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Espérance

Sainte Angèle Mérici et son message d’espérance
Conférence donnée à Beaugency (Loiret) pour le 350è anniversaire de l’arrivée des Ursulines dans cette ville.


Nous sommes réunis ce matin pour fêter le 350e anniversaire de la fondation du Monastère de Beaugency. Quelle espérance le premier groupe d’Ursulines, aidé par la Mère Anne Tardif, devait-il avoir au coeur, pour entreprendre une telle construction qui allait durer et défier les siècles. Cette espérance, elles l’ont ancrée, comme Sainte Angèle Merici, dans le coeur de Dieu. L’espérance croît et se fortifie dans l’épreuve et les difficultés. Le message d’espérance laissé par Sainte Angèle Merici et les premières Ursulines est pour nous un défi devant les mutations de notre société.

Comme beaucoup de nos contemporains, Sainte Angèle Mérici avait de nombreux motifs d’être découragée, désespérée. Sa propre situation familiale, l’ambiance économique et sociale auraient pu forger en elle un tempérament morose, pessimiste. Elle aurait pu se murer dans une carapace d’indifférence apparente, se durcir dans un « quant-à-soi », centrée sur ses propres désillusions. Or, les témoins de sa vie ont remarqué, au contraire, qu’elle était de tempérament joyeux, portée à envisager l’avenir avec confiance. Quel était le secret de sa réussite ?
Dans une première partie, nous envisagerons toutes les raisons qui auraient pu l’amener à désespérer. Puis, nous verrons comment elle a réagi, face aux événements. Enfin, en troisième lieu, nous examinerons son message d’espérance pour notre temps.

 

  • I. Sainte Angèle Mérici aurait pu désespérer
    Lorsque nous nous penchons sur le tissu de la vie quotidienne d’Angèle, nous nous apercevons qu’elle aurait eu de nombreux motifs de manquer d’espérance :
    1) un foyer brisé,
    2) une insécurité face à l’avenir,
    3) un bouleversement total de civilisation.

1) Un foyer brisé
Les premières années d’Angèle Mérici furent marquées par une ambiance chaleureuse de famille nombreuse et heureuse, où on travaillait dur, certes, mais où on apprenait à s’aimer, à faire confiance en l’autre, dans un climat de foi et de sérénité. Cette situation fut brusquement arrêtée par une série de deuils, et d’abord la mort prématurée de sa soeur aînée. Celle-ci laissa Angèle désemparée. Sa soeur était-elle sauvée ? Nous savons par les registres civils que le père a dû payer plusieurs amendes en raison des bêtises de ses enfants : petits larcins, endommagements de champs voisins par négligence des troupeaux. Toujours est-il qu’Angèle est rongée par l’inquiétude.
Nous pourrions nous en étonner, si nous n’avions pas d’autres exemples de ce genre : pensons à Thérèse de Lisieux. La mort de sa mère la laissa pendant des années dans un état d’hypersensibilité et d’impressionnabilité dont elle n’arrivait pas à se corriger. Sainte Angèle Mérici , comme Thérèse plus de quatre siècles plus tard, en fut guérie par une grâce intérieure.
Entre l’âge de 16 et 18 ans, Angèle Mérici perdit son père et sa mère. S’agissait-il de maladie ? Les registres de Desenzano, son village natal, ne mentionnent pas les Merici parmi les victimes des épidémies de peste. Était-ce un empoisonnement alimentaire, fréquent à une époque où les précautions diététiques n’étaient pas connues ? Nous n’en savons rien. Angèle Mérici voit son foyer brisé. Ses frères aînés sont placés ailleurs pour gagner leur vie, la maison est désertée, et Angèle accueillie temporairement chez un oncle, Bartolomeo de Bianchis, notaire dans la commune de plaisance nommée Salo, à une quinzaine de kilomètres de Desenzano.
Selon ses propres aveux, la jeune orpheline remplit alors des tâches ménagères onéreuses : puiser l’eau, pétrir le pain, bluter le blé, faire la lessive. Cette dernière opération, telle que la pratiquaient encore nos grands-mères et arrières grands-mères était particulièrement lourde et exténuante.
Pourquoi, au sein d’une famille aisée, Angèle Mérici accomplissait-elle les travaux de la servante ? Par libre choix ? par contrainte familiale ? C’est dans ce milieu que la réalité de sa prière vers Dieu "sa seule vie", son "unique espérance" revêt des tonalités poignantes.

2) une insécurité face à l’avenir

Faisons un pas de plus : Sainte Angèle Mérici, même avant d’avoir vu son foyer disloqué, était en âge de se marier. A cette époque, la jeune fille était destinée soit au mariage soit au cloître. Angèle n’envisageait ni l’un ni l’autre. Quel avenir avait- elle ? Quelle certitude ? De quoi allait-elle vivre ? Ce Dieu qu’elle aimait, qu’attendait-Il d’elle ? Elle n’en savait rien ! Elle devint Tertiaire de Saint-François, mais cela ne constituait pas un choix d’état de vie. Des gens mariés comme des célibataires laïcs faisaient partie de la Confrérie. Angèle est dans l’incertitude par rapport à son avenir.
Nous savons que vers l’âge de 22 ans, Angèle Mérici revint à Desenzano habiter la ferme familiale. Les registres mentionnent la présence d’un frère aîné ; il s’engageait comme journalier dans les fermes avoisinantes. Sainte Angèle de son côté travaillait aux champs de la propriété familiale. C’est alors qu’Angèle reçut à Brudazzo la révélation de sa mission future. Elle confia plus tard à Romano qu’un jour, au temps de la moisson, vers l’heure de midi, alors que ses compagnes se reposaient des fatigues de la matinée et qu’elle s’était écartée pour prier, Dieu lui fit connaître ce qu’Il attendait d’elle : fonder plus tard à Brescia un groupe de consacrées, groupe qui allait s’étendre et connaître un développement dans le temps et dans l’espace.
Ensuite, pendant environ 35 ans, plus rien ! Dieu se tait. Angèle Mérici continue sa vie de prière et de pénitence sans savoir où cela la mènerait. Elle mûrit dans la prière et le silence le message reçu du ciel, mais le « Très-Haut » ne semble pas du tout pressé de le faire aboutir. Elle est envoyée à Brescia presque fortuitement, par ses Supérieurs capucins, mais là aussi, pendant environ 20 ans la fondation ne semble pas se réaliser ; l’idéal entrevu paraît inaccessible.
A Brescia, on commence à lui demander conseil pour des décisions importantes, comme le choix d’un état de vie, d’un conjoint, la manière de faire son testament. On lui demande d’intervenir dans des cas sociaux, de mettre la paix entre les familles. Même des théologiens lui demandent des éclaircissements sur l’Ecriture Sainte. Un chef d’état, le Duc de Milan, vient la consulter, et après lui, les nobles de sa cour. Rien ne préparait Sainte Angèle Mérici à cela. Comment la petite campagnarde de jadis qui savait lire, certes, mais qui ne savait pas écrire, qui n’avait reçu aucune éducation formelle, pouvait-elle se situer devant de telles responsabilités, elle qui aimait se nommer « indigne servante de Jésus-Christ » ? Il y avait de quoi désespérer devant une tâche humainement trop lourde pour elle !
Et puis, cette fondation ? Bien sûr, à partir de 1530 environ, des jeunes commencent à la fréquenter, désirant partager son idéal de vie. Mais Angèle hésite toujours, attend, se sent trop incapable pour une telle oeuvre. Cozzano, son confident et secrétaire des dernières années, nous dit que Dieu a dû intervenir fortement pour la pousser à agir, "lui crier dans le coeur", dit-il, tellement elle se considérait inadéquate à remplir la mission qui lui était confiée.

3) BouleversementS de la civilisation
A ces raisons personnelles d’insécurité s’ajoutent l’état de décadence de l’Église, (Alexandre VI Borgia est contemporain d’Angèle Mérici), des monastères peuplés de religieux et religieuses sans vocation, la désorganisation des paroisses, l’ignorance religieuse, l’absentéisme des Évêques, la perte de la foi, la lutte stérile entre théologiens de diverses tendances, la croissance de la superstition et de la sorcellerie, la déchirure de l’Église suite à la Réforme, la désaffection des Sacrements. Comment faire une fondation et regrouper un noyau fervent dans de telles circonstances ?
D’ailleurs, toute la péninsule italique est en effervescence, ravagée par des troupes de toute provenance, convoitée par les souverains français, espagnol, germanique, par la puissance économique et politique de Venise, par les États Pontificaux. Le bassin méditerranéen est menacé par l’expansion turque. Les guerres laissent derrière elles leur cortège habituel de haine, de vengeance, d’immoralité, de maladies. Comment espérer dans une ambiance pareille ?
L’instabilité politique dû à cet état de guerre constant est encore aggravée par des fléaux naturels : tremblements de terre, qui détruisent des villes entières, inondations qui anéantissent les cultures et provoquent la famine, irrégularités du climat avec des vagues extrêmes de froid, de chaleur, de pluies intenses. Quelles sécurités pour l’avenir ?
Au plan social, l’écart entre les riches et les pauvres s’accentue. Les dépenses somptueuses crient scandale à côté des démunis de plus en plus nombreux : des hordes d’enfants abandonnés et sans avenir se constituent en bandes pour se défendre, voler pour vivre. La violence reste impunie ; c’est la règle du chacun pour soi. Comment vivre dans une insécurité pareille ?
Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour établir des parallèles entre notre époque et celle d’Angèle Mérici. Mêmes crises économique, politique, sociale, religieuse. Même ambiance de défaitisme. Et pourtant, nous voyons, à chaque étape, Sainte Angèle Mérici soutenue par sa foi et sa confiance en Dieu, réagir d’une manière positive, espérant de Lui le secours dont elle a besoin, Lui, sa « seule voie », son "unique espérance". Regardons dans le concret ses réponses personnelles à toutes ces incertitudes. Ce sera notre deuxième partie.

  • II. Sainte Angèle Mérici réagit avec confiance et espérance

Angèle adolescente est incertaine du salut de sa soeur. C’est Romano qui le raconte, lors de l’ouverture du procès de béatification à Brescia :
« Elle désirait savoir si l’âme de sa soeur était montée jusqu’à la possession de la gloire éternelle et adressait au Seigneur des prières quotidiennes à ce sujet ». Sa réponse devant l’inquiétude : la prière quotidienne, habituelle, une prière confiante, à laquelle Dieu répondra par une assurance qui lui rendra sa joie : "Un jour, alors qu’elle se trouvait près de Desenzano, dans un petit champ de sa propriété - le "Machetto", où une chapelle en son honneur existe encore aujourd’hui - et qu’elle priait pour sa soeur selon son habitude, voici que vers le milieu du jour elle vit dans les airs un cortège d’anges. Parmi ceux-ci se trouvait l’âme de sa soeur bien-aimée, tout heureuse et triomphante. Et soudain l’armée des anges disparut. L’image demeura dans l’esprit d’Angèle Mérici. C’est pourquoi, pensant continuellement à cette vision, elle s’appliquait avec d’autant plus d’ardeur aux jeûnes, aux abstinences et aux prières" (R 6).
Angèle se trouve à Salo, arrachée à son milieu natal. Ce dont elle est sûre, c’est qu’elle veut se donner au Seigneur. Mais comment ? Sa situation de jeune femme célibataire était inhabituelle pour son époque. Au lieu de se morfondre de sa singularité, Angèle Mérici, sans souci du « quand-dira-t-on », réagit avec fermeté, devint Tertiaire de Saint François.
Ses biographes nous disent qu’ainsi elle pouvait justifier plus facilement sa vie de prière, sa réception des Sacrements, plus fréquente que la norme habituelle, son austérité de vie. Elle suit François à la lettre, s’habille pauvrement de bure, prend l’habitude de dormir sur une natte, se contente d’une nourriture simple, mange peu .de viande, comme ses contemporains les plus pauvres. Elle attend du Seigneur, comme elle le dira plus tard, une autre consolation et une autre espérance.
Quant à sa mission future, elle remet au Seigneur et à Lui seul la réalisation. De retour à Desenzano, elle se mêle à la vie agricole, continue sa vie simple et laborieuse. D’après Bellintani, une jeune fille se joint à elle, désireuse de partager son mode de vie. Celle-ci mourut quelque temps après, laissant Angèle à nouveau seule. La fondation n’était pas pour demain !
A partir de 1512, Sainte Angèle partage le sort de ses concitoyens, vit avec eux les souffrances causées par les troupes du Cardinal d’Amboise, exerçant sur la contrée une domination violente, faite de confiscations et d’exécutions. La maison des Grezze, qu’elle habite, se trouve près de la route qui relie Vérone à Venise, route empruntée habituellement par les armées qu’elle voit passer avec leur redoutable main-mise sur les troupeaux et les récoltes. Angèle met son espérance en Dieu.
En 1516, Sainte Angèle Mérici est envoyée par ses Supérieurs capucins à Brescia. Après quatre années de siège, elle trouve une ville appauvrie, au commerce ruiné, à l’approvisionnement difficile. On lui confie une mission de consolation auprès d’une noble veuve, Catherine Patengola ; celle-ci vient de perdre son mari, ses deux fils, sa belle-fille lors des invasions successives que connut la ville. Comment consoler quelqu’un qui vit une telle détresse ? N’est-ce pas une tâche surhumaine ?
Pour y parvenir, Angèle Mérici consent à changer toutes ses habitudes, à s’acclimater à la grande ville avec ses bruits, ses odeurs, ses horizons limités, à se couper de sa famille, de ses amis, à vivre chez une patricienne, elle, l’humble paysanne. Elle se confie à Celui qui est sa "seule vie", son "unique espérance". Et... elle réussit ! Au bout d’un an, Catherine a retrouvé sa sérénité.
Angèle peut alors s’installer ailleurs, chez Romano, un jeune marchand de drap, qui la considère un peu comme sa mère, et qui vit dans le quartier de Sainte Agathe, aux confins du monde des riches et des pauvres de la ville.
Elle se trouve donc à Brescia, providentiellement, sans l’avoir cherché. Mais de la mission entrevue 20 ans plus tôt, il n’en est pas question... pas encore.
En 1524, Sainte Angèle Mérici se rend en Terre Sainte. Une épreuve inattendue l’attend : Lorsque le navire fait escale en Crète, elle est frappée de cécité presque totale. Et c’est ainsi qu’elle va visiter les Lieux Saints, revivant avec une intensité intérieure exceptionnelle les différentes étapes de la vie du Christ, qui s’est déroulée en ces lieux. Comment entrevoir une fondation avec cette épreuve de santé ? Angèle Mérici s’abandonne, reçoit une certitude intérieure qui la confirme en sa mission, en priant au Mont Calvaire, certitude que rien n’ébranlera :
Ni la poursuite de musulmans armés, dont il faudra se cacher pendant une semaine, ni neuf jours de tempête en mer, qui faillit engloutir le navire (ses compagnons attribuèrent d’ailleurs à sa prière le fait d’en être sortis sains et saufs), ni la fuite devant la flotte turque, réussie grâce à un vent favorable.
Ces dangers écartés, il en restait un plus grand encore, d’ordre moral. A Venise, au retour du pèlerinage, les gouverneurs de la ville lui proposent un poste, nous dirions de "responsabilité pastorale", au sein des oeuvres de bienfaisance. Que choisir ? une responsabilité certaine, immédiate, un bien assuré à accomplir ? ou une mission dont elle ne sait encore rien, sinon que Dieu la lui confie ? Remplie d’espérance et d’assurance, Angèle Merici décline l’invitation. Dieu l’attend à Brescia. Elle recevra la même invitation à Rome, de la part du Pape Clément VII, et, dans le Milanais, de la part de Francesco Sforza, Duc de Milan. Elle donnera la même réponse : Dieu l’attend ailleurs.
En 1529, Angèle connaît l’exil : les armées de Charles Quint approchent, semant la terreur et la destruction sur leur passage. Les Brescians, se souvenant des horreurs des invasions précédentes, sont affolés, fuient la ville.
Angèle Merici la quitte aussi pour se rendre à Crémone avec une famille amie, celle des Gallo. Arrivée là, elle tombe gravement malade. Selon toute apparence, elle va vers sa mort. Un ami maladroit, Girolamo Patengola, lui lit l’épitaphe qu’il compte faire graver sur sa tombe. Nous aurions dit : "Déjà ? Mais ma mission n’est pas accomplie ! » Sainte Angèle ne ressent que la joie de se trouver enfin dans l’éternité bienheureuse auprès de Celui qu’elle a cherché et servi toute sa vie. Elle le dit avec conviction à son entourage. Toute son espérance est en Celui qui vient à sa rencontre. Mais, ce n’est pas encore son heure ! Quelle déception ! Elle se voit revivre ! Elle en pleure et s’emporte contre celui qui lui a fait croire qu’elle était mourante.
Il lui reste 10 années à vivre, 10 années où elle devra préparer, accomplir, consolider sa mission d’offrir une nouvelle forme de vie consacrée à l’Eglise. Sa nouveauté suscite des critiques. Nous les connaissons par son secrétaire Cozzano : On disait : "L’oeuvre ne tiendra pas, d’ailleurs il y a surtout de petites servantes qui en font partie. Il n’y a aucune garantie pour l’avenir". Ou bien, "Quelle présomption, par les temps qui courent, que de laisser des jeunes filles dans leur famille ou dans leur lieu de travail, sans la protection et l’appui de leur père ou de leur mari." Ou encore, "Pour qui se prend-elle, cette Angèle Mérici, de vouloir faire autrement que les grands saints comme Benoît, François, Dominique, qui ont mis les femmes bel et bien en clôture ? Quelle audace ! Dieu ne peut bénir « un tel orgueil » ! Rappelons-nous les paroles de la prière de sa Règle, révélatrices de la souffrance d’Angèle : "L’adversité m’a été amère à cause de mon peu d’amour pour toi » (R 5, 30)
Lorsque Sainte Angèle Mérici quitte ce monde en 1540, sa mission est accomplie, mais son oeuvre n’a que 5 années d’existence. Déjà la Compagnie compte plus de 150 membres à former, à diriger. Tout n’est pas encore en place. De plus, Angèle pressent des tensions entre les dames de l’aristocratie à qui elle a confié l’organisation et la protection de l’oeuvre. La fondatrice doit partir en laissant les choses inachevées. Qu’importe, le Seigneur s’en occupera. "Il n’abandonnera jamais cette Compagnie tant que le monde durera. Car si c’est Lui principalement qui l’a plantée qui donc pourra la déplanter ?", dira-t-elle. (Dern. Legs, Vers 7-8)
Voilà le parcours d’espérance et de confiance de Sainte Angèle Mérici, à travers les vicissitudes de ce qu’on peut appeler à bon droit une vie mouvementée. Mais pour nous, aujourd’hui, en ce 20e siècle finissant, qu’a-t-elle laissé comme message d’espérance ? A nous qui ne voyons pas toujours l’heureuse issue de nos démarches, l’aboutissement de l’évolution tourmentée de notre époque, les conséquences des choix faits par ceux qui nous sont chers, Angèle, par l’enseignement laissé dans ses Écrits, trace un chemin de confiance. Ce sera notre dernière partie.

  • III. Enseignement de Sainte Angèle Mérici sur l’espérance


L’espérance, vertu théologale, avons-nous appris naguère, a Dieu pour objet : elle est tournée vers l’avenir, cet avenir qui est entre Ses mains, que ce soit le nôtre, ou celui de ceux que nous aimons. L’espérance nous invite à nous confier en Dieu qui "peut et qui veut nous aider". Sainte Angèle Mérici sait que les choses peuvent changer, grâce à la prière. Elle a l’assurance, qu’avec l’aide de Dieu, les personnes peuvent évoluer positivement.
Sainte Angèle lance plusieurs fois à ses compagnes un encouragement vigoureux à vivre "dans la joie, pleines de charité, de foi et d’espérance en Dieu." (R 9, v11) Elle en montre aussi les exigences : "mettre son bien, son amour et son plaisir non dans ce qu’on possède, ni dans la nourriture, ni dans sa famille, ni en soi, ni en ses propres talents, ni en son savoir, mais en Dieu seul, en sa seule Providence, bienveillante (qui nous veut du bien) et ineffable (qui nous dépasse entièrement)." (R 10, v 9-13)
Elle nous invite à "mettre notre espérance en Dieu seul et non dans aucune personne vivante", à "placer en haut nos espérances et non point sur la terre... Il ne faut pas chercher Jésus-Christ ici, en ce monde, mais au plus haut des cieux, à la droite du Père". (5e Avis 22-44) Pour elle, comme pour le Christ, le "Royaume de Dieu n’est pas de ce monde", même s’il est déjà à l’oeuvre en ce monde.
Qui est ce Dieu en qui elle nous invite à placer si haut notre espérance ?

  • 1- Un Dieu qui peut et veut nous aider
    Sainte Angèle Mérici nous invite à ne pas "perdre l’espérance", "parce que jamais nous ne serons abandonnées par Dieu dans nos besoins. Dieu y pourvoira merveilleusement " (5e Avis, v 31)
    "Ne vous tourmentez au sujet d’aucun de vos besoins temporels. Dieu seul sait, peut et veut y pourvoir, Lui qui ne veut que votre seul bien et votre joie. " (R 10, 16-18)
    "Dieu l’a ainsi décidé de toute éternité : ceux qui pour son honneur sont unis dans le bien, auront toutes sortes de prospérités et tout ce qu’ils feront tournera au bien. Car ils ont Dieu lui-même et chacune de ses créatures en leur faveur". (Dern. Av. 9)
    "Je vous assure que toute grâce que vous demanderez à Dieu vous sera accordée infailliblement". (Dern. Av. 19)
    « Ne vous découragez pas. Ayez espérance et foi ferme en Dieu, car Il vous aidera en toutes choses. » (Prol. Av14-15)
  • 2- Un Dieu qui nous invite à partaqer sa joie
    • Dès ici-bas
      "Je crois fermement et j’espère de la divine bonté que non seulement nous surmonterons tous les périls, difficultés et adversités (épreuves), mais aussi, à notre grand honneur et à notre joie, nous en sortirons si bien victorieux que nous passerons cette courte vie d’une manière tellement consolée que toute douleur et toute tristesse se changeront pour nous en joie et en allégresse, et nous découvrirons que les routes épineuses, raides et rocailleuses deviennent pour nous fleuries, planes et joyeuses. " (R Prol 25-27)
      "Certes, ils rencontreront parfois des difficultés et des tribulations, mais tout cela passera vite et se changera en allégresse et en joie. Et puis, la souffrance de ce monde n’est rien en comparaison des biens qui sont en paradis. " (5e Avis 29-30)
    • Dans l’au-delà
      C’est l’objet final de notre espérance. Être vraiment heureux, voilà le désir qui réside fondamentalement dans le coeur de l’homme. Sainte Angèle Mérici y fait fortement allusion :
      « Invitez-les à désirer les allégresses et les biens célestes, à soupirer après les fêtes joyeuses et nouvelles du ciel, ces bienheureux et éternels triomphes ». (5e Av. v3) Cette fête où nous serons tous ensemble, où toutes nos larmes auront été effacées, où nos problèmes auront disparu, où nous nous trouverons face à Dieu, comblés en tout par la tendresse de sa miséricorde.
      "Dites-leur l’heureuse nouvelle que je leur annonce de la part de Jésus-Christ et de la Madone : Combien ils doivent jubiler et faire fête, puisque dans le ciel est préparé pour tous et pour chacun, un à un, une nouvelle couronne de gloire et d’allégresse, pourvu qu’ils demeurent fermes et stables dans leurs résolutions... Et de cela ils ne doivent avoir absolument aucun doute. (5e Avis, v 24-26)
      Enfin, elle promet d’une manière particulière l’assistance du Seigneur à ses amis au moment suprême du grand passage dans l’au-delà. "Celui qui m’aime ou plutôt qui nous aime, vous accordera en outre une grâce très grande et appréciable au moment suprême de la mort, puisque c’est dans les extrêmes nécessités que se reconnaît l’amitié véritable ». (Dern. Avis, 23-24)
    • Un Dieu qui se laisse toucher par nos prières
      "En ces temps périlleux et pestiférés, vous n’aurez d’autre recours que de vous réfugier aux pieds de Jésus-Christ", (7e Av.v 27) car la prière peut obtenir un changement dans le cours des événements, dans le coeur des humains.
      Elle demande de prier pour l’Eglise "afin que Dieu n’abandonne pas son Eglise mais veuille la réformer comme il lui plaît et selon qu’il voit être meilleur pour nous ... et pour sa plus grande gloire. " (7e Avis, 24-26) Angèle n’a pas vu le Concile de Trente et le grand mouvement de contre-réforme qui s’ensuivit. Mais le Concile a commencé deux ans après sa mort.
      Devant la lourdeur de nos tâches quotidiennes, elle recommande de « prier pour qu’Il daigne vous donner la sagesse et l’aptitude nécessaires... pour consacrer toute votre application et toutes vos forces à l’accomplissement de votre devoir ». (Test Pr 20-21)
    • Dieu qui veut la croissance de l’homme
      Sainte Angèle Mérici invite à prier pour les pécheurs, pour les chrétiens qui se méconduisent... parce qu’elle espère que la prière pourra obtenir un changement, une amélioration dans leurs attitudes.
      Elle recommande aux supérieures - et nous pouvons en faire la transposition dans notre vie - d’aimer tous vos enfants également, n’ayez pas de préférence pour l’un plutôt que pour l’autre, puisque tous sont enfants de Dieu. Et vous ne savez pas ce qu’il veut faire d’eux. (8e Avis, 1-2)
      « Pouvez-vous discerner si ceux qui vous paraissent les plus insignifiants et les plus dépourvus de valeur, ne vont pas devenir les plus généreux et les plus agréables à sa Majesté ?" (8e Av.3)
      « II sait bien ce qu’Il veut faire d’eux, Lui, qui, comme le dit l’Écriture, peut changer des pierres en enfants de grâce." (8e Av.5-6)
      « Laissez faire Dieu, Il fera des choses admirables en temps opportun et quand il lui plaira » (8e Av. 9)
    • Un Dieu qui nous invite à notre tour à être des semeurs d’espérance
      "Si vous voyez quelqu’un de timide, porté au découragement, réconfortez-le, encouragez-le, promettez-lui le bienfait de la miséricorde de Dieu, dilatez son coeur par toutes sortes de consolations". (2e Av.8) Il ne s’agit pas uniquement des consolations spirituelles...

Conclusion
Au terme de ce parcours, la vie et l’enseignement de Sainte Angèle Mérici nous encouragent à "dilater nos coeurs par toutes sortes de consolations", puisque Dieu veut notre croissance et notre bien. A la lumière d’Angèle, il me plaît d’évoquer l’acte d’espérance, l’ancien et le nouveau.
L’ancien nous faisait espérer avec une ferme confiance que nous arriverions au Ciel, grâce aux mérites de Jésus-Christ, grâce à sa bonté, sa toute puissance et sa fidélité à ses promesses. Nous pourrions reprendre les paroles d’Angèle Mérici déjà citées, pour nous encourager à cette espérance.
Le nouvel acte d’espérance nous ouvre à d’autres horizons :


"J’espère en toi, mon Dieu,
Père, Fils et Esprit-Saint.
Tu nous as créés
à ton image et à ta ressemblance.
Tu nous a confié toute la création.
Tu n’abandonnes jamais l’homme
dans l’épreuve ou la tentation.
Tu es bon et miséricordieux
pour le pécheur qui se convertit.
Dans cette confiance,
je veux vivre et mourir."

A la lumière de l’enseignement de Sainte Angèle Mérici, les deux formules se complètent. Oui, Dieu nous attend dans une éternité de joie. Oui, Il nous donne les moyens de l’atteindre, par son Fils Jésus-Christ. Oui, Il attend de nous de reconnaître son image en tout homme, de travailler à améliorer la création, pour en rendre les fruits accessibles à tous les hommes. Oui, Il est auprès de nous aux moments de tentation et d’épreuve. Oui, il a les bras ouverts aux pécheurs que nous sommes, qu’Il appelle à se tourner vers Lui, à se convertir un peu plus tous les jours. Dans cette confiance, nous voulons vivre et mourir.

Sœur Marie Seynaeve
Ursuline de l’Union Romaine

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