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Conversion

Conversion permanente dans la vie et les Ecrits de Sainte Angèle Mérici

Sainte Angèle Mérici, comme nous toutes n’est pas née sainte. Sa vie de 65 années environ s’est déroulée dans un long processus d’acquiescement toujours plus profond à l’amour du Seigneur qui l’envahissait. Trouvons-nous des traces de cette évolution dans les témoignages laissés par ces contemporains ? Quelques indices nous montrent comment les interpellations du Seigneur l’ont amenée progressivement à se laisser conformer de plus en plus à Jésus- Christ, son "unique amour".

I. Le chemin parcouru par Sainte Angèle Mérici
Les débuts de son itinéraire spirituel se placent très tôt, vers l’âge de 5 ou 6 ans. Les deux témoins les plus avisés, Antonio Romano et Agostino Gallo, concordent dans leur affirmation :
« Tout d’abord, d’après ce qu’elle me dit, ayant entendu son père lire des livres religieux sur les Saints et sur les Vierges, elle commença à s’adonner, dès l’âge de cinq ans, à une vie sobre, pieuse et contemplative » (Romano 936 r).
"Je vous dirai - d’après ce que j’ai entendu plusieurs fois - qu’elle commença vers les cinq ou six ans à faire abstinence (grâce aux bons enseignements de son père), et à se tenir à l’écart des gens, afin de pouvoir s’adonner davantage à la prière et aux dévotions". (Gallo 942 r).

Il est à noter que le récit de la première "conversion" d’Angèle Mérici est immédiatement suivi chez les deux témoins d’une affirmation portant sur ses progrès spirituels :
"...elle persévérait toujours plus ardemment dans une telle vie". (Romano 936 )
"Et plus elle avançait en âge, plus elle s’y adonnait, ainsi qu’à la vie contemp1ative". (Gallo 942 r)

Romano mentionne la mort de sa sœur, qui devait avoir lieu lorsque Angèle Mérici avait environ 15-16 ans. Cette mort la laissa anxieuse sur le sort éternel de sa sœur, si bien qu’"elle adressait au Seigneur des prières quotidiennes" à ce sujet. La vision de sa sœur, au milieu des anges, rayonnant de joie et de gloire, resta longtemps dans le souvenir d’Angèle et la conduisit à un redoublement de ferveur :
"Pensant toujours à cette vision, elle s’appliquait avec une ardeur de plus en plus grande aux jeûnes, aux abstinences et aux prières". (Romano 936 v)

Une ouverture croissante à l’action du Seigneur amena Angèle Mérici, selon Agostino Gallo, à embrasser la vie de Tertiaire de Saint François :
"Elle finit par prendre l’habit dit du Tiers-Ordre afin d’avoir plus de facilité d’aller à la messe, à la confession, et à la communion". (Gallo 942r)

Ce texte est important, car il révèle chez Angèle un désir de plus en plus pressant de vie sacramentelle, au fur et à mesure que grandit son amour du Seigneur, et cela à l’encontre des usages établis à son époque. D’ailleurs Gallo continue son récit en constatant que du temps d’Angèle Mérici, "on ne permettait pas aux personnes laïques de communier souvent, comme ce fut le cas par la suite..." En effet, les Tertiaires, selon leur Règle, étaient invités à communier 4 fois par an, aux fêtes solennelles, faisant exception à la pratique générale, qui était celle de communier une fois par an à Pâques.

De retour à Desenzano, Sainte Angèle continua sa vie pauvre, austère et priante que son entrée dans le Tiers-Ordre avait affermie. "Elle chercha dans ses occupations domestiques, d’acquérir cette pureté et perfection de l’esprit qu’elle aurait voulu chercher dans un lieu solitaire" (Doneda 33). Ces "occupations domestiques" s’alliaient aux travaux des champs. "Au milieu de ces travaux, elle élevait son cœur à Dieu quand ses compagnes fatiguées prenaient leur repos ou leur réfection. Elle se retirait seule en un lieu caché et refaisait ses forces par la prière" (Doneda 39). Ainsi, Angèle Mérici cherchait et trouvait Dieu non seulement dans la prière et la pénitence, mais dans ses occupations journalières, affermissant ainsi son union constante à Dieu.

La vie d’Angèle Mérici commençait à rayonner. Une humilité foncière l’empêchait de faire état des grâces qu’elle avait reçues. "Elle se servait de tout pour un plus grand profit spirituel et tenait son genre de vie caché, autant que possible, des yeux du monde, fuyant toute singularité et apparence (de piété). Elle ne freinait d’aucune manière les saintes opérations de l’Esprit du Seigneur en elle". (Bellintani, Ms. Queriniana, ch. 11)

Son entourage finit par remarquer le rayonnement de son amour du Christ, qui se traduisait en une affabilité affectueuse et amicale. Selon Faino, "Avec sa grande charité, elle s’était liée d’amitié non seulement avec les gens de sa terre ; mais avec ceux de tout la Riviera, qui l’invitaient avec empressement dans leurs maisons... Elle allait modestement chez les autres, s’adressant avec confiance à tout le monde, cherchant toujours à orienter une âme vers le ciel, ce qui était son but principal." (Faino 24) Déjà se dessinait une vocation personnelle d’apostolat par l’exemple et par la parole.

Envoyée par ses Supérieurs capucins à Brescia en 1516, afin de remplir une mission de consolation et d’encouragement auprès de Caterina Patengola, Angèle fut invitée au bout d’un an par Antonio Romano à venir demeurer chez lui. Elle avait donc à discerner quelle orientation prendre : retourner chez elle à Desenzano ? Ou rester à Brescia ? Selon Bellintani, les motifs déterminant son choix de rester à Brescia furent spirituels : "une plus grande facilité à recevoir les Sacrements, à assister à la Messe, à entendre les prédications", si bien qu’Angèle "se sépara de sa famille, et renonça à toute occupation temporelle, afin de pouvoir davantage s’adonner aux exercices spirituels". (Bellintani Ms. 20)
Cet événement marque une véritable rupture dans la vie d’Angèle Mérici : elle quittait effectivement tout - famille, maison, occupations habituelles - afin de suivre le Christ de plus près.

Antonio Romano, devenu maintenant témoin direct de la vie de la Madre pendant une période de quatorze années, note ses progrès en vertu, et parallèlement, le rayonnement d’Angèle parmi la population bresciane :
"Sa sainteté grandissait de jour en jour. La renommée de sa vie très pieuse se répandait dans la population de sorte que de très nombreuses personnes de la cité de Brescia, accouraient à elle pour obtenir quelque grâce du Seigneur par la médiation de ses ferventes prières, ou pour apaiser quelque discorde". (Romano 937v).
Comment les contemporains ont-ils pu se rendre compte de la "sainteté grandissante" d’Angèle ? Si l’on compare son comportement pendant ses jeunes années à Salo avec le témoignage donné à la fin de sa vie, on peut d’une certaine manière mesurer le chemin parcouru.
Les récits de Bellintani, recueillis auprès de la famille et des contemporains d’Angèle Mérici à Salo, nous dépeignent une Angèle, vive, aux réactions intempestives, voire colériques : Elle sort noircir sa chevelure dès qu’on lui suggère une attirance due à ses beaux cheveux blonds. Elle refuse, un jour de Pâques, de toucher au repas qu’elle avait aidé elle-même à préparer, et se fait servir par un voisin, au vu et su de sa famille, un peu de poisson et de pois chiches, restes de la veille. Probablement voulait-elle protester ainsi contre l’abondance et la recherche de mets choisis. De colère, elle jette une poignée de terre sur un plat bien garni qu’on lui offrait dans un milieu mondain où elle avait été entraînée malgré elle.

L’ayant observé vers la fin de sa vie, Giacomo Chizzola constate chez elle une personnalité unifiée :
"A vrai dire, rien de mauvais ne se manifestait en elle, puisqu’elle était étrangère à toute ambition, à la vanité, à la colère. Elle se plaisait seulement dans 1 ’humilité, dans une vie de contemplation et de piété, persévérait dans ce genre de vie et dans cette voie du Seigneur au moyen de jeûnes, d’abstinences, de prières et de vigiles". (Chizzola 940 v - 941)

Sainte Angèle Mérici, pendant tout le cours de sa vie, s’était donc laissée guidée par l’Esprit Saint, par les événements, par les contacts avec son entourage, et surtout par une vie sacramentelle assidue, par une lecture et une méditation constantes de la Parole de Dieu. Peu à peu s’affermissait en elle la conformité à Jésus- Christ, son Époux, aimé et servi par dessus tout.
Il n’est pas étonnant, dès lors, que dans ses Écrits elle trace pour ses filles, pour nous, tout un chemin de conversion permanente.

II. Un chemin de combat spirituel
Dès les premières lignes de sa Règle, Angèle Mérici engage ses filles dans un combat spirituel vigoureux, qui ne connaît pas de trèves. Après les avoir mises en présence du Dieu qui les a choisies "pour être de vraies et virginales épouses du Fils de Dieu" (R Prol 7), elle les invite à la reconnaissance, voire à l’étonnement d’avoir été choisies pour cette "dignité nouvelle et stupéfiante" (v. 8).
Mais, "noblesse oblige" Elle les engage immédiatement dans une voie de fidélité à cet appel, en en prenant les moyens :
"Efforcez-vous de tout votre pouvoir de vous conserver dans l’état où Dieu vous appelle ; et de chercher et vouloir tous les moyens et toutes les voies nécessaires pour persévérer et progresser jusqu’à la fin, car il ne suffit pas de commencer si l’on ne persévère pas aussi" (v.9-11).

Dans la suite du Prologue de la Règle, elle propose les moyens qui favoriseront cette conversion permanente destinée à "revêtir le Christ Jésus" : écoute et mise en pratique de la Parole de Dieu, vigilance, confiance, joie et courage.
En premier lieu vient l’écoute de la Parole de Dieu, écoute qui stimule le désir et l’effort pour "conserver cette voix de vérité et ce bon désir". (v. 12). Ensuite, Angèle invite à la vigilance, car...
"Il nous faut être avisées et prudentes ; en effet, plus l’entreprise où l’on s’engage a de valeur, plus elle comporte fatigues et dangers." (v. 18)

Les sources de ces "fatigues et dangers" sont énumérées avec réalisme : les aléas de la nature, "l’eau, l’air et la terre" ; nos propres tendances vers le mal : "notre chair et notre sensualité ne sont pas encore mortes", (v. 20), et, surtout, les "ruses et astuces" du diable qui "jamais ne se repose" (v. 21).

Une vigilance attentive s’impose donc, mais elle est tout de suite étayée par la confiance, par une foi et une espérance "fermes et inébranlables, en l’infinie bonté de Dieu". Alors, "ne vous effrayez pas" (v. 22), car, si nous cherchons habituellement à vivre selon notre vocation et à suivre la Règle, non seulement "nous surmonterons facilement tous les périls et adversités, mais encore nous les vaincrons avec grande gloire et grande joie" (v. 25)

Le Prologue se termine sur une assurance joyeuse de victoire, car "chacune de nos douleurs et tristesses se changera en joie et allégresse" (v. 27). Cette ambiance virile de courage et de joie nous stimule à garder "le cœur large et plein de désir" (v. 32).
Le désir de notre coeur, que nous avons à garder continuellement devant les yeux, c’est Jésus-Christ, l’Époux bien- aimé, qui "nous aime". (Dern Av 23) Il s’agit de lui "faire honneur" (Av 5 21), de "mettre notre espérance et notre amour en Lui seul" (Av 5 22), d’essayer de "Lui plaire le plus possible". (4e L 3). Angèle en précise les moyens.

III. Les moyens de conversion
Les moyens classiques de conversion permanente qu’Angèle Mérici propose sont ceux qu’elle a expérimentés elle-même : prière, jeûne, vie sacramentelle, conseils évangéliques, communion dans la vie fraternelle, et tout cela dans une perspective de durée et de progrès. Angèle propose de "prier toujours d’âme et d’esprit à cause du besoin continuel que l’on a du secours de Dieu" (R 5 5). Si le besoin est continuel, la prière doit l’être aussi et s’inscrit ainsi dans le temps. L’Office de la Sainte Vierge émaille les heures de la journée. "L’oraison mentale" est à vivre "chaque jour" (R 5 15), car c’est tous les jours que nous cherchons à ce que le Seigneur "illumine les ténèbres du cœur" (v. 16), "affermisse nos affections et nos sentiments, pour qu’ils ne se détournent ni à droite ni à gauche" (v. 18) et ne nous cachent pas sa "Face resplendissante" (v 19). Et c’est tous les jours et même de nuit ! - qu’Angèle propose de "crier vers le ciel", qu’on soit en train de "marcher, d’être debout, de travailler, de réfléchir" (v. 22).
Ce regard sur le présent n’obnubile pas le retour au passé et l’évaluation de nos attitudes antérieures : Angèle exprime le regret "d’avoir tant tardé à me mettre au service de ta divine Majesté" (v 27). Alors que le Seigneur nous éclaire au fur et à mesure sur la profondeur de son invitation à entrer en communion d’amour avec Lui, nous découvrons continuellement de nouveaux "retards" à correspondre à cet amour. Nous nous rendons compte de notre manque de docilité intérieure, "d’obéissance à ses divins préceptes", et de la faiblesse de notre générosité à Le suivre sur la voie de la croix, car, dit-elle, "toute adversité m’a été dure à cause de mon peu d’amour pour toi" (v. 27-31).
Tout en constatant notre être de pécheur, Angèle invite à s’élancer avec confiance vers Celui qui est notre "seule vie", notre "unique espérance" (v 35) et de tout lui offrir : "affection et passions", liberté, volonté, "pensées, paroles, actions", tout ce qui est "à nous, en nous et hors de nous" (v 41). Notons qu’elle propose cette attitude d’offrande tous les jours (v 15), au long du cheminement quotidien qui évolue au gré des événements providentiels qui nous façonnent.
Lorsqu’il s’agit du jeûne, qui constituait à son époque un des principaux actes de la vie chrétienne, Angèle le situe dans la ligne du progrès spirituel, car "le jeûne corporel... est comme un moyen et une voie pour arriver au vrai jeûne spirituel" (R 4 1-2). Cependant, Lorsque Angèle en vient à préciser les jours et les époques consacrés au jeûne, elle élargit la notion de progrès personnel en une ouverture apostolique, car c’est partout que "les sens, les appétits et la sensualité... semblent dominer dans le monde" (v 10). Pour les chrétiens qui commettent "tant d’actions dissolues, comme cela est plus que visible à tous", elle propose de jeûner et de prier, afin d’"implorer, devant le trône du Dieu Très- Haut, miséricorde" (v 11). De même pour tout le "peuple chrétien", (v 13) et, en particulier pour "les élus, bien disposés" à recevoir les dons de l’Esprit. (v 16).
Notre cheminement à la suite du Christ nous amène inéluctablement à épouser ses intérêts, ceux du Royaume, ceux du salut de chaque homme pour lequel Il a donné sa vie, ceux "de ces pauvres créatures qui ne te connaissent pas et ne se préoccupent pas de participer à ta Passion très sacrée " (R 5 31-32).
Nous avons vu combien la vie sacramentelle avait été déterminante pour Angèle dans ses choix de vie. Elle en mesurait la portée pour une conformité de plus en plus grande au Christ. Malgré la désaffection de son époque, et contre les usages courants, elle propose à ses filles une fréquence et une régularité qui devaient surprendre ses contemporains : "Que chacune aille à la Messe chaque jour et en entende au moins une entière" (R 6 1). Angèle Mérici avait personnellement expérimenté que "dans la sainte Messe, se retrouvent tous les mérites de la Passion de notre Seigneur, et plus on y assiste avec grande attention, foi et contrition, plus on participe à ces mérites bénis et plus grande est la consolation qu’on reçoit" (R 6 3-4), nous invitant ainsi à dépasser toute habitude ou monotonie, pour progresser dans notre union au Sacrifice du Christ. Quant à la communion, elle propose à chaque assistance à la Messe une "communion en esprit" (R 6 5), et "chaque premier vendredi du mois" une communion effective (R 7 14).
De même, elle "exhorte à la confession fréquente, remède nécessaire aux plaies de nos âmes". (R 7 1) Cette fréquence est précisée : "au moins une fois par mois". A cela s’ajoute la confession et la communion "dans sa propre paroisse aux fêtes solennelles" (R 7 13-14), ce qui devait porter témoignage dans le milieu où les sœurs étaient connues.
Trouvons-nous les mêmes préoccupations de progrès spirituel dans les chapitres consacrés aux conseils évangéliques ? Lorsqu’il s’agit d’obéissance, Angèle Mérici affirme que celle-ci est "comme une grande lumière qui rend bonne et agréable chacune de ses oeuvres" (R 8 4), lumière continue qui peu à peu nous transforme dans une docilité de plus en plus grande à la volonté du Père. Cette lumière est oeuvre de l’Esprit Saint qui nous "envoie continuellement ses conseils et inspirations", et dont nous "entendrons d’autant plus clairement la voix que nous aurons la conscience plus purifiée et plus nette". (R 8 14-15) Une perception intérieure de plus en plus consciente et affinée de l’action de l’Esprit conduit à un plus grand amour, à "obéir à Dieu et à toute créature par amour de Dieu". (R 8 17)

La virginité de l’"épouse du Très-Haut" (R 9 6) est caractérisée par un amour joyeux : "Qu’elle soit joyeuse et toujours pleine de charité, et de foi, et d’espérance en Dieu" (R 9 11). Cet amour informe toute notre vie : "Que toutes nos paroles, nos actions et nos comportements soient toujours un enseignement et un motif d’édification pour qui aura affaire avec nous, ce qui suppose que nous ayons toujours brûlante au cœur la charité" (R 9 21-22).
Remarquons l’importance donnée au témoignage. L’ouverture apostolique se trouve donc conditionnée par notre amour d’épouse pour Jésus-Christ.
Cet amour mène au dépouillement progressif des "choses créées" et de "soi-même" (R 10 4-5), dépouillement qu’Angèle énumère : "ce qu’on possède ; puis viennent "la nourriture, les satisfactions de la table" ; les relations humaines "les parents et amis", et surtout "soi-même, ses propres ressources, son savoir" (cf. R 10 9-12). Ce dépouillement, caractéristique de la "vraie pauvreté d’esprit" (v 3) se vit dans un contexte de foi : "En Dieu il a tout son bien" et "avec Dieu il a tout" (v 6), mais surtout d’amour confiant et joyeux, d’abandon "en Dieu seul, en sa seule Providence bienveillante et ineffable" (v 13), car Il "ne veut que votre seul bien et votre seule joie" (v 18).
Si Angèle exhorte à dépouiller "son cœur de toute affection aux choses créées... et de soi-même" (R 10 3), ce n’est certes pas dans une perspective négative ni volontariste. Ce dépouillement du cœur mène à un amour plus vrai, plus profond, qui se manifeste particulièrement dans les relations fraternelles. Sainte Angèle Mérici en donne l’exemple. Elle se nomme elle-même notre "fidèle amie" (Dern Av 25), qui "nous voit et nous connaît", qui "peut et veut nous aider" (Av 5 36-37), et surtout, qui reste présente à chacune, car, dit-elle, "Je suis continuellement au milieu d’elles avec Celui qui m’aime, ou plutôt qui nous aime toutes" (Av 5 38).
Elle insiste autant sur l’union des "cœurs" que sur l’union des "volontés" (Av 5, 20 ; Dern Av 1, 12-15 ; Test 10, 7). Cet amour mutuel est appelé à se développer en "nous estimant, nous aidant, nous supportant en Jésus-Christ" (Dern Av 2). L’union et la concorde sont là "désirer", "rechercher", "embrasser", "retenir de toutes nos forces" (Dern Av 11-14). Angèle fait ainsi appel à des attitudes qui se répètent et se prolongent, et qui donnent l’assurance que nous sommes "dans la grâce du Seigneur" (T 10, 10). Ainsi, nous sommes invitées à poursuivre notre route vers Lui, car "s’aimer et être unies ensemble sont le signe certain que l’on marche dans l a voie bonne et agréable à Dieu" (T 10 12).

Conclusion :
Une des dernières paroles de Sainte Angèle Mérici, peu avant sa mort, est un encouragement à accueillir avec joie ce chemin de conversion permanente : "Encouragez donc vos filles à poursuivre courageusement l’œuvre commencée et en même temps, réjouissez-vous" (Der- Av 21), dit-elle aux Colonelles.
D’ailleurs Angèle Mérici est tellement convaincue de la possibilité de progrès de chacune qu’elle en avertit les supérieures à plusieurs reprises :
"Sans aucun doute vous verrez des choses admirables si vous orientez tout vers la louange et la gloire de sa Majesté et vers le bien des âmes" (Prol Av 18). Elle invite au "discernement" et à la "charité" pour "reprendre", "conseiller’’, "exhorter au bien" ou "détourner du mal", et cela selon le "lieu", le "temps", et "selon ce que sont les personnes" (Av 2, 2,5,6). Il s’agit d’un véritable accompagnement adapté à chacune, en vue de son progrès spirituel, et d’une invitation à prendre la personne comme elle est, au niveau où elle se trouve, pour l’aider à aller plus loin.
Le témoignage personnel est pour Angèle est un facteur puissant pour stimuler les sœurs à progresser : "Faites donc en sorte que, à votre exemple aussi, elle s’encouragent et s’en traînent à vivre vertueusement". (Av 6, 6).
Angèle Mérici propose d’utiliser les ressources matérielles pour aider les sœurs à cheminer dans les voies de la conversion permanente, et cela, afin de diriger "tout pour le bien et le profit spirituel de vos chères enfants... inviter et pousser à un plus grand amour, à un plus grand progrès spirituel". (T 9, 8-9, 13).
De plus, Angèle manifeste une confiance illimitée en l’action de Dieu et en la générosité de ses filles, confiance qu’elle veut communiquer aux supérieures locales : "Toutes sont créatures de Dieu. Et vous ne savez pas ce qu’il veut faire d’elles. En effet, comment pouvez-vous savoir, vous, si celles qui vous paraissent les plus insignifiantes et les plus dépourvues ne vont pas devenir les plus généreuses et le plus agréables à sa Majesté ?" (Av 8, 2-3) Même sur celle qui paraît plus faible, parce qu’elle a "beaucoup de peine à renoncer à des fanfreluches ou autres frivolités du même genre" (T 6 2), Angèle jette un regard d’espérance : "Il peut se faire qu’une personne ait mis toute la force de son attachement dans une bagatelle, de sorte que, s’étant vaincue sur ce point-là, aucun autre ne lui sera plus trop difficile" (T 6, 4), laissant ainsi toute possibilité au progrès.
Enfin, elle nous laisse un dernier conseil : Il s’agit non seulement de "persévérer", "fidèlement et avec allégresse dans l’œuvre commencée" (Dern L 21-22), mais d’éviter de ralentir sa marche vers le Christ : "Gardez-vous, gardez-vous, dis-je, de perdre votre ferveur" (Der-n L 23). Pour nous y aider, Sainte Angèle Mérici reste présente parmi nous : "Je vous embrasse et je donne à toutes le baiser de paix, en suppliant Dieu de vous bénir." (Dern L 27-28).

Sœur Marie Seynaeve
Ursuline de l’Union Romaine

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Dernière mise à jour :
19 février 2018