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Eucharistie

Gaël m’avait invité. Il avait fallu qu’il insiste. Je n’ai, en effet, aucun goût pour un récital de musique hard. Deux mille jeunes écoutaient les hurlements des chanteurs. Ils étaient trois à alterner leurs chants hurlés, faits de cris et de frémissements d’orgasme. Le tout inondé de lumières violentes et changeantes sur scène, et de fumée dans la salle. La foule des jeunes imitait leurs idoles aux longs cheveux qui gesticulaient dans tous les sens. Je me suis retenu plusieurs fois au strapontin pour ne pas partir. J’ai tenu à rester pour comprendre, et communier à la détresse de ces jeunes qui cherchaient là, de façon paradoxale, ce qui comble de temps à autre leur vide immense, leurs attentes inassouvies. Le bruit et l’alcool joints au tabac ne pouvaient qu’accentuer cette soif d’autre chose.


Et je pensais à l’Eucharistie...

« A la messe, je me fais chier », me lançait dernièrement un jeune chrétien, au milieu de centaines de ses copains et copines qui applaudirent aussitôt cette remarque aussi brutale que triviale. J’étais plutôt gêné. Mais je pense que les prêtres présents entendirent comme moi. C’est pas une fête pour moi. C’est une corvée, loin de mon langage de jeune et de mes préoccupations. J’ai besoin qu’on m’entende. Le Christ m’attire. Mais le moment le plus important, où il est là, n’est pas, pour nous, fête, joie.

Aucun moment de la vie d’un chrétien n’est pourtant plus grand que ce moment-là. C’est l’heure de l’amour qui descend. C’est l’heure de la communion totale entre ceux et celles dont les yeux sont tournés vers l’autel. Tout part de là et doit s’y rassembler.

« Si ton Dieu est vraiment là présent, tu ne devrais plus jamais quitter l’autel », me disait magnifiquement un loubard, qui me demandait ce qu’il y avait dans l’hostie et le vin de la messe.

Je ne comprendrai jamais bien ce miracle quotidien qui passe par mes lèvres et mes mains Dieu qui vient quand je l’appelle puisque j’ai reçu ce pouvoir. Célébrer l’Eucharistie c’est, ensemble, avoir un avant-goût du royaume de Dieu qui vient.

On peut croire que c’est facile de célébrer l’Eucharistie.
Erreur ! Si on s’investit dedans, si on veut la faire bien partager à ceux et celles pour qui nous la célébrons, alors on vit une heure phare, intense, où chaque mot est vie, lumière, chaleur.
Un repas de fête est toujours nouveau, le maître de maison s’ingéniant à le rendre agréable pour tous.
Pas facile, durant une Eucharistie, d’avoir une parole neuve.
Et pourtant, cette parole que le prêtre a le premier devoir de dire va donner le ton, la force, l’union indispensable qui rassemblera.
Pas facile de faire entrer les autres dans une liturgie adaptée pour qu’ils en partent enrichis et heureux.
Et pourtant, je sais que faire descendre l’amour dans mes mains nues, c’est ce que je peux faire de plus beau et de plus grand depuis vingt-trois ans.

Je me souviens de mes premières messes au Sahara. En camp de vacances, je me retirais de la borde de jeunes musulmans avec qui je campais pour célébrer, seul, assis sur le sable avec comme ornement un burnous et mon étole. A même le sable, sur un tissu immaculé, le calice et la patène. Quelques-uns parmi les jeunes s’approchaient à une dizaine de mètres et, silencieux, regardaient. Messe sur le monde, dans le décor fabuleux des dunes, à perte de vue.
Maintenant, je célèbre pour des chrétiens, souvent avec quelques loubards à proximité. Comme en Algérie, à quelques mètres, ils regardent en silence.
Face aux sollicitations de violence, d’égoïsme et de gesticulation qui envahissent le monde, la plus grande prière du chrétien, qui est l’Eucharistie, appelle à l’amour, à la paix, à la réconciliation, à la miséricorde.
Au bruit qui divise, sépare et empêche la réflexion et tout retour sur soi-même, cette prière appelle au silence, à la méditation, au rassemblement.

Célébrer le Jeudi Saint
avec mon évêque et la foule des prêtres
disséminés dans l’immense nef de Notre-Dame de Paris
est un temps très fort.

Fête de l’amour, le Jeudi saint visualise l’union de tous et de toutes autour du Christ, cri rappelant qu’il y a deux mille ans le Seigneur, entouré de ses douze apôtres, a voulu rester définitivement parmi nous dans le seul moment quotidien qui rassemble : le repas.

Certains loubards ont pris pour habitude de me souhaiter ma fête ce jour-là.
Ce sont les plus beaux voeux que j’aie jamais reçus

Guy Gilbert

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