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Discernement spirituel

Le discernement spirituel selon Sainte Angèle Merici

Introduction :

a) Quelques exemples de discernement dans la vie personnelle d’Angèle.
Lorsqu’on parcourt la vie de Sainte Angèle Mérici, on peut se rendre compte que le Seigneur lui avait donné un sens aigu du discernement spirituel. Rappelons-nous le témoignage de Bellintani :
"Le Seigneur lui avait donné le discernement des esprits afin qu’elle puisse guider les autres avec sûreté". (Q.8, 9, r.)
"Elle enseignait le vrai chemin pour avancer dans la vie spirituelle et la manière sûre de faire oraison". (Q. 8, 9, r.)

Quelques exemples concrets suffiront pour nous en persuader :
a) Quelques choix décisifs nécessitant un discernement
Dans sa vie personnelle, elle fut confrontée plusieurs fois à des choix décisifs :
- Entrée dans le Tiers-Ordre ou dans un Monastère ? Elle choisit le premier.
Motifs : une plus grande liberté de vie intérieure : "être plus libre pour aller à la messe, se confesser et communier plus souvent". (Gallo, 9) Il faut ajouter que les Monastères étaient souvent délaissés par les prêtres : les plus fervents estimaient y perdre leur temps, en raison de la décadence de la vie religieuse. Les autres ne s’en souciaient pas ...
- Retour à Desenzano ou installation dans sa famille à Salo ?
Motifs : Angèle Mérici revient dans son village natal, afin de vivre plus profondément l’esprit de Saint François. "En vraie fille du pauvre et humble Saint François, elle se soumit aux fatigues des champs (Daneda, 38)." Elle ne retenait que ce qui lui était nécessaire pour la journée, donnant aux pauvres tout ce qui lui restait." (Bellintani, Q 6, 7)
- Établissement définitif à Brescia en 1516 ou retour à Desenzano ?
Après que fut terminée sa mission de consolation auprès de Catarina, Pentagola) "Angèle fut finalement persuadée par des personnes pieuses de s’établir à Brescia, ce qu’elle fit volontiers en raison de la facilité qu’elle y trouvait pour la vie spirituelle comme de recevoir les Sacrements, assister à la Messe et entendre les prédications". (Bellintani Q. 20, 15)
- Elle refuse d’accepter les invitations faites à Venise, à Rome et à Milan
Motifs : Elle avait le choix entre une oeuvre caritative déjà organisée, en pleine expansion, où elle aurait pu faire beaucoup de bien - et une autre oeuvre, encore hypothétique, dont elle ne connaissait rien sinon que Dieu la voulait à Brescia : entre un bien immédiat et sûr, et un bien futur imprécis, mais voulu par Dieu. A Rome, Nazari nous dit qu’elle prit congé du Pape Clément VII : "Elle s’excusa avec des paroles très humbles, parce qu’elle avait dans l’idée d’instituer la dévote Compagnie de Sainte Ursule, c’est-à-dire la Congrégation des Vierges (N. V. 3)
- Elle dut discerner les circonstances de la fondation de la Compagnie :
Avec qui ? Comment ? Quelle formation donner ? Quelle organisation prévoir ? Un exemple précis de ce discernement : elle s’affranchit de la pauvreté absolue des Franciscains et accepta que la Compagnie possède des ressources - en vue de l’entraide mutuelle et du développement de la Compagnie.

b) Quelques exemples de discernement dans ses relations avec les autres
- Elle discerne quand il faut être sévère ou accommodante, refusant de toucher à certains plats par exemple un jour de Pâques à Salò et lors d’une excursion à l’Isola di Garda, ou participant normalement aux repas chez les autres.
- Elle discerne une vocation sacerdotale chez :

  • Stefano Bertazzoli, malgré l’apparence mondaine du jeune étudiant ;
  • Le fils d’Angelo, un cousin qui habitait la région de Santa Catarina, à Brescia. Lorsqu’elle se mit à lui parler, elle l’exhorta à une vie chrétienne et en vint à lui raconter tout ce qu’il avait vécu dans son enfance, avec autant de clarté et de précision que si elle en avait été le témoin.(Q. 10, 10)
    Le Seigneur a permis à Sainte Angèle Mérici de discerner ses voies sur ce jeune homme qui devint chanoine de la paroisse de Saint Nazaire.
    - Elle discerne les éléments destinés à pacifier les familles, faire un bon choix pour un mariage, léguer ses biens judicieusement.
    - Elle discerne en Francesco Sforza une riche nature spirituelle malgré ses déboires politiques ; elle accepte d’être sa mère spirituelle.
    - Et surtout, elle sut discerner les jeunes filles qui allaient devenir les premiers membres de la Compagnie, les veuves qui en seraient les mères.
    Dès lors, il n’est pas étonnant de trouver dans ses Écrits des principes et des exemples de discernement.


    I. Le discernement est un don de Dieu.

A. Il faut prier pour le recevoir.
Sainte Angèle Mérici insiste beaucoup sur la prière :
"Combien devez-vous prier Dieu de vous éclairer, de vous diriger, de vous enseigner ce que vous avez à faire pour son amour en cette tâche, la plus noble qui puisse exister : avoir la garde des épouses du Très Haut !" (Avis Prol 7-8.)
"Oh ! Combien avez-vous à remercier, et à prier celui qui a daigné vous placer à la tête d’un si noble troupeau, de daigner encore vous donner la sagesse et l’aptitude nécessaires pour faire oeuvre digne de louange à ses yeux..." (Test. Prol. 17-20)
"Et si, selon les temps et les besoins, il y avait de nouvelles dispositions à prendre ou quelque chose à modifier, faites-le avec prudence et bon conseil ; et que toujours, votre principal refuge soit aux pieds de Jésus-Christ." (Dern. Legs, 2-3)

B. Il faut se laisser mouvoir par lui

Premier Legs

Premièrement, mes bien chères Mères et Soeurs en Jésus-Christ, efforcez-vous, avec l’aide de Dieu d’acquérir et de conserver en vous de telles convictions et de si bons sentiments que, dans l’exercice de votre charge, vous ne vous laissiez mouvoir que par le seul amour de Dieu et par le zèle pour le salut des âmes. Toutes vos activités et tout l’exercice de votre autorité ainsi enracinés dans cette double charité, ne pourront produire que des fruits bons et salutaires. (1er Legs, 1-4)
Mais la charité, qui dirige toutes choses pour l’honneur de Dieu et le bien des âmes, c’est elle qui enseigne un tel discernement et meut le coeur à être, selon le lieu et le temps, aimable ou sévère, et plus ou moins selon les besoins. (2è Avis, 6-7)
Aussi vous faut-il prendre la nette et ferme résolution de vous soumettre totalement à sa volonté, et avec une foi vive et inébranlable de recevoir de lui-même ce que vous aurez à faire pour son amour. Et en cela, quoiqu’il puisse arriver, il vous faut persévérer avec constance jusqu’à la fin. (Test. Prol.22-24)
"Décidez entre vous, selon les lumières de la charité et les suggestions de l’Esprit-8aint". (9è Legs, 6-7)
"Prenez toutes les mesures que l’Esprit-Saint vous inspirera". (7è Legs, 7)
"Observez fidèlement toutes ces choses et d’autres semblables, comme le Saint-Esprit, selon les temps et les circonstances, vous le dictera". (Dern. Legs, 14)

II. Les auxiliaires humains du discernement Si le discernement est un don reçu de Dieu, il ne nous dispense pas d’utiliser avec humilité les auxiliaires humains de discernement :
a) la connaissance et l’attention individuelle ;
b) la consultation et les échanges.

A. La connaissance individuelle
L’insistance de Sainte Angèle Mérici sur une affection et une attention personnelle est tellement évidente, que pendant des siècles ses Écrits ont inspiré nos attitudes pédagogiques.

Deuxième Legs

"Ayez le souci de toutes vos filles, les tenant présentes dans votre esprit et gravées dans votre coeur, une à une, et non seulement avec leurs noms, mais aussi leur condition, leur tempérament, leur état et tout ce qui les concerne. Cela ne vous sera pas difficile, si vous les enveloppez d’une vive charité. Car on voit que les mères selon la nature, quand bien même elles auraient mille enfants, les porteraient tous fixés dans leur coeur individuellement ; car c’est ainsi qu’agit le véritable amour. Il semble même que, plus ils sont nombreux, plus aussi grandissent l’amour et la sollicitude de la mère pour chacun d’eux.
A plus forte raison, peut-il et doit-il en être ainsi pour les mères spirituelles, l’amour spirituel étant incomparablement plus puissant que l’amour naturel. Donc, mes bien chères Mères, si avec une vive charité vous aimez et du plus profond de votre coeur nos chères enfants, il vous sera impossible de ne pas avoir les traits de toutes et de chacune en particulier en votre mémoire et en votre coeur."
(1,1)

Quatrième Avis

"Soyez attentives et vigilantes pour connaître et comprendre la conduite de vos Filles, et pour être au courant de leurs besoins spirituels et temporels, en y pourvoyant vous-mêmes de votre mieux".( 1-2) .
Cette connaissance est aidée par des attitudes aimables qui favorisent les contacts.

Deuxième Avis

"Soyez aimables et humaines envers vos chères enfants. Tâchez que seuls l’amour de Dieu et le zèle pour les âmes vous inspirent quand vous leur donnerez des avertissements et des conseils, les exhorterez au bien ou chercherez à les détourner de quelque mal." (1-2)

Troisième Legs

"En troisième lieu, de grâce, je vous le demande : efforcez-vous de conduire vos filles, avec amour et d’une main suave et douce, et non pas impérieusement et avec âpreté. En toute chose, soyez aimables." (1-3)

B. La consultation et les échanges

Angèle en donne elle-même l’exemple :
"Lorsque la Règle fut terminée, elle consulta à ce sujet des personnes instruites et religieuses, ainsi que des matrones sérieuses" (Q 25, 17 v )
"Ce qu’elle enseignait aux autres, elle l’obtenait de ces vierges en leur donnant l’occasion de le faire. Ensuite, elle les consultait et les exhortait à agir, puis elle disait que ce n’était pas elle seule,mais ses filles qui l’avaient fait avec elle". (Cozzano "Dich." 974)
"Elle se retirait à l’oratoire avec ses filles pour faire de ferventes prières et traiter des affaires de la Compagnie qu’elle envisageait de fonder". (F a 43)
Dans ses Écrits, Sainte Angèle exhorte les Supérieures à faire de même :

Septième Legs

"Septièmement : deux fois par mois, ou tout au moins une fois, réunissez-vous avec les colonelles pour échanger vos vues et bien examiner ensemble tout ce qui concerne votre gouvernement ; prenez surtout en considération ce que les colonelles auront à vous dire sur la conduite de vos chères enfants, et sur leurs besoins spirituels et temporels, afin de prendre toutes les mesures que l’Esprit-Saint vous inspirera." (1-7)
"... que les quatre vierges susdites soient chargées spécialement de la fonction suivante : visiter tous les quinze jours, - ou plus ou moins, selon les besoins, - toutes les autres vierges, leurs soeurs, dispersées par la ville, de les encourager et les aider, si elles avaient quelque différend ou quelque tribulation de corps ou d’esprit ; ou encore si les supérieurs de l’une d’elles, à la maison, lui faisaient quelque tort, l’empêchaient d’accomplir quelque bien ou la mettaient en danger de mal faire. Si elles mêmes ne peuvent y pourvoir, qu’elles en réfèrent aux matrones, et si celles-ci non plus ne peuvent arranger l’affaire, que toutes se réunissent avec les quatre hommes, et qu’ensemble, ils se concertent pour y porter remède." (R.11, 8-14 )
"Si selon les temps et les besoins il y avait de nouvelles dispositions à prendre ou quelque chose à modifier, faites-le avec prudence et bon conseil." (Dern. Legs 2)
"Je vous avertis cependant d’être prudentes, en bonnes et vraies mères, et de dépenser l’argent que vous aurez, pour le bien et le développement de la Compagnie, selon que la discrétion et l’amour maternel vous le dicteront. Sur ce point je ne veux pas que vous cherchiez des conseils au dehors ; décidez entre vous seules, selon les lumières de la charité et les suggestions de l’Esprit-Saint en dirigeant tout pour le bien et le profit spirituel de vos chères enfants, afin d’inciter et d’encourager à un plus grand amour et à l’obligation de bien faire celles qui se trouvent déjà dans la Compagnie et pour en attirer d’autres." (9è Legs, 2-10)

III. Cas typiques de discernement proposés par Sainte Angèle Mérici

A. Dans la vie personnelle

1. Combien prier ?
"Si on veut prier longuement, qu’on aille dans sa chambre, et là, portes closes, que l’on prie autant et aussi longtemps que l’Esprit et la conscience le dicteront." (R67)

2. Combien jeûner ?
"Mais comme nous voulons de la mesure en tout, nous précisons que nulle ne doit observer les jeûnes indiqués ci-dessus, et en particulier les quarante jours qui suivent l’Épiphanie, sans le conseil spécial de son Père spirituel et des Gouvernantes de la Compagnie, qui devront diminuer le nombre de jeûnes susdits, selon qu’ils le jugeront opportun, parce que celui qui mortifie son corps sans discrétion, dit l’Écriture, c’est Comme s’il faisait d’une rapine un holocauste." (R. 4, 18-20)

3. Comment déceler les illusions et tromperies du démon ?
Elle se montrait toujours en méfiance à l’égard des visions et n’accordait guère de crédit aux personnes qui se vantaient d’en avoir sous des formes diverses. (Critère d’humilité)
Elle considérait qu’ils se trouvaient dans une situation plus précaire que bien des infidèles, car elle savait que ces gens-là ne se laissent pas sauver, trompés qu’ils sont par le démon qui se transfigure en Ange de lumière. (G. 10 v.)
"Je ne suis pas digne de voir un ange de Dieu". (G. 10 v.)
Angèle Mérici réagissait donc contre un certain goût du merveilleux qui n’est pas selon les voies habituelles du Seigneur.

- vigilance, car "le démon ne dort jamais". (R. prol. 21 ) Il est toujours capable de nous tromper
- et ensuite une rapide détermination à couper court.
"Dès que vous vous en apercevrez, remédiez-y aussitôt". (l0e Legs, 14)

4. Comment garder une foi solide ?
- Suivre l’enseignement traditionnel de l’Église
"Suivez l’ancienne voie et l’usage de l’Église, établis et confirmés par tant de Saints sous l’inspiration de l’Esprit Saint. Et menez une vie nouvelle." (7è Avis, 22)
"Quant à les garder des opinions pestilentielles des hérétiques, si vous entendez dire que quelque prédicateur ou autre personne a une réputation d’hérétique ou prêche des nouveautés qui sortent de l’usage commun de l’Église et qui sont contraires à ce que vous avez reçu de nous, alors, avec beaucoup de tact, empêchez vos enfants d’écouter de telles personnes." (7e Avis, 12-15)

- Ne pas condamner, mais rester prudentes
"Il vaut mieux suivre sans danger ce qui est certain, qu’avec danger ce qui est incertain." (7è Avis, 21)
"Il arrive souvent que dans l’esprit germent des semences mauvaises, qu’il est ensuite très difficile d’extirper." (7e Avis )

- Appliquer le critère de durée, avec un discernement priant
"Quant aux autres opinions qui naissent actuellement et qui naîtront, laissez-les tomber comme étant des choses qui ne vous regardent pas. Mais priez et faites prier, afin que Dieu n’abandonne pas son Église mais veuille la réformer comme il lui plaît" (7e Avis, 23-24)

- Savoir que la fidélité à la Règle garantit la fidélité à la foi
"Veillez à ce qu’aucun confesseur ou autre religieux ne détourne les vierges de leurs bonnes résolutions, concernant le jeune, le ferme propos de garder la virginité, l’es time de cette sainte règle, divinement ordonnée, ou autres biens semblables. Car beaucoup d’entre eux, sous prétexte de donner de sages conseils, détournent souvent l’esprit d’un grand nombre de pauvres filles de leurs bonnes résolutions." (7è Avis, 6-11)

5. Comment déceler l’esprit mondain ?

Sainte Angèle Mérici donne des conseils appropriés dans le 7è Avis et le chapitre 4 de sa Règle. En demandant aux supérieures d’éviter les "tromperies des gens qui ont l’esprit du monde" (7e Avis, 1), e1le propose quelques signes qui peuvent aider à les déceler :
- Ceux qui cherchent des entretiens particuliers
"Veillez particulièrement à ce que vos filles ne prennent pas de privautés avec des jeunes gens et autres hommes, fussent-ils spirituels ..." (7è Avis, 2)
"Que sous aucun prétexte elles ne reçoivent de communications d’hommes ni de femmes, surtout en secret." (Règle 3, 2)
- Éviter la compagnie des femmes oisives et bavardes qui ne donnent pas un témoignage de vie chrétienne.
"Ne les laissez pas non plus, autant que vous le pouvez, hanter des femmes oisives, auxquelles il déplaît de vivre vertueusement et qui aiment les discours futiles et les plaisirs mondains." (7è Av, 4-5)
- Ceux qui dénigrent les pratiques de la vie spirituelle
"Si leur mère ou quelque autre de leurs supérieurs du monde voulait les exposer à ces périls ou autres semblables, ou bien les empêcher de jeûner, de prier, de se confesser ou de faire quelque autre bonne action, qu’elles s’empressent d’en référer aux Gouvernantes de la Compagnie afin que celles-ci prennent les mesures nécessaires." (R 3, 8-10)
Par ailleurs, Angèle Mérici demande à ses filles de renoncer non seulement aux divertissements mondains, mais à ce qu’on peut voir et entendre dans la rue, car par ce biais aussi l’esprit du monde peut s’infiltrer dans leur esprit :
"Elles n’iront pas aux noces, moins encore aux bals, aux tournois et autres spectacles mondains. Qu’elles évitent de s’attarder aux balcons, sur le seuil des portes et dans les rues, seules, ou accompagnées, et cela pour beaucoup de raisons. En allant par les rues, qu’elles aient les yeux baissés, le voile fermé modestement, et qu’elles marchent d’un bon pas sans flâner ni s’arrêter çà et là le long du chemin à regarder curieusement quoi que ce soit, car en tout lieu se rencontrent beaucoup de dangers, d’embûches et de pièges diaboliques." (R.3, 3-7)

B. Dans le gouvernement

1. Discerner l’esprit des Vierges pour s’y adapter, et déceler l’appel de Dieu
"Si vous en voyez une pusillanime, timide et portée au découragement, donnez-lui réconfort et entrain, promettez- lui les bienfaits de la miséricorde de Dieu, dilatez son coeur par toutes sortes de consolations. Si, au contraire, vous en voyez une autre présomptueuse, à la conscience large, peu timorée, à celle-là inspirez de la crainte, rap- pelez-lui la rigueur de la justice de Dieu et combien le péché est chose subtile." (2è Avis, 8-11)

Le combat spirituel n’est jamais terminé :
"Si vous voyez qu’une vierge a beaucoup de peine à renoncer aux fanfreluches ou autres frivolités, qui en soi ne tireraient pas à conséquence, n’ayez pas trop d’espoir qu’elle persévère dans la Compagnie. Car, si elle ne veut pas faire ce qui est moins important, elle aura bien plus de peine à faire ce qui l’est plus. Ici pourtant, il faut être prudentes, parce qu’il peut se faire qu’une personne place toute son affection dans une bagatelle, et qu’ayant réussi à se vaincre de ce côté-là, aucune autre victoire ne lui sera désormais trop difficile." (6è Legs, 1-4)
Attendez, ne condamnez pas tout de suite, laissez le temps pour que mûrisse le désir de tout donner au Seigneur.
"Par-dessus tout, gardez-vous de vouloir obtenir quoi que ce soit par la force, car Dieu a donné à chacun le libre arbitre, et il ne veut faire violence à personne."(3è Legs, 8-10)
"Je ne dis pas cependant que parfois il ne soit pas nécessaire de faire des répréhensions et d’user de sévérité en temps et lieu voulus, proportionnées à l’importance, à l’état et au besoin des personnes ; mais en cela nous devons être poussées uniquement par la charité et le zèle des âmes." (3è Legs, 13-15)

Et voici une phrase merveilleuse de Sainte Angèle Mérici :
"Toutes vos filles sont enfants de Dieu. Ce qu’il veut faire d’elles, qu’en savez-vous ? Pouvez-vous discerner si celles qui vous paraissent les plus insignifiantes et les plus dépourvues de valeur ne vont pas devenir les plus généreuses et les plus agréables à sa Majesté ? Et puis, qui peut juger le fond des coeurs et les pensées secrètes des créatures ? Donc accueillez-les, et supportez-les toutes également, car il ne vous appartient pas de juger les servantes de Dieu : il sait bien ce qu’il veut faire d’elles, Lui qui peut changer des pierres en enfants destinés au ciel." (8è Avis, 2-6)
Sainte Angèle Mérici veut dire : ne jugez pas selon les apparences. Si vraiment le Seigneur a choisi telle de vos Soeurs, il lui donnera le moyen de progresser. Il faut toujours le temps ... pour que la racine donne la première tige. Discernez les capacités de chacune, le temps de Dieu, l’attitude qu’il faut avoir... encourager, ou dilater, exiger, ou reprendre.

2. Discerner les atteintes à la charité et à l’union
"L’amour mutuel et la concorde sont le signe certain que l’on marche dans la voie bonne et agréable à Dieu. Soyez vigilantes sur ce point, car c’est sur celui-là surtout que le démon, sous prétexte de bien, vous tendra des pièges. Donc, dès que vous apercevrez, ne fût-ce que l’ombre de cette peste, remédiez-y aussitôt, selon les lumières que Dieu vous donnera"- (aussitôt que le Seigneur vous montrera la lumière que vous pouvez faire quelque chose)- .. Et pour rien au monde ne laissez croître une telle semence dans la Compagnie, parce que ce mauvais exemple répandrait la contagion dans la ville et ailleurs. Car, où il y a divergence des volontés ( à partir du moment où on ne veut plus les mêmes choses ensemble), il y a nécessairement discorde, et, où il y a division des coeurs ; sans aucun doute, il y a ruine. Tout royaume divisé contre lui-même périra." (10e Legs, 12-18)

3. Discerner les difficultés avec l’autorité supérieure
"S’il y a quelque chose en vos Mères qui vous déplaise, vous pourrez légitimement et sans scrupule en parler confidentiellement à quelque personne qui soit bonne et fidèle à tous égards. Sachez cependant que, si vous reconnaissez clairement que le salut et l’honnêteté de vos filles sont en péril, vous ne devez absolument pas y consentir, ni le tolérer, ni vous laisser arrêter par quoi que ce soit. Mais tout cela toujours avec sagesse et pondération dans vos jugements." (3è Avis, 13-15)
Ainsi Angèle Mérici recommande de discerner entre des difficultés personnelles, dues à des contrastes de caractère, et de réels dangers pour le bien des Soeurs.

4. Discerner les moyens de favoriser le progrès spirituel

a) "Il est important de bien choisir un père spirituel commun, prudent et d’âge mûr." (Règle 7, 12)

Huitième Legs

"Ayez soin de réunir de temps en temps vos filles dans le lieu qui vous paraîtra le meilleur et le plus opportun, pour leur faire entendre quelque petit sermon et exhorta- tion, selon la possibilité de trouver quelqu’un qui en soit capable". (1-2)
Angèle Mérici se rendait bien compte que tout le monde n’est pas capable de comprendre les exigences de la vie consacrée et d’expliquer ces exigences.

b) Assurer le soutien communautaire
- Elles pourront ainsi "se rencontrer comme des sœurs bien-aimées, s’entretenir ensemble de choses spirituelles, se réjouir et se consoler mutuellement, ce qui ne sera pas pour elles d’un petit avantage." (8è Legs, 3-6)
- Angèle n’admettait pas qu’une Vierge demeure seule. Sa Règle prévoit le regroupement des Soeurs isolées et encourage celles qui en ont la possibilité de les accueillir dans leur maison.
- "Tenez-vous sur vos gardes. Surtout ayez soin que toutes soient unies de coeur et de volonté". (Ensemble les difficultés s’expriment et se corrigent). (10e Legs, 6-7)
- "Efforcez-vous de vivre ainsi avec toutes vos filles, car plus vous serez unies, plus Jésus-Christ sera au milieu de vous, comme un père et un bon pasteur. ... L’amour mutuel et la concorde sont le signe certain que l’on marche dans la bonne voie, agréable à Dieu", (10e Legs, 8-10)
(Les efforts de vigilance, d’amour, de respect, d’humilité, d’unité, vous aident à voir plus clair au niveau de la foi ; le soutien fraternel l’affermit).
"Il n’y aura pas d’autre signe, pour reconnaître que l’on est dans la grâce du Seigneur, que de s’aimer et d’être unis ensemble. C’est en cela que le monde reconnaîtra que vous êtes des miens, si vous vous aimez les uns les autres." (l0e Legs, 10-11)
Ce critère d’union, ce critère d’amour mutuel est un critère sûr de discernement de la présence du Seigneur dans la communauté.

c) Bonne utilisation des biens de la Compagnie
"Il faut les gérer avec soin, les employer avec prudence, cela surtout pour aider les Soeurs en fonction des besoins." Q 11, 22-24

En conclusion,
J’aimerais prendre une parcelle de la prière de Sainte Angèle où elle parle aussi du discernement ou plutôt de la faiblesse de notre discernement personnel.
"Je te prie Seigneur, d’accepter mon libre arbitre, toute ma volonté personnelle qui, livrée à elle-même, ne sait discerner le bien du mal."

Sainte Angèle Mérici se rend compte que ce discernement spirituel n’est pas évident, n’est pas facile, n’est pas constant, alors elle se remet à son bien- Aimé :
"Agrée donc toutes mes pensées, paroles et actions" .
Si nous sommes deux à discerner, si c’est Toi qui discernes en moi, alors tout ce que je dois dire et faire et penser pourra réellement être une offrande à ta divine Majesté.

Soeur Marie Seynaeve
Ursuline de l’Union Romaine
à Chevilly-Larue
Conférence provinciale France-Nord

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