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De Jean-Claude Guillebaud

 

La vie vivante
Contre les nouveaux pudibonds

Jean-Claude Guillebaud

Les Arènes 2011

Ce livre se présente comme une enquête sur les nouvelles dominations.

Qui ou quoi domine le monde ?

Le premier chapitre nous place de plain pied sur le 6ème continent, celui de l’immatériel, copie virtualisée des 5 autres.
Il a tout pour nous combler : nos déplacements s’y font sans efforts et nos demandes y sont satisfaites à la seconde. Profusion des informations, liberté de dire et de lire, mobilité, l’amélioration et l’extension sont constantes. Avec un iPhone dans la poche, nous pouvons être connectés de n’importe quel endroit.
Tout un chacun peut se réjouir « de posséder virtuellement, au fond de sa poche ou de son sac à main, le Musée du Louvre à Paris et celui de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, d’être relié à trois quarts de siècles d’archives musicales, des milliards d’images ou de nouvelles arrivées à l’instant des antipodes. » S’ajoute à ce bonheur celui de la gratuité.
L’accès à une donnée ne coûte rien, de même que l’échange n’entraîne aucun coût ni aucune dépossession pour celui qui donne (peer to peer P2P). Cette rapidité des échanges transforme l’économie. A du prix ce qui va vite, ce qui peut être compté et numérisé, le capitalisme numérique se taille une place de choix sur les marchés mondialisés, les fournisseurs d’accès à internet font fortune, les biens se virtualisent. Nous pouvons partager l’enthousiasme des "geeks"(passionnés de la sociabilité informatique) . Il ne nous dispense pas de réfléchir aux conséquences d’une telle mutation. Ce qui se compte va-t-il prendre le pas sur ce qui compte ? La vie va-t-elle se marchander ?

La réflexion sur les droits humains, au chapitre 2, retient plus encore le lecteur. Plus caché, moins connu, le marché des droits humains avance « masqué » prenant de jour en jour plus de terrain. Une conception individualiste du droit considère comme rétrograde les catégories anthropologiques traditionnelles. Les débats publics concernant les mœurs en sont la preuve. Peut-on permettre le mariage des homosexuels, faut-il autoriser les recherches sur les cellules des embryons ? Etc.…
Privés de leurs fondements anthropologiques et culturels, les droits de l’homme échappent aux législations nationales et sont évalués sur le marché mondial en termes de coûts/avantages. Les grandes firmes multinationales font « prévaloir leurs options au sein de l’OMC. Elles ont obtenu, par exemple, que des services comme l’accès à l’eau, l’éducation ou la santé soient considérés comme des marchandises et que l’on privatise peu à peu les services publics.
Le commerce est érigé en valeur suprême, et les droits sociaux sont glissés sous le tapis. » Les générations à venir parleront-elles encore de droits universels ?

Une documentation précise sur les « Gender studies » donne quelques repères sur les principales galaxies de cette nébuleuse. A partir de la distinction entre le sexe réalité biologique, et le genre qui procède d’une construction sociale, s’élabore une série d’anthropologies nouvelles.
De Michel Foucault à Judith Butler, des théories plus ou moins raides s’affrontent et se succèdent, le dénominateur commun étant « l’indécidabilité » du sexe. Entendez : la différence des sexes n’est pas naturelle, mais construite par la société.
Serait-ce une réplique contemporaine du vieux débat jamais clos entre nature et culture ? Toujours est-il que la réflexion de Judith Butler s’étend bien au-delà du problème du sexe, il s’agit d’élargir, selon elle, la signification du mot "humain" pour y inclure nombre de personnes qui en sont aujourd’hui encore socialement exclues (femmes asservies, homosexuels, trans , …)

Un chapitre sur les nouveaux prophètes nous donne à voir la "transhumanité", c’est-à-dire l’humanité de demain, (un demain tout proche de nous !). L’homme se détache peu à peu des contraintes du réel et de la matière. La cyberculture exalte le virtuel grâce auquel nous devenons vaporeux, libérés de la gravitation terrestre, capables d’accéder à l’ubiquité et de naviguer-sur le Web-à la vitesse d’un influx électronique.

Renouant avec les pensées gnostiques, les "technoprophètes" regardent le corps comme ce « tombeau de l’âme » dont parlait Platon, un infirme à traîner avec soi, un handicap.
Le corps charnel ne fait plus le poids face à l’"hypercorps" de la cyberculture. Il faut le nourrir, le soigner, le laver, que de temps perdu ! L’utérus est moins hygiénique qu’une éprouvette, moins fiable qu’une disquette informatique…
Voici les nouveaux pudibonds à l’œuvre pour ramener le corps à l’état de chose dont chacune des composantes peut faire l’objet d’une commercialisation.

Après avoir passé en revue quelques "savants fous" d’hier et d’aujourd’hui, Jean-Claude Guillebaud présente dans les derniers chapitres, -nous lui en savons gré !- les signes d’espérance.
Des pensées critiques s’élaborent, des alternatives se dessinent. « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. » (F. Hölderlin.) « Une fermentation est à l’œuvre, multiforme, tâtonnante, brouillonne, elle creuse les fondations de la Cité future et s’emploie à réinventer des procédures démocratiques différentes.
Une nouvelle insurrection des consciences est en gestation. La question fondamentale est posée : est-il possible et souhaitable de reprendre la main sur les processus ou les systèmes ? »
Réapproprions-nous notre condition mortelle, insérée dans le temps, travaillons à la libérer de la pandémie de l’argent. « Nul ne peut profiter en même temps de la table de la fortune et de celle de la sagesse. » (Rabbin Victor Malka.)
Des choix politiques soucieux de la "vie vivante" peuvent apporter des solutions au problème du partage des richesses et enrayer les famines endémiques.
Une saine prise en compte de notre réalité charnelle donne à chacun de goûter la saveur de l’existence à laquelle nul être humain ne saurait renoncer et de laquelle aucun ne devrait être privé.
L’éthique évangélique, fortement incarnée, si éloignée du "christianisme fade" que décriait Emmanuel Mounier, offre à qui le désire "l’âpre saveur de la vie".

Jean-Claude Guillebaud


Marie-Bruno
Septembre 2011

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