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Epiphanie, Sermon

Bienheureux Guerric d’Igny
Sermon 2 pour l’Épiphanie.

« Lève-toi, resplendis, Jérusalem, car elle est venue, ta lumière ! »

Ce jour des lumières que nous célébrons aujourd’hui fut pour nous revêtu de lumière et sanctifié par Celui qui est Lumière de Lumière ; car en ce jour, lui qui était encore caché et inconnu, il daigna se révéler au monde pour illuminer toutes les nations.
Aujourd’hui, en effet, il se révéla aux Chaldéens au moyen d’un astre nouveau, lorsque dans ces prémices il inaugura la foi de tous les peuples.
Aujourd’hui, il se révéla aux Juifs, non plus seulement sur le témoignage de Jean, mais sur celui du Père et de l’Esprit-Saint, quand, par son baptême dans le Jourdain, il consacra le baptême de tous.
Aujourd’hui, il manifesta sa gloire devant ses disciples, lorsque, par le changement de l’eau en vin, il préfigura le mystère ineffable où, sur sa parole, la substance des êtres est changée. Aussi, prévoyant que la foi de l’Église serait illuminée par ces différentes manifestations de Dieu, l’Esprit-Saint l’exhorte en ces termes, sous la figure de Jérusalem : « Lève-toi, resplendis, Jérusalem, car elle est venue, ta lumière. »
Elle était venue, en effet, la lumière ; elle était dans le monde, et le monde fut fait par elle, et le monde ne l’a pas connue. L’enfant était né, mais il resta inconnu, jusqu’à ce que ce jour de lumière commençât à le révéler. « Ô Jérusalem nouvelle, dit par conséquent le prophète, grande cité du nouveau roi, montagne de Sion, parois de l’Aquilon – c’est-à-dire, toi qui dois être construite avec ces deux murs que sont la circoncision et l’incirconcision –, lève-toi, resplendis, car elle est venue, ta lumière ! »
Levez-vous, vous qui êtes assis dans les ténèbres ! Regardez la lumière qui s’est levée dans les ténèbres, mais que les ténèbres n’ont pas saisie ! Approchez-la, et vous serez illuminés ! Dans sa lumière, vous verrez la lumière, et l’on vous dira : « Autrefois vous étiez ténèbres ; désormais vous êtes lumière dans le Seigneur ! » Regardez la lumière éternelle, qui s’est accommodée à votre vue : celui qui habite une lumière inaccessible s’est rendu accessible à vos yeux faibles et chassieux. Découvrez la lumière dans une lampe d’argile, le soleil dans une nuée, Dieu dans un homme, la splendeur de la gloire et l’éclat de la lumière éternelle dans votre chair, ce vase de boue !

Son humanité, il est vrai, cache sa majesté, et son humble apparence dérobe sa puissance, mais les signes et les prodiges qui en jaillissent ne laissent place à aucun doute sur leur source. « Mes œuvres, dit-il, me rendent témoignage. »
Le témoignage de Jean, certes, fut grand ; il vint, comme un flambeau, rendre témoignage à la lumière. Cependant, bien plus considérable fut le témoignage céleste que le Père et l’Esprit-Saint rendirent au Fils, le Père en faisant entendre sa voix, l’Esprit en se montrant sous la forme d’une colombe ; car « la voix de deux témoins décide d’une affaire. » Mais, si l’on refuse même ce témoignage, « mes œuvres, dit-il, me rendent témoignage » ; or elles sont innombrables et incontestables. Voici donc un témoin incorruptible et irrécusable : une créature insensible devient pour ainsi dire sensible et confesse son Créateur ; elle reconnaît sa volonté et lui obéit au moindre signe.
Pouvait-on présenter aux regards des mortels un signe plus divin que celui que Jésus envoie pour annoncer l’avènement nouveau accompli aujourd’hui, avant même qu’il ne commence ses miracles ? Enfant nouveau-né, il vagit sur la terre, et il crée dans les cieux un astre nouveau ; une lumière rend ainsi témoignage à la lumière, une étoile au Soleil. Et l’étoile, se comportant non comme une étoile, mais comme un être doué de raison, guide des rois, les précède sur la route, s’arrête à son terme, leur montre du doigt, pour ainsi dire, l’objet de leur recherche ; l’éclat de son lever les conduit au lever même de la splendeur éternelle ; elle les mène de l’Orient à l’Orient véritable, la personne de Celui dont le nom est « Orient ».

Supposons que l’infidèle prétende que cette étoile n’est pas l’œuvre du Christ – pourvu du moins, qu’il y reconnaisse le témoignage du Père envers le Fils. Même alors, la multitude infinie et la grandeur des merveilles manifestement divines accomplies, sans contestation possible, par Jésus, dans la chair, mais non par la puissance de la chair, ont de quoi le convaincre.

Mais si les ténèbres couvrent la terre et l’obscurité les peuples qui, à la lumière venue dans le monde, préfèrent les ténèbres, toi du moins, resplendis, Jérusalem, cité céleste, destinée à enfanter à Dieu, de tout pays et de toute race, des fils de lumière, que la vraie lumière fera passer de la puissance des ténèbres au royaume de sa clarté !
Nous te rendons grâces, Père des lumières, de nous avoir appelés des ténèbres à ton admirable lumière. Nous te rendons grâces d’avoir, par ta parole, fait jaillir la lumière des ténèbres, et de l’avoir fait briller dans nos cœurs pour nous éclairer de la connaissance de la face du Christ Jésus.
Oui, la vraie lumière, bien plus, la vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul Dieu, et ton envoyé Jésus-Christ. Nous te connaissons, puisque nous connaissons Jésus, car le Père et le Fils sont un.
Nous te connaissons par la foi, c’est vrai, et nous la tenons comme un gage assuré de la connaissance dans la vision. D’ici là, pourtant, augmente notre foi ; conduis-nous de foi en foi, de clarté en clarté, comme sous la motion de ton Esprit, pour que nous pénétrions plus avant chaque jour dans les profondeurs de la lumière ! Ainsi notre foi se développera, notre science s’enrichira, notre charité deviendra plus fervente et plus universelle, jusqu’à ce que la foi nous conduise au face à face et que, semblable à l’étoile, elle nous guide vers notre chef né à Bethléem.
Il est ce roi d’Israël, venu de Bethléem, qui règne à Jérusalem, non pas celle d’ici-bas qui tue les prophètes et le Seigneur des prophètes, mais la Jérusalem d’en haut où ce même Seigneur, cause, force et gloire des martyrs, couronne ceux qui ont été mis à mort .

Quelle joie, quelle exultation pour la foi des mages, lorsqu’ils verront régner en cette Jérusalem celui qu’ils adorèrent quand il vagissait à Bethléem !
Ici, ils l’ont vu dans l’auberge des pauvres ; là, on le verra dans le palais des anges. Ici, dans les langes ; là, dans les splendeurs des saints.
Ici, sur le sein de sa Mère ; là, sur le trône de son Père. Assurément, très méritante fut la foi des mages bienheureux, puisqu’elle fut récompensée par une telle vision ; car, n’ayant vu en lui que faiblesse et pauvreté, elle ne s’en scandalisa pas et n’en fut pas détournée d’adorer Dieu dans cet homme, et cet homme comme Dieu.
L’étoile issue de Jacob avait sans aucun doute jeté sa lumière en leurs cœurs, elle, l’étoile du matin, l’astre sans déclin, qui avait aussi fait briller extérieurement l’étoile annonciatrice de son lever matinal.
On peut fort à propos interpréter dans ce sens le texte de Salomon : « Le sentier du juste est comme la lumière qui se lève, progresse et grandit jusqu’au plein jour. » D’abord, au lever de l’étoile, les mages entrèrent dans le juste chemin ; puis, sous sa conduite, ils progressèrent jusqu’à voir le nouveau lever de la lumière du matin ; et ainsi, ils parvinrent enfin à la contemplation de la face du Soleil de midi, étincelant au jour de sa puissance.

C’est donc avec bonheur et de façon très expressive que nous a été montré à l’avance, dans ces prémices des nations, dans ces débuts de l’Eglise naissante, le progrès de la foi en chaque âme : son point de départ, son développement, son terme ; ainsi on retrouve facilement dans les fils l’itinéraire de leurs pères.
De même qu’ils commencèrent par la vision de l’étoile, progressèrent jusqu’à celle de l’enfant, puis parvinrent à celle de Dieu, ainsi notre foi naît de la prédication des luminaires célestes, se fortifie à la vue de certaines images qui nous montrent dans un miroir et en énigme Dieu comme incarné, et parviendra à sa consommation quand les réalités véritables, présentes et dévoilées, seront vues par ceux qui contempleront face à face ce que l’on n’atteint maintenant que d’une manière peu distincte, fugitive, en énigme ; quand la foi elle-même se changera en connaissance, l’espérance en possession, le désir en jouissance.
Pour nous aussi, en effet, brillent des étoiles.
Nous en avons plus d’une, à moins qu’on ne dise que toutes ne font qu’un, car elles n’ont qu’un cœur et qu’une âme, une même foi, une même prédication, une même vie. Pour savoir quelles sont ces étoiles, interroge Daniel : « Ceux qui ont enseigné la justice à un grand nombre, dit-il, brilleront comme des étoiles dans les éternités sans fin. »
Et Paul donne aussi le nom d’astres à ceux qui brillent au sein d’une nation corrompue et pervertie. Ils portent la parole de vie comme un rayonnement emprunté à la lumière éternelle et grâce auquel on les a vus illuminer la nuit de ce monde. C’est pourquoi le Seigneur, source et principe de la lumière, en établissant sur la nuit la lune et les étoiles, leur dit : « Vous êtes la lumière du monde », et encore : « Que votre lumière brille aux yeux des hommes pour que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père des cieux. » Ils brillent par la parole, ils brillent par l’exemple, et par ce double rayon de lumière ils annoncent le lever de la lumière éternelle, manifestant par l’image de leur vie céleste l’Être céleste qu’ils prêchent de bouche.

Mes frères, regardez en haut, vers le ciel, car c’est dans le ciel qu’est leur vie.
Oui, regardez en haut et dirigez les yeux de votre âme, sinon sur le disque du soleil, du moins vers le scintillement des étoiles. Admirez la splendeur des saints, imitez leur foi, et rivalisez de sainteté avec eux. Ces étoiles brillent comme des flammes, et elles nous indiquent le lever de la lumière des lumières ; elles nous conduisent au berceau du nouveau roi, à la chambre de la vierge mère, ce qui est l’impénétrable mystère de foi ; bien plus, elles nous introduisent dans le temple du Roi, dans le sanctuaire de Dieu le Père, ce qui est la récompense inimaginable de la foi.
D’ici là, tant que nous sommes inaptes à scruter la sagesse de Dieu cachée dans le mystère et à contempler la majesté qui nous est réservée pour récompense, contentons-nous d’admirer la clarté des saints et d’imiter leur sainteté.
« Mon fils, dit le Sage, si tu convoites la sagesse, garde les commandements, et Dieu te la prodiguera. – Ne recherche pas ce qui est trop haut pour toi, et ne scrute pas ce qui dépasse tes forces, mais observe toujours ce que le Seigneur t’a ordonné. – Le commandement du Seigneur est limpide, il illumine les yeux. » Si donc tu t’habitues aux rayons de la lumière, c’est-à-dire à l’observance des commandements, tu pourras par la suite contempler de tes yeux le foyer même de la lumière.
« La lumière est douce, dit Salomon ; et c’est un charme pour les yeux de voir le soleil. » Douceur et charme, certes, mais pour ceux qui le supportent. C’est une caresse pour des yeux sains, un supplice pour des yeux malades. Et qui a l’œil assez limpide et assez pénétrant pour ne pas être aveuglé, face à ce soleil invisible ? Qui peut scruter la majesté sans être écrasé par la gloire ?
Ô Seigneur, ta clarté est merveilleuse, à la fois en elle-même et en raison de ce que je suis. Elle est en effet trop forte pour moi, depuis que la pénétration de mon regard s’est affaiblie, et je ne puis plus y atteindre comme je le pouvais en Adam. Mais peut-être serai-je en état de soutenir la lueur des étoiles, si je ne puis contempler le soleil lui-même ; et par elle, j’obtiendrai un jour la force de le regarder.

Allons, lève-toi, resplendis, mon âme, toi qui étais assise dans les ténèbres !
Regarde les astres du ciel, lève les yeux vers les monts d’où te viendra le secours, si tu redoutes de les lever vers Celui qui habite au ciel, c’est-à-dire dans ces montagnes elles-mêmes. C’est des montagnes, dis-je, que te viendra le secours, car la lumière, pour toi inaccessible, resplendit merveilleusement de ces monts éternels. Ce sont eux qui ont reçu la lumière pour le peuple, et de là elle descendra dans les vallées et les plaines qui sont à leurs pieds.
C’est pourquoi je vous dis, mes frères, que fixer ses regards sur ceux qui ont déjà reçu la lumière est une excellente initiation à la lumière, tout à fait en rapport avec notre faiblesse. La route la plus directe pour trouver Jésus est de suivre la trace lumineuse de nos Pères. « Direct est le sentier du juste, il est tout droit sous ses pas. – Qui suit le juste ne marche pas dans les ténèbres, mais il possédera – ce qui est mieux que de voir seulement – la lumière de vie. » Il la verra, pour sa consolation dans la vie présente, il la possédera comme son héritage éternel.
« C’est en effet à la piété que sont faites les promesses de la vie présente et de la vie future. » Appliquons-nous donc à la piété, et nous ne serons frustrés ni de l’une, ni de l’autre, puisque le Seigneur lui-même s’est fait notre débiteur. Appliquons-nous aux œuvres de lumière, et celui qui cache la lumière dans ses mains et annonce à son ami qu’elle est son bien et qu’il peut s’élever vers elle, nous la montrera de temps en temps, dès maintenant, comme un réconfort dans l’action ; ensuite, il nous la donnera comme récompense, lui, notre lumière, le Christ Jésus, qui vit et règne dans tous les siècles des siècles.

Amen.

Sermon 2 pour la fête de l’Épiphanie, du Bienheureux Guerric d’Igny.

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