout s’était fait selon la Volonté du Fils de Dieu, Lui qui l’a "plantée" et que rien ne pourra jamais "déraciner".

- Il est Celui qui l’attend au ciel.
Angèle laissera une Compagnie inachevée, encore sujette aux divisions intestines. Qu’importe, elle l’abandonne entre les mains de Celui qui l’aime et qui l’appelle à l’éternité bienheureuse. Elle nous laisse en héritage son amour immense pour Celui qui l’a choisie et sa propre présence maternelle auprès de nous. Elle nous laisse ses Ecrits qui témoignent de son attachement au Christ, car à chaque page, Il est présent.
Angèle rayonne par ce qu’elle dit de Jésus Christ, par les Noms qu’elle Lui donne, par les Paroles d’Évangile qu’elle cite abondamment.

II - Jésus-Christ dans les Ecrits de Sainte Angèle Merici

1- Ce que Sainte Angèle Mérici nous dit de Jésus-Christ.
La vérité la plus fondamentale sur laquelle Angèle Mérici revient à maintes reprises, c’est que Jésus-Christ nous aime. D’ailleurs, "Il a vécu 33 ans en ce monde par amour pour nous" (R 5, 12), Lui qui est "notre amour" à toutes (Av 5, 41), Lui "qui nous aime, nous toutes" (Av 5, 38). "Qui pourrait Lui résister ?" (Dern L 19)
Il manifeste son amour par "sa bonté immense" (Av 3, 4) et par sa présence continuelle "au milieu de nous", nous "éclairant", nous "instruisant sur ce que nous avons à faire". (Dern L, 5).
Il nous donne ce qu’Il a de plus précieux, sa vie et son Esprit ; Il nous livre son enseignement et son exemple. Nous sommes "très chères dans le sang de Jésus-Christ" (Av 1, 1), ce sang "qu’Il a répandu pour notre amour" (T Prol, 25). Il nous as "choisies" pour nous envoyer son Esprit, si nous sommes "bien disposées à recevoir" (R 4 16) cet Esprit qu’Il nous envoie "continuellement au coeur, Lui dont nous entendrons d’autant plus clairement la voix que nous aurons la conscience plus purifiée et plus nette" (R 8 14- 15).
Jésus-Christ nous éclaire, "nous enseigne" (Av Prol 7). Si nous Le laissons "nous diriger" et "nous enseigner", nous serons "bien enseignées" (Av 7 28). Surtout, Il nous laisse son exemple, Lui, "l’unique voie qui mène au ciel" (R 4, 4). D’ailleurs, et nous y reviendrons, dans ses Ecrits, Angèle Mérici met continuellement sous les yeux de ses filles les exemples du Christ à imiter.
Dans un monde hostile et mauvais, Il nous rassemble près de Lui. "Dans ces temps périlleux et pestiférés, vous ne trouverez d’autre refuge qu’aux pieds de Jésus-Christ" (Av 7 27) "Que toujours votre principal recours soit de vous rassembler aux pieds de Jésus-Christ. Là, vous toutes, avec toutes vos filles, faites de ferventes prières " (Dern L 3-4). Il reste auprès de nous, car "Il n’abandonnera jamais cette Compagnie, tant que le monde durera" (Dern L 6).
Enfin, Il nous attend auprès de Lui, dans l’Eternité bienheureuse, "Lui dont la lumière, la joyeuse splendeur de vérité nous environneront au moment de la mort" (Dern L 20-21), pour nous conduire "au ciel... Celui qui nous aime toutes le voudra ainsi" (Dern L 18).

2. Les noms qu’Angèle donne à Jésus-Christ.
Angèle Mérici rappelle en premier lieu les noms que Jésus-Christ s’est donné Lui-même dans les Évangiles : Il est "la voie, la vérité, la vie", le "Bon Pasteur", Le "Maître et Seigneur". Elle reprend les titres de noblesse du Christ : "Fils de Dieu", le "Sauveur", le "Très-Haut", "l’Immortel Fils du Dieu éternel", le "Roi des rois, le Seigneur des seigneurs".
Surtout Angèle Mérici utilise des termes affectueux à l’égard de l’Epoux "qui nous aime" : Il est "notre doux et bienveillant Époux, " Jésus-Christ", "notre Amour", "Celui qui m’aime et qui nous aime toutes" et qui est objet d’un amour exclusif. En effet, c’est Lui « l’unique trésor », la "seule vie" "l’unique espérance". C’est Lui qui nous montre le chemin par ses paroles et ses exemples. Les citations évangéliques abondent dans les Écrits d’Angèle.

3. L’enseignement de Jésus
Le Christ est cité le plus souvent, dans les passages qui concernent l’humilité du Serviteur. Le Premier Avis y insiste à plusieurs reprises : "J’ai été au milieu de vous, non comme Celui qui est ’servi, mais comme Celui qui sert" (Av 1, 7). "Que celui qui est le plus grand parmi vous se fasse le plus petit" (Av 1 9) ; "Celui qui s’abaisse sera élevé" (Av 1, 14).
L’humilité du Christ est abordable, elle se rend proche. Elle est doublée de douceur : "Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur" (T 3, 4) ; "Mon joug est doux et mon fardeau léger" (T 3, 6).
L’exemple et les paroles du Christ nous stimulent à l’obéissance, dans son vrai sens : "ob-audire" , c’est-à-dire "être à l’écoute de Dieu", mais une écoute active qui se transforme en actes. Angèle nous rappelle que le Christ "n’est pas venu faire sa propre volonté, mais celle du Père qui l’a envoyé". (R 8 3). Elle voit dans les délégués de l’autorité la personne du Christ, surtout lorsqu’il s’agit de ses représentants au sein de l’Eglise. C’est au Christ que va toute obéissance : "Qui vous écoute, m’écoute ; qui vous méprise, me méprise" (R 8, 8).
D’autres paroles évangéliques, chères au coeur d’Angèle Mérici concernent la fidélité et la persévérance : ""Celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé" (R Prol 11), car est "bienheureux" celui "qui écoute la parole de Dieu et qui la garde (R Prol 12).
Cette écoute nous mène au véritable esprit des Béatitudes, à l’abandon de nous-mêmes et de nos intérêts entre les mains de Celui qui nous aime : "Cherchez d’abord le Royaume des Cieux et tout le reste vous sera donné par surcroît " (R 10, 14). En effet, celui qui s’est dépouillé de tout obtient le trésor du Royaume, puisque Jésus a dit, "Bienheureux les pauvres en esprit, car que le Royaume des Cieux et à eux" (R 10,7) Dans ce Royaume, le Père de Jésus-Christ s’occupe de nos moindres intérêts : "Ne cherchez pas avec inquiétude ce que vous mangerez et boirez, car votre Père céleste sait bien Lui, que vous avez besoin de toutes ces choses". (R 10, 15).
Par-dessus tout, c’est la communion dans l’amour fraternel qui porte la marque du Fils de Dieu : "A ceci le monde connaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres" (T 10 11). "Ainsi donc, continue Angèle, s’aimer et être unies ensemble sont le signe certain que l’on marche dans la voie bonne et agréable à Dieu" (T 10 12).
Pour nous aider à vivre à cette hauteur, Angèle rappelle les paroles de Jésus, qui nous invitent à la prière : "Il faut prier sans cesse" (R 5, 5), à la docilité à l’Esprit-Saint "qui nous enseigne toute vérité" (R 8 16) et à une attitude personnelle de loyauté absolue -"Dites simplement oui, oui, non, non" (R 9 14).
Enfin, Sainte Angèle Mérici nous rappelle, à travers les paroles du Christ, le but ultime de notre vie : l’éternité bienheureuse, où les combats cesseront, où les souffrances disparaîtront, car "votre tristesse se changera en joie" (R Prol 27).

En conclusion, nous trouvons dans les Ecrits de Sainte Angèle Mérici une doctrine évangélique en miniature, issue de sa prière, de ses lectures, mais surtout de sa vie à l’imitation de celle du Christ. Il n’est pas étonnant, dès lors, que cette femme, qui ne savait pas écrire, était pourtant capable, selon Chizzola, de "prononcer des sermons si beaux, si savants et si spirituels, qui duraient parfois une heure". Son amour du Christ débordait de la passion de Le faire connaître et aimer par son entourage.

Sœur Marie SEYNAEVE
Ursuline de l’Union Romaine

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.