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La Trinité

Une lecture théologique et spirituelle de la Règle d’Angèle Mérici :
aspects trinitaires

Je vous remercie de l’invitation qui m’a été faite de venir vous parler aujourd’hui des « aspects théologiques et spirituels de la règle de Sainte Angèle Merici ».

C’est pour moi une joie, un honneur, et une tâche redoutable. En effet, je ne suis ni théologienne, ni spécialiste de la spiritualité. Je ne suis qu’une fille de Sainte Angèle, passionnée par l’exemple de sa vie et la profondeur de ses Ecrits.
C’est à ce titre que je voudrais m’adresser à vous aujourd’hui.

Théologie et spiritualité s’entrecroisent et s’influencent mutuellement. En effet, la théologie, ou notre manière de voir Dieu, influence notre spiritualité, ou nos relations avec Dieu. Et notre manière de nous relier à Dieu forge peu à peu notre concept de Dieu. Je ne vais donc pas séparer théologie et spiritualité au cours de cet exposé, mais les montrer en lien l’une avec l’autre.

La spiritualité d’Angèle, d’ailleurs est spécifique et durable. Comme l’a très bien exprimé Luciella Campi : Il y des êtres qui expérimentent et qui vivent le Christianisme d’une manière tellement personnelle, unique et significative, qu’ils prolongent, rappellent et font revivre le Christ non seulement pour leurs contemporains, mais pour les hommes de tous les temps. Ils sont capables de montrer le chemin à d’autres. Angèle est une telle personne ; elle a clairement conscience d’être appelée, non en raison de ses propres mérites, mais par la grâce de l’Esprit Saint, à tracer une voie nouvelle de configuration au Christ. Elle est sûre que cette voie est valable non seulement pour son époque mais pour tous les temps.  [1]

Je ne chercherai pas à faire entrer la Règle de Sainte Angèle dans les cadres de la théologie traditionnelle, bien que cela soit une étude intéressante qui mériterait d’être poursuivie. Tout simplement je voudrais faire ressortir l’un ou l’autre aspect théologique qui se trouvent dans sa Règle.

Il s’agit de la Règle de Sainte Angèle. [2] Cependant, chacun des points pourraient être précisés, enrichis, développés par les Avis et le Testament de Sainte Angèle. Alors, il me faudrait une seconde intervention. Je vais donc me limiter strictement à la Règle, tout en ayant conscience, que cinq années après sa rédaction, Angèle a pu ajouter dans ses Ecrits ultérieurs, des éléments précieux, fruits de sa réflexion et de son expérience concrète au sein de la Compagnie.

Théologie trinitaire de sainte Angèle Mérici

Le Dieu que prie Angèle est celui que le Christ est venu nous révéler, ce Dieu qui est Père, Fils et Esprit-Saint. La Règle commence par les paroles, au nom de la bienheureuse et indivisible Trinité (v. 1). Comme l’a écrit Soeur Paola Angeli dans son œuvre à peine sortie de presse, Angèle ouvre ses écrits au nom de la Trinité, terme qui, dans la pensée chrétienne, indique la réalité divine comprise comme une communion amoureuse entre les trois personnes du Père, du fils et de l’Esprit Saint . [3] La Trinité est bienheureuse, parce que le Père trouve sa joie à se donner à son Fils, et par Lui, à nous ; bienheureuse parce que le Fils est heureux de recevoir tout du Père et que sur terre, Il a été heureux d’offrir sa vie pour nous ; bienheureuse parce que l’Esprit se réjouit d’être le lien d’amour qui va du Père au Fils et du Fils au Père, et d’être dans nos vies source d’eau jaillissante, feu qui éclaire et qui réchauffe, lumière qui nous conduit au Père et au Fils. Dieu est bienheureux dans sa vie intime, heureux d’être union, communion. Il est aussi indivisible dans la réciprocité d’amour de chacune des trois Personnes divines et dans l’amour qu’Il nous porte, car rien ne pourra jamais nous séparer de cet amour. Cozzano admire l’œuvre de la Sainte Trinité à l’égard d’Angèle : La Très Haute Trinité a, par sa toute puissance, remodelé cette âme, et l’a gouvernée par sa sagesse, et l’a sanctifiée par sa force.  [4]

Lorsque nous analysons La Règle d’Angèle, nous constatons qu’elle se réfère spécifiquement à chacune des trois personnes divines. Parfois, cependant, elle emploie le mot « Dieu » ; le contexte indique qu’il s’agit généralement du Père qu’elle voit selon la perspective de Saint Jean, lors qu’il rapporte les paroles du Christ : Le Père Lui-même vous aime. (Jn 16,27).

I. Enseignement d’Angèle sur le Père

Comment Angèle considère-t-elle le Père ? Comment nous situons-nous en présence de Dieu, notre Père ? Ce sont les deux points que nous essayerons d’envisager.

  • Dieu, notre Père, est la source

Il est à l’origine de tout ce qui nous concerne. Il est la source de notre existence : L’homme se voit hors de Dieu tout à fait pauvre, un rien de rien (10, 6). Cela est ontologiquement vrai : sans l’acte créateur de Dieu, nous n’existerions pas.

Il est la source de tout bien. C’est en Dieu que cet homme a tout son bien…possédant tout, quand il possède Dieu (10,8).
Il est aussi la source de tous les biens dont Il nous comble : C’est par sa volonté et par sa libéralité que nous possédons d’autres biens (11, 23).

Il est la source de la lumière, et de la vérité, Bienheureux ceux à qui Dieu aura insufflé au cœur la lumière de la vérité (Pr 12).

Il est la source du désir d’infini qui est en nous, ce désir qui nous projette dans l’éternité : Bienheureux ceux à qui Dieu… aura donné l’inspiration de désirer ardemment leur patrie céleste (Pr 12).
Celui qui nous a appelées à Lui, chacune, personnellement : Dieu vous a accordé la grâce de vous séparer des ténèbres de ce monde misérable, et de vous unir ensemble pour servir sa divine Majesté (Pr 4).

  • La spiritualité qui en découle

Angèle ne se limite pas à constater la grandeur de Dieu, à reconnaître ses bienfaits. Elle en déduit toute une spiritualité faite d’action de grâces, de relations filiales par la prière, de confiance et d’abandon, de dépouillement et de service.

L’action de grâce, d’abord : Vous devez Le remercier infiniment de ce qu’à vous spécialement il ait accordé un don si singulier (Pr 4-5). Cette reconnaissance doit nous habiter toute notre vie infiniment = sans fin, nous dit-elle.

Alors, comment ne pas désirer entrer en contact avec ce Dieu qui nous connaît chacune, individuellement ? D’où l’insistance d’Angèle sur notre dialogue avec Lui dans la prière. Une prière nécessaire pour obtenir la grâce de la vie spirituelle (5,14), une prière empressée (5, 1), une prière de chaque jour (5, 15), même continuelle (5,5). Et cette prière creusera en nous une attitude filiale de confiance et d’abandon entre ses mains.

L’abandon à la divine Providence : Puisqu’Il ne veut que notre bien et ne cherche qu’à nous rendre heureux, Ne vous tourmentez au sujet d’aucun de vos besoins temporels, car Dieu seul sait, peut et veut y pourvoir, Lui qui ne veut que votre seul bien et votre joie (R l0, 16-18). Angèle précise encore les actes concrets d’abandon à Dieu notre Père : Mettre tout son bien, et son amour et son plaisir, non dans ce qu’on a, ni dans la nourriture et les satisfactions de la table, ni dans ses parents et amis, ni en elle-même et ses propres ressources et en son savoir, mais en Dieu seul et en sa seule Providence bienveillante et ineffable (10, 9-13).

Elle-même nous en a donné des exemples manifestes :

  • ni dans la nourriture et les satisfactions de la table par ses jeûnes constants et rigoureux, ,
  • ni dans ses parents et amis lorsqu’elle prend la décision de vivre à Sainte Afre, sans le secours d’Antonio Romano ou d’Agostino Gallo,
  • ni en elle-même et ses propres ressources et en son savoir, lorsqu’elle refuse à Venise, à Rome et à Milan un poste de responsabilité, un avancement social certain, proposé par les grands de ce monde, et cela afin d’être fidèle à ce que Dieu seul lui demandait, la fondation de la Compagnie à Brescia.

Angèle reprend ensuite les paroles du Christ qui précisent la condition fondamentale qui nous permet de nous abandonner entre les mains du Père : Cherchez d’abord le royaume de Dieu et toutes ces autres choses vous seront offertes (10,14). En effet, celui qui s’est dépouillé de tout obtient le trésor du Royaume. Dans ce Royaume, le Père de Jésus-Christ s’occupe de nos moindres intérêts.

Se rendre pauvre pour s’enrichir de Dieu  : Angèle ne cache pas qu’une réponse fidèle à l’amour du Dieu qui nous sollicite exige des dépouillements : non seulement une pauvreté effective des choses temporelles, mais surtout la vraie pauvreté d’esprit, par laquelle l’homme dépouille son cœur de toute affection aux choses créées, de tout espoir en elles et de soi-même (10, 2-5), afin de mettre en Dieu tout son bien (10, 6). La prière finale que l’on trouve dans le chapitre 5 de sa Règle, ne se termine-t-elle pas par un acte de dépouillement total et confiant, entre les mains de ce Dieu qui est tout pour elle, sa seule vie et son unique espérance (5, 35) ? Je te prie de daigner recevoir ce cœur… chacune de ses affections et passions… mon libre arbitre, chaque expression de ma volonté propre…, chacune de mes pensées, paroles et actions, et finalement tout ce qui est à moi, et en moi et hors de moi. Tout cela je le dépose en offrande aux pieds de ta divine Majesté. Et je te prie de daigner le recevoir, bien que j’en sois indigne (5, 36-43).

Servir Dieu. Enfin, en reconnaissant la grandeur de la divine Majesté, Angèle recommande de se mettre à son service. Comme le dit si bien Dona Castenetto : C’est comme si tout - la vie, les œuvres, les choix petits et grands que la vie nous impose habituellement - se concentrait en un unique désir, en une unique ambition : celle de répondre à un appel d’amour, de réaliser une communion d’amour qui se transforme en service et obéissance à la « divine Majesté . [5]

Comme Angèle l’indique au début du Prologue de sa Règle, Dieu vous a accordé la grâce de vous unir ensemble pour servir sa divine Majesté (Pr 4). Il y a là une des conditions pour être acceptée dans la Compagnie : Celle qui voudra entrer dans cette Compagnie doit avoir la ferme intention de servir Dieu en cette sorte de vie (1, 1-2). Elle propose à ses filles l’exemple d’Anne, fille de Phanuel, qui ne cessait de servir Dieu jour et nuit dans le temple (5,3) et rappelle que ce service se déroule dans le concret de la vie quotidienne, car il n’y a pas ou peu de différences entre dire clairement, `Je ne veux plus servir Dieu´, et ne pas vouloir prendre les voies et les règles nécessaires pour se maintenir à son service (Pr 14). Alors, en Le servant, nous pouvons vivre joyeuses, pleines de foi et d’espérance en Dieu (R 9,11). Alors nous pouvons vraiment ressentir avec plaisir et amour qu’Il est notre vrai et unique bien (R 9, 9-10). Alors ce service nous permet d’accomplir son œuvre. L’œuvre de Dieu entre nos mains, ce sont toutes les responsabilités qu’Il nous a confiées : notre Institut, notre mission, notre famille, nos collègues, nos engagements divers, nos voisins, notre quartier, notre pays, et nous pourrions encore allonger la liste... Nos prières les plus assidues, les plus suppliantes ne montent-elles pas souvent vers le Père pour les personnes dont nous sommes responsables d’une manière ou d’une autre ?

II. L’enseignement d’Angèle sur Jésus-Christ

  • 1° Jésus-Christ, l’Epoux qui nous aime

Quelle est la théologie d’Angèle sur Jésus-Christ, Fils de Dieu ? La vérité la plus fondamentale sur laquelle Angèle revient à maintes reprises, c’est que Jésus-Christ nous aime. Il a vécu 33 ans en ce monde par amour pour nous (R 5, 12). Il a répandu son sang précieux par amour pour nous (cf. 5, 25). Elle voit toute la mission du Fils de Dieu, toute sa vie et l’offrande de sa vie, comme un acte suprême d’amour pour le Père qui l’a envoyé.

Il nous aime, et Il est l’Epoux. Certes, dans l’Ancien Testament, Dieu apparaît comme l’époux de son peuple. [6]
Les prophètes Osée et Jérémie ont particulièrement illustré cette relation d’amour à travers leur propre expérience. Progressivement, cette notion évoluera et prendra une coloration plus personnelle avec le Livre de la Sagesse et surtout le Cantique des Cantiques, préparant ainsi le peuple à une union dans laquelle se consommera l’union de Dieu avec l’homme : le mystère de l’Incarnation et ses noces avec l’Eglise, son Epouse, scellées par le sang de la Nouvelle Alliance.

Le Nouveau Testament avait insisté sur la relation personnelle de Dieu avec chacun des siens. Dès les premiers siècles du christianisme le nom d’épouse est attribué aux membres de la communauté ecclésiale. Dans la tradition ancienne de l’Eglise, l’union nuptiale du chrétien avec son Dieu se célèbre par le baptême. Origène appelle le Christ, « l’Epoux de l’âme, que l’âme épouse quand elle vient à la foi ». Saint Chrysostome compare le baptême à un « mariage spirituel » et le chrétien à l’épouse.

Comment est-on passé progressivement de la notion d’âme-épouse à celle de vierge-épouse ? Au 3e siècle, Tertullien est le premier parmi les Pères de l’Eglise à employer l’expression « sponsa Christi » pour désigner la vierge chrétienne. Il dit des jeunes filles qui ont fait profession de virginité qu’elles ont été « mariées » au Christ, que leur seul époux est le Christ.

Au 4e siècle, saint Ambroise dira « Est vierge celle qui épouse le Christ » Elle est « tout à lui, comme Il est tout à elle » (cf. Cant. 11, 16). Sa vie en sera intérieurement modifiée, car « de l’étreinte du Christ elle reçoit la semence de sa parole ». Si l’on en croit Saint Athanase, déjà au 4e siècle, « l’Eglise a pris l’habitude d’appeler les vierges épouses du Christ ».

Lorsqu’Angèle parle des «  Epouses du Fils de Dieu », elle se situe donc dans une tradition ecclésiale très ancienne. De plus, elle semble avoir été particulièrement influencée par les lettres de Sainte Claire d’Assise à Sainte Agnès de Prague ; cette dernière, de sang royal, avait refusé des épousailles avec l’Empereur, pour devenir épouse du Christ. Claire s’adresse donc à Agnès comme « fille du Roi des rois, servante du Seigneur des seigneurs, épouse très digne de Jésus-Christ et parée, de ce fait, du titre de reine » (2e Lettre). [7]

Revenons maintenant à Sainte Angèle et à ce qu’elle nous révèle dans sa Règle sur l’Epoux, Jésus Christ, le Fils de Dieu (Pr7, 17), le Très Haut (Pr 23 ; 9, 6), notre doux et très aimable époux, Jésus-Christ (11, 35).
Cette dignité exige de la part des membres de la Compagnie une réponse d’amour, une réponse d’épouses afin de vivre comme il est demandé aux véritables épouses du Très-Haut (Pr 23) : en faisant volontairement à Dieu le sacrifice de son propre cœur (9, 2), en ayant toujours au cœur une ardente charité(9, 22), en mettant tout son amour et tout son plaisir en Dieu seul (10, 8-9, 13).

Angèle rappelle quelques devoirs de l’épouse : la fidélité et la persévérance. Puisque nous sommes appelées à une vie tellement glorieuse que nous sommes épouses du Fils de Dieu et que nous deviendrons des reines au ciel (Pr 17), cela implique de nous efforcer à l’avenir et de tout notre pouvoir, de vivre comme il est demandé aux véritables épouses du Très-Haut (Pr 23), de nous conserver dans l’état où Dieu nous a appelées (Pr 8), et de chercher et de vouloir tous les moyens pour persévérer et progresser jusqu’à la fin (Pr 10).

Parmi ces moyens, Angèle propose l’observance de cette Règle, comme la voie par laquelle vous devez marcher, et qui a été tracée pour votre bien. Alors, ajoute-t-elle, j’ai cette foi et cette espérance, fermes et indubitables, en l’infinie bonté de Dieu, non seulement nous surmonterons facilement tous les périls et adversités, mais encore nous les vaincrons avec grande gloire et grande joie (Pr 23-24). Ainsi dans une fidélité réciproque, L’Epoux manifestera sa fidélité à l’épouse par son aide constante et par le don de sa joie, jusqu’à nous faire surmonter les difficultés.

  • 2. Jésus-Christ, voie, vérité et vie

Comme Il l’a Lui-même indiqué dans l’Evangile, Jésus-Christ est la voie… l’unique voie qui mène au ciel (4,4). Il est la vie notre seule vie (5, 35). Il est la vérité, et Angèle, frappée par cette aspect du Christ, le nomme souvent la Vérité (Pr 11 ; 5,5 ; 7,3 ;8,8 ;10, 7). Au moment où les contemporains d’Angèle sont bouleversés dans leurs convictions et leurs schémas de pensée par les remises en question de l’humanisme de la Renaissance, Angèle se réfère à l’Evangile et à la Vérité que nous trouvons dans le Fils de Dieu incarné.
Puisqu’Il est la Vérité, Il nous enseigne. Nous remarquons la gamme très large de cet enseignement dans la Règle d’Angèle. Jésus-Christ nous instruit :

sur sa mission comme envoyé du Père  : Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mais celle du Père qui m’a envoyé (8, 3). La docilité du Christ dans l’accomplissement de sa mission inspire, d’ailleurs, notre obéissance, cette grande lumière qui rend toutes nos œuvres bonnes, dignes d’être agréées" (8, 4). C’est cette docilité à la volonté du Père, qui éclaire tous nos actes, qui les transforme, qui les met sous le regard de Dieu. Alors, tout ce que nous faisons, si nous voulons que cela puisse être qualifié de bon, doit être fait selon l’obéissance (8, 6), c’est-à-dire à la manière de Jésus-Christ, accomplissant en tout la Volonté du Père.

En effet, l’exemple et les paroles du Christ nous stimulent à l’obéissance dans son sens étymologique - : "ob-audire", c’est-à-dire "être à l’écoute de Dieu" - une écoute active qui se transforme en actes et qui voit la personne du Christ en tous ceux qui détiennent une autorité, surtout lorsqu’il s’agit de ses représentants au sein de l’Eglise. C’est au Christ que va toute obéissance.

Les paroles et l’exemple du Christ dans l’Evangile nous éclairent encore sur :

la persévérance : Il ne suffit pas de commencer, si l’on ne persévère pas aussi. C’est pourquoi la Vérité dit : « Celui qui jusqu’au bout aura persévéré, celui-là sera sauvé » (Pr 11).

l’écoute de la Parole de Dieu  : La Vérité dit encore : « Bienheureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent »(Pr 11). Comme l’indique Dora Castenetto : Effectivement Dieu parle, appelle fait entendre sa voix à l’homme et celui-ci répond en obéissant, en écoutant. [8]
En interprétant cette parole de l’Evangile, Angèle explique en quoi consiste l’écoute :

  • docilité à accueillir la vérité : Bienheureux sont ceux-là à qui Dieu aura soufflé au cœur la lumière de Vérité ;
  • docilité dans le désir des biens célestes : désirer ardemment leur patrie céleste,
  • fidélité à mettre en pratique dans sa vie la Parole reçue et les inspirations qui en découlent : Bienheureux ceux qui cherchent ensuite à conserver en eux-mêmes cette voie de vérité et ce bon désir (Pr 12).

l’esprit de pauvreté  : Car la Vérité dit : « Bienheureux sont les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux » (10, 7). Nous avons vu à quelles profondeurs de dépouillement et d’abandon confiant Angèle invite ses filles en leur proposant cet esprit de pauvreté.

l’écoute de l’Eglise et de ceux qui se trouvent en autorité, comme le Christ nous l’a enseigné : Obéir à ce que commande la saine Mère Eglise, car la Vérité dit : « Qui vous écoute m’écoute, qui vous méprise me méprise ». (8,8). Et spécialement, l’accueil du pouvoir de Pierre : Et la Vérité dit à saint Pierre : Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ; et ce que tu auras lié sur la terre sera lié aussi dans le ciel, et ce que tu auras délié sur la terre sera délié aussi dans le ciel ». (7, 3)

Comme l’écrivait avec admiration Gabriel Cozzano : Qui ne connaît pas la véritable essence des vertus, des voies de la sainte Eglise, et de son vrai sens et esprit, que celui-là considère l’esprit de la Mère sœur Angèle et ses comportements, et qu’il s’y conforme. Et il sera un vrai et fidèle catholique. [9]

la sincérité en disant seulement avec modestie : Oui, oui, ou non, non ; comme Jésus-Christ l’enseigne (9, 14).
le but ultime de notre vie : l’éternité bienheureuse, où les combats cesseront, où les souffrances disparaîtront, car "notre tristesse se changera en joie" (cf. Prol 27 et Jn 16,20).

Ces références explicites aux paroles du Christ ne sont pas exhaustives. Sœur Marie-Bénédicte Rio a trouvé dans la Règle vingt-six références au Nouveau Testament et onze à l’Ancien. Angèle cite d’une manière explicite ou implicite les Evangiles de Matthieu, Luc et Jean ; les lettres de Saint Paul aux Romains, aux Philippiens, aux Colossiens ; la première lettre de Saint Pierre ; la lettre de Saint Jacques, et, dans l’Ancien Testament : le premier livre de Samuel, le livre de Tobie, les Psaumes, le Siracide, le livre de Judith et le prophète Isaïe. [10]

Ainsi, le fonds de la pensée d’Angèle s’appuie sur un texte évangélique. Comme l’a dit Don Diego Facchetti : L’expérience spirituelle de Sainte Angèle se traduit en références à la Parole de Dieu, tant dans ses choix personnels et dans son style de vie que dans ses écrits… Les références s’insèrent comme naturellement dans son discours où elle se réfère à l’exemple du Christ Jésus, à ce que dit la « Vérité ». Cela nous fait comprendre combien la personne du Christ se trouve au centre de la vie d’Angèle. [11]

  • 3° Une théologie christocentrique

La théologie d’Angèle est éminemment christocentrique : sa manière de concevoir l’univers, les autres êtres humains et sa propre personne est toujours en lien avec la personne du Christ. Quand il s’agit de la nature, Angèle y fera allusion en bénissant le Nom du Christ, au-dessus du sable de la mer, au-dessus des gouttes des eaux, au-dessus de la multitude des étoiles (5,26).

Le monde entier, dans la perspective d’Angèle, est appelé à recevoir le salut opéré par la Passion du Christ. Ici, l’épouse prend sur elle résolument les intérêts de l’Epoux : Seigneur, prenant la place de ces pauvres créatures qui ne te connaissent pas, et ne se préoccupent pas de participer à ta Passion sacrée, mon cœur se brise, et volontiers, si je le pouvais, je répandrais mon propre sang pour ouvrir les yeux aveugles de leur esprit (5, 31-34). Pour eux, pour ses parents et amis et pour le monde entier, elle demande le pardon de leurs péchés par sa Passion très sacrée, et par son Sang précieux répandu pour notre amour (cf. 5, 24-25).

Sa propre vie, Angèle ne peut la considérer qu’en relation avec le Christ : Sa prière s’adresse à Lui pour Lui demander d’illuminer les ténèbres de son cœur, de lui donner la grâce de ne pas offenser aujourd’hui sa divine Majesté et d’affermir ses affections et ses sentiments. C’est à Lui qu’elle demande temps pour la pénitence et le pardon de ses péchés, de ses lenteurs à se mettre au service de sa divine Majesté, de ses manques de docilité à ses commandements, et de son peu d’amour pour supporter toute adversité (cf. 5, 16 – 30 passim). En outre, la Sainte Messe est pour elle l’occasion de participer aux mérites de la Passion de notre Seigneur (6, 3).

Le Christ eschatologique, qui nous attend à la fin des temps, à la fin de notre temps, est omniprésent dans la Règle : C’est Lui qui nous fait désirer ardemment la patrie céleste, (Pr 12), qui fera de nous des reines au ciel (Pr 17), qui nous prépare à retourner glorieusement dans notre patrie (Pr 12). C’est Lui l’Epoux doux et bienveillant qui viendra nous conduire à la gloire céleste avec les autres vierge, et qui nous couronnera, nous environnera de sa lumière (cf. 11, 35-36).

En conclusion, nous trouvons dans les Ecrits d’Angèle une doctrine évangélique en miniature, issue de sa prière, de ses lectures, mais surtout de sa vie à l’imitation de celle du Christ. Il n’est pas étonnant, dès lors, que cette femme, qui ne savait pas écrire, était pourtant capable, selon Chizzola, de "prononcer des sermons si beaux, si savants et si spirituels, qui duraient parfois une heure" [12] Son amour du Christ débordait de la passion de Le faire connaître et aimer par son entourage. Douée de sagesse pour comprendre et lire en profondeur la Parole de l’Ecriture, comme l’écrit Paola Angeli, [13]. Angèle utilisait instinctivement la Sainte Ecriture dans son enseignement.

III. L’enseignement d’Angèle sur le Saint Esprit

Qui est l’Esprit-Saint pour Angèle ? Selon Dona Castanetto, Angèle se réfère continuellement à Jésus-Christ, qui nous a donné l’Esprit Saint. C’est l’Esprit qui nous conseille de soumettre nos coeurs à la loi de Dieu, en obéissant avec foi ; qui nous configure au Christ, le Fils parfaitement obéissant . [14] Elle se réfère à Lui comme la grande promesse faite par Jésus-Christ (R, 16). Il est aussi celui qui nous enseigne toute vérité (8, 18). Plus nous l’écoutons, plus Il nous parlera, ou, plutôt, plus nous l’entendrons, puisqu’Il ne cesse de se faire entendre au fond du cœur (8, 14) d’autant plus clairement que nous aurons la conscience plus purifiée et plus nette (8, 15). Il faut donc par-dessus tout obéir aux conseils et inspirations que l’Esprit Saint nous envoie continuellement au coeur (8, 14).

Angèle en avait elle-même une expérience convaincante. Elle en vint à vivre entièrement sous la mouvance de l’Esprit dit Bellintani. La lumière divine, plus que la prudence humaine, plutôt une prudence selon l’Esprit, lui enseignait ce qu’elle avait à faire. Cette lumière s’accompagnait de ferveur ; elle la dirigeait dans ses actions…C’est l’Esprit-Saint qui la guida par son onction intérieure. [15]

De son côté, Gabriel Cozzano, son fidèle secrétaire, voyait en l’action d’Angèle, le pur fruit de sa docilité à l’Esprit Saint : Elle (Angèle) n’a jamais voulu la commencer (la Compagnie), tant que Jésus-Christ ne le lui eût pas commandé… afin qu’aucune créature ne puisse jamais dire quelle y avait mis du sien… mais reconnaisse qu’elle dépendait tout entière du seul conseil de l’Esprit Saint, dans le Christ Jésus, fils unique du Père éternel. [16] Avec la force de la foi, elle ne pouvait avoir que de façon admirable l’Esprit divin et saint qui sans cesse, et de façon singulière, la dirigeait, l’éclairait et l’enflammait.  [17]

Ouverte aux sollicitations de l’Esprit, Angèle semble même avoir eu l’intuition de l’internationalité de son œuvre, car, au dire de Cozzano, Oh ! criait en notre Mère ce vif désir qui procédait purement de l’Esprit Saint, criait, dis-je, cet Esprit embrasé : « Plût à Dieu que le monde entier vint à l’ombre de cette règle ! [18] En outre, c’est par une lumière particulière de l’Esprit-Saint, qu’Angèle aurait choisi Sainte Ursule comme patronne de son œuvre : Son nom lui est venu du ciel ; il a été donné dans la force et la puissance du Saint Esprit. [19]

Revenons maintenant à l’enseignement d’Angèle. Quels aspects théologiques privilégie-t-elle dans la Règle ?

  • 1. L’Esprit Saint est celui qu’il faut prier.
    L’Esprit-Saint est celui qui nous enseigne toute vérité (8, 16). L’Esprit est celui que le Christ nous envoie, à nous, ses élus, ceux qu’Il a choisis, mais à condition que nous soyons bien disposés (4, 14-16).

Il faut donc le prier surtout pendant la neuvaine qui se situe entre l’Ascension et la Pentecôte, afin qu’Il envahisse ses élus, ceux qu’Il a choisis (R 4, 15-16). Il faut le prier au moins 7 fois par jour pour les sept dons du Saint Esprit (aux heures canoniales du Petit Office), afin de nous mettre sous son emprise et lui demander ses dons (cf. R 5, 12-14).

I1 faut prier autant qu’Il nous le dira, aussi longtemps que l’Esprit et la conscience le dicteront (R 6. 7). La conscience, c’est-à-dire les obligations de notre devoir d’état.

  • 2. Il agit dans la mesure où Il rencontre accueil et docilité.
    Angèle parle de l’action purificatrice de l’Esprit, mais celle-ci ne peut avoir son effet, que s’il rencontre de la docilité à son action. Remarquons que dans le chapitre huit de la Règle, l’obéissance à l’Esprit de Dieu ne vient pas en tête de liste. Elle vient à la fin, car elle suppose avant tout une âme purifiée par toutes les autres formes d’obéissance aux autorités naturelles ou surnaturelles : aux commandements de Dieu et de l’Eglise, à l’Evêque, au père spirituel, aux supérieures de la compagnie, aux supérieurs naturels, aux lois et aux ordonnances des chefs d’état (8, 7-13). Alors seulement Angèle ajoute, par-dessus tout obéir aux conseils et inspirations que l’Esrpit-Saint nous envoie continuellement au cœur (8, 14)..

Comme l’a expliqué Divo Barsotti, l’obéissance à Dieu, qui nous parle au coeur, ne vient pas avant toute autre obéissance, car elle suppose l’ âme nette et purifiée du péché, mais c’est elle qui nous est recommandée « par- dessus » toute autre : Nous devons « surtout » obéir à l’Esprit qui vit dans un cœur purifié. En disant cela Sainte Angèle semble vouloir, en fait, ramener la vie de l’âme à son principe, à sa source… Doctrine extraordinaire, car Sainte Angèle enseigne que toute la vie est guidée par l’action de l’Esprit, « continuellement ». Il conseille et inspire. C’est donc à une dépendance « continue » de l’action de l’Esprit que se trouve ainsi pratiquement assimilée toute la vie spirituelle ; et cette dépendance peut être vécue seulement dans la mesure où l’âme, purifiée du péché, peut percevoir cette action secrète . [20]

Cozzano commente cette partie de la Règle en disant : l’obéissance est admirable en ceci, que, d’une façon neuve et spéciale, Dieu donne et promet au cœur de celles qui veulent vivre sous cette obéissance la voix continuelle de l’Esprit Saint, à laquelle elles doivent obéir continuellement pour savoir se gouverner, alors qu’elles demeurent dans la mer orageuse de ce siècle… elles vivent cependant intègres et saintes, grâce à ce secours spécial qui leur est divinement donné. Et qui leur communique une force d’autant plus grande quelle vient de Dieu sans intermédiaire. Et que l’Esprit Saint frappe directement à leur cœur. [21]

  • 3. L’action de l’Esprit favorise le discernement.
    Dans une âme dégagée d’elle-même, la docilité à l’Esprit Saint l’aide à discerner la volonté du Père. Dans sa Règle, Angèle propose un discernement constant de cette volonté. Il est surprenant de voir à quel point elle met chacune devant ses responsabilités. Chacune est appelée librement à prendre sa vie en main, aidée par la lumière que l’Esprit lui donne.

Il s’agit d’abord de discerner les fatigues et les dangers qui nous guettent (Pr 19), le mal qui cherche à s’opposer à notre engagement (Pr 18), les faiblesses qui résultent de notre chair et notre sensualité (Pr 20) que nous expérimenterons jusqu’à notre mort, et, surtout, les ruses et les astuces de notre adversaire le diable (Pr 21). Grâce à l’infinie bonté de Dieu, non seulement nous surmonterons facilement tous les périls et adversités, mais encore nous les vaincrons avec grande gloire et grande joie (Pr 25). Le Prologue de la Règle se termine par cette injonction, de grâce, soyez toutes attentives ! (Pr 32),de cette attention aux mouvements de l’Esprit qui ne cesse de nous parler au cœur.

L’authenticité de l’appel de Dieu pour entrer dans la Compagnie se discerne par la ferme intention de servir Dieu en cette sorte de vie, par la joie et par la liberté entière de la candidate. (1,2-4).

Le choix des vêtements est laissé au discernement de la vierge, pourvu qu’ils soient modestes et simples (2, 1), sans ornementations et sans modèles, parures, et transparences et autres vanités qui pourraient souiller la conscience de chacune ou celle du prochain (2, 8). Ainsi, chacune est laissée à sa propre conscience, appelée à décider par elle-même des critères qui lui permettront d’agir en conformité avec sa vocation.

Dans la vie de tous les jours, les membres de la Compagnie sont invités à discerner les cas où leurs parents ou employeurs voudraient les induire à des périls (dangers, différentes embûches et pièges diaboliques) et en référer tout de suite aux gouvernantes de la Compagnie (3, 7-10).

Quand il s’agit du jeûne, la vierge doit en discerner les modalités avec le père spirituel et les gouvernantes de la Compagnie, afin de rester dans des normes raisonnables (4, 18) et éviter de mortifier son corps sans discernement (4, 20).

Angèle laisse la prière personnelle au jugement et à l’expérience de ses filles. Elle propose des sentiments qui peuvent les guider dans cette prière, (5, 16-44), mais ne les impose pas, laissant à chacune la liberté de prier de la façon suivante, ou autrement, ou d’une manière semblable (5, 15). Elle conseille de suivre les mouvements de l’Esprit Saint et les lumières de la conscience pour déterminer la manière de prier et le temps à accorder à cette prière : Qu’elles prient de la manière et aussi longtemps que l’Esprit et la conscience le leur dicteront (6, 7).

Dans sa prière, Angèle demande avec insistance la lumière et la force pour sa volonté propre qui, d’elle-même, infectée quelle est par le péché, ne sait discerner le bien du mal (5, 39), reconnaissant ainsi les difficultés de discerner clairement la volonté du Père. Elle rappellera, d’ailleurs, que ces difficultés sont surmontées dans la mesure où nous aurons la conscience plus purifiée et plus nette (8, 15). Elle reconnaît que chacune est responsable de reconnaître ses fautes et ses faiblesses selon la sincérité et vérité de sa conscience (7,9).

Le discernement reçu de l’action transformante de l’Esprit Saint s’opère au sein de la conscience. Ainsi, le chapitre sur l’obéissance se termine par ces paroles révélatrices : En conclusion, obéir à Dieu et à toute créature par amour de Dieu, comme dit l’Apôtre, pourvu qu’on ne nous commande rien qui soit contraire à l’honneur de Dieu et à notre propre honnêteté (8, 17-18).

Au chapitre 11 de la Règle, qui traite du gouvernement de la Compagnie, Angèle note plusieurs circonstances qui sont objet de discernement de la part des responsables : Les vierges, maîtresses et guides dans la vie spirituelle, (11, 4), sont appelées à visiter régulièrement leurs sœurs afin de les réconforter et de les aider si elles se trouvent dans quelque situation de discorde ou dans quelque autre tribulation, aussi bien de corps que d’esprit, ou bien si les supérieurs de l’une d’elles à la maison lui faisaient quelque tort, ou voulaient l’empêcher de faire quelque bien, ou l’induire au danger de faire quelque mal (11, 9-12). Si leur action ne suffit pas, elles sont appelées à discerner ensemble avec les matrones, et, au besoin, avec les quatre hommes, afin que tous ensemble collaborent pour porter remède (11, 14).

L’appel au discernement revient même lorsqu’il s’agit de l’utilisation de l’argent à administrer comme il faut et dispenser prudemment, spécialement pour aider les soeurs et en fonction de chaque besoin éventuel (11, 24), ou de la subvention à accorder à celle qui reçoit une autre sœur dans sa maison (11, 26-27).
Le choix d’un emploi d’une soeur, confié à celles qui gouvernent, est guidé par le souci qu’elle soit placée là où elle pourra se trouver bien et vivre honnêtement (11, 28).

Ainsi, nous constatons la préoccupation d’Angèle d’inviter ses sœurs non seulement à la docilité à l’Esprit pour leur vie spirituelle, mais au discernement concret de cette action dans la vie courante. Autrement dit, la docilité à l’action de l’Esprit doit les rendre capables de se diriger selon leur conscience et de diriger les autres en vue de leur bien et du bien commun. On ne pourrait mieux insister sur la valeur de la personne, sur ses capacités de croissance, sur sa liberté de choix, fondée sur l’amour.

A la fin de ce parcours, certes bien incomplet, une remarque s’impose : Selon Cozzano, Angèle rédige sa Règle, après consultation de ses sœurs, mise en pratique et évaluation : Ce qu’elle communiquait à d’autres, elle le demandait à ces vierges et les mettait à même de le faire. Ensuite elle en parlait avec elles, et elle les exhortait à agir, et disait que ce n’était pas elle, mais les vierges avec elle qui l’avaient fait. [22] Qui étaient ces vierges qu’Angèle consultait ainsi ? Aucune d’entre elles n’était jamais allée à l’école, car la scolarisation féminine ne s’est développée qu’une vingtaine d’années après la mort d’Angèle.. Beaucoup ne savaient ni lire ni écrire. Et pourtant, Angèle n’hésite pas à leur proposer une règle de vie de haute teneur théologique et spirituelle, car la Règle leur était lue et expliquée le premier vendredi du mois. . L’on ne peut s’empêcher de penser aux paroles du Christ : « Béni sois-tu, Père, d’avoir caché tes secrets aux sages et aux savants, et de les avoir révélés aux tout petits ».

L’enseignement d’Angèle était fondé sur son propre témoignage de vie. Ce qu’elle disait, elle le vivait ; ce qu’elle vivait, elle le disait. C’était la force de son charisme personnel qui attirait à Dieu et le faisait aimer. Cette Règle était comme la synthèse de sa propre manière de vivre en Epouse aimante du Fils de Dieu.

Pour nous, aujourd’hui, il n’en est pas autrement. Certes, nous n’avons pas devant nos yeux l’exemple concret de notre Mère, lorsqu’elle était encore en vie. Mais nous avons davantage : sa présence vivante et agissante au milieu de nous, la force de sa prière d’intercession auprès du Seigneur Jésus, son amour efficace pour chacune de ses filles. Puisse-t-elle nous faire comprendre de l’intérieur la grandeur de cette Règle, illuminée de sa foi en Dieu, Père, Fils et Esprit Saint.

Théologie trinitaire


Soeur Marie Seynaeve

[1CAMPI Luciella, “Spiritualità mericiana” in Angela Merici, La società, la vita, le opera, il charisma, a cura di Gianpietro Belotti, Centro Mericiano, Brescia, 2004, pp. 179-180.

[2Pour le texte de la Règle nous utiliserons la traduction en français de la Règle Trivulzienne et la division en versets effectuée par une équipe de Religieuses Ursulines de l’Union Romaine, texte publié à Rome en 1995, sous le titre de Sainte Angèle Merici, Ecrits : Règle, Avis, Testament.

[3Paola ANGELI, La Profezia di Angela Merici, Ed. Paoline, Milano, 2005, p. 64.

[4Gabriele COZZANO, Riposte contre ceux qui veulent pousser les vierges de Sainte Ursule à se cloîtrer, Traduction de Marie-Bénédicte Rio, OSU, dans Angèle Merici, Le scribe et les témoins, Union Romaine de l’Ordre de Sainte Ursule, Rome, 2001, p. 51.

[5CASTENETTO, Dona, “La spiritualità di Angela Merici” in Angela Merici, a cura di Cataldo Naro, Salvatore Sciascia Editore, Caltanissetta-Roma 1998, p. 111.

[6}Pour ce développement nous nous référons à : Marie-Gilberte DELLA CHIESA, OSU, Vraies et virginales épouses du Fils de Dieu, pro manuscripto, Arras, 1997, passim.

[7Claire d’Assise, Deuxième lettre à Agnès de Prague, dans Documents, rassemblés, présentés et traduits par le P. Damien Vorreux, O.F.M., Editions Franciscaines, Paris, 1983, p. 126.

[8D. CASTENETTO, op. cit., p. 114.

[9G. COZZANO, Riposte contre ceux qui veulent pousser les vierges de Sainte Ursule à se cloîtrer,.op. cit, p. 36.

[10M. Bénédicte RIO, OSU, Sainte Angèle et l’Ecriture Sainte, pro manuscripto, Roma, 2004, pp. 4-8, 10-11.

[11Diego FACCHETTI, Per una comunità ecclesiale radicata nel Vangelo e aperta al monde. La parola e Sant’Angela, in Notissiario 2004, Centro Meridiano, Brescia, n. 1/2005, p. 52.

[12Giacomo CHIZZOLA, Le Procès Nazari, dans M.B. RIO, Le scribe et les témoins, op. cit. p. 36.

[13P. ANGELI, op. cit., p. 142

[14D. CASTANETTO, op. cit, p. 114.

[15Mattía BELLINTANI DA SALÒ Vita della B.Angela da Desenzano, Biblioteca Queriniana, ms. B.VI.30, Brescia, ff. 8r-v

[16G. COZZANO, Lettre de réconfort aux vierges de la Compagnie de Sainte Ursule, dans M.B. RIO, Le scribe et les témoins, op. cit., p. 25.

[17G. COZZANO, Explication de la Bulle de Paul III, dans M.B. RIO, Le scribe et les témoins, op. cit., p. 69.

[18G. COZZANO, Lettre de réconfort…, op. cit., p. 26.

[19Ibid, p. 27.

[20Divo BARSOTTI, La spiritualité de Sainte Angèle Merici, traduction de l’italien et notes par Marie-Bénédicte Rio, O.S.U., Rome, 2001, p. 66.

[21G. COZZANO, Riposte contre ceux qui veulent pousser les vierges de Sainte Ursule à se cloîtrer, op. cit., pp. 62-63.

[22G. COZZANO, Explication de la Bulle de Paul III, op. cit., pp. 76-77.

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