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Sainte Angèle et la pauvreté

La pauvreté selon sainte Angèle Mérici

A une époque de grands contrastes entre quelques familles opulentes, adonnées aux arts et aux lettres, et la majorité de la population vivant dans une grande pauvreté, Angèle a donné l’exemple d’une vie personnellement pauvre et détachée.

_ En outre, dans ses Ecrits, elle propose une forme de pauvreté vécue en profondeur, faite de renoncement aux biens, mais surtout de dépouillement intérieur dans l’amour.

_ Elle conduit ainsi ses filles à une vie d’humble service et d’attention aux pauvretés matérielles et spirituelles de leur entourage. Ce sont les trois points principaux de cet entretien.


I. la pauvreté vécue par Angèle

Angèle, devenue orpheline, est adoptée par son oncle maternel et se voit plongée dans un milieu cultivé, aisé. Là, devenue jeune adulte, en se faisant Tertiaire de Saint-François, Angèle choisit délibérément de vivre pauvrement, c’est à dire à la manière des pauvres de son époque : mobilier rudimentaire (elle dort sur une natte à même le sol), nourriture très simple (rarement de la viande, du pain ou du vin, réservés aux familles riches, mais des céréales, des légumes, des fruits, des fèves, du poisson), des vêtements simples de couleur terne, qui contrastent avec les soieries, les broderies et les velours de la Renaissance.

Angèle n’avait pas renoncé à toute possession matérielle, comme Saint François. Elle se rendait compte que l’argent était un bien qui pouvait et devait servir à d’autres. D’après les redevances quelle devait payer en 1525 sur les propriétés héritées de ses parents, il semble que ses terres devaient être assez conséquentes. Que faisait-elle du bénéfice de l’exploitation ? Nous savons qu’elle aidait les plus pauvres avec des aumônes. Lors de la fondation de la Compagnie, c’est elle qui finança l’ornementation de l’Oratoire, par des peintures représentant des scènes de la vie du Christ, de la Vierge et des Saints, répondant ainsi à un besoin de catéchèse visuelle.

Nous savons qu’elle a toujours pris sa part de travail. A Salò, alors qu’elle se trouvait chez son oncle dans une famille aisée, elle avait, de son propre aveu, opté pour les labeurs des servantes : chercher l’eau à la fontaine, pétrir le pain, faire la lessive, bluter le blé. Accueillie à Brescia auprès de Romano et de Gallo, elle y travaillait de ses mains, nous dit Cozzano, ce qui laisse sous-entendre qu’elle y assurait des travaux ménagers.

Angèle a vécu abandonnée à la Providence du Père à chaque étape de sa vie : mort de ses parents, retour à Desenzano à l’âge adulte, envoi a Brescia à la demande de ses supérieures franciscains, fuite à Crémone avec les autres réfugiés à l’approche des armées de Charles-Quint, fondation de la Compagnie à l’heure choisie par le Seigneur. Devenue presque aveugle, elle poursuit néanmoins son pèlerinage sur les chemins de la Terre Sainte. Elle vit d’effroyables tempêtes en mer au retour de la Palestine et voit deux autres navires sombrer. A Brescia, elle partage la famine, les inondations, les tremblements de terre de ses concitoyens et tout cela dans la confiance que Dieu ne l’abandonnera jamais.

En effet, Dieu s’est toujours occupé d’elle. A chaque étape de sa vie, elle s’est trouvée accueillie chez des amis, dans une famille, jusqu’à ce qu’elle fonde elle-même une nouvelle famille spirituelle. Elle a tout donné à son Seigneur. En échange, Il lui a tout donné.

Angèle s’adresse à toutes les classes de la société. Parmi les membres de la Compagnie il y a des filles d’artisans et d’ouvriers, des analphabètes et des personnes cultivées, des servantes et des dames de compagnie, des aristocrates et des roturières. Et toutes ont les mêmes droits et les mêmes devoirs ; toutes peuvent voter et être élues à une fonction de responsabilité.

Angèle s’ouvre à toutes les formes de pauvreté qu’elle côtoyait : non seulement matérielle, mais aussi sociale, affective et spirituelle. Elle accueille d’un même amour et d’un même respect les pauvres et les riches, les marchands et les humanistes, les théologiens et les plus humbles des chrétiens, les personnes ferventes et les pécheurs. Pour elle, l’important est de combler en chacun son besoin de Dieu, sa pauvreté spirituelle.

A l’approche de la mort, Angèle reste disponible. C’est à la dernière minute quelle dicte ses Avis et son Testament. Elle sait qu’elle laisse son Institut inachevé. Dans ses appels pressants à l’unité, elle semble prévoir les divisions qui se préparent, mais elle abandonne tout à Dieu.

II. La pauvreté dans les Ecrits d’Angèle

Jusqu’à présent nous avons examiné quelques traits de la vie d’Angèle Merici. En relisant ses Ecrits, nous les trouvons riches d’enseignent sur la pauvreté matérielle, mais surtout sur la pauvreté en esprit, celle dont elle a donné l’exemple, celle qu’elle proposait à ses filles. Certes, elle y fait allusion aux situations difficiles et injustes vécues par beaucoup d’entre elles. Mais nous y trouvons aussi une joie, une espérance, un enthousiasme communicatifs, qui les encouragent et les stimulent. Elle s’émerveille de ce que Dieu fait, à la manière de Jésus qui glorifie le Père, parce qu’Il cache ses secrets aux sages et aux savants et qu’Il les révèle aux pauvres et aux petits.

En voici quelques exemples : Dans le Prologue de la Règle, elle note,

Puisque Dieu, mes filles et sœurs très aimées, vous a accordé la grâce de vous séparer des ténèbres de ce monde misérable, et de vous unir ensemble pour servir sa divine Majesté, vous devez le remercier infiniment de ce qu’à vous spécialement il ait accordé un don si singulier. En effet, combien de personnes importantes [donc des riches], et d’autres de toute condition qui n’ont pas, ni ne pourront avoir une telle grâce ! (R Prol 4-6).

Sainte Angèle a pleinement conscience des difficultés et des problèmes, lorsqu’elle affirme,

Plus l’entreprise où l’on s’engage à de valeur, plus elle comporte fatigues et dangers ; car ici il n’y a aucune sorte de mal qui ne cherche à s’y opposer… (R Prol 18-19).

Elle reconnaît que dans le monde qui l’entoure,

il n’y a jamais ni repos ni aucun contentement vrai, mais seulement de vains songes, ou de durs labeurs, et toutes sortes de choses malheureuses et mesquines, (Av 5, 4-5)

faisant ainsi allusion aux dures conditions de vie qu’expérimentaient celles qui étaient au service des familles opulentes. Pourtant, elle ajoute,

J’ai cette foi et cette espérance, fermes et inébranlables, en l’infinie bonté de Dieu : non seulement nos surmonterons tous les périls et adversités, mais encore nous les vaincrons avec grande gloire et grande joie… Nous trouverons les routes épineuses et rocailleuses fleuries pour nous et pavées de dalles d’or très fin (R Prol 27, 25).

En effet, Angèle espère en la force intérieure et le courage de chacune pour surmonter dans la joie, avec l’aide de Dieu, les difficultés de l’existence.

Si Angèle recommande, à la suite de Jésus, de ne pas être

empressées à chercher ce que vous devez manger, ni ce que vous devez boire, car votre Père céleste sait bien, lui, que vous avez besoin de toutes ces choses, car Dieu, et lui seul, sait, peut et veut y pourvoir, Lui qui ne veut que votre seul bien et votre seule joie. (R 10, 15-18),

elle-même n’a pas pratiqué un simple abandon résigné, quand il s’agissait d’autrui.

Nous verrons plus loin qu’elle demande avec instance aux gouvernantes, qui font partie de l’aristocratie aisée de Brescia, de pourvoir aux besoins matériels et spirituels des membres de la Compagnie. Elle encourage à la pratique de l’aumône. Elle met sur pied une procédure à suivre lorsqu’une de ses filles ne reçoit pas son salaire ou son héritage. Les supérieures de la Compagnie sont chargées de trouver pour les membres un travail digne, dans un bon milieu, où elles se trouveront heureuses. Elle leur demande d’utiliser les biens possédés en commun avec discernement, dans un esprit d’amour fraternel, pour le bien matériel et spirituel de toutes et pour encourager d’autres au progrès spirituel.

1.la « pauvreté effective des choses temporelles »
Angèle n’a pas voulu, ni pour elle-même ni pour ses filles, le dépouillement radical de Saint François, qui épousé « Dame Pauvreté ». Elle propose d’embrasser la pauvreté (R 10, 1). On n’embrasse vraiment que ce que l’on aime. Il s’agit d’aimer la pauvreté effective des choses temporelles, mais surtout la vraie pauvreté d’esprit (R 10, 2-3). Angèle trace plusieurs pistes à suivre dans la recherche de cette pauvreté effective : tout d’abord se dépouiller de ce qu’on possède ; (R 10, 9), de tout ce qui est à moi… et hors de moi (R 5, 41).

En plus des jeûnes nombreux (cf. R 4), elle recommande la modération dans les repas :

Qu’elles mangent et boivent non par plaisir ni pour rassasier leur appétit, mais seulement parce qu’il faut soutenir la nature afin de mieux servir Dieu. (Av 5, 8)

En effet, la plupart des membres de la Compagnie n’avaient pas les moyens de se payer de grands repas. Peut-être lorgnaient-elles avec envie du côté de la table des riches qu’elles servaient et des repas somptueux qu’ils organisaient ? Saint Charles Borromée disait qu’en tant que Légat du Souverain Pontife, sa plus grande pénitence était d’être reçu avec honneur dans des banquets qui duraient en moyenne 7 à 8 heures. Quand il pouvait y échapper au bout de 3 ou 4 heures, il s’en estimait heureux ! De son côté, Angèle met en relief la finalité des repas : veiller sur sa santé, en vue d’un meilleur service du Seigneur.

Elle propose des vêtements simples, des couleurs sobres, en dehors des soies et velours, argent et or… des foulards colorés ou de soie (R 2, 6-7), qui sont l’apanage des riches. Les sœurs doivent éviter des modes et des tissus dont la préparation coûte cher : volants, crevés aux manches, jours [dentelles], broderies, petits plis (R 2 : 4, 7).

Elle évoque aussi le partage, malgré la condition modeste de la plupart de ses filles. Si au plan personnel chacune est invitée au dépouillement intérieur de l’Epouse, les biens de l’Institut sont à utiliser en vue d’un plus grand amour. Angèle rappelle à ses filles que Dieu lui-même lui en a donné l’occasion et la possibilité :

Il m’a aussi, dans sa bonté habituelle, donné et accordé une telle grâce et un tel don, que j’aie pu les gouverner selon sa volonté, et pourvoir à leurs nécessités et leurs besoins (T Prol 8-9).

Elle demande aux Supérieures de continuer à agir en se sens :

Vous serez attentives et vigilantes pour connaître et comprendre la conduite de vos filles, et pour être au courant de leurs besoins spirituels et temporels et alors pourvoyez-y vous-mêmes de votre mieux, si vous le pouvez (Av 4, 1-2). Si, de par la volonté et la libéralité de Dieu, il arrivait que l’on eût en commun de l’argent ou d’autres biens, on rappelle que l’on doit les administrer comme il faut et qu’on doit les dispenser prudemment, spécialement pour aider les sœurs et en fonction de chaque besoin éventuel (R 11, 22-24).

Les besoins auxquels Angèle fait allusion sont précisés : non seulement aider les sœurs dans leurs besoins matériels, mais aussi promouvoir leur bien et profit spirituel, les inviter et pousser à un plus grand amour, à un plus grand progrès spirituel (9e Legs, 8-9, 13).

Le seul apostolat direct auquel Angèle fait allusion se déploie dans un climat de partage : il s’agit d’utiliser les biens " pour le bien et le développement de la Compagnie (9e Legs, 4), pour attirer les personnes à faire le bien, et pour en attirer d’autres à la Compagnie (9e Legs 10), mais aussi pour détourner par ce moyen la créature du mal et du vice, et la porter au bien et aux bonnes mœurs (9e Legs, 11-12)". Il s’agit donc à la fois d’un apostolat vocationnel et d’un apostolat de prévention. L’expérience ne nous montre-t-elle pas que l’engagement en faveur de la pastorale des vocations, l’accompagnement des jeunes, ne vont pas sans partage de nos ressources : publication de dépliants, organisation de camps, invitations pour un séjour, frais de voyages et autres… ?

Angèle invite également au partage personnel. Malgré la situation modeste de la plupart de ses filles, elle les invite, sous forme de legs à laisser à la Compagnie quelque petite chose, en signe d’amour et de charité (R 11, 31).

Cependant, dans son chapitre sur la pauvreté, Angèle a surtout insisté sur la pauvreté intérieure, sur le dépouillement qui ouvre nos cœurs à Dieu.

2. « surtout la vraie pauvreté d’esprit »

Angèle indique une voie intérieure radicale : Il s’agit de la vraie pauvreté d’esprit, par laquelle l’homme dépouille son cœur de toute affection aux choses créées, de tout espoir en elles, et de soi-même (R 10, 3-5). Elle propose de ne pas s’attacher ni aux personnes, ni aux choses, de ne pas compter sur elles avec assurance, mis de mettre son espérance et son amour en Dieu seul, et non dans une personne vivante (Av 5, 22),

de mettre tout son bien, et son amour, et son plaisir, non dans ce qu’on a, ni dans les nourritures et les satisfactions de la table, ni dans ses parents et amis, ni en soi-même et en ses propres ressources et en son savoir, mais en Dieu seul. (R 10, 9-13)

Remarquons le tout. Angèle ne dédaigne pas l’amitié ni l’amour de la famille. La nuance est dans le tout. Les créatures sont limitées. Dieu seul a droit au tout. Si l’amour de Dieu creuse en nous ce dépouillement, c’est pour qu’Il puisse mieux remplir nos cœurs de sa présence lumineuse.

Angèle nous conduit aussi à nous dépouiller de toute inquiétude à l’égard des créatures, car Dieu s’occupe de nous :

Ne vous tourmentez au sujet d’aucun de vos besoins temporels, car Dieu, et lui seul, sait, peut et veut y pourvoir… Votre Père céleste sait bien, lui, que vous avez besoin de toutes ces choses (R 10, 15-17). Jamais elles ne seront abandonnées dans leurs besoins. Dieu y pourvoira admirablement (Av 5, 31).

Alors, si nous Lui abandonnons tout, nous expérimenterons combien Dieu a soin de nous :

Voyons la situation des vrais pauvres : Quand ils n’ont rien, ou presque rien, ils n’ont pas de quoi se dépouiller. Ils ne peuvent beaucoup compter sur l’aide de la famille ou des amis, bien qu’on trouve souvent chez eux une générosité surprenante quand il s’agit d’entraide. S’ils ne sont pas éduqués, ils ne peuvent faire valoir leur propre savoir ni leurs propres talents. Alors, il ne leur reste plus qu’à désespérer ou à se tourner vers Dieu, leur Père et leur Providence, vers Marie, la Mère des pauvres. Angèle l’a expérimenté dans sa propre vie, voyant combien Dieu s’est occupé d’elle à chaque étape de déracinement successif.

Combien de nos sœurs, vivant dans une situation de pauvreté ou au milieu des pauvres n’ont-elles pas expérimenté cette prévenance de Dieu au milieu de leurs besoins : telle cette sœur de Resende au Brésil, qui s’occupait d’une école de pauvres, à qui il manquait 87 cahiers à distribuer aux élèves. Elle fit appel à la Commune, sans résultats, et elle continuait sa prière. Le jour même de l’ouverture des classes, un commerçant s’est arrêté devant l’école. « J’ai dans ma voiture une série de cahiers que je ne désire plus vendre ; je vous les donne ». Il y avait en tout 87 cahiers !

Le dépouillement de soi nous fait prendre conscience que nos dons, nos qualités, notre savoir, notre débrouillardise sont des dons de Dieu, accordés pour mieux le servir. Nous avons tout reçu de Lui, et sans Lui, nous sommes effectivement tout à fait pauvres, vraiment un rien… (R 10, 6). Cela est vrai du point de vue ontologique, car sans l’acte créateur de Dieu, nous n’existerions pas. Tout ce que nous sommes, toute notre vie, notre croissance, notre caractère, notre capacité de réfléchir, de nous souvenir, d’inventer - tout cela est un don gratuit de Dieu. En prendre conscience de façon expérimentale est une grâce à demander. Comment savoir si Dieu est vraiment notre tout, notre grande richesse, si on n’a pas expérimenté sa propre pauvreté ? Plus on est pauvre, plus en se sait pauvre, plus grandit la joie devant la grandeur et la richesse de Dieu.

Angèle propose même de ne pas compter sur l’estime des autres et sur sa bonne réputation :

Ce n’est pas inutilement ni sans motif, en effet, que le cœur d’un vrai et prudent serviteur de Dieu s’humilie et anéantit en lui-même la considération de soi [Je suis bien…]et la jouissance en sa propre réputation [et je veux que les autres le sachent] (Avis I, 12) ; c’est qu’il espère et attend de Dieu une autre jouissance, une gloire et un honneur plus vrai (Av 1, 12-13).

En Dieu il a tout (R 10, 6). Ainsi, les dépouillements successifs de l’Epouse la conduisent à un amour de plus en plus profond pour Celui qui est sa seule richesse, son unique trésor, Celui qui lui accorde la vraie joie et la vraie gloire.

Le dépouillement intérieur, tel qu’Angèle le propose, n’est pas stérile ni centré sur soi. Il va conduire ses filles à des attitudes concrètes de pauvres : humilité, service, attention aux plus pauvres.

III. Bienheureux les pauvres !

La béatitude de la pauvreté, selon Sainte Angèle, nous invite à des attitudes intérieures propres au Royaume inauguré par Jésus-Christ : disponibilité, service dans l’amour. L’accueil de l’autre, l’écoute de l’autre, font partie de ce qu’elle appelle obéir à Dieu et à toute créature pour l’amour de Dieu (R 8, 17-18). Le service de l’autre, à l’exemple de Jésus-Christ qui a dit : J’ai été au milieu de vous non comme celui qui est servi, mais comme celui qui sert (Av 1, 17), devient alors une exigence de l’amour, car nous devenons convaincues que nous avons plus besoin, nous, de les servir qu’elles n’ont besoin, elles, d’être servies par nous (Av 1, 3).

Ce service prend la forme concrète d’attention aux pauvres. Angèle mentionne différentes formes de pauvreté à soulager, pauvretés matérielles et spirituelles, qu’elle qualifie de tribulations aussi bien de corps que d’esprit (R 11, 9). Il s’agit, entre autres, de maladie et de vieillesse :

S’il y en avait de si vieilles qu’elles ne puissent se suffire à elles-mêmes, qu’elles acceptent, de grâce, d’être assistées et servies comme de vraies épouses de Jésus-Christ. Enfin si l’une des sœurs est malade, on recommande qu’elle soit visitée, aidée et servie, de jour et de nuit si cela est nécessaire (R 11, 29-30).

Il s’agit aussi d’assurer un toit et une vie digne à chacune :

S’il y avait ne fût-ce que deux sœurs à rester seules, sans père ni mère, ni autres supérieurs, alors, par charité, qu’on loue pour elles une maison (si elles n’en ont pas), et qu’on subvienne à leurs besoins. Mais s’il n’y en a qu’une seule, alors que l’une des autres veuille bien la recevoir dans sa maison (R 1, 25-26).

Comme nous l’avons mentionné plus haut, Angèle n’est pas indifférente aux exigences sociales de son époque : elle souhaite que ses filles soient honnêtement rétribuées, qu’elles reçoivent leur salaire, leur héritage (R 11, 15-19), et qu’elles puissent travailler dans des conditions favorables :

Si elle voulait aller se placer comme domestique ou femme de chambre, celles qui gouvernent devront s’occuper de la chose, afin qu’elle soit placée là où elle pourra se trouver bien et vivre honnêtement (R 11,28).

A l’extérieur de l’Institut, Angèle suggère de faire l’aumône, garantissant ainsi aux nécessiteux la possibilité d’une vie honnête :

Par les présents et les aumônes, on attire les personnes à faire le bien…et ainsi elles se trouvent presque obligées à bien faire (9e Legs, 17).

Surtout, Angèle invite à porter secours dans les besoins spirituels. Elle-même prêchait d’exemple, car selon Cozzano, les plus pauvres spirituellement, c’est-à-dire les pécheurs, étaient l’objet de sa plus grande sollicitude. Nous nous rappelons qu’elle était prête à donner sa vie pour leur apporter la lumière :

Seigneur, prenant la place de ces pauvres créatures qui ne te connaissent pas, et ne se préoccupent pas de participer à ta Passion très sacrée, mon cœur se brise, et volontiers, si je le pouvais, je répandrais mon propre sang pour ouvrir les yeux aveugles de leur esprit (R 5, 31-34).

Parmi ses filles, Angèle se penche sur celles qu’elle voit découragées et recommande aux supérieures une attention particulièrement délicate à leur égard :

Si vous en voyez une pusillanime et timide, et portée à l’abattement, réconfortez-la, inspirez-lui courage, promettez-lui le bienfait de la miséricorde de Dieu, dilatez son cœur par toutes sortes de consolations. (Av 2, 8). Élargissez donc pour elles la mesure des promesses, qui ne manqueront pas de réalisations surtout pour celles que vous verrez être désolées, incertaines et craintives. (Av 5, 40)

Les plus faibles et hésitantes seront l’objet d’une patiente attention, dans l’espoir d’un progrès toujours possible :

En effet, comment pouvez-vous savoir, vous, si celles qui vous paraissent les plus insignifiantes et les plus dépourvues ne vont pas devenir les plus généreuses et les plus agréables à sa Majesté ? (Av 8, 3)

Celle qui renonce plus difficilement à la mode des fanfreluches et autres frivolités du même genre, risque de ne pas persévérer dans la Compagnie. Cependant,

Ici pourtant vous devez être prudentes parce qu’il peut se faire qu’une personne ait mis toute la force de son attachement dans une bagatelle, de sorte que, s’étant vaincue sur ce point-là, aucun autre ne lui sera plus trop difficile (6e Legs 4).

Celle qui refuse d’obéir à des points importants, même après plusieurs avertissements, en se voyant abandonnée et mise de côté, peut finir par se repentir et désirer plus que jamais rester dans la Compagnie et y persévérer (5e Legs 6).

Ainsi, consciente de nos faiblesses humaines, Angèle se montre proche de chacune dans sa pauvreté spirituelle. Elle garde confiance et espérance en ce qu’elle peut devenir, avec le temps et la grâce de Dieu.

Conclusion

Le parcours de pauvreté proposé par Angèle est progressif.
Du renoncement aux biens temporels, elle passe au dépouillement par rapport aux personnes, puis au renoncement à soi, à ses dons et capacités, à sa réputation, à son propre jugement.
Cette pauvreté se vit dans un climat d’amour, celui de l’Epouse qui veut tout abandonner à Celui qu’elle aime, car Il est, Lui, son unique trésor. Mais l’Epouse est aussi appelée, à l’exemple de Jésus-Christ, à se pencher sur les pauvretés matérielles et spirituelles de ceux qu’elle côtoie, afin de les conduire, eux aussi, à un plus grand amour.
Toute la vie d’Angèle, tout son enseignement pourraient aisément se résumer dans la béatitude de la pauvreté embrassée par amour et vécue dans un abandon confiant entre les mains de Celui qui ne veut que notre bonheur et notre joie.

Synthèse d’interventions à
Beaugency, Rome, Thiès
Soeur Marie Seynaeve
Pauvreté

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