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Conseils pour le gouvernement

Conseils d’Angèle pour l’organisation et le bon gouvernement de la Compagnie.

Lors de la fondation de la Compagnie, Angèle allait résoudre deux problèmes pratiques :

1° donner aux Vierges un mode de vie qui leur permettrait d’assumer concrètent leur consécration à Dieu tout en restant dans le monde ;

2° former un gouvernement indépendant de tout institut masculin.
Les Vierges, tout en vivant dans le monde, n’appartenaient pas au monde. Même en restant au sein de leur famille, elles n’étaient pas seules, car leur Règle leur donnait une forme d’insieme, comportant ses propres structures, enrichies par le partage d’une spiritualité spécifique. Angèle avait prévu la bonne organisation de la Compagnie, ainsi que la répartition des tâches propres aux différentes instances du gouvernement. Ses conseils, elle les donne particulièrement aux Supérieures locales et aux gouvernantes. Nous verrons chacun de ces points en détail.

I. Bonne organisation de la Compagnie

La Règle, nous le savons, était destinée à tous les membres de la Compagnie. Elle forme un tout. Elle inclut le nom précis de la Compagnie, les conditions d’admission, dont la liberté de choix et l’âge minimum, des normes pour les vêtements et les contacts avec le monde, des pratiques de pénitence, une prière personnelle et liturgique, une manière propre de vivre les conseils évangéliques et tout un chapitre sur les devoirs du gouvernement. Nous ne trouvons pas de normes juridiques pour les trois conseils évangéliques, mais seulement des exhortations spirituelles. Cela ne doit pas nous surprendre : les membres de la Compagnie ne prononçaient pas de vœux de religion, mais étaient invitées à vivre dans l’esprit des conseils évangéliques. Ce que la Règle demandait c’était une décision ferme de garder jusqu’à la fin une virginité perpétuelle.

Les supérieures

Dans les Avis adressés aux Colonelles, ou supérieures locales, et dans le Testament adressé aux Dames Gouvernantes, ou supérieures majeures, différents points de Règle sont précisés. Par exemple, Angèle demande ne pas traîner dans les églises pour y prier après la messe. Cela s’explique par le fait que les églises étaient utilisées comme lieux de réunion pour le commerce, la politique, les rencontres sentimentales. Encore en 1552, Monseigneur Duranti, Evêque de Brescia, s’est vu obligé de défendre, sous peine d’excommunication, certaines actions inconvenantes à l’intérieur des églises.

Dans ce contexte, nous comprenons mieux le 7e Avis d’Angèle : éviter la familiarité avec les jeunes gens, et aussi avec d’autres hommes, fussent-ils spirituels (v.2), de ne pas fréquenter des femmes oisives… qui aiment volontiers entendre parler de vanités et de plaisirs mondains (v. 5), car les églises servaient de lieux de rendez-vous pour les uns et pour les autres.

Dans le Prologue de la Règle, Angèle avait déclaré, Dieu vous a accordé la grâce de vous séparer des ténèbres de ce monde misérable et de vous unir ensemble pour servir sa divine Majesté (R Prol 4). Cet insieme sera une force. Afin de construire et d’éduquer ses filles dans une conscience d’institut, Angèle veut s’assurer une union étroite entre tous les membres, un vrai dialogue entre la base et les supérieures, une compréhension mutuelle et une union étroite entre les deux niveaux de gouvernement.

Elle donne à son groupe le nom de « Compagnie » ; elle précise que la Règle indique la manière dont toutes doivent marcher ensemble ; elle les exhorte à être unies dans une même volonté. Elle fixe des temps pour des réunions générales, suggère quelques structures de vie ensemble. Toutes ces normes donnent à la Compagnie une dimension communautaire.

Dans les Avis et le Testament, Angèle compare la Compagnie à une famille, à une vigne, à une forteresse bâtie sur le roc, à une tour inexpugnable. Elle confie aux gouvernantes la garde de la communion et de la bonne entente. Il s’agit d’un trésor de famille qu’il faut développer et protéger. Les Supérieures locales doivent faire vivre cette communion ; les gouvernantes, la protéger.

Le témoignage d’amour réciproque au sein de la Compagnie construit l’Eglise. D’où l’insistance d’Angèle d’être unies et d’éviter tout mauvais exemple dans la cité.

Angèle prévoit une réelle autorité confiée aux femmes :

Demeurez soumises aux mères principales que je vous laisse à ma place, comme cela est juste… car en leur obéissant, vous m’obéirez à moi, et en m’obéissant à moi, vous obéirez à Jésus-Christ (Av 3 : 1,3).

Une union forte entre les supérieures garantit l’unité de gouvernement et favorise l’unité de la base. Angèle prévoit, en pratique, une réunion toutes les deux semaines, ou au moins une fois par mois entre les deux groupes d’autorité, Colonelles et Gouvernante. Elle établit même l’ordre du jour de ces réunions :
- évaluation de la manière de vivre des sœurs ;
- échanges sur leurs besoins spirituels et temporels ;
- prises de décisions sous l’inspiration de l’Esprit Saint (7e Legs).

L’insieme se construit par le dialogue entre les supérieures et les sœurs. Les Vierges sont appelées à obéir, mais les sœurs au service du gouvernement doivent respecter leurs sœurs, les consulter, les inviter à participer d’une manière responsable, prier toutes ensemble avec toutes vos filles. Cela comprend aussi bien les dames de la noblesse bresciane que les servantes illettrées et les filles de familles simples et pauvres, afin que toutes soient ensemble responsables d’un aggiornamento, fruit de la prière commune. Toutes participent à l’élection, qu’elles soient éduquées ou non, pauvres ou riches, servantes ou maîtresses de maison ; toutes portent ensemble une responsabilité égale et ont des droits égaux pour élire les nouveaux membres du gouvernement.

Plusieurs fois Angèle demande aux supérieures d’être bonnes, douces, humbles, ni dominatrices, ni rudes.

Un autre élément, bien que matériel, aide à conserver une conscience d’institut : il s’agit des biens qui appartiennent à la Compagnie. Les Gouvernantes ont l’expérience de l’administration des biens temporels. Elles ont la responsabilité de les distribuer pour le bien de leurs sœurs ou de faire des aumônes à bon escient. C’est en s’adressant à elles qu’on trouve le seul refus péremptoire d’Angèle :

Je ne veux pas que vous cherchiez des conseils en dehors ; décidez-vous-mêmes, et seulement entre vous, selon que la charité et l’Esprit Saint vous éclaireront et vous inspireront (9e Legs, 5-7).

Elle garantit ainsi l’indépendance totale de son institut au plan matériel, en évitant toute ingérence financière.

Angèle confie aux Matrones l’observance de la Règle, et pour les y aider, elle fait appel à des principes pédagogiques sains, remplis de confiance et d’espérance en les ressources personnelles de chacune, mais aussi de prudence, afin d’écarter tout danger au groupe naissant.

C’est ainsi qu’elles collaborent au gouvernement des sœurs. Rappelons que le nom des Gouvernantes ne se trouvent dans aucun acte d’élection comme électrices ; elles ont été établies pour aider la Compagnie, mais elles n’en sont pas membres.


Les hommes

Le réalisme d’Angèle, son expérience, son sens pratique l’ont amenée à associer quatre hommes mûrs et expérimentés (R 11, 3), qui seront comme des agents et même comme des pères (R 11, 6) dans les problèmes qui se posent. On leur demande d’agir dans des cas difficiles, lorsqu’une sœur est empêchée de pratique sa règle par sa famille ou ses employeurs, lorsqu’elle ne reçoit pas son salaire ou son héritage.

Au premier Chapitre Général de 1537, l’acte d’élection stipule que ces hommes n’étaient pas encore élus, parce que rien n’avait encore été prévu pour cela. Cozzano les nomme protecteurs et se désigne lui-même comme le premier protecteur de la Compagnie.

Il semble que nous nous trouvons devant deux catégories d’hommes, les agents qui s’occupent des cas ordinaires, et les protecteurs qui peuvent conseiller et intervenir socialement et légalement en cas de nécessité. Vraisemblablement, ils devaient être des hommes d’influence et de savoir, experts en droit ; ils furent probablement choisis parmi les membres de la classe dirigeante à cause de leur éducation et de leur compétence.

Dans sa Règle, Angèle emploie aussi l’appellation de gouverneurs. Il s’agit probablement des protecteurs, parce qu’ils avaient la responsabilité d’entrer en relation avec les parents d’une aspirante et s’assurer que celle-ci accorde toute liberté à leur fille pour suivre la Règle. Angèle cite aussi les gouverneurs dans son chapitre sur l’obéissance, au même titre que les Gouvernantes de la Compagnie. En outre, la supplique adressée au Pape Paul III pour obtenir l’approbation de la Règle était signée et par les Gouverneurs et par les Gouvernantes.

Dans le Secondo Libro Generale, qui contient les procès-verbaux des réunions des Gouvernantes, on trouve par deux fois, à des endroits différents la mention des Magnifici Signori Governatori della Compagnia et Gli Agenti della Compagnia, mais ces textes sont postérieurs à la mort d’Angèle.

Quels conseils Angèle donne-t-elle pour le gouvernement ? Jusqu’à présent nous avons vu l’esprit dans lequel les Supérieures devaient gouverner. Que devaient-elles faire concrètement ? Ce sera notre deuxième partie.

II. Conseils pour bien gouverner


1. Etre des gardiennes de la Règle

Aux Matrones, Angèle confie l’observance fidèle de la Règle :

Veillez avec un très grand soin à ce que les bonnes prescriptions données, surtout celles qui sont dans la Règle, soient très diligemment observées. (Dern Legs,1)

Aux Colonelles, elle précise :

Prenez bien garde à ce qu’aucun confesseur, ou autre religieux, ne les détourne d’aucun bon mouvement, ou du jeûne, ou du ferme propos de virginité, ou de l’estime de cette sainte Règle divinement ordonnée (Av 7, 6-9). Et dites-leur de vouloir être unies et vivre ensemble dans la concorde, étant toutes d’un seul vouloir, et se tenant sous l’obéissance de la Règle, car tout est là. (Av 5, 20).

2. Etre pleines de sollicitude

Que les veuves soient comme des mères, pleines de sollicitude pour le bien et l’utilité de leurs sœurs et filles spirituelles. (Règle. XI, 5). Ou encore, vous avez été trouvées dignes d’être de vraies et aimantes mères d’une si noble famille, confiée à vos mains, afin que vous ayez pour elle le soin et la sollicitude que vous auriez si elles étaient sorties de votre propre sein et plus encore. (Test Prol, 11-13).

Aux Colonelles Angèle précise les formes concrètes de cette sollicitude :

Que les quatre vierges veuillent bien prendre pour leur tâche propre principalement ceci : visiter tous les quinze jours, ou plus ou moins suivant le besoin, toutes les autres vierges, leurs sœurs, qui sont ici et là dans la ville, afin de les réconforter et de les aider si elles se trouvaient dans quelque situation de discorde ou dans quelque autre tribulation, aussi bien de corps que d’esprit (R, 11, 7-9).

Notons la manière dont Angèle ne sépare jamais le spirituel du temporel.

3. Etre vigilantes

Aux Colonelles Angèle donne encore des directives très précises par rapport à leurs Sœurs :

…les aider… si les supérieurs de l’une d’elles à la maison lui faisaient quelque tort, ou voulaient l’empêcher de faire quelque bien, ou l’induire au danger de faire quelque mal. Et si elles-mêmes ne pouvaient y pourvoir, qu’elles en réfèrent aux matrones. Si celles-ci non plus ne peuvent y remédier, qu’on veuille bien convoquer aussi les quatre hommes, afin que tous ensemble collaborent pour y porter remède. (R 11, 9-14)


4. Etre gardiennes de la foi

Veuillez être pleines de sollicitude et de vigilance, comme autant d’attentives bergères pour ce troupeau céleste remis entre vos mains… en particulier, pour qu’elles ne soient pas souillées par le poison de quelque opinion hérétique en ces temps pestiférés. (10e Legs, 1-2,4)
Quant à les garder des opinions pestilentielles des hérétiques, si vous entendez dire que quelque prédicateur, ou autre personne, a une réputation d’hérétique, ou prêche des nouveautés étrangères à l’usage commun de l’Église, et contraires à ce que vous avez reçu de nous, alors, avec beaucoup de tact, empêchez vos enfants d’écouter de telles personnes. (Av 7, 12-15).

Avec prudence, Angèle conseille des attitudes modérées :

Considérez chacun comme bon, mais soyez prudentes pour votre bien à vous. Car il vaut mieux suivre ce qui est certain, sans danger, que ce qui est incertain, avec danger. (Av 7, 19-21)

Pour les aider, Angèle préconise une fidélité indéfectible à l’Eglise :

Suivez l’ancienne voie et l’usage de l’Église, établis et confirmés par tant de Saints sous l’inspiration du Saint-Esprit. Et menez une vie nouvelle. Quant aux autres opinions qui surgissent actuellement, et qui surgiront, laissez-les tomber comme des choses qui ne vous regardent pas. Mais priez, et faites prier, afin que Dieu n’abandonne pas son Église, mais veuille la réformer comme il lui plaît, et selon ce qu’il voit être mieux pour nous et davantage à son honneur et à sa gloire. (Av 7, 22-26).

5. Veiller à la formation

Cette tâche incombe particulièrement aux Colonelles : Que ces vierges soient comme des maîtresses et des guides dans la vie spirituelle. (R 11, 4).

Elles ont à avertir leurs sœurs avec bonté :

Vous, faites votre devoir en les corrigeant avec amour et charité, si vous les voyez tomber dans quelque faute par suite de quelque fragilité humaine ; et ainsi vous ne cesserez d’émonder cette vigne qui vous est confiée. (Av 8, 7-8).)

Surtout, Angèle propose d’aborder ces jeunes non seulement avec confiance en Dieu, mais aussi avec confiance en leurs capacités de progresser :

Elles sont toutes créatures de Dieu. Et vous ne savez pas ce qu’il veut faire d’elles. En effet, comment pouvez-vous savoir, vous, si celles qui vous paraissent les plus insignifiantes et les plus dépourvues ne vont pas devenir les plus généreuses et les plus agréables à sa Majesté ? … Il sait bien ce qu’il veut faire d’elles. lui qui (comme dit l’Écriture) peut transformer des pierres en enfants du ciel. (Av 8, 1-6)

Les Matrones doivent prévoir le cadre qui permette une formation spirituelle en groupe :

Vous devrez avoir soin de faire réunir vos filles de temps en temps, dans le lieu qui vous paraîtra le meilleur et le plus commode. Et ainsi (selon que vous aurez à votre disposition quelqu’un qui convienne) vous leur ferez donner quelque petit sermon ou quelque exhortation ( 8e Legs, 1-2).

Il y a cependant des cas où les Matrones, à la demande des colonelles, devront intervenir, mais toujours avec patience et clairvoyance :

Quand vous verrez que quelqu’une a beaucoup de peine à renoncer à des fanfreluches ou autres frivolités du même genre qui autrement ont peu d’importance ; ne comptez pas trop que celle-là persévère dans la Compagnie. Car si elle ne veut pas faire ce qui est moindre, elle fera encore moins ce qui est plus. Ici pourtant vous devez être prudentes parce qu’il peut se faire qu’une personne ait mis toute la force de son attachement dans une bagatelle, de sorte que, s’étant vaincue sur ce point-là, aucun autre ne lui sera plus trop difficile. (6e Legs, 1-4)
Montrez-vous avisées, quand vous aurez conseillé et averti quelqu’une avec charité trois, ou tout au plus quatre fois au sujet de quelque manquement notable, [notons l’accumulation des circonstances] et que vous verrez qu’elle ne veut pas obéir, alors, laissez-la à elle-même et ne lui envoyez plus les colonelles et autres visiteuses ; surtout parce qu’il peut se faire que la pauvrette, se voyant ainsi abandonnée et mise de côté soit poussée au repentir, et désire plus que jamais rester dans la Compagnie (5e Legs, 1-6).

6. Maintenir l’unité et éviter toute mésentente

Pour maintenir l’unité, comme nous l’avons vu plus haut, Angèle prévoit des rencontres et des échanges réguliers. (cf. 8e Legs, 1-3).

Les Matrones sont appelées à être particulièrement vigilantes pour déceler les premiers signes de mésentente, afin d’y remédier immédiatement.

Je vous en prie de tout cœur, veuillez être pleines de sollicitude et de vigilance, …pour que parmi vos brebis ne naisse pas la zizanie de la discorde ou d’un autre scandale (10eL, 1-3).
Surtout ayez soin qu’elles soient unies de cœur et de volonté, comme on le lit des Apôtres et des autres chrétiens de la primitive Église : ils n’avaient tous qu’un seul cœur. (10e Legs,7). Enfin, Soyez vigilantes sur ce point, car c’est ici que le démon vous tendra des pièges sous apparence de bien. Donc, dès que vous apercevrez ne fût-ce que l’ombre d’une telle peste, remédiez-y aussitôt selon les lumières que Dieu vous donnera. (10e Legs, 13-14).

Aux Colonelles qui doivent être un exemple pour leurs filles, (cf. 6e Avis), Angèle insiste aussi sur l’importance de sauvegarder l’union entre elles :

Mon tout dernier mot pour vous… est que vous viviez dans la concorde, unies ensemble, toutes d’un seul cœur et d’un seul vouloir. Soyez liées l’une à l’autre par le lien de la charité, vous estimant, vous aidant, vous supportant en Jésus-Christ. (Dern Av 1-2).

Voyez donc combien importe cette union et concorde. Alors désirez-la, recherchez-la, embrassez-la, retenez-la de toutes vos forces, car, je vous le dis, étant ainsi unies de cœur toutes ensemble, vous serez comme une forteresse ou une tour inexpugnable, contre toutes les adversités, et persécutions, et tromperies du démon. (Dern Av 10-17).

7. Veillez particulièrement sur les sœurs en difficulté

Angèle n’hésite pas à relever plusieurs cas concrets : celles qui se trouvent en danger moral (R 11, 11-12), ou isolées (R 11, 25-27, celles qui se voient privées de leur héritage ou de leur salaire (R 11, 15-19), celles qui sont à la recherche d’un emploi où elles pourront vivre heureuses et en sécurité, (R 11, 18), et enfin, les sœurs âgées et malades (R 11, 29-30).


8. Assumer les tâches administratives du gouvernement

Quant aux fonctions administratives, Angèle donne des directives précises concernant les réunions, les élections, l’administration financière, et les modalités d’adaptation lorsque celles-ci s’avèrent nécessaires.

Angèle avait prévu des temps réguliers de rencontres entre les Colonelles et les Gouvernantes. Ces réunions comportaient des informations mutuelles, une évaluation, et enfin des prises de décision :

Faites en sorte de vous réunir toutes avec les colonelles deux, ou tout au moins une fois par mois, pour ensemble échanger vos vues et faire un bon examen du gouvernement. Et surtout à propos de ce que les colonelles vous diront sur la conduite de vos chères enfants et sur leurs nécessités et besoins, tant spirituels que matériels. Et pourvoir à toute chose selon que l’Esprit Saint vous inspirera. (7e Legs, 1-7)

Il faut aussi garantir la continuité dans le gouvernement de la Compagnie. Il incombe aux Matrones de convoquer ses membres afin d’élire celles qui succèderont aux différentes tâches du gouvernement :

Si quelques-unes des personnes du gouvernement venaient à manquer, pour cause de mort ou pour avoir été relevées de leurs offices, alors la Compagnie voudra bien se réunir et en élire d’autres pour compléter le nombre légal. (R 11, 20)

Angèle avait même prévu les circonstances où les personnes au gouvernement devaient être relevées de leur mandat : incapacité due à la maladie, à la vieillesse, ou à d’autres circonstances, et même, le cas échéant, remplacement d’une supérieure qui se montre indigne de sa charge. (R 11, 21).

En 1537, Girolamo Patengola avait légué des biens à la Compagnie par Testament ; il fallait prévoir comment les gérer, à quoi les attribuer. Dès avant la fondation de la Compagnie en 1535, Angèle avait prévu les dispositions nécessaires. Elle y voit d’abord un don de la Providence : Si, de par la volonté et la libéralité de Dieu, il arrivait que l’on eût en commun de l’argent ou d’autres biens…(R 11, 25).

Puis, elle ajoute ses conseils : On rappelle que l’on doit les administrer comme il faut et qu’on doit les dispenser prudemment spécialement pour aider les sœurs et en fonction de chaque besoin éventuel. (R 11, 22-24).
Elle en précise quelques cas : louer une maison pour que les sœurs qui seraient isolées puissent se trouver ensemble, donner une pension régulière à celle qui accueille une autre sœur dans sa maison. (R 11, 25-27).

Vers la fin de sa vie, la fondatrice prévoit une gestion financière collégiale parmi les gouvernantes :

L’argent que vous aurez, dépensez-le pour le bien et le développement de la Compagnie, selon que la discrétion et l’amour maternel vous le dicteront. Sur ce point je ne veux pas que vous cherchiez des conseils au dehors ; décidez vous-mêmes, seulement entre vous, selon que la charité et l’Esprit Saint vous éclaireront et vous inspireront, en dirigeant tout pour le bien et le profit spirituel de vos chères enfants, autant pour inviter et pousser à un plus grand amour et à l’obligation de bien faire celles qui sont déjà là, que pour en attirer encore d’autres. (9e Legs, 4-10).

Angèle précise donc les modalités à respecter avant toute décision (discrétion, charité et surtout docilité aux lumières de l’Esprit Saint), les motivations (le bien et le profit spirituel des sœurs, inviter un plus grand amour, mais aussi, en attirer d’autres). Elle insiste sur l’indépendance de décision, écartant ainsi toute ingérence extérieure dans l’administration financière de la Compagnie.

Enfin, l’expérience acquise et la sagesse personnelle d’Angèle lui avaient fait prévoir des possibilités d’adaptation, règle unique dans toute l’histoire des congrégations religieuses :

Et si, selon les temps et les besoins, il y avait de nouvelles dispositions à prendre ou quelque chose à modifier, faites-le prudemment et avec bon conseil. Et que toujours votre principal recours soit de vous rassembler aux pieds de Jésus-Christ, et là toutes, avec toutes vos filles, de faire de très ferventes prières. (Dern. L, 4)

Consciente des possibilités d’évolution de la Compagnie selon les époques (les temps) et les différents milieux (les besoins), Angèle fixe les conditions d’une adaptation valable : agir avec prudence, demander conseil, et surtout, compter sur la prière de toutes à cette intention. Cela suppose évidemment une information préalable donnée aux membres de la Compagnie sur la nécessité de la modification.

En fin de parcours, nous ne pouvons que nous émerveiller et rendre grâce au Seigneur de la sagesse et de la largeur de vue d’Angèle en plantant la Compagnie. Des règles de gouvernement toujours en vue du bien des sœurs et pour un plus grand amour, des structures cohérentes adaptées à son époque, ont donné à la Compagnie les bases nécessaires à sa survie et à son évolution ultérieure. Le charisme particulier d’Angèle, surtout son humble docilité à la volonté de Dieu, sa foi inébranlable en Celui qui lui avait confié une mission et qui l’avait aidée pas à pas jusqu’à son accomplissement, son indéfectible amour pour Jésus-Christ, son unique voie, unique espérance, unique trésor, ne lui avait pas fait négliger les bases solides et concrètes nécessaires à la viabilité de la Compagnie. Plusieurs fondations similaires à celle d’Angèle avaient vu le jour à la même époque : à Venise, à Vérone, à Parme et ailleurs. Seule celle d’Angèle a survécu, grâce à une organisation interne garantissant à la foi une forte inspiration spirituelle et des structures précises et adaptées.

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Soeur Marie Seynaeve

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