Bouton Menu Mobiles

Accueil > Prier > Formation à la prière > Prières > Prier la Vierge Marie > La Beauce à Marie

La Beauce à Marie

Présentation de la Beauce à la Vierge Marie

Charles Péguy

 

Etoile de la Mer,
voici la lourde nappe,
Et la profonde houle
et l’océan des blés
Et la mouvante écume
et nos greniers comblés,
Voici votre regard
sur cette immense chape.


Un sanglot rôde et court

par delà l’horizon.

A peine quelques toits

font comme un archipel.

Du vieux clocher retombe

une sorte d’appel.

L’épaisse église

semble une basse maison.


Vous nous voyez marcher

sur cette route droite,

Tout poudreux, tout crottés,

la pluie entre les dents.

Sur ce large éventail

ouvert à tous les vents

La route nationale

est notre porte étroite.


Nous allons devant nous,

les mains le long des poches,

Sans aucun appareil,

sans fratras, sans discours,

D’un pas toujours égal,

sans hâte ni recours,

Des champs les plus présents

vers les champs les plus proches.

Tour de David
voici votre tour beauceronne.
C’est l’épi le plus dur
qui soit jamais monté
Vers un ciel
de clémence et de sérénité,
Et le plus beau fleuron
dedans votre couronne.


C’est la gerbe et le blé

qui ne périra point,

Qui ne fanera point au soleil de septembre,

Qui ne gélera point aux rigueurs de décembre,

C’est votre serviteur et c’est votre témoin.

Nous arrivons vers nous de Paris capitale.
C’est là que nous avons notre gouvernement,
Et notre temps perdu dans le lanternement,
Et notre liberté décevante et totale !


Nous arrivons vers vous de l’autre Notre Dame,

De celle qui s’élève au cœur de la Cité

Dans sa royale robe et dans sa majesté,

Dans sa magnificence et sa justesse d’âme.


Ce Pays est plus ras que la plus rase table.

A peine un creux du sol, à peine un léger pli.

C’est la table du juge et le fait accompli,

Et l’arrêt sans appel et l’ordre inéluctable.


Mais vous apparaissez, reine mystérieuse,

Cette pointe lâ-bas dans le moutonnement

Des moissons et des bois et dans le flottement

De l’extrème horizon ce n’est point une yeuse,


D’ici vers vous, ô reine, il n’est plus que la route.

Celle-ci nous regarde, on en a bien fait d’autres.

Vous avez votre gloire et nous avons les nôtres.

Nous l’avons entamée, on la mangera toute.


Quand nous aurons quitté ce sac et cette corde,

Quand nous aurons tremblé nos derniers tremblements,

Quand nous aurons râlé nos derniers râlements,

Veuillez vous rappeler votre miséricorde.


Nous ne demandons rien, refuge du pécheur,

Que la dernière place en votre purgatoire,

Pour pleurer longuement notre tragique histoire,

Et contempler de loin votre jeune splendeur.


Charles Péguy

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.