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François et Angèle

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Influence de Saint François d’Assise et de Sainte Claire
sur Sainte Angèle Merici

(...)
A Assise, tout parle de François ; à Brescia, de nombreux lieux nous rappellent la présence d’Angèle. Un lien réel les rapproche, malgré leurs différences : Saint François et Sainte Claire ont vécu au 13e siècle, Sainte Angèle a la fin du 15e et pendant la première moitié du 16e : Epoques différentes, cultures différentes, et pourtant François et Claire ont influencé Angèle profondément, tout en lui laissant son originalité propre.

DIFFERENCES D’EPOQUE

François a vécu à une époque mouvementée du Moyen Age. Jusque là, le monde féodal était lié à la terre. Le pouvoir était entre les mains des grands et petits seigneurs, le travail rémunéré en nature. Le 13e siècle vit la naissance des communes. Les bourgeois, les marchands prennent leur indépendance à l’égard de l’empereur et des seigneurs du lieu. L’argent commence à circuler. Les rapports commerciaux entre les communes conduisent aux échanges d’idées et de croyances.

De nouveaux déséquilibres s’installent : le pouvoir est entre les mains des riches, de la classe bourgeoise de marchands, de banquiers, de grands artisans. Le petit peuple et les petits artisans vivent misérablement et sont soumis a une forte domination économique.

L’hérésie albigeoise se répand parmi le peuple, prônant le mépris de l’Eglise, du sacerdoce, de la richesse. Ses prédicateurs envahissent les places, prêchent au peuple en langue vulgaire et récoltent un immense succès. En même temps, l’Eglise vit le temps des Croisades et développe une conscience de son universalisme spirituel et temporel. Les communes, qui échappent à l’influence des monastères, ont besoin d’une nouvelle forme d’évangélisation.

François est fils de son milieu. Il hérite de son père le sens du concret, le don de l’action et de l’organisation. Par exemple, quand Dieu lui demande de réparer l’Eglise en ruines, il prend tout de suite le ciment et les pierres. Il inaugure la première crèche de la Nativité au Greccio. De sa mère, il reçoit la simplicité du cœur, un élan poétique à l’égard des choses et de la nature, un goût prononcé pour toutes formes de beauté.

Doué d’un tempérament absolu, une fois qu’il a été conquis par la personne de Jésus-Christ, il va le suivre sans hésitations, concrètement, fidèlement. Toute sa vie aura été une recherche joyeuse et douloureuse d’union au Christ.

Au sein de son époque, son originalité aura été de :
Répondre au besoin de réforme de l’Eglise par un témoignage personnel d’humilité et de pauvreté évangéliques,
Redonner un sens à la vie apostolique, par la prédication dans la langue du peuple, lui livrant la dimension dynamique de l’Evangile,
Vivre un attachement profond au Christ serviteur, humble et obéissant.

Angèle, de son côté, vit une époque particulièrement difficile : exaltation de l’homme, culte de soi, subjectivisme, exaltation de la liberté personnelle, recherche de beauté esthétique pour elle-même, autonomie du politique, corruption morale profonde et généralisée. En même temps, ce sont des années de guerre, de peste, de famines, d’épidémies. Les chefs d’état cherchent à conquérir les pays voisins. Le peuple est ignorant et facilement attiré par les superstitions ; la papauté est parfois indigne ; les évêques, non-résidentiels et avides de richesses, les couvents remplis de religieux sans vocation, entrés sous la pression des familles. Le clergé est pauvre, peu instruit, souvent concubinaire. Le luthéranisme fait des ravages. D’ailleurs, le Pape Clément VII a nommé Brescia "la plus luthérienne de toutes les villes d’Italie."

C’est aussi une période de saints qui amorcent une vraie réforme de l’Eglise, bien avant la réaction protestante. Depuis le 15e siècle, les Franciscains de l’Observance ou Capucins se transforment en vigoureux prédicateurs de l’évangile, invitent à la prière, à la pénitence, à la dévotion eucharistique, mettent l’accent sur le Christ et ses mystères joyeux et douloureux, animent des groupes fervents de laïcs, prêchent en langue vulgaire, se dévouent auprès des pauvres et des malades. Ce sont eux qu’Angèle a rencontrés à Salò, eux qui l’ont guidée, jeune adulte, vers le Tiers Ordre franciscain.

Dans ce climat contrasté, Angèle fait preuve d’une personnalité équilibrée. La formation reçue en famille a forgé en elle un caractère décidé et concret, plein de foi et d’espérance en Dieu. Nous savons qu’elle a voulu entrer dans le Tiers-Ordre, à cause de son grand amour pour l’Eucharistie, la sainte Messe, le Sacrement de Réconciliation. Elle partage avec l’esprit franciscain une dévotion particulière au Christ, spécialement à sa Passion, une profond esprit de prière uni à l’action en faveur de ceux qui la sollicitent, un esprit de pauvreté, d’humilité et de pénitence proche de celui de St François.

Son originalité au sein de l’Eglise a été :
la fondation d’un groupe de femmes animées d’un sens évangélique intense pour vivre "une vie nouvelle" ( Av 7 22), par une virginité consacrée au Christ leur Epoux. Elle les laisse dans leurs familles ou leur milieu de travail, revendique pour elles le libre choix de leur état de vie, établit un gouvernement autonome, obtient pour elles une reconnaissance légale. Elle ne leur donne pas de but apostolique précis, sinon le témoignage de leur foi et de leur espérance joyeuse, de paix et d’union. Curieusement, les témoins directs de sa vie ne font pas allusion à l’œuvre de la fondation, mais au témoignage personnel d’Angèle, celui de la prière et du renoncement, celui de "prêcher à tous la foi au Dieu très haut" (Nassino). Disons-le tout de suite, ce qui les a frappés, c’était sa manière d’être proche du style franciscain de l’époque, centré sur la prière et la pénitence, sur l’annonce simple et accessible à tous de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. En outre, elle nous frappe par
l’assurance que son œuvre durerait jusqu’à la fin du monde.
des règles de docilité au Saint Esprit et d’adaptation selon les temps et les lieux.
un sens profond de sa maternité spirituelle qui engloberait toutes ses filles, présentes et à venir.


Arrêtons-nous quelques instants, et demandons-nous, à la lumière du vécu de François et d’Angèle, quel témoignage nous donnons aujourd’hui, là où nous nous trouvons, dans les circonstances difficiles que nous éprouvons ? Chacun d’entre nous reçoit un appel particulier pour transmettre à ceux qui l’entourent un peu plus d’amour, un peu plus de paix, un peu plus de foi et d’espérance. Cherchons un exemple où nous avons répondu à cet appel, comment avons-nous fait ? qu’avons-nous choisi, à quoi avons nous renoncé ?

Quel a été l’impact de François, puis de Claire, sur les Ecrits de Sainte Angèle ? Y trouvons-nous quelques réminiscences de leur spiritualité et de leurs prescriptions ? Ce sont les points que nous allons examiner ensemble.

I. Influences franciscaines sur les Ecrits de Sainte Angèle

François et Angèle ont tous les deux laissé une Règle et un Testament, mais le Testament de François est un commentaire de sa Règle, tandis que celui d’Angèle s’adresse particulièrement aux Gouvernantes de la Compagnie. Elle y ajoute les Avis destinés aux supérieures locales ou colonelles. Ni François, ni Claire, ni Angèle n’ont fait d’études particulières. François et Angèle ont, tous les deux, dicté leur Règle, le premier à Frère Léon, Angèle à son secrétaire, Cozzano.

Au début de la Règle, chacun des deux invoque la Sainte Trinité. La bénédiction finale du Testament chez François comme chez Angèle est donnée au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. François l’exprime d’une manière plus poétique "Celui qui observera ces choses, sera rempli au ciel de la bénédiction du très Haut Père du ciel, et sur la terre, de la bénédiction de son Fils bien-aimé, avec le très saint Esprit Paraclet."

La Règle de François reflète un authentique esprit évangélique, mais il en cite peu de textes, tandis que les Ecrits de Ste Angèle sont parsemés de citations bibliques. Dans les Avis, elle ne propose rien sans l’appuyer sur une parole ou un exemple de Jésus-Christ. Le style de François est plus concis, celui d’Angèle est plus personnel, simple, affectueux, compréhensif. Disons tout de suite, qu’Angèle avait composé sa Règle et ses autres écrits à la fin de sa vie, après une longue et riche expérience spirituelle et maternelle auprès de celles qu’elle dirigeait.

Tous les deux avaient conscience que leur présence au milieu de leurs disciples serait encore plus efficace après leur mort. Tous les deux affirment que leur Règle vient de Dieu.. Angèle dit : "Embrassons cette sainte Règle que Dieu, par sa grâce nous a offerte" (R Prol 29). Et François : "Depuis que le Seigneur m’a donné des frères, personne ne m’a montré ce que je devais faire, mais le très Haut Lui-même m’a révélé ce que nous devions vivre selon la forme du saint Evangile" (Test).

Tous deux étaient fortement imprégnés de la dimension eschatologique de la vie, tout orientée vers les joies du ciel au sein des luttes et des difficultés du parcours terrestre. Angèle souligne les luttes à soutenir, la récompense finale, la nécessité d’embrasser les moyens nécessaires, d’éviter les pièges du malin.

Les deux conçoivent le gouvernement comme une autorité de service, service des frères et des sœurs, service de l’Eglise. Angèle, en outre, institue dans sa Règle une forme de gouvernement tout à fait originale : il est exercé par 4 Vierges, 4 Matrones et 4 hommes ou « agents », chacun ayant une forme déterminée d’action. Notons qu’Angèle a dû elle-même adapter sa propre Règle, car 5 années plus tard, nous trouvons dans le Testament 9 Matrones, tandis que les hommes n’avaient pas encore été élus.

Les exigences de la vie de prière sont similaires : Office canonial pour François, Office de la Sainte Vierge pour Angèle, et pour ceux qui ne savent pas lire, la récitation de prières vocales : des Pater pour les frères, tandis que les sœurs récitent et Pater et Ave Maria. Angèle ajoute une clause spécifiant qu’on enseigne à lire à celles qui ne savent pas lire l’Office, ... une forme d’alphabétisation avant la lettre...

Saint François invite ses frères au travail manuel et apostolique, tandis qu’Angèle n’en fait pas mention. D’ailleurs la presque totalité de ses filles avaient une dure vie de travail, dans leurs familles, ou auprès de celles où elles étaient engagées.

Angèle était tertiaire de Saint François. Elle avait donc observé pendant une bonne partie de sa vie la Règle tertiaire de 1289 approuvée par le Pape Nicolas IV. Nous y trouvons une certaine ressemblance avec la sienne : les cinq premiers chapitres suivent le même ordre. Il y a la même interdiction d’assister aux noces, aux bals, aux joutes et autres plaisirs mondains. Prière et jeûne suivent un développement parallèle. Cependant, Angèle y ajoute d’autres prescriptions concrètes qui tiennent à l’ambiance délétère de la Renaissance : pas de contacts avec les femmes de mauvaise vie, pas de messages ni de rendez-vous secrets ; éviter les bavardages sur les balcons et aux portes, marcher dans les rues rapidement, les yeux baissés et convenablement vêtues. De plus, alors que depuis 1521, le Pape Léon X obligeait tous les tertiaires à prononcer des vœux, Angèle les remplace par une fidélité exigeante à l’idéal de vie proposé.

En conclusion, nous pouvons affirmer qu’Angèle entre, elle aussi, dans la ligne du renouveau amorcé dans l’Eglise de son temps, celui qui est prôné par les Franciscains de la Réforme. Il s’agit de la volonté de « mener une vie nouvelle », du besoin de témoignage de vie évangélique dans un monde corrompu, d’un grand attachement à l’Eglise malgré les faiblesses de certains de ses membres.

Aujourd’hui, le message des deux fondateurs est particulièrement nécessaire, celui de François, pour arriver, pendant une époque de consumérisme effréné, à une authentique pauvreté évangélique, adaptée à notre temps ; celui d’Angèle, afin de reproposer la beauté d’un amour qui, à la suite du Christ, se donne sans mesure et pour toujours..

Cette dernière dimension, nous la trouvons explicitée très fortement dans les Ecrits de Sainte Claire. Nous allons donc examiner l’influence de Claire sur la vie et les Ecrits de Sainte Angèle.

 

INFLUENCES DE SAINTE CLAIRE SUR LA SPIRITUALITE D’ANGELE

L’héritage franciscain transmis par Sainte Claire d’Assise est important, en partie par sa Règle, mais surtout par ses lettres à Sainte Agnès de Prague, parsemées de textes bibliques. Je rappelle brièvement quelques éléments de la vie d’Agnès qui eurent une grande influence sur l’esprit et la spiritualité de Sainte Claire.

Lettres à Sainte Agnès de Prague

Née en 1205, Agnès était la fille d’Ottokar Ier, Roi de Bohême. En accord avec les habitudes du temps, elle fut fiancée et demandée en mariage très jeune, et cela plusieurs fois, selon les expédients politiques. Elle a trois ans, lorsqu’elle est fiancée à Boleslas de Silésie, huit ans, lorsqu’elle est fiancée à Henri, fils de Frédéric II d’Allemagne. Henri avait alors deux ans, mais les fiançailles sont rompues 12 ans plus tard. Elle a 22 ans, lorsqu’elle est demandée en mariage par Henri III, Roi d’Angleterre, 24 ans lorsque Frédéric II, Empereur d’Allemagne, la demande à son tour, 28 ans, lorsque Frédéric II réitère sa demande. Chaque fois, elle a refusé ces prétendants, sentant que Dieu voulait autre chose d’elle. Finalement, elle écrit au Pape Grégoire IX pour demander son appui et sa protection et entre en 1234, à l’âge de 29 ans, dans le monastère des Clarisses à Prague.

Claire est émerveillée de la générosité d’Agnès. Elle lui écrit quatre lettres, où elle lui présente la beauté du don de sa vie que’lle a fait au Christ : Dans sa première lettre, datée de 1234, peu après l’entrée d’Agnès, elle lui écrit : "Alors que vous auriez pu jouir de toutes les flatteries et de tous les honneurs du monde, et accéder à la plus haute gloire, en devenant l’épouse légitime de l’illustre Empereur... vous avez choisi un Epoux de race plus noble encore, Notre Seigneur Jésus-Christ" (Lt 1 5-7). Et dans sa 2e lettre, Claire s’adresse à elle en disant, "A très noble dame Agnès, fille du Roi des Rois, servante du Seigneur des seigneurs, Epouse très digne de Jésus Christ, et parée. de ce fait, du titre de Reine..."(Lt 2 1) "Ton Epoux, le plus beau des enfants des hommes, regarde-le, illustre reine, médite-le, contemple-le et n’aies d’autre désir que de l’imiter." (Lt 2 20).

Comment ne pas reconnaître ici quelques expressions qui sont à la base de la spiritualité d’Angèle ? "Nous sommes appelées à une vie tellement glorieuse que nous sommes épouses du Fils de Dieu et devenons des reines au ciel" (R Pr 17). "Vous avez été élues pour être les vraies et virginales épouses du Fils de Dieu" (R Prol 7), "épouses du Roi des rois et du Seigneur des seigneurs" (4e L 14). Remarquons que Saint Bernard, de son côté, a des pages splendides sur l’amour du Christ et son union avec tout homme qui veut bien l’accueillir. Bernard donne, lui aussi, une dimension sponsale à cette union.

Claire trace l’heureux sort de cette nouvelle reine du ciel, sort enviable en comparaison avec celui des grands de ce monde : "Beaucoup de rois et de reines de ce monde, dont l’orgueil voudrait s’élever jusqu’au ciel...se laissent au contraire abuser et séduire" (Lt 3 27). Angèle de son côté constate, "Combien de seigneurs, de reines et autres grands personnages, malgré leurs richesses et leur puissance, ne pourront trouver un vrai soulagement en tel ou tel besoin extrême" (Av 5 33). Au contraire, l’Epouse du Roi des rois sera couronnée par Lui d’une couronne d’or, "Lui qui vous a revêtue de joyaux étincelants comme le printemps, et qui a posé sur votre tête une couronne d’or aux armes de la sainteté" (Lt 1 10-11). Angèle évoque le cortège nuptial "où notre doux et bienveillant époux Jésus-Christ ...conduit son épouse à la gloire céleste...couronnée de la couronne virginale toute d’or, éblouissante de lumière."(R 11 35-36).

"Suivre les traces du Christ, le regarder... le contempler... l’imiter" n’est-ce pas ce qu’Angèle propose continuellement - et en cela elle nous rejoint tous, quel que soit notre choix de vie - en mettant sous nos yeux les paroles et les gestes du Christ, chaque fois qu’elle propose une attitude évangélique d’humilité, de douceur, d’union fraternelle, d’obéissance et de pauvreté.

Pour Claire, comme pour Angèle, le Christ est lumière, Il est trésor : "Il est la splendeur de la gloire éternelle, l’éclat de la lumière sans fin" écrit Sainte Claire. Angèle de son côté évoque "sa Face resplendissante, qui réjouit tout cœur affligé" (R 5 19), "sa lumière et joyeuse splendeur de vérité" (Dern L 20). Il est, affirme Claire, "le trésor caché dans le champ du monde et du coeur humain, trésor incomparable, puisqu’il est acheté à Celui qui a fait toutes choses de rien" (Lt 3 7). C’est bien Lui "l’unique trésor", objet de notre amour (Av 5 43), nous dit Sainte Angèle.

Claire, et Angèle à sa suite, vont évoquer le réalisme des luttes à soutenir pendant notre pèlerinage terrestre : "Armez-vous de courage pour le service de Dieu" (Lt 1 13)...."Je supplie humblement votre majesté ...de vous rendre vous-même toujours plus courageuse dans le service de Dieu, de progresser sans cesse en vertu, afin que Celui que vous aurez servi de tout votre cœur daigne vous donner la récompense que vous souhaitez" (Lt 1 31-32). "...Puisses-tu, reine du Roi du ciel, être chaque jour davantage embrasée de la ferveur de cet amour" (Lt 4 27). Comment ne pas voir dans le Prologue de la règle d’Angèle une réminiscence des paroles de Claire ? "Efforcez-vous de tout votre pouvoir de vous conserver dans l’état où Dieu vous appelle et de chercher et vouloir tous les moyens et toutes les voies qui sont nécessaires pour persévérer et progresser jusqu’à la fin" (R Pr 9-10). "Allons, courage donc ! Embrassons tous cette sainte Règle que Dieu, par sa grâce, nous a offerte et... comportons-nous si virilement que nous aussi, nous puissions retourner glorieusement dans la patrie, où de la part de tous, au ciel et sur la terre, grande gloire et triomphe éclateront pour nous." (R Pro 29-31).

Même les ruses du Malin ne pourront venir à bout de ceux qui se confient au Christ : Claire dit à Agnès, "Tu triomphes d’une manière terrible et surprenante des ruses de l’ennemi." (Lt 3 6)...Angèle ne cache pas non plus le combat à mener contre l’ennemi : "Notre adversaire, le diable, ne dort pas non plus, lui qui jamais ne se repose, mais toujours... il guette et cherche comment il pourrait dévorer l’une de nous." (R Pro 21) Mais, comme Claire, elle est assurée de la victoire finale : "Pourtant, vous ne devez pas vous effrayer pour cela : car si vous vous efforcez de vivre comme il est demandé..., j’ai cette foi et cette espérance, fermes et inébranlables en l’infinie bonté de Dieu : non seulement nous surmonterons facilement tous les périls et adversités, mais encore nous les vaincrons avec grande gloire et grande joie." (R Pro23-25)

Comme Claire, Angèle se nomme à plusieurs reprises "indigne servante de Jésus-Christ", (T et Av Prol 1). Comme Claire, elle se sent remplie d’amour maternel envers celles que le Seigneur lui a confiées. Peu de temps avant sa mort, Claire écrit à Agnès avec des sentiments maternels débordant d’affection et de joie : "Souviens-toi de ta pauvre mère et dis-toi bien que j’ai gravé ton doux souvenir d’une façon indélébile, au plus profond de mon cœur, car tu m’es chère entre toutes...Reçois mes paroles avec bienveillance et bonté ; veuille n’y voir que mon amour maternel pour toi et pour tes filles... Adieu, très chère fille, adieu à toi et à tes soeurs, en attendant le trône de gloire du très Haut" (Lt4 34-39). Nous pouvons facilement constater le parallèle entre ces paroles et celles d’Angèle, "Plus vous les apprécierez, plus vous les aimerez, ...et il vous sera impossible de ne pas vous en soucier jour et nuit, et de ne pas les avoir gravées dans votre cœur toutes et une à une, car ainsi fait et opère le véritable amour." (Av Pr 10-11). De plus, la Madre, elle aussi, nous donne rendez-vous, dans les demeures du ciel : "Nous voudrons vous voir au ciel au milieu de nous, car ainsi le voudra aussi Celui qui nous aime toutes." (Dern L 17-18)


Angèle nous dit à chacun d’entre nous : "J’ai cette foi et cette espérance, fermes et inébranlables en l’infinie bonté de Dieu : non seulement nous surmonterons facilement tous les périls et adversités, mais encore nous les vaincrons avec grande gloire et grande joie." (R Prol 23-25) Demandons-lui de nous aider à vivre nos combats quotidiens dans la paix, la confiance et la joie, à redonner courage à d’autres qui ont besoin de notre compréhension et de notre réconfort.

La Règle de Sainte Claire

Si nous trouvons dans les lettres de Sainte Claire à Sainte Agnès de Prague une source d’inspiration pour Angèle, nous pouvons constater aussi une certaine similarité avec la Règle de Claire. Celle-ci ne commande pas à ses filles, elle les exhorte, comme Angèle à plusieurs reprises (R 7 1 ; 8 1 ; 10 1). Toutes se nomment "servantes de Jésus-Christ, indignes servantes de Jésus-Christ." Claire dira que "l’abbesse est la servante de toutes ses sœurs" (R 9 3), et Angèle, dans les Avis donne ce conseil aux supérieures locales : "Considérez-vous comme ministres et servantes, pensant que vous avez plus besoin, vous, de servir vos filles qu’elles n’ ont besoin, elles, d’être servies et gouvernées par vous" (Av 1 3). Combien de fois ne nous sommes-nous pas inspirés de ces paroles, nous, parents et éducateurs !

Claire continue : "Qu’elle console les affligées. Qu’elle soit le dernier recours de celles qui sont tentées, pour que les sœurs fragiles ne succombent pas au mal du désespoir, faute d’avoir trouvé en elle le remède" (R 4 9). Et Angèle : "Si vous en voyez une pusillanime et timide, et portée à l’abattement, réconfortez-la, inspirez-lui courage, promettez-lui le bienfait de la miséricorde de Dieu, dilatez son cœur par toutes sortes de consolations" (Av 2 8).

Nous trouvons également une similarité dans les invitations à la prière liturgique : selon Claire, "les sœurs qui ne savent pas lire diront 24 Pater Noster pour Matines, 5 pour Laudes, 7 pour chacune des Petites Heures,... 12 pour Vêpres, 7 pour Complies (R 3 3). Angèle sera même plus exigeante, en y ajoutant des motivations d’ordre spirituel : Pour celles qui ne savent pas lire, qu’elles veuillent bien dire chaque jour à Matines 33 Pater noster et 33 Ave Maria en mémoire des 33 années que Jésus Christ a vécues en ce monde par amour pour nous. Puis à Prime, qu’elle dise 7 Pater noster et 7 Ave Maria pour les 7 dons du Saint Esprit. Et, de même, qu’elle en dise autant à chacune des autres heures canoniales, c’est-à-dire à Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies" (R 5 12-14).

Nous trouvons chez l’une et chez l’autre les mêmes prescriptions par rapport au Sacrement de Pénitence : "au moins 12 fois dans l’année" (R 3 11) chez Claire, "au moins une fois par mois chez Angèle" (R 7 12), qui ajoute, "en outre, nous exhortons chacune à se confesser et à communier dans sa propre paroisse aux fêtes solennelles" (R 7 13-14), donnant ainsi un témoignage public de foi et de fidélité à la doctrine de l’Eglise.

Sainte Claire ne semble pas avoir exercé une influence profonde sur Angèle dans le domaine de la pauvreté. Dans sa Règle, trois chapitres ont pour thème la pauvreté, abordée sous des angles différents. C’est sans doute le chapitre 8 « De la mendicité évangélique, de la pauvreté de chacune et des sœurs malades » qui aurait davantage de points de similitude avec le chapitre 10 de la Règle de Sainte Angèle. Claire définit l’esprit dans lequel les soeurs doivent agir : "pèlerines et étrangères en ce siècle, servant Dieu dans la pauvreté et l’humilité..." (R 8 1). Angèle est souvent représentée en pèlerine en raison des nombreux pèlerinages qu’elle a effectués, mais surtout à cause de son attitude intérieure : elle ne s’est pas attardée aux biens de ce monde, mettant tout son amour, toute son espérance et sa foi en Dieu seul.

Claire invite ses sœurs "à suivre Jésus Christ qui s’est fait pauvre en ce monde. La pauvreté est une grandeur qui a établie les soeurs héritières et reines du Royaume des cieux, les a rendues pauvres en biens terrestres, mais riches en vertus" (R 8 2). Elle exhorte ses filles à reconnaître que toute richesse vient de Dieu et se trouve en Dieu. Angèle y fait écho en disant que "c’est en Dieu que l’homme a tout son bien... et avec Dieu il a tout" (R 10 6).

Claire n’a pas de chapitre spécifique sur l’obéissance. Au chapitre 9 de sa Règle, elle donne l’esprit qui doit animer l’abbesse : "qu’elle visite et avertisse ses sœurs ; qu’elle les corrige avec humilité et charité, ne leur commandant rien qui soit contre leur conscience" (R 9 1.).Angèle emploie le même terme, visiter. La colonelle sera animée par le même esprit « d’humilité et de charité », ne voulant rien obtenir par la force et la contrainte, agissant avec bonté et charité. Vous reconnaissez là des principes importants dans l’œuvre d’éducation des jeunes.

Ces aperçus dénotent une influence certaine des expressions de Claire sur Sainte Angèle. Cependant, nous ne pouvons nous en rester là : Angèle se montre libre par rapport à François et à Claire, même si elle utilise leurs expressions. La Madre va approfondir, expliquer, donner des motivations aux différents points qu’elle propose pour mener une vie évangélique. Nous abordons donc un autreaspect : celui de l’originalité d’Angèle par rapport à son héritage franciscain.


Originalité d’Angèle par rapport à son héritagefranciscain


Conception de l’obéissance


Pour François, l’obéissance est œuvre d’amour : "Les frères se souviendront que par amourde Dieu, ils ont renoncéà leur volonté propre" (R10). Sainte AngèleMérici ,de son côté,place tout de suite l’obéissance dans la perspective d’imitation du Christ qui "n’est pas venu faire sa volonté mais celle du Père qui l’a envoyé" (R 8 3). C’est la grande lumière, qui rend bonne et acceptable tout ce que nous faisons (R 8 4). Et la Madre ajoute encore que "l’obéissance vaut mieux que tous les sacrifices" (R8 5) et qu’"il n’y a rien de bon en dehors de l’obéissance" R 8 6), c’est-à-dire que si notre vie est réellement orientée par le désir d’accomplir la volonté du Père, dans les circonstances concrètes, grandes et petites,qui fontpartie du plan providentielde Dieu sur nous, toutes nos actions prennent un poids d’éternité.

Sainte Angèle Mérici précise où trouver ces reflets concrets de la volonté du Père, depuis les commandements de Dieu et de l’Eglise, jusqu’aux lois et aux gouverneurs des Etats. Mais, surtout, dit-elle, il faut "obéir aux conseils et inspirations que l’Esprit Saint nous envoie continuellement au cœur, parce que l’Esprit Saint est Celui qui nous enseigne toute vérité" (R 8 14-16). Discerner l’action de l’Esprit Saint dans nos vies n’est certes pas facile. Angèle Mérici y met des conditions : "la conscience purifiée", c’est-à-dire, un cœur dégagé des sentiments et des attitudes négatives que nous portons tous en nous... Ce dépouillement est œuvre d’amour, car il nous mène à préférer les autres à nous-mêmes, ce qui est signifié par l’expression d’Angèle Mérici "obéir à toute créature pour l’amour de Dieu" ( R 8 17).

Pauvreté

Pour François, la pauvreté inspire toute sa vie. Elle comprend les biens du corps, de l’intelligence, du cœur, non pas par mépris des créatures, mais comme moyen par excellence qui rend disponible pour les richesses du Royaume de Dieu. Il s’agit d’une pauvretéradicale, soufferte jusqu’à la Croix,à laquelle correspond la « joie parfaite » dans le Seigneur.

Ce fils de marchand exige le renoncement aux objets de valeur et à l’argent, à toute forme de propriété d’immeubles ou de terrains. Le sommet de la pauvreté est de demander l’aumône. "Ils ne doivent pas en avoir honte, car le Seigneur s’est fait pauvre en ce monde" (R 6). Il fait exception par rapport à l’argent seulementpour les malades, et pour acheter des vêtements pour les frères "selon les lieux et les temps et les pays froids" (R 60).

Sainte Angèle pratiqua une pauvreté héroïque dans le vêtement, la nourriture,(mangeant rarementde la viande, mais surtout deslégumes),dans les meubles, dormant par terre sur une natte, avec un morceau de bois comme oreiller, ou, à Sainte Afre, sur une chaise. Mais tout cela, elle ne l’a jamais imposé aux membres de la Compagnie. Par contre, elle insiste d’une manière bien plus profonde sur la pauvreté spirituelle "par laquelle l’homme dépouille son cœur de toute affection et espoir dans les choses créées et met en Dieu tout son bien et se voit hors de Dieu pauvre de tout" (R 10 3-6). Cette pauvreté spirituelle radicale est fondée sur un abandon total à la Providence paternelle de Dieu, qui, "Lui seul, ne veut que notre bien et notre joie" (R 10 18).

Elle ne défend pas de posséder des biens et de l’argent ; ceux-ci doivent être reçus avec gratitude comme une bénédiction de Dieu et pour aider les sœurs dans leurs besoins spirituels et matériels.

Angèle va rappeler la béatitude de la pauvreté, "Bienheureux sont les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux" (R 10 7). Si elle demande de ne pas mettre son plaisir "dans la nourriture et les satisfactions de la table, ni dans ses parents et amis, ni en soi et en ses propres ressources et en son propre savoir, c’est en vue de chercher d’abord le Royaume de Dieu (parce que) toutes les autres choses leur seront offertes" (R 10 14). En d’autres termes, elle rappelle que notre finalité est en Dieu et que les personnes et les choses sont des tremplins pour aller jusqu’à Lui. Elle nous invite à nous abandonner à la Divine Providence : "Ne soyez pas empressés à chercher ce que vous devez manger et ce que vous devez boire, votre Père céleste sait bien, lui, que vous avez besoin de toutes ces choses ; comme s’il disait clairement : ne vous tracassez au sujet d’aucun de vos besoins temporels, car Dieu, et lui seul, sait, peut, et veut y pourvoir, lui qui ne veut que votre seul bien et votre seule joie." (R 10 14-18). Ainsi, Angèle Mérici insiste sur la pauvreté spirituelle, qui exige aussi une certaine pauvreté matérielle, tandis que Claire insiste sur la pauvreté matérielle qui doit conduire à la pauvreté spirituelle.

Virginité et chasteté

Dans leur mode de vie, il y avait forcément des contacts entre des hommes et des femmes. Saint François demande expressément de ne pas demander des conseils aux femmes, ni de les fréquenter, ni d’entrer dans leurs monastères. Angèle Mérici approfondit la notion de virginité dans un contexte d’amour et de liberté, "faisant volontairement à Dieu le sacrifice de son propre cœur" (R 9 2). Elle incite à une maturité dans la manière de penser, d’aimer, de se comporter avec les autres. N’oublions pas le contexte corrompu et laxiste de la Renaissance.

L’analyse des écrits des deux fondateurs montre que si la pauvreté est au centre pour François, pour Angèle, le centre se trouve dans la virginité qui exige un amour inconditionné pour le Christ.

L’accent diffère : François veut offrir à tous la grâce de vivre en pauvreté évangélique, Sainte Angèle Mérici, veut rendre possible à des femmes vivant dans le monde, la grâce de vivre leur donation au Christ dans la virginité, mais ses exhortations s’adressent à tous ceux qui désirent, comme elle, suivre les exemples et l’enseignement du Christ, tels que l’Evangile nous les révèle. Les deux vertus ont une dignité royale. François parle de la "pauvreté royale qui vous a rendus héritiers et rois du royaume des cieux (R 6). Angèle Mérici rappelle à ses filles que nous sommes appelées à être des reines glorieuses dans le ciel" (R Prol 17).

L’un tire sa joie parfaite de la pauvreté ; l’autre d’un cœur aimant qui a tout donné à Celui qu’elle aime. De plus, avec réalisme, la Madre évoque tout ce qui peut ternir cette joie par des défaillances dans nos rapports avec le prochain : murmures, jalousies et envies, orgueil, mauvaise volonté, mauvais rapports.

La prière
Les deux étaient de grands priants, et vivaient d’une union habituelle avec Dieu. Cela se traduisait dans leur vie par une manière d’être sereine, humble, simple et infatigable à l’égard du prochain.

Angèle distingue entre prière vocale et prière mentale, et développe ce qu’elle entend par prière mentale. Elle rappelle que "par la prière on obtient la grâce de la vie spirituelle" (R 5 4), et qu’il faut toujours prier Dieu d’âme et d’esprit à cause du besoin continuel que l’on a du secours de Dieu (R 5 5). Elle exhorte, "pour donner matière à l’oraison mentale et s’y exercer chaque jour, à dire dans le secret de son cœur" (R 5 15)... et là suit un modèle de prière qui inclut toutes les attitudes fondamentales que nous pourrions avoir devant Dieu. Angèle y exprime non seulement une prière de louange pour la beauté de la création, mais aussi le sens profond de sa propre misère, la supplication pour obtenir la grâce du pardon pour elle-même et pour les autres, une attention vive à la Passion du Christ, au Sang et au Nom du Christ, le désir de participer à sa souffrance rédemptrice, le regret d’avoir aimé et servi Dieu si tard. Elle termine sa prière en donnant tout ce qu’elle est, tout ce qu’elle possède et elle les dépose "en offrande aux pieds de sa Divine Majesté" (R 5 42).

Les deux fondateurs proposent des jours de jeûne prolongés, mais Sainte Angèle, comme Sainte Claire d’ailleurs, les subordonne au discernement des supérieurs, le père spirituel et les gouvernantes de la Compagnie. Ces jeûnes qui peuvent paraître excessifs aujourd’hui doivent être situés dans le climat spirituel de l’époque. Le Pape Clément VII lui-même ne disait sa Messe en semaine qu’une fois tous les 15 jours, mais il jeûnait quasi tous les jours...

Eucharistie et Pénitence

Eucharistie et Pénitence furent les thèmes de prédication les plus répandus par la « Nouvelle Observance » durant la Renaissance. François avait personnellement un grand amour pour l’Eucharistie. Son Testament comporte ce joyau : "nous t’adorons très saint Seigneur Jésus Christ, ici et dans toutes les églises du monde... Je ne vois rien corporellement dans ce monde du très haut Fils de Dieu, sinon son très saint corps et son très saint sang."

Quant à Sainte Angèle, nous nous rappelons que ce fut sa dévotion envers l’Eucharistie qui l’incita à entrer dans le Tiers-Ordre, afin de pouvoir communier plus souvent. D’après Bellintani ce fut ce même motif qui détermina sa décision de rester à Brescia, lorsque sa mission de consolation auprès de Catarina Patengola fut terminée. De son côté Gallo nous rapporte qu’elle passait toutes ses matinées en prière, entendant toutes les Messes qu’elle pouvait. Lorsqu’elle se rendit à Sainte Afre vers la fin de sa vie, elle pouvait, de sa chambre, voir la lampe qui brûlait dans le sanctuaire et y passer de longues heures d’adoration, discrètement, sans devoir traverser l’église. Avant le Concile de Trente, elle avait pénétré la belle réalité théologique du Sacrifice eucharistique : "là se trouve tous les mérites de la Passion du Christ, et plus on y assiste avec foi et dévotion, plus on participe à ses mérites bénis" (R 6 3-4)... La dévotion actuelle n’aime pas beaucoup parler de mérites, y trouvant un manque de gratuité. Cependant, dans la pensée d’Angèle, les mérites représentent les grâces que le Christ nous a acquises sur la croix, les témoignages de son amour pour toute l’humanité et pour chacun en particulier.

Elle préconisera en outre l’assistance quotidienne à la Messe, la confession et la communion tous les mois, ainsi que dans sa propre paroisse les jours de fête. En réaction à la thèse luthérienne qui laissait tomber les sacrements, elle les met en relief, ne craignant pas d’aller à contre-courant de son entourage. Angèle Mérici va encourager la confession au moins mensuelle, car elle assure qu’elle est "le remède nécessaire aux plaies de nos âmes" (R 7 1). En outre, elle va donner toute une catéchèse sur la nature du Sacrement et sur la manière de s’y comporter.

L’amour fraternel
François avait demandé aux frères de se garder de "tout orgueil, vaine gloire, envie, avarice, soin et sollicitude pour ce monde, des mauvais rapports et des murmures" (R 10). Claire ajoute à cette liste de François, la discorde et la division (R 10), Et elle demande que les Sœurs "aient soin de toujours conserver entre elles l’unité et la charité mutuelle, car la charité est le lien de la perfection" (R 10 5). Dans son Testament, elle propose un amour fraternel concret, "aimez vous les unes les autres de l’amour dont le Christ vous a aimées. Et cet amour que vous possédez à l’intérieur de vos âmes, manifestez-le au dehors par des actes, afin que, stimulées par cet exemple, toutes les sœurs grandissent toujours dans l’amour de Dieu et dans l’amour les unes pour les autres" (T 18). Pour Angèle Mérici, l’union fraternelle est longuement décrite et explicitée. L’union et la concorde, elle les demande, même si cela devait lui coûter la vie - "en vous priant même avec mon sang", dit-elle. Elle évoque l’estime, l’entraide, le soutient fraternel "en Jésus-Christ" (Dern Avis 1), car c’est Lui qui unit toutes "les filles et sœurs très chères par son sang" (Av 1 1). Ce sont cette union et cette concorde qu’il faut "désirer, rechercher, embrasser, retenir de touts ses forces".(Dern Av 11-14) Même au milieu des difficultés, voire des persécutions, l’union fraternelle les rendra fortes "comme une tour inexpugnable" (Id 15-17). Et Jésus-Christ sera présent au milieu d’elles pour les aimer et les guider "comme un père et un bon pasteur" (Dern L 9). Leur amour mutuel sera le signe de cette présence, car "lui-même le dit : en cela le monde connaîtra que vous êtes des miens, si vous vous aimez toutes ensemble" (Dern L 11).


Aujourd’hui, dans un monde de tensions, de haine et de violence, comment vivons-nous concrètement du charisme d’Angèle en faveur de l’union et de la communion ?
Jésus-Christ est là, au milieu de nous, pour nous aider à être accueillants et disponibles, à avoir un regard positif sur les personnes, sachant que chacune est aimée de Dieu. Trouver un moment où nous avons eu cette attitude, avec qui ? de quelle manière ?

A la fin de notre parcours, nous pouvons constater que François et Claire ont eu une grande influence sur Angèle, mais que dans ses Ecrits Angèle a voulu faire une œuvre personnelle, fruit de son expérience, de son sens spirituel et de l’évaluation qu’elle a poursuivie avec ses sœurs, selon le témoignage de Cozzano. Malgré des affinités notables avec l’esprit franciscain, elle n’a pas choisi de mettre son institut sous le patronage d’un saint franciscain. D.’ailleurs nous nous rappelons sa requête au Saint Père de ne pas être enterrée dans un cimetière franciscain, comme le comportait son engagement de tertiaire. Selon les temps et les lieux, dans un contexte différent, sous l’inspiration du Saint Esprit, Angèle a voulu donner à ses filles, à nous tous, des conseils de sagesse spirituelle.

Ainsi, son originalité consiste en un souci de formation qui dépasse le niveau des prescriptions. En cela elle devient pour tous ceux qui veulent, comme elle, vivre de l’esprit de l’Evangile, un guide sûr et attentif, nous animant par ses conseils, sa prière, et, surtout, sa présence parmi nous.

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Pour aider notre réflexion et notre prière :

1 - Arrêtons-nous quelques instants, et demandons-nous, à la lumière du vécu de François d’Assise et d’Angèle Mérici, quel témoignage nous donnons aujourd’hui, là où nous nous trouvons, dans les circonstances difficiles que nous éprouvons ?

Chacun d’entre nous reçoit un appel particulier pour transmettre à ceux qui l’entourent un peu plus d’amour, un peu plus de paix, un peu plus de foi et d’espérance.
Cherchons un exemple où nous avons répondu à cet appel, comment avons-nous fait ?
qu’avons-nous choisi, a quoi avons nous renoncé ?

2 - Angèle nous dit à chacun d’entre nous : J’ai cette foi et cette espérance, fermes et inébranlables en l’infinie bonté de Dieu : Nous seulement nous surmonterons facilement tous les périls et adversités, mais encore nous les vaincrons avec grande gloire et grande joie. (R Prol 23-25)
Demandons-lui de nous aider à vivre nos combats quotidiens dans la paix, la confiance et la joie, à redonner courage à d’autres qui ont besoin de notre compréhension et de notre réconfort.

3 - Aujourd’hui, dans un monde de tensions, de haine et de violence, comment vivons-nous concrètement du charisme de Sainte Angèle Mérici par rapport à l’union et la communion ?
Jésus-Christ est là, au milieu de nous, pour nous aider à être accueillants et disponibles, à avoir un regard positif sur les personnes, sachant que chacune est aimée de Dieu.
Trouver un moment où nous avons eu cette attitude, avec qui ? de quelle manière ?

Conférence de soeur Marie SEYNAEVE
Ursuline de l’Union Romaine

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