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En Franche-Comté

Les origines des Ursulines dans les possessions des Habsbourg d’Espagne :
une question controversée
Une étude de Philippe Annaert

Avec la permission de l’auteur.

C’est au mois de janvier 1606 que deux jeunes femmes de Dole, Anne de Xainctonge et Claudine de Boisset, adressent une supplique à l’archevêque de Besançon afin qu’il autorise leur projet d’ériger dans la ville une Compagnie de Sainte-Ursule à l’exemple des vierges Ursulines établies depuis plus de dix ans en Avignon [1]. Quatre siècles nous séparent donc de cet événement qui constitue la première fondation attestée dans les États des Habsbourg d’un mouvement religieux qui allait par la suite connaître un développement remarquable en Europe d’abord, au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, puis dans le monde entier à partir du milieu du XIXe siècle.

Toutefois la fondation des Ursulines de Dole pose de multiples questions et l’historiographie l’interprète de manières diverses en fonction de critères fort subjectifs qui tiennent à l’appartenance des spécialistes à une tradition spirituelle ou régionale spécifique. On peut d’ailleurs déplorer que jusqu’à présent aucun travail témoignant d’une stricte neutralité idéologique n’ait été publié sur les origines des Ursulines franc- comtoises. Il faut aussi regretter que des sources essentielles demeurent toujours peu accessibles, plus de deux siècles après leur dépôt aux archives départementales du Jura et qu’aucun historien, à notre connaissance, n’a pris la peine de les exploiter systématiquement. Cette méconnaissance de la réalité historique témoigne enfin d’un manque de recul flagrant par rapport à l’histoire purement locale, que la thèse récente de Marie-Amélie Le Bourgeois contribue fort heureusement à pallier (Le Bourgeois, 2003).

Toute compréhension d’un fait historique particulier ne peut aboutir sans la prise en considération du contexte général dans lequel il intervient. Vouloir étudier les origines d’une congrégation religieuse locale sans chercher à connaître la complexité du développement de la vie religieuse dans l’Europe baroque équivaut à se priver de pièces essentielles du puzzle qu’on tente de reconstituer. Paradoxalement, si les Ursulines de Franche-Comté n’ont sans doute jamais eu de rapports directs avec leurs sœurs des Pays-Bas, elles ont vécu des situations comparables à bien des égards et plusieurs éléments du dossier franc-comtois trouvent même leur origine Outre-Quiévrain.

Comme le souligne justement Marie-Amélie Le Bourgeois, l’initiative d’Anne de Xainctonge à Dole s’insère dans un vaste mouvement de développement des filles dévotes qui touche une grande partie de l’Europe à partir du XVIe siècle. Vierges consacrées soumises à l’autorité du clergé et placées le plus souvent sous la direction spirituelle de quelque régulier, les dévotes marquent de leur empreinte l’histoire religieuse de l’époque moderne. Élizabeth Rapley, qui leur consacre un livre, n’en a guère étudié les prémisses, portant son attention sur leur foisonnement au XVIIe siècle et sur la question essentielle de leur mise en clôture, qui se retrouve d’ailleurs au centre de l’histoire des Ursulines de Dole (Rapley, 1995). Il convient toutefois de rappeler quelques faits qui intéressent directement notre propos.

La figure de Sainte Angèle Merici illustre une première étape dans l’histoire des filles dévotes à l’époque moderne. Toutefois son œuvre, aussi marquante soit-elle aux yeux de l’historiographie de la spiritualité féminine, n’a sans doute eu qu’une influence indirecte et généralement méconnue des contemporains sur le développement ultérieur des instituts religieux de femmes. Ainsi, quand il fonde la Visitation en 1610, François de Sales fait référence aux oblates de Sainte-Françoise Romaine et aux Ursulines de Milan, patronnées par Saint Charles Borromée, mais il semble ignorer tout de la fondatrice italienne des premières Ursulines (de Sales, 1906, t. 14, p. 330) [2]. C’est en 1535 qu’Angèle Merici institue la Compagnie de Sainte-Ursule de Brescia. Elle est alors la figure même de la femme dévote vivant dans le siècle, mystique et guide spirituel écouté, jouant un rôle non négligeable dans la société de son temps (Mariani, Tarolli et Seynaeve, 1987). Voyant les jeunes femmes de la ville livrées à elles-mêmes et désireuses de suivre son exemple, elle les regroupe en une sorte de confrérie, institut séculier avant la lettre. Vierges consacrées au Seigneur, les premières Ursulines vivent séparément dans leur famille tout en jouissant du solide encadrement de quelques femmes d’expérience qui les guident dans leur vie spirituelle et les réunissent régulièrement pour des conférences et des offices communs. Elles ne prennent en charge aucun apostolat spécifique, mais agissent par leur seule présence et leurs bonnes œuvres sur la société environnante, leur but étant de rechristianiser la cité. Pour Angèle Merici et ses filles, la Compagnie de Sainte-Ursule est avant tout le cadre d’une vie religieuse authentique mais dépourvue des contraintes de la vie monastique et, en particulier, de toute forme de clôture (Annaert, 1990a, t. 2, p. 43-45).


[1Anne de Xainctonge naît à Dijon en 1567 dans une famille de robe. Elle se place très tôt sous la direction spirituelle des Jésuites. En 1597, suite à l’expulsion hors de France des pères de la Compagnie, elle décide de les suivre en Franche-Comté et d’aller vivre à Dole. C’est là qu’elle fonde en 1606 la Compagnie de Sainte-Ursule, qu’elle établit ensuite dans plusieurs villes de la province et en Suisse. Elle meurt à Dole en 1621 (Morey, 1901).

[2Lettre de François de Sales à Philippe de Quoex, 20 juillet 1610.

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