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De Jonathan Littell


Les bienveillantes

Jonathan Littell

Gallimard, 2006

Roman historique ou roman-fiction ? Ni l’un ni l’autre, ou, plus justement, l’un et l’autre.
L’énorme succès des « Bienveillantes » pose question.

« C’est un grand livre. Une de ces œuvres qui, en dépit de leur masse (ou en raison d’elle) s’emparent du lecteur et ne le relâchent pas avant la sortie. Le lecteur est "tenu" fermement. Ce n’est pas, en l’occurrence, du fait d’une intrigue rondement menée…C’est tout simplement, brutalement, à cause de la force qui se dégage d’un récit très long mais sans longueurs.
Et surtout d’un récit dont le mal absolu est le sujet principal. Le ‘héros’ du livre, c’est le mal. Le mal brut, le mal en soi, la méticulosité du mal. Pas même la lutte entre le bien et lui : il est seul. L’agent de ce mal est un officier de SS, dont l’éducation et la culture auraient dû le prémunir contre la criminalité nazie et l’entreprise méthodique d’extermination des Juifs.
Mais voilà, rien ne nous protège assurément du mal quand il a vaincu, car il peut s’installer et trôner au cœur de tout homme, si innocent s’imagine-t-il être. Le mal mène le bal. Ce n’est pas une leçon surgissant du seul passé, mais un constat pour toutes les époques et toutes les civilisations : le Malin, en nous, sommeille parfois mais ne s’endort jamais complètement. Il patiente. » Bruno Frappat.

Le sujet du livre : l’extermination des Juifs de l’Est.
L’auteur se met en scène sous les traits d’un officier SS : Max Aue. Il parle à la première personne. Docteur en droit, épris de culture grecque, il s’identifie à Oreste, héros d’Eschyle. Comme lui, poursuivi par les Erinyes, divinités chargées de représailles pour le double meurtre d’Egisthe et de Clytemnestre, il se présente comme "un chaînon indispensable dans la chaîne des forfaits", un acteur consentant, un rouage efficace de la machine de mort.

Au-delà de la fiction littéraire, qu’en est-il de l’histoire ?
Quelques réactions d’historiens de la Shoah.
« Littell a fait un effort de maîtrise des travaux historiques publiés sur le nazisme. Mais ses interprétations sont trop personnelles pour que le lecteur puisse comprendre vraiment la Shoah. Littell nous promène des champs de massacre de l’Union soviétique aux camps d’extermination. On en ressort avec un sentiment d’horreur inouï. Son personnage n’est pas vraisemblable. Il se balade en faisant des commentaires et en passant très peu à l’acte. Ce n’est pas crédible. » Edouard Husson, Maître de conférences à la Sorbonne.

« A partir du moment où Aue est un personnage de fiction, il n’incarne pas l’idéal type du bourreau. En revanche, ce qui est important, c’est qu’il s’insère dans un cadre qui est très bien rendu. Aucune autre fiction à ce jour ne présente une reconstitution aussi globale et aussi crédible de l’histoire du nazisme. Ce qui explique le choc du livre, c’est le décalage entre la représentation que le grand public a de la Shoah, centrée sur Auschwitz - monstrueux point d’orgue mais qui ne résume pas à lui seul le processus d’extermination -e t l’existence d’autres formes de meurtres de masse, tels ceux dus à ces groupes d’intervention (les Einsatzgruppen) utilisés comme matériau dans le roman : c’est une découverte pour beaucoup de lecteurs. » Jean Solchany, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’IEP de Lyon.

Mai 2009

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