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Humanité d’Angèle

Dimension profondément humaine
du message de Sainte Angèle Merici

Par Soeur Rita Gagné

“Soyez humaines et affables envers
vos chères enfants” (A 2,1)

Introduction

Ma soeur, mon frère, mon ami
La main qui nous prend quelque chose
Demain fera pousser des roses
Sans nous demander notre avis
Ma soeur, mon frère, mon ami
Le cœur est un outil sans âge
Qui peut remettre son ouvrage
Sur les cent métiers de la vie... ( Si chacun... S.O.S.)

Chers Sœurs et chers frères mériciens,

Comment ne pas éprouver plein d’émotions en fréquentant aujourd’hui ce milieu qui a vu naître et qui a façonné pour une large part Angèle Mérici. Permettez-moi, en premier lieu, de souhaiter que mon “accent” différent ouvre une brèche dans ce pèlerinage aux sources. Comme un vivant rappel qu’il y a toujours un “ailleurs et un autrement” qui forcent nos pas à l’aventure et nous obligent à conserver des coeurs de pèlerins, des coeurs de pauvres.
C’est bien Angèle Mérici qui nous rassemble ici aujourd’hui. En communion les uns aux autres, il nous faut consentir à prendre un moment pour humer l’air de ce pays, pour écouter venir jusqu’à nous l’écho des paroles et des pas d’Angèle, pour bien regarder les formes, les couleurs mais aussi et surtout les traits des visages, pour toucher la vie et nous laisser toucher par la simplicité des choses et des êtres. Laissons-nous être humains et attentifs. Pour quelques instants privilégiés, permettons à la beauté et au silence des choses de nous refaire une harmonie intérieure. La beauté peut tellement nous éduquer ; n’est-elle pas comme la “langue maternelle” de l’amour ? Ensemble, mettons-nous simplement mais résolument en marche vers le lieu le plus secret et le plus humain de nous-mêmes.
Rassemblés dans cette église, tournons-nous vers Jésus-Christ, cet expert en humanité et demandons-lui de nous révéler à nous-mêmes cette part la plus humaine de nos vies.

Depuis quelques jours, nous vivons ensemble l’expérience du pèlerinage ; c’est vers cette terre bénie où nous sommes maintenant que nos pas et nos coeurs étaient comme tendus. Aujourd’hui, n’en doutons pas, Angèle est au milieu de nous avec Celui-là qui nous aime tous [1]. Laissons sa présence réchauffer nos coeurs, raviver notre foi et raffermir notre espérance afin que nous puissions persévérer fidèlement et avec allégresse dans l’oeuvre commencée [2] .
L’œuvre commencée, c’est une oeuvre d’humanisation de notre monde. Cette oeuvre, urgente au temps d’Angèle l’est encore aujourd’hui, et plus que jamais peut-être. Que d’appels, que de cris déchirants n’entendons-nous pas afin de sauver l’humain dans le coeur de l’homme et dans le coeur de la femme, l’humain dans nos divers milieux et dans nos civilisations !
Dans des périodes de profonds bouleversements comme ceux qui ont marqué l’époque d’Angèle Mérici et qui caractérisent aussi bien la nôtre, nous risquons d’assister comme impuissants à beaucoup de violence et de destructions, mais nous pouvons aussi participer à la recherche de nouvelles alternatives. Que l’éclatement soit provoqué par les mouvements de résistance ou par les cellules d’impatience, de la droite ou de la gauche, pourrions-nous dire aujourd’hui, il n’en reste pas moins que la vie fait sans cesse craquer le sol sur lequel nous ancrons nos certitudes. L’angoisse des mutations, qu’elles soient personnelles ou collectives, n’est pas gérée par tous de la même manière. Pour certains, l’angoisse est retour en arrière ou enfoncement dans la mort ; pour d’autres, l’angoisse est comme le signe avant-coureur d’une naissance qui approche. Vous allez croire que c’est la fin, disait Jésus à ses disciples, mais moi je vous dis que c’est le commencement des douleurs de l’enfantement ; et quand vous verrez des bourgeons neufs, dites-vous que l’été est proche (Mt 24).
L’invention de l’imprimerie a vraiment bouleversé toute une période de l’histoire humaine. Elle n’est d’ailleurs pas sans lien avec le mouvement de la Renaissance et de la Réforme.
Aujourd’hui, quels bouleversements profonds ne verrons-nous pas avec le développement très rapide de l’Internet ? Certains commencent à dire que la slogan fièrement arboré par les écologistes, à savoir : “Penser globalement et agir localement” est en train d’être remplacé par le paradoxe : “Penser localement et agir globalement”. En fait la possibilité de communiquer par de multiples réseaux et de façon presque instantanée peut faciliter la participation des personnes et des petits groupes à l’élaboration des politiques locales tout en favorisant les alliances à un niveau plus global de la production.
Dans l’euphorie même du progrès, une grande question à couleur d’inquiétude ne cesse cependant d’être posée, tant par des philosophes que par des scientifiques et même par certains tenants de la politique, mais surtout par les gens les plus ordinaires : que devient l’humain dans tout cela ? En quels lieux cherchons-nous ensemble réponse à cette interrogation d’une importance cruciale : comment rendre le monde plus humain ? Dans quel organisme ? Dans quelle école ?
Animée d’une grande espérance en l’avenir humain, il me semble que le message d’Angèle s’offre à nous avec une actualité brûlante. Voilà pourquoi j’ai choisi de contempler avec vous, pendant quelques instants, l’humanité d’Angèle Mérici et la portée profondément humaine de son message. Il est des semences si belles et si fortes qu’elles donnent leur fruit en temps voulu. Dans le message d’Angèle Mérici, il y a des semences d’autrefois qui trouvent aujourd’hui seulement leur terreau...

 

Sainte Angèle Merici profondément humaine

Le message laissé par Angèle Mérici est celui d’une femme qui a vécu et qui a atteint une maturité humaine un peu rare. Une femme que les difficultés de vivre à son époque et dans son milieu auraient pu détruire. Mais non ! C’est une femme que la vie a rendue de plus en plus humaine. Femme de foi solide, les épreuves l’ont rendue douce au lieu de l’effriter. Comme ces cailloux que le va-et-vient des vagues de la mer ne cesse d’adoucir à force de les frapper les uns contre les autres : ils deviennent doux au lieu de s’effriter parce qu’ils sont durs, solides. Les Écrits de la Madre sont pour nous un véritable et solide héritage d’humanisme. Un classique quoi ! Ses insistances sur les qualités humaines sont le fruit d’une expérience de sagesse profondément inspirée par l’amour.

Angèle a sûrement compris, pour l’avoir expérimenté, que les attitudes les plus humaines sont celles qui peuvent sauver les enfants, tout comme les hommes et les femmes, d’une certaine désespérance face à leur propre avenir et à l’avenir du monde. C’est d’ailleurs le chemin de l’humain que Dieu lui-même a pris pour sauver le monde. Il s’est fait humain. Comme ce doit être beau l’humanité pour que Dieu se soit fait humain ! À chaque époque de l’histoire, l’urgence ne revient-elle pas, pour sauver encore l’humain, de nous faire davantage humains ?
N’en est-il pas aujourd’hui comme au temps de Noé, dirait Jésus (Mt 24) ? On mange, on boit, on vit la sexualité sans amour, et, sans nous en rendre compte, nous risquons d’être submergés par toute cette consommation effrénée... Sans nous en rendre compte ! Il n’y a eu que Noé qui a surnagé et a bâti une arche, c’est-à-dire un lieu de communion ; communion avec la nature, communion entre les humains, communion avec Dieu... Ne serait-ce pas l’urgence aujourd’hui de surnager à la consommation réductrice d’humanité en offrant des lieux de communion où il fait bon vivre en convivialité ? Des milieux tellement humains qu’on aura beau fermer les portes, les gens entreront par les fenêtres !
Angèle a sûrement vécu [3] dans un milieu profondément humain. Il nous faut sentir ce milieu dans lequel Angèle a vécu . Milieu familial certes, mais aussi milieu géographique et social. Un milieu qui a favorisé chez elle l’éveil nécessaire à la recherche d’une voie nouvelle afin de lutter contre la décadence religieuse, de participer à l’assainissement des moeurs et de réveiller la confiance en l’avenir. Un milieu simplement ouvert à la vie en tout ce que celle-ci exige d’attention et de faculté d’adaptation. L’obéissance à la vie, ça mène plus loin qu’on pense, n’est-ce pas !
Selon les indices historiques dont nous disposons, Angèle a vécu dans l’ambiance rurale de cette Italie du milieu de 16è siècle, en pleine campagne de Lombardie. Elle a connu les rudes travaux des champs souvent liés à la garde du bétail. Il faut l’avoir fait pour savoir ce que cela signifie. Impossible d’être ainsi collés à la nature sans développer une attention aux toutes petites choses de la vie qui sont en même temps les plus grandes pour qui sait y être présents dans la simplicité du coeur. Dans le contact quotidien avec la nature et ses saisons de vie, on finit par apprendre l’invisible à force d’observer, de toucher, de voir, de sentir le visible. On sait planter et faire des efforts , mais aussi attendre avec patience que se forment les racines, sachant bien que le germe jeté en terre sera encore abondamment offert par le fruit récolté, en profonde fidélité à l’espèce. Le chant des saisons est si bien adapté aux couleurs de la vie ! On apprend que le fumier aussi a son importance...et qu’il faut parfois émonder et arracher pour que la vie soit libre de faire son chemin Dans les champs, on ne triche pas avec le temps, on finit par découvrir qu’il y a le temps de Dieu, plus mystérieux encore que celui des saisons. On ne tire pas sur les plantes ni sur les fleurs. Et le pain prend son temps pour lever comme la vigne pour mûrir.
Aux travaux des champs s’ajoutent évidemment les travaux domestiques aux milles tâches quotidiennes ou saisonnières. C’est important d’aller chercher l’eau au puits, beau temps ou mauvais temps, de faire les petites et les grandes lessives, de conjuguer avec le temps et de savoir discerner les meilleurs moments pour les actions à faire et les repos à vivre. Angèle avait découvert qu’un bon “shampooing” peut nous refaire ! Rien n’est routinier pour qui est présent à la vie qui bat, attentif aux heures de mort comme aux moments d’accouplement ou de naissance. Il arrive parfois que l’on doive voler un peu de temps et oser des escapades vers le lieu choisi pour son désert à soi. La montagne et le lac exercent tellement d’attrait ! Ma mère avait son “petit coin” dans la grange... Angèle a fait ses escapades...
Et n’oublions pas l’importance des fêtes, à grande résonance liturgique, qui rythment le temps et renouvellent la joie, la gratuité de la vie et la douceur d’être ensemble mais qui sont aussi parfois une belle occasion d’accueillir la visite qui vient de loin. Ces fêtes refont les liens et en appellent la continuité.
Dans la vie rurale, il y a le temps et toute la promesse qui s’y déploie ; mais il y aussi l’espace que l’on apprend à explorer, à occuper, à respecter et à partager. Partager l’espace, ce n’est pas évident quand on est aux champs, que les limites sont mal définies et que les enfants tout comme les autres travailleurs sont nombreux et tellement différents dans toutes leurs réactions. Il y a de l’espièglerie et des rivalités. Quelle belle école pour apprendre, dans la joie comme dans la souffrance, à être soi-même tout en faisant corps avec les autres ! Pour apprendre aussi l’art de la négociation ! Sinon ce n’est pas “vivable”. En effet, quand l’espace est mal défini, les empiétements inévitables entre voisins, même ou surtout s’ils ont des liens de parenté, risquent d’engendrer des conflits de territoire qu’il s’agit d’apprendre à gérer pour protéger la paix et assurer la qualité des relations. Des conflits, il y en a eu dans la vie rurale d’Angèle ; on raconte bien des anecdotes à ce sujet. Ce n’est pas toujours facile de garder les poulets du bon côté de l’enclos... Et on brûle d’envie parfois de faire chemin plus court en passant dans le champ du voisin.. . L’histoire, avec le recul, nous fait relire ces anecdotes avec un brin d’humour, mais dans le concret, toutes ces altercations entre voisins volent de l’énergie et obligent à discerner dans nos coeurs tous les mouvements de jalousie, d’envie, de colère mais aussi de pardon et de réconciliation. C’est si néfaste la zizanie comme mauvaise herbe au coeur d’un champ de relations. Dans la vie champêtre, on apprend l’importance d’aller rencontrer l’autre sur son propre terrain. On apprend aussi évidemment à bien humer la terre pour connaître les terrains propices aux cultures et aux pâturages. On apprend à identifier et à nommer les plantes, à connaître leurs propriétés curatives et leur rythme de croissance (Angèle comptait particulièrement sur les poireaux et les oignons, note Galo). De même, on devient suffisamment familier des animaux pour comprendre leurs besoins et même entendre leur langage.
Dans la vie rurale, il y a la terre, il y a les terreaux. Il y a le jour et il y a le soir. Le soir, en campagne d’avant l’ère industrielle et d’avant l’ère des communications, c’est un temps privilégié pour refaire son humanité, pour refaire le tissu de l’être-ensemble. Y a-t-il quelque chose de plus ressourçant que de veiller à la “brûnante”, parfois au coin du feu ? ... D’avoir connaissance du soir qui s’installe, de la tombée de la nuit qui voit, une à une, s’allumer les étoiles ? Les animaux aussi veillent parfois avec les humains. Qu’il est beau le moment où l’on allume la lampe à l’huile et qu’on la suspend pour qu’elle éclaire le mieux possible ! Et le père qui répare les outils ou veut bien consentir à faire la lecture ! Et la mère qui file encore ou qui raccommode quelque vêtement troué ! Le calme intime du soir pacifie les enfants, la proximité du père et de la mère les engendre à nouveau et les fait tomber dans la nuit en toute confiance. Le réseau se refait ; le climat est bon ; le milieu sent bon et la nuit peut venir. Demain, à nouveau aux pieds de Jésus-Christ, nous apprendrons ce qu’il nous faut faire pour que ce soit bon, nous apprendrons ce qu’il nous faut changer pour être présents à la vie qui naît, qui grandit, qui meurt et qui naît encore, inlassable ! Ne faut-il pas tout accompagner de tendresse ?
Angèle est devenue humaine dans un milieu profondément humain, milieu sain, équilibré, que ce soit à Desenzano ou chez son oncle, à Salo. Milieu modeste où il fait bon vivre, en apprenant à aimer et à être libre. Sans grande richesse, mais sans grande pauvreté non plus. Une trop grande richesse comme une trop grande pauvreté peuvent toutes les deux déshumaniser et quand quelqu’un est déshumanisé, alors on peut dire qu’il est dans la misère. Angèle Mérici n’a jamais été dans la misère. Etre pauvre, dit-on, en certains pays d’Afrique, ce n’est pas ne rien avoir mais c’est n’avoir personne ...

 

Le message de Sainte Angèle Mérici hier et aujourd’hui

Il est du vocabulaire dans les Écrits d’Angèle qui nous révèle des attitudes et des qualités d’être profondément humaines.
“Soyez affables et humaines envers vos chères enfants”, voilà le conseil qui ouvre le deuxième Avis. Les mots “affable” et “affabilité” reviennent 5 fois [4] dans les Avis et les Legs. Cette qualité nous parle de quelqu’un qui présente un “abord facile” ; j’aurais envie de dire de quelqu’un qui est “parlable” si vous me permettez l’expression, car il y a le verbe “fari” (parler) dans le mot “affable”. Un autre mot revient souvent ( 8 fois) [5] dans les Écrits d’Angèle, c’est le mot “sollicitude”. Ce mot fait appel à une manière d’avoir souci, de prendre très grand soin, il implique un certain “trouble” ou émoi intérieur. Chez nous, on dit par exemple que quelqu’un se fait beaucoup de “trouble” pour ses enfants... Il y a aussi les mots “attentives” (5 fois) [6] et “vigilantes” (5 fois) [7] qui revêtent une signification importante dans une approche humaine. Ces termes, nous n’en doutons pas, réfèrent à des qualités de l’amour.
Car, nous le savons trop bien, c’est l’amour qui rend humain. L’amour reçu et l’amour donné ; l’amour comme climat de vie d’un milieu. Et Angèle a aimé ; c’est le moins et le plus que nous pouvons dire d’elle. Et elle nous invite à aimer. Angèle a appris à ses dépens ce que c’est que d’aimer l’autre et de le vouloir libre. Elle a abondamment puisé à la Source de l’amour pour être capable d’aimer jusqu’au bout. Car il s’agit bien d’aller jusqu’au bout. Angèle a aimé, elle connaît donc Dieu puisque “celui qui aime connaît Dieu” dit saint Jean (I Jn 4,7). Elle a expérimenté la Parole de Vérité qui se déploie en nous et nous fait atteindre notre accomplissement. Parce qu’elle s’est laissé aimer et parce qu’elle a aimé, nous pouvons être sûrs qu’Angèle est une image bien réussie de notre Dieu. Elle est un bon miroir qui reflète la gloire du Vivant. Elle peut nous demander d’aimer afin de devenir à notre tour des miroirs pour les personnes qui nous sont confiées. [8]
Je propose, pour bien entrer dans la mission d’humanisation qui est la nôtre, de lire le message d’Angèle à la lumière de notre origine en Dieu telle que poétiquement chantée dans le premier chapitre de la Genèse. Comment devenir humains sans nous accueillir à notre origine en Dieu ? L’œuvre d’accompagnement qu’est l’éducation n’est rien d’autre qu’une participation à la dynamique même de la création toujours à l’oeuvre puisque la création se déploie sans cesse dans le temps et l’espace. L’éducation est oeuvre d’humanisation, elle est oeuvre d’artiste. Et Angèle est une artiste d’humanité ; elle ressemble au Dieu qui a semé en son coeur l’appel à faire naître une voie nouvelle au coeur du monde. Angèle est entrée de tout son être dans l’impulsion divine de la création sans cesse en évolution.

À la lumière de l’Origine
Quand Dieu crée, il appelle chaque être selon une parole unique ; il donne à chacun un nom, un don personnel à laisser se déployer dans le temps. Dans la dynamique de l’amour, comme vocation unique, chaque être a une couleur à conjuguer à celle des autres. Le blanc contient toutes les couleurs et toutes les couleurs conjuguées donnent le blanc... Le don qu’est chacun dans son être propre vient de Dieu. Mais aussi le don de pouvoir vivre en communion les uns avec les autres, car Dieu est communion. Être humain, c’est être vivant et libre ; c’est aussi être en communion avec la nature, avec Dieu et avec les autres. Nous sommes équipés pour aimer et pour vivre en communion avec les autres.
Il est facile de découvrir combien Angèle ressemble au Dieu créateur dans sa manière de voir les personnes et de prévoir l’être-ensemble. Elle insiste pour que nous respections profondément ce qu’est chaque personne ; ce qui suppose que nous prenions tous les moyens de la bien connaître, à partir du visible, afin de la bien comprendre et de la garder “gravée dans son coeur et sa mémoire” avec tout ce qui la caractérise. [9] Car, elle y insiste, chaque personne est de Dieu. C’est le “une à une” dans la vision humaine d’Angèle. L’été dernier, j’ai eu l’occasion d’entrer en relation avec un sculpteur de pierre. Et cet artiste me partageait combien il devait parfois attendre longtemps avant de voir l’oeuvre cachée dans un bloc de pierre. Il me disait qu’il ne pouvait pas dégager de la pierre la forme qu’il voulait ; il lui fallait patienter devant le bloc de pierre jusqu’à ce que lui soit révélée la forme qu’il cache. Il me semble qu’Angèle nous invite instamment à cette attention vigilante... afin d’aider chaque personne à trouver le don qu’elle est et à vivre selon cet appel unique.
Quand Dieu crée, il sépare les êtres les uns des autres ; il différencie les êtres pour qu’ils vivent libres et autonomes, chacun portant sa semence. Il les sépare même de Lui-même en donnant le libre arbitre, la liberté. Angèle insiste sur ce libre arbitre donné à chaque personne. [10] Elle insiste aussi sur cette pureté du coeur qui rend libre face aux autres. Notre relation aux autres est motivée par l’amour, l’unique amour de Dieu et des autres. Aimer, c’est vouloir que l’autre vive et devienne ce qu’il est appelé à devenir d’unique dans le temps de Dieu. Qui sommes-nous pour savoir ce que Dieu veut faire de chaque personne ? La relation aux autres suppose, pour nous aussi, une séparation des autres dans nos émotions et dans nos conduites, une sorte de détachement intérieur qui aide à voir juste et à vivre des relations sans contrainte, à prendre la responsabilité de nos propres émotions et à laisser aux autres la responsabilité des leurs. Ce qui fait qu’on peut “abandonner quelqu’un à lui même” sans crainte de lui laisser ce temps pour se ressaisir. [11] Ce détachement, en vue de relations le plus humaines possible, est aussi important face aux oeuvres ou aux biens qui nous sont donnés. Tout ainsi peut être mis au service de l’amour, au service de l’humanisation des personnes et des milieux. Ce détachement mous permet évidemment de nous adapter selon les circonstances, les temps, les lieux et les besoins. [12] Surtout, il nous aide à demeurer dans la patience et l’espérance jusqu’au bout, sans rien nous accaparer et sans nous identifier à nos œuvres...
Quand Dieu crée l’être humain, il lui donne un environnement de beauté où il y a place pour la créativité. Il lui donne de l’espace et du temps et tout un réseau de relations à soigner. Il lui confie la gérance de la croissance tout au long de l’histoire. Les biens qu’il lui confie sont en vue de la communion non seulement de la consommation. Milieu de vie où il fait bon vivre en harmonie.
Angèle insiste sur la qualité du milieu humain dans lequel les filles auront à vivre. Elle sait ce qu’elle dit. Le gouvernement qu’elle laisse à sa place est comme un réseau de personnes chargées de voir à la qualité du milieu, au climat des échanges et des relations. [13] La cellule du gouvernement est un miroir du vivre-ensemble dans un environnement humain. On ne peut tolérer rien de ce qui peut mettre en péril les filles mais aussi le milieu comme tel. [14] Les conflits non réglés et les idéologies courantes peuvent facilement empoisonner l’air si on n’y prend garde. Il est important de veiller comme des bergers vigilants. Même la manière d’être (conduite, comportement, habillement) [15] est importante pour assurer et améliorer la qualité humaine du monde dans lequel nous vivons notre don d’amour. Beauté et simplicité vont de pair.
Quand Dieu crée, il inscrit donc au coeur de chaque être un nom unique à découvrir et à devenir ; il sépare les êtres les uns des autres et les sépare de lui-même dans une juste autonomie en vue d’une liberté à conquérir, puis il les invite à quitter leur univers afin d’entrer en relation avec l’autre dans sa différence en vue de la fécondité du monde. Quitter son père et sa mère pour ne faire plus qu’un avec l’autre. C’est dit de l’homme pour la femme, mais la relation homme/femme n’est-elle pas le prototype de toutes les autres relations entre des dons différents ?
Le “quitte tout” résonne tout au long de l’histoire de Dieu avec les humains. Tout quitter pour entrer en relation avec les autres, dans une féconde “conjugalité” des dons. Ceci est d’importance capitale, car il y a toujours la tentation de répudier l’autre quand on ne comprend pas ou quand c’est trop difficile. Et de la manière dont nous gérons la différence entre ces dons premiers et fondateurs que sont le masculin et le féminin, de la même manière nos gérons toutes les autres différences entre les dons. Est-il possible de vivre dans un milieu profondément humain sans consentir à un véritable échange des dons, dans leur beauté et leur différence ? Est-il possible que le monde soit beau sans cette “conjugalité” de dons autonomes et libres qui communient l’un à l’autre en vue de la fécondité de la vie ?
C’est ainsi que se vivent les relations en Dieu.
Quand je parle de “conjugalité”, je sais que ce terme n’est pas au dictionnaire... Mais j’aimerais que nous goûtions le sens profond de l’appel qui est en nous par création. J’emploie ce terme au lieu des termes trop entendus d’opposition et de complémentarité. Ces deux derniers termes traduisent certes quelque chose de la manière de vivre la différence entre les dons, mais on ne peut en rester là sans engendrer un monde de violence et de profonde insatisfaction. Le don qu’est chacun n’est pas à opposer à un autre dans une espèce de hiérarchie ; il n’existe pas seulement en vue de compléter quelqu’un d’autre dans son manque, quitte à se retirer quand le besoin n’existe plus. Non, le don de chacun est beau en lui-même et chacun est appelé à “quitter”les sécurités connues pour entrer en communion avec un autre don beau en lui-même. Sans rivalité et sans vaine comparaison. Il y va de la beauté et de l’harmonie du monde.
Je n’insisterai pas sur tous les aspects de la pensée d’Angèle où il est question de la communion entre les personnes dans un même réseau de vie. Il me semble que c’est assez évident. L’unité dans le respect des différences est fortement marquée, chez Angèle, comme un appel à raviver sans cesse et une volonté à affirmer. [16] J’aimerais simplement mettre en lumière, dans les Écrits mériciens, comment les deux aspects de l’amour sont en belle harmonie. J’avoue que c’est une recherche qui me tient fort à coeur présentement, car il me semble que c’est comme urgent dans notre monde de revoir la manière dont nous vivons les deux aspects de l’amour, qu’habituellement nous attribuons à la mère et au père, l’aspect maternel et l’aspect paternel de l’amour. C’est vrai qu’Angèle insiste beaucoup sur la manière d’aimer que l’on attend d’une mère. Mais, il est important, tout en mettant cet aspect en lumière, de ne pas escamoter l’autre aspect de l’amour tout aussi important pour la croissance des personnes dans le déploiement de leur humanité.
Je ne puis m’empêcher de constater chez Angèle Mérici un juste équilibre entre ces deux aspects d’un même amour. Angèle est bien à l’image de Dieu et le milieu qu’elle veut offrir se veut aussi à l’image de Dieu ; car à son image, homme et femme, Dieu fit l’humanité. Angèle invite donc les matrones à être de vraies mères aimantes. [17] Mais elle demande aux colonelles d’être des bergères et des ministres, [18] des servantes, [19] des maîtresses et des guides dans la vie spirituelle [20] et de remplir leur tâche “virilement” [21] et fidèlement. Et n’oublions pas qu’il y avait des hommes à l’origine de la Compagnie à qui il était demandé d’être comme des agents et des pères. [22]Ces gens ont à collaborer tous ensemble. [23]
Ces deux aspectsimportants de l’amour sont présents dans l’approche “humanisante”d’Angèle Mérici. Certes nous rencontrons la manière maternelle d’aimer sans cesse sous-jacente à toute la démarche d’accompagnement. Ils’agit de porter, de nourrir, de garder dans son coeur jour et nuit, de développer un amour vif et passionné, de consoler et d’encourager. Mais il y a aussi l’autre aspect de l’amour quej’appellerais volontiers paternel ou “viril”. La dimension paternelle de l’amour est celle qui donne de reconnaître l’autre comme séparé de nous-mêmes, de le confirmer dans sa différence. C’est cette manière de ne pas craindre de laisser l’autre à lui-même et de le laisser aussi passer par l’épreuve, sachant que la vie n’avance qu’à coup de cordons ou de ponts coupés afin de rendre impossibles les retours en arrière. Cette dimension peut et doit être aussi présente chez les femmes, bien entendu ; tout comme la dimension de tendresse peut et doit être présente aussi chez les hommes. Beaucoup de thérapeutes voient dans un aspect trop “fusionnel” de l’amour une des causes de beaucoup de suicides chez les jeunes. Couvés, ils sont complètement démunis quand arrive la difficulté ou l’épreuve... C’est à voir... Même dans les couples et dans les communautés, cet aspect fusionnel est souvent source de destruction à plus ou moins long terme. Certaines formes de gouvernement ont aussi favorisé des attitudes de dépendance qui n’aident en rien, au plan social, à la prise en charge, personnelle ou collective...
Chez Angèle, ces deux tonalités de l’amour sont présentes dans la manière de vivre les relations personnelles, mais elles le sont aussi dans la manière de vivre la relation à la Compagnie. Il faudra parfois couper les ponts pour consentir à des adaptations et avancer vers d’autres manières de faire et de vivre, selon les temps et les circonstances. L’aspect “viril” est cet aspect de l’amour qui dé-fusionne les êtres afin qu’ils vivent par eux-mêmes, dans la reconnaissance de leur propre dignité, et qu’ils deviennent libres à leur tour de tout quitter pour la fécondité de vie.
J’aurais le goût de vous confier que c’est peut-être de l’aspect proprement paternel dont manquent certains jeunes aujourd’hui... cette capacité que devraient avoir les adultes de proposer des défis importants et d’accompagner dans ces défis. Parfois même il peut être indiqué de provoquer l’insatisfaction afin d’aller plus loin dans l’éveil et dans la découverte de soi-même et du monde. Ce qui demande une présence rassurante et solide avec beaucoup de tendresse évidemment mais aussi avec “virilité”. Fallait que Dieu soit solide pour laisser son Fils aller dans l’épreuve de l’incarnation jusqu’à la mort... Il n’avait pas peur pour lui, il savait la force dont Jésus était habité. Sûr de sa présence de Père, il lui a même laissé vivre le sentiment d’être abandonné... Il y avait le temps de Dieu et des moissons mûries. Les êtres humains aussi portent leur semence selon leur espèce ... Dieu sait cela !

Retrouver l’instance du Coeur...

Mais au-delà de toutes ces considérations, je ne serais pas juste envers Angèle Mérici si je ne rappelais pas combien le message qu’elle nous laisse est un message qui vient du coeur et qui nous invite à retrouver notre propre coeur. Jean Onimus, dans son livre Chemins d’espérance, lance un vibrant appel pour nous inviter à retrouver “l’instance” du coeur. Cet appel se fait comme l’écho de celui, toujours discret, de Jésus-Christ qui nous invite instamment à tout ré-apprendre à partir du coeur. Dans ce que nous avons appris, il y a tellement de slogans et de doctrines qui nous mènent tragiquement à un monde cassé en deux, à un monde de violences de toutes sortes.
Un pèlerinage c’est comme une “bouffée” d’espérance que nous respirons ensemble afin de continuer la route et de tracer des voies qui ouvrent sur un avenir. Une respiration profonde ne peut que nous conduire à notre propre coeur. Nous aurons ainsi expérimenté l’essentiel du message humain d’Angèle Mérici. Car son message, de toute évidence, est profondément cordial. Chez Angèle, Dieu lui-même est au milieu de nous comme un coeur qui anime. Elle-même se dit présente au milieu de nous comme un coeur qui bat et nous entraîne au rythme du coeur de Dieu. Les avis et le testament qu’elle nous laisse en “mémorial” sont des mots du coeur. De même, le gouvernement qu’elle laisse à sa place pour être au milieu de nous est un gouvernement exceptionnellement cordial. Jésus-Christ ne continue-t-il pas à être présent au milieu de nous quand nous sommes “unis ensemble” ?
Dans cette cellule communautaire qu’est le “gouvernement”, il convient de s’assurer que certaines seront comme le coeur qui écoute et qui se fait proche. Un coeur qui a des oreilles et des pieds quoi ! D’autres seront comme les yeux du coeur qui voient loin et juste et pourquoi pas les mains du coeur qui rassemblent et conduisent suavement vers l’avenir. Certains seront même les antennes du coeur qui détectent les S.O.S. des urgences et des nécessités. (R 11 et les prologues des Écrits).

“Alors,[...] si vous aimez nos chères enfants avec une charité vive et passionnée, il vous sera impossible de ne pas les avoir toutes imprimées dans votre mémoire et dans votre coeur, chacune en particulier” [24]
“Alors, soyez sur vos gardes, et surtout ayez soin qu’elles soient unies de coeur et de volonté [...]. De même, vous aussi, efforcez-vous d’être ainsi avec toutes vos chères enfants, car plus vous serez unies, plus Jésus-Christ sera au milieu [...] Et il n’y aura pas d’autre signe que l’on est dans la grâce du Seigneur que de s’aimer et d’être unies ensemble [...] Ainsi donc, s’aimer et être unies ensemble sont le signe certain que l’on marche dans la voie bonne et agréable à Dieu.” [25]
“Croyez-le, ne doutez pas, ayez une foi ferme qu’il en sera ainsi. Je sais ce que je dis. Bienheureux ceux qui s’en occuperont vraiment.” [26]

CONCLUSION - OUVERTURE

Permettez-moi de conclure par une ouverture à la vie en faisant appel à un texte d’Écriture. Angèle n’avait-elle pas l’intelligence des Écritures ? Il s’agit d’un texte de Jean que je trouve très pertinent pour éclairer le changement dans lequel nous invite le message humain d’Angèle Mérici. Jésus nous est présenté comme quelqu’un qui, comme à Cana, change encore l’eau en vin, c’est-à-dire ce qui est bon en ce qui est encore meilleur, ce qui est ordinaire en ce qui est savoureux, ce qui est comme neutre en ce qui est euphorique. Cana, en hébreu, est un mot qui a la même racine que le verbe créer. Et voilà donc que Jésus revient en Galilée, cette région marquée par le commerce et le “méli-mélo” des peuples avec, évidemment, le mélange des cultures et des religions. Il y a là, précisément, une ville nommée Capharnaüm. Ce nom est devenu symbole d’encombrement et de désordre.
Écoutons donc attentivement ce texte de Jean 4, 46-54.

46 Jésus retourna alors à Cana de Galilée, où il avait changé l’eau en vin. Et il y avait un fonctionnaire royal, dont le fils était malade à Capharnaüm. 47 Apprenant que Jésus était arrivé de Judée en Galilée, il s’en vint le trouver et il le priait de descendre guérir son fils, car il allait mourir. 48 Jésus lui dit : “Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez pas ! 49 Le fonctionnaire royal lui dit : “Seigneur, descends avant que ne meure mon petit enfant.”
50 Jésus lui dit : “Va, ton fils vit.” L’homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il se mit en route.
51 Déjà il descendait, quand ses serviteurs, venant à sa rencontre, lui dirent que son enfant était vivant.
52 Il s’informa auprès d’eux de l’heure à laquelle il s’était trouvé mieux. Ils lui dirent : “C’est hier, à la septième heure, que la fièvre l’a quitté.”
53 Le père reconnut que c’était l’heure où Jésus lui avait dit : “Ton fils vit”, et il crut, lui avec sa maison tout entière.
54 Ce nouveau signe, le second, Jésus le fit à son retour de Judée en Galilée.

Un récit assez simple mais combien profond et combien proche de la vision profondément humaine d’Angèle Mérici ! Certes, nous pouvons affirmer simplement que le geste de puissance opéré par Jésus a porté sur un enfant qui devait mourir et qui n’est pas mort. Mais, à y regarder de plus près et dans une perspective plus intérieure et plus profonde, il me semble que la transformation opérée dans ce récit ne porte pas d’abord sur l’enfant. Ce qui arrive à l’enfant n’est qu’une conséquence d’une autre transformation qui porte, elle, sur l’adulte ici en cause.
Avez-vous remarqué comment est nommé le “monsieur” au début du récit ? On l’appelle un fonctionnaire royal, c’est cela. Et au milieu ? On l’appelle un homme ! Et à la fin ? On l’appelle père ! Voilà ! Quelle transformation ! Retrouver l’homme dans le fonctionnaire puis le père. Avez-vous remarqué ce qu’est devenu le capharnaüm du début ? Une maison ! Que c’est beau ! Un monde, une église, un milieu que l’on gère seulement en fonctionnaires devient vite comme un capharnaüm où il est difficile de vivre à l’aise, pour l’enfant certes mais aussi pour l’enfant en chacun de nous.
Il me semble que c’est dans le jeu de cette transformation que nous convie la vision éducative et pastorale d’Angèle Mérici à l’aube du 21è siècle. Changer de l’eau en vin. Retrouver d’abord l’humain dans les fonctionnaires que nous risquons d’être ou de devenir ; puis réveiller les entrailles de père et de mère afin que l’enfant vive, que la jeune génération sorte vivante des mutations dans lesquelles nous convie le siècle qui vient. J’aimerais vous faire remarquer encore certaines choses dans ce beau récit. C’est la maladie de l’enfant qui, en fait, sauve le fonctionnaire... Et c’est la transformation du fonctionnaire en homme puis en père qui sauve l’enfant. C’est la maladie de l’enfant qui réveille le fonctionnaire et le fait partir à la recherche de celui qui peut changer de l’eau en vin et qui vient justement de traverser la Samarie, cette région symbole de tous les murs de séparation dressés dans le coeur des humains et entre les humains.
Pas de vaines discussions devant l’urgence : descends vite dans notre Capharnaüm avant que nos enfants ne meurent ! Et c’est à l’heure où l’homme a cru en la parole que l’enfant s’est mis à vivre ; à l’heure où le fonctionnaire est redevenu simplement un homme. Et on est un homme en vérité quand on croit en la parole, en ce qu’il y a d’élan intérieur aux êtres. L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole, de tout élan divin. De quoi peut-on avoir faim et soif dans une société d’abondance quand une enfant peut avoir tout à la maison mais qu’elle aimerait bien avoir un peu de temps pour parler avec papa et maman. De quoi peut-on avoir faim et soif dans une société d’abondance pour qu’un jeune homme de 14 ans, désirant rencontrer son père dans une relation de communion, aille prendre rendez-vous au bureau de fonctionnaire de son père pour se retrouver parmi les clients ? De quoi peut-on avoir faim et soif dans une société d’abondance pour qu’un vieillard rencontré à l’hôpital retombe malade chaque fois qu’on lui dit qu’il est mieux et qu’il préfère une maladie avec une présence que la santé dans la froide solitude ?
Le grand appel qui nous vient d’Angèle, en cette fin de siècle tout comme au milieu du 16è siècle, celui de la Renaissance italienne, c’est un appel à plus d’humanité. Un appel à créer des milieux humains où il fasse bon vivre et où, comme me disait quelqu’un, on aurait beau fermer les portes les gens entreraient par les fenêtres. Nous le savons pour l’avoir expérimenté, l’éducation sous toutes ses formes n’est pas d’abord et avant tout question de programme, de compétition et de résultats scolaires ; c’est une question de climat, c’est un climat qui est éducatif, c’est un milieu qui est éducatif, c’est un réseau qui est éducatif. Nous ne sommes pas appelés à bien fonctionner mais à vivre. Et tout cela vient du coeur.
Au temps d’Angèle, la vie spirituelle était en train de mourir dans des cadres de vie pourtant séculaires. Les monastères étaient comme des “capharnaüms” ; on priait les responsables religieux et même politiques de mettre de l’ordre dans ces Ordres dits religieux. Angèle a été appelée à vivre sa vie spirituelle non plus en retrait du monde mais au coeur du monde, dans les maisons. Dans une époque de mutation, elle a retrouvé le chemin du coeur, le chemin de l’amour. Elle a ajusté un nouveau cadre humain à la vie qui voulait surgir de façon neuve et inédite. Car la vie, c’est la vie !

Soeur Rita GAGNE
Ursuline de l’Union Canadienne

 

 

 

ANNEXE

Ma soeur, mon frère, mon ami
La main qui nous prend quelque chose
Demain, fera pousser des roses
Sans nous demander notre avis ;
Ma soeur, mon frère, mon ami
Le cœur est un outil sans âge
Qui peut remettre son ouvrage
Sur les cent métiers de la vie.

Si chacun frotte son caillou
Nous verrons briller la montagne
Jusqu’à ce sommet de cocagne
Invisible au dehors de nous
Si chacun donne un tour de clé
Aux quatre coins de sa charpente
Nous garderons la vie vivante
Pour la prochaine éternité.

Si chacun compose un jardin
A sa manière, à son image
Nous referons le paysage
Comme un pas qui fait son chemin ;
Si chacun parie une fleur
Sur la richesse des décombres
Par un jeu de lumière et d’ombre
Nous renaîtrons à la couleur.

Si chacun reconnaît l’enfant
Qui joue à l’homme et à la femme
Nous désamorcerons le drame
En apprenant le nom du vent ;
Si chacun fait de chaque jour
Son but, son défi, sa conquête
Nous garderons cette planète
Enceinte de joie et d’amour.

Si chacun.... S.O.S
Paroles : Jacques Thivierge
Musique : Gaston Rochon

[1Avis 5, 38

[2Testament, Legs 11, 22

[3Je m’inspire pour ces quelques notes du Livre "Angèle Merici" écrit en collaboration par L. Mariani, E Tarolli et M. Seynaeve, publié à Milan, 1987.

[4Avis 2, 1 et 3 ; Testament, Legs 3, 3 et 7

[5Règle 11, 5 ; Avis, Prologue 13, 26 ; Testament, Legs 1, 3 ; Legs, 2, 7 ; Legs 4, 1 ; Legs 10, 1

[6Règle, Prologue, 32 ; Avis, 4, 1 ; Legs 4, 4 et 17 ; Legs 10, 13

[7Règle, Prologue 15 ; Avis, Prologue 6 ; Avis 4, 1 ; Legs 10, 13

[8Avis, 6

[9Avis Prologue 11 ; Avis 4, 1 ; Legs 2 etc.

[10Legs 3, 8-12

[11Legs 5

[12Avis 2, 5-7 ; Legs 3, 13-14 ; Legs 11, 2

[13Règle 11 ; Avis Prologue ; Testament Prologue

[14Avis 7

[15Avis 5, par exemple...

[16Avis 5 ; Avis 9 ; Legs 10

[17Testament Prologue, 23 ; Règle Prologue 5

[18Avis Prologue

[19Avis 1, 3

[20Règle 11, 4

[21Avis Prologue, 4

[22Règle 11, 6 et 19

[23Règle 11, 14

[24Testament Legs 2, 10-11

[25Legs 10, 6-12

[26Testament Legs 11, 9-13

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