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La Règle trivulzienne

La Règle Trivulzienne
Une règle plus proche de celle d’Angèle

Vers les années 1982/1983, à l’occasion d’une session sur Sainte Angèle donnée à des Ursulines séculières en Sicile – nous étions alors en plein travail de recherches – une des participantes a demandé à Sœur Luciana Mariani ce qu’elles pouvaient faire pour faciliter ces recherches. Soeur Luciana répondit que si chacune allait consulter les archives municipales et les bibliothèques de l’endroit où elle habitait, et puis lui communiquait ce qu’elle avait trouvé, cela faciliterait grandement son travail.

Quelques temps après, l’une d’elles téléphona à Soeur Luciana pour lui annoncer qu’elle avait trouvé au Château des Sforza à Milan, dans le fonds « Trivulziana », mention d’une Règle de Sainte Angèle, qu’elle croyait être celle de Saint Charles Borromée. Lors d’un passage dans cette ville, Soeur Luciana et Elisa Tarolli se sont rendues au château des Sforza pour examiner ce document. Lorsqu’elles eurent le document en main, quelle ne fut pas leur surprise de constater qu’il s’agissait d’une règle manuscrite, antérieure à celle que l’on connaissait déjà par l’édition de Turlino, et qui n’avait rien à voir avec la Règle de Saint Charles !

Le manuscrit calligraphié fut soumis à l’examen du professeur Alfio Rosario Natale, expert en paléographie de renommée internationale, et de Francesco Radaeli, professeur à l’Université de Milan et collectionneur de manuscrits et de livres anciens. Après analyse, tous deux ont conclu qu’il s’agissait de l’écriture Aldina, caractéristique de la première moitié du 16e siècle, avec l’orthographe, le vocabulaire et les tournures de style de l’époque. D’une calligraphie claire et régulière, sans aucune ornementation aux majuscules ni ailleurs, le manuscrit devait être destiné à la publication.

Etait-ce la Règle originale ? Un examen du contenu permit une datation précise – entre le 11 décembre 1545 (date de l’imposition vestimentaire de la ceinture de cuir, mentionnée dans cette Règle) et le 14 avril 1546 (date de la Bulle d’approbation de Paul III), qui, selon le rédacteur de la Préface, n’avait pas encore été promulguée. Il ne s’agit donc pas du manuscrit original, mais d’une copie postérieure.

La Trivulziana est-elle une copie exacte de la Règle originale ? Il semble que oui. Elle correspond à la description de l’originale, consignée par acte notarié lors du premier Chapitre Général de 1537. Celle-ci, envoyée au Vatican lors du Procès de Canonisation d’Angèle, reste introuvable. Cependant, la description qui en est faite correspond au manuscrit de la Trivulziana et non à l’édition postérieure de Turlino en 1569. Alors que celui-ci édite la Règle en 12 chapitres, dans la Trivulziana, on trouve un Prologue suivi des onze chapitres. De plus, de plus, les premiers et derniers mots des chapitres, inscrits selon l’usage dans les procès-verbaux du « Summarium additionale » du Procès, correspondent exactement à ceux de la Trivulziana.

Une introduction manuscrite anonyme affirme : La Règle de la Compagnie de Sainte Ursule, contenue dans ce document est celle faite par la Bienheureuse Angèle Merici ; elle fut approuvée par l’Evêque de Brescia le 8 août 1536… Je pense que ce manuscrit, en raison de l’écriture et du style, peut être antérieur à 1536 et que celle-ci est la Règle primitive. Vraisemblablement, il s’agit du document le plus près du texte original.

La Règle ancienne est précédée d’une préface anonyme de sept pages adressée au lecteur. Quelques indices permettent de supposer que Cozzano y aurait mis la main : style ampoulé qui le caractérise, avec ses expressions typiques, beaucoup de terminologies mériciennes, véhiculées par des nous (Angèle et Cozzano ?). La préface semble écrite dans l’ambiance troublée et divisée qui suivit de près la mort d’Angèle et s’efforce de réfuter les attitudes négatives du public : méfiance, malveillance, voire hostilité.

L’originalité de cette préface réside surtout dans le fait qu’elle est proposée non seulement comme règle d’Institut pour les Vierges de la Compagnie, mais aussi à des hommes et des femmes de toute condition sociale, attirés par une vie plus évangélique.

Les bienfaits de la Règle pour les membres de la Compagnie sont évoqués d’une manière parfois surprenante, car l’auteur énumère aussi bien des avantages matériels que spirituels :

La Compagnie n’est pas gênante. Les parents des Vierges ne seront pas abandonnés dans leurs vieux jours. On ne leur demandera pas de dot. Il ne faudra pas construire un monastère. Les membres de la Compagnie ne cherchent pas des innovations, mais veulent vivre selon des valeurs anciennes. Elles cherchent à se renouveler elles-mêmes, ainsi que leur prochain, par leurs exemples et leurs encouragements.

Quant aux laïcs, ils sont invités avec enthousiasme dans le style fleuri de l’époque à adopter cette Règle, quelle que soit leur situation :

Elle s’adresse à tout état de vie, aux hommes, aux femmes, aux grands, aux petits, aux jeunes, aux personnes âgées. Que viennent les veuves qui désirent vivre chastement. Que viennent les époux, qui veulent vivre dans la sobriété, selon leur état. Que viennent les pécheurs, qui désirent se convertir. Que vienne toute créature qui désire diriger ses pas vers le ciel. Plus il y en aura, plus il y aura de la joie sur terre ; et plus Jésus-Christ sera au milieu de nous, et plus se manifestera sa force et sa puissance… Ici, il n’y a pas d’obligations, il n’y a que des conseils pour mieux vivre dans l’amour.

Y a-t-il des différences entre la Règle trivulzienne et celle de Turlino ? Nous ne trouvons aucune différence fondamentale, mais nous pouvons constater entre les deux Règles des divergences de forme, et quelques différences de fond :

I. Différences de forme entre la Trivulziana et le Règle de Turlino

La première règle est écrite dans un langage plus simple, plus chaleureux, mais aussi plus précis ; elle utilise un style exhortatif plutôt que directif, plus proche de l’expression personnelle de Sainte Angèle. Lors de l’édition imprimée de Turlino, le langage a évolué, ainsi que les mentalités ; le Concile de Trente a favorisé une certaine codification.

1. Un langage plus simple

a) La Trivulziana atténue les références à la grandeur humaine  : Ainsi, dans le Prologue de la Règle, Angèle affirme :

Combien de personnes importantes, et d’autres de toute condition qui n’auront pas, ni ne pourront avoir une telle grâce (v. 6).

Cela devient, dans l’édition de Turlino :

Combien de personnes de rang élevé, impératrices, reines, duchesses et autres, pour leur plus grand bonheur et pour leur gloire, souhaiteront avoir été vos toutes petites servantes, estimant votre état beaucoup digne et bien meilleur que leur genre de vie !

b) Le ton de la Trivulziana est plus direct, moins ampoulé :

Nous trouverons les routes épineuses et rocailleuses fleuries pour nous et pavées de dalles d’or très fin (v. 27)

(Les « dalles d’or » sont une allusion à une certaine ruelle de Brescia, récemment découverte, qui, effectivement, étaient pavées de dalles recouvertes d’or et que seuls les membres de la noblesse pouvaient emprunter.)

Notons le même passage dans l’édition postérieure :

Nous découvrirons que les routes épineuses, raides et rocailleuses deviennent pour nous fleuries, planes, joyeuses, parsemées de très précieux trésors.

c) Les phrases de la Trivulziana sont plus simples, moins structurées. Par exemple :

Non seulement nous surmonterons facilement tous les périls et adversités, mais encore nous les vaincrons avec grande gloire et grande joie. Et même, nous passerons cette très courte vie dans la consolation (v. 25-27)

.

Le Règle de Turlino en fait une belle périphrase :

Non seulement nous surmonterons tous les périls, difficultés et adversités, mais aussi, à notre grand honneur et à notre grande joie, nous en sortirons si bien victorieuses que nous passerons cette courte vie d’une manière tellement consolée, que toute douleur et toute tristesse se changeront pour nous en joie et en allégresse.

Nous observons la même tendance à l’amplification dans un texte sur le jeûne. Alors que la Trivulzienne exprime simplement :

Qu’on jeûne les quarante jours qui suivent l’Epiphanie, pour dompter les sens, les appétits et la sensualité qui, à ce moment-là surtout, semblent dominer dans le monde, et aussi pour implorer, devant le trône du Dieu très haut, miséricorde pour tant d’actions dissolues, qui, en ces temps-là, sont commises par des chrétiens, comme cela est plus que visible à tous (R 4, 10-11).

L’édition de Turlino s’exprime ainsi :

On jeûnera encore les quarante jours qui suivent immédiatement l’Epiphanie, non seulement pour dompter les sens, les appétits déréglés et la sensualité, qui, à cette période de l’année, semblent se répandre davantage dans le monde, mais aussi afin de supplier devant le trône du Très-Haut et d’implorer miséricorde pour tant d’actions mauvaises qui, en ces jours néfastes, sont commises par des chrétiens comme tout le monde peut le voir.

Dans le chapitre sur la pauvreté, la Trivulziana déclare : avec Dieu, il a tout (R 9, 6), tandis que la Règle de Turlino stipule, possédant avec Dieu toute richesse.

d) La Règle de Turlino a multiplié les expressions pieuses, non utilisées dans le manuscrit ancien. Par exemple, Maintenant, de grâce, soyez attentives, le cœur large et plein de désir (R Prol 32), devient, Maintenant donc, par la grâce de Dieu, écoutez attentivement, le cœur avide, et pleines de désir. Encore, S’il y en avait de si vielles qu’elles ne puissent se suffire à elles-mêmes, qu’elles acceptent, de grâce, d’être assistées et servies comme de vraies « épouses de Jésus-Christ » (R 11, 29), : devient dans l’édition postérieure, S’il il y en avait de si vieilles qu’elles ne puissent se suffire à elles-mêmes, qu’elles acceptent, pour l’amour de Dieu, d’être secourues et assistées comme de vraies épouses de Jésus.

En outre, le langage plus simple d’Angèle est aussi plus chaleureux et imagé, plus proche de la réalité vécue par chacune, et cela dès le début du Prologue.

2. Un langage plus chaleureux, plus proche de la réalité.

Alors que la Trivulziana s’adresse aux filles et sœurs bien-aimées de la Compagnie de Sainte Ursule (R Prol v. 3), la Turlino mentionne seulement les Vierges récemment groupées sous le nom de la Compagnie de Sainte Ursule.

Le langage de la Trivulziana est aussi plus proche de la réalité existentielle : Les éléments de Turlino suppriment contre nous s’armeront l’eau, l’air et la terre (R Prol 2), du texte primitif. La glose suivante de Turlino, par ton saint Nom, ô Jésus, béni-soit-il au ciel et sur la terre et parmi touts les chœurs célestes des Anges et des Archanges, rend d’une façon plus terne l’expression poétique de la Trivulziana : ton saint Nom, béni soit-il au-dessus du sable de la mer, au-dessus des gouttes des eaux, au-dessus de la multitude des étoiles (R 5, 26).

Les titres de chapitre de la Trivulzienne sont plus concrets et plus proches du style d’Angèle : Comment elles doivent être vêtues… De la manière de se comporter dans le monde… Du devoir d’aller à la Messe chaque jour, plutôt que Du genre de vêtement des Vierges… De la fréquentation du monde…, De la Messe quotidienne dans l’édition de Turlino.

Dans le chapitre sur le vêtement, Angèle donne des précisions qui disparaîtront dans l’édition de 1569 :

Les sœurs pourront cependant porter les vêtements qu’elles se trouvent avoir quand elles entrent la Compagnie, mais seulement aussi longtemps qu’ils dureront, à conditions toutefois qu’ils ne comportent aucune espèce de volants, ni de crevés aux manches, ni de jours d’aucune espèce, ni de broderies autres choses semblables (R 2, 4). Qu’ils ne comportent ni soie ni velours, ni argent ni or ; pas de pantoufles et de chaussures qui ne soient de couleur noire et de forme modeste (R 2, 6). Et pas de fichus ni de foulards colorés, ou de soie, ou d’un autre tissu trop léger et transparent ; et pas de petits plis aux chemises. Enfin, pas de ces modèles, de ces parures, de ces transparences et autres vanités qui pourraient souiller la conscience de chacune ou celle du prochain et qui seraient contraires à l’honnêteté virginale. (R 2,8-9

Remarquons les tournures plus sobres, plus masculines aussi, du texte de Turlino et la suppression de la conscience du prochain à la fin du Chapitre :

Les sœurs pourront toute fois porter les vêtements qu’elles avaient lors de leur entrée dans la Compagnie, aussi longtemps qu’ils dureront. Les mules ou les sabots et les souliers seront noirs, simples et sans recherche. (Elle) n’aura pas de petits plis à sa chemise ; enfin, elle ne portera ni atours variés ou à la monde, ni tissus transparents et autres vanités qui puissent souiller sa conscience ou seraient contraires à la modestie virginale.

3. Un style exhortatif plutôt que directif

Une différence encore plus conséquente et qui dénote un changement de mentalité dans le gouvernement, est celui du passage d’un langage exhortatif, si typique d’Angèle, à un langage directif. Les exemples abondent :

Que les vierges soient comme des maîtresses et des guides (R 11, 4), devient Les Vierges seront comme des maîtresses et des guides… Que les quatre Vierges veuillent bien prendre pour leur tâche principale principalement ceci : visiter tous les 15 jours… est transformé en Nous voulons en outre que les quatre Vierges susdites soient chargées spécialement de la fonction suivante, visiter tous les 15 jours… De même, si l’une des sœurs est malade, on recommande qu’elle soit visitée (R 11, 30)…, se transforme en il faut la visiter.

Plus importantes que les différences de forme, sont quelques différences de fond qui n’altèrent pas la substance de la Règle, mais qui altèrent quelque peu sa richesse spirituelle.

II. Différences de fond entre la Trivulzania et la Règle de Turlino

Ces différences portent sur un certain glissement de sens et un affaiblissement spirituel du texte primitif :

1. Glissement de sens

Sainte Angèle avait posé comme exigence pour l’entrée dans la Compagnie d’être vierge et d’avoir la ferme intention de servir Dieu en cette sorte de vie(R 1, 1-2). C’était l’exigence fondamentale. Elle y avait ajouté, Et puis, qu’elle y entre joyeusement et de sa propre volonté (v. 3-4). Le texte de Turlino met l’accent sur la joie et l’initiative personnelle ; la ferme intention de servir Dieu devient une simple subordonnée, affaiblissant ainsi l’accent mis par la fondatrice sur la fermeté d’intention.

Un affadissement du même genre se trouve dans le Prologue, car on lit dans le texte primitif : Nous sommes appelées à une vie tellement glorieuse que nous sommes épouses du Fils de Dieu et que nous devenons des reines au ciel (R Prol 17). L’édition de Turlino affaiblit un des points forts de la pensée de la Madre, en stipulant : Nous sommes appelées à un genre de vie tellement glorieux que nous devenons épouses du Fils de Dieu et Reines glorieuses dans le ciel, projetant ainsi la réalité des épousailles avec le Christ dans l’au-delà.

Dans son chapitre sur le jeûne, Angèle avait mis en relief l’exemple de Jésus-Christ : A ce jeûne nous poussent très clairement l’exemple de toutes les personnes saintes et surtout la vie de Jésus-Christ (R 4, 3-4), tandis que l’édition de Turlino supprime le surtout, et met l’exemple du Christ au même rang que celui des personnes saintes : A ce jeûne nous poussent manifestement l’exemple de toutes les personnes saintes et toute la vie de Jésus-Christ.

Une autre altération se trouve au verset 15 du même chapitre sur le jeûne, où Angèle mentionne l’envoi du Saint Esprit sur les élus, bien disposés à le recevoir (R 4, 15-16). L’édition de 1569 parle des élus, profondément contrits, limitant ainsi à la seule contrition les conditions d’accueil pour recevoir le don de l’Esprit Saint.

Dans le chapitre sur la prière, alors que la Trivulziana porte : Donne-moi la grâce de mourir plutôt que de jamais offenser et aujourd’hui ta divine Majesté (R 5, 17), l’édition de Turlino supprime la mention de l’aujourd’hui. Angèle, avec beaucoup de bons sens et de discernement, avait demandé cette grâce pour chaque jour, sachant bien que nous sommes sujettes aux perpétuels recommencements.

Lorsqu’il s’agit de confession, nous remarquons aussi une modification importante. Le manuscrit ancien se présente ainsi :

Que chacune donc veuille bien se présenter devant le prêtre comme devant Dieu, Juge éternel, et là, pleine de regret, et en toute sincérité et vérité de conscience, qu’elle confesse son péché et en demande pardon (R 7, 7-10).

Dans l’édition de Turlino, la vérité selon la conscience est remplacée par « une conscience vraie », mais qui peut s’assurer d’avoir une conscience vraie ou fausse ? Angèle est beaucoup plus réaliste lorsqu’elle demande d’agir selon la lumière de sa conscience, en toute sincérité.

Nous trouvons une autre modification dans le chapitre sur l’obéissance, où Angèle exhorte d’obéir à Dieu et à toute créature par amour de Dieu… pourvu qu’on ne nous commande rien qui soit contraire à l’honneur de Dieu et à notre propre honnêteté (R 8, 17-18). Le texte de 1569 traduit, rien qui soit contraire à l’honneur de Dieu et à une conscience juste. Encore une fois, comment savoir si la conscience est objectivement « juste » ou non ? Angèle évoque plutôt la sincérité personnelle.

Dans le même chapitre, Angèle qualifie l’obéissance comme vraie abnégation de la volonté propre (R 8, 2) ; le texte postérieur le change en vraie négation de la volonté propre, ce qui est psychologiquement et spirituellement insoutenable.

Une omission dans la Règle de 1569 paraît tout aussi regrettable : La Trivulziana, dans le chapitre sur la pauvreté, avait exhorté à mettre son bien, son amour et son plaisir non dans ce qu’elle a… ni dans ses parents et amis (R 10 : 9, 11). La Turlino omet purement et simplement la mention des « amis », comme si cette richesse humaine ne faisait partie des valeurs estimées par les membres de la Compagnie.

2. Affaiblissement du sens spirituel

Plusieurs expressions du manuscrit primitif sont plus riches, plus proches de la spiritualité d’Angèle que leur « traduction » dans le texte de Turlino. En commentant l’importance de l’écoute de la Parole de Dieu, Angèle avait dit, Bienheureux ceux à qui Dieu aura soufflé au cœur la lumière de la Vérité (R Prol 12). La majuscule n’est pas sans importance, car elle se réfère au Christ. L’édition postérieure en supprimant la majuscule, se met au niveau d’un concept purement intellectuel. Notons qu’Angèle s’est souvent référée au Christ, comme étant la « Vérité », expression que l’édition postérieure dépersonnalise en la traduisant par « l’Ecriture Sainte ».

Angèle propose la prière vocale fréquente le texte de Turlino supprime le qualificatif de « fréquente », perdant ainsi le dynamisme de la pensée originale.

L’exhortation à l’obéissance est également affaiblie : Là où la Trivulziana explique que toute chose pour qu’elle soit bonne, doit être faite sous l’obéissance (R 8, 6), la Turlino affirme : Tout ce que nous faisons, si nous voulons que cela puisse être qualifié de bon, doit être fait selon l’obéissance, supprimant ainsi la bonté existentielle de l’obéissance, en la remplaçant par un simple qualificatif.

Conclusion

Nous voyons donc se dégager du texte de la Trivulziana des attitudes spirituelles qui n’ont pas été retenues par l’éditeur postérieur :

Angèle insiste sur l’accueil intérieur de la grâce de Dieu, « dans son cœur », accueil qui rend « bonnes » toues nos actions accomplies, comme celles du Christ, par amour de la volonté du Père. Cet accueil nous invite aussi à ouvrir le cœur afin de recevoir les dons de l’Esprit.

La fondatrice est consciente de l’importance du temps présent, de l’aujourd’hui de Dieu : Vous êtes appelées à être épouses du Fils de Dieu… Nous sommes épouses du Fils de Dieu… qui demandent la grâce de ne pas offenser aujourd’hui, sa divine Majesté.

Elle respecte la conscience de chacune, faisant appel à la « vérité de la conscience ». Vis à vis du prochain elle invite à ne rien faire qui puisse « souiller sa conscience ». Elle respecte la liberté. Par son style exhortatif, Angèle invite, elle suggère, elle ne veut pas contraindre.

Surtout, nous trouvons dans l’ancienne Règle un centrage plus explicite sur la personne de Jésus-Christ. C’est Lui l’Epoux, la Vérité, non pas un livre, ni même le texte de l’Ecriture, mais une personne, la Vérité qui éclaire et l’esprit et le cœur. C’est Lui, surtout, que nous sommes appelées à imiter.

La Règle Trivulzienne


Marie Seynaeve

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