Conseils pour la formation - Ursulines de l'Union Romaine
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Conseils pour la formation

Conseils spirituels donnés aux formatrices


Tapisserie de Soeur Marie-Stanislas O’Lanyer

Les « Avis » et le « Testament » ont été destinés par Sainte Angèle aux formatrices de son jeune institut : les « Colonelles » ou supérieures locales et les « Gouvernantes » ou supérieures majeures de la Compagnie. Les premières étaient membres de la Compagnie ; les deuxièmes la gouvernaient, mais n’étaient pas soumises à la Règle, hormis les clauses qui relevaient de leur charge. A ces dernières, Angèle demande d’être

comme des Mères, pleines de sollicitude pour le bien et l’utilité de leurs sœurs et filles spirituelles (R 11, 5)


Les Colonelles, dont le rôle est semblable à celui des « vierges-maîtresses » ont à

Visiter leurs filles et sœurs, les saluer, voir comment elles se portent, les réconforter, les encourager à persévérer dans la vie qu’elles ont commencée (Av. 5 1-2). )


La règle demande aux « vierges-maîtresses » sensiblement la même chose :

Visiter tous les quinze jours, ou plus ou moins suivant le besoin, toutes les autres vierges, leurs sœurs, qui sont ici et là dans la ville, afin de les réconforter et de les aider si elles se trouvaient dans quelque situation de discorde ou dans quelque autre tribulation aussi bien de corps que d’esprit, ou bien si les supérieurs de l’une d’elles à la maison lui faisaient quelque tort, ou voulaient l’empêcher de faire quelque bien (R 11, 8-11).)


Les conseils donnés aux formatrices par la fondatrice sont peut-être les phrases qui ont été les mieux retenues par les Ursulines à travers les siècles. S’adressant aux responsables du jeune Institut à une époque où il acceptait, en vue de leur formation de chrétiennes et de consacrées, de toutes jeunes adolescentes, même à partir de douze ans, Angèle a prodigué des conseils dont la valeur pédagogique n’a pas échappé aux religieuses éducatrices que nous avons été au long des siècles.

Pourtant, ces mêmes conseils ont été donnés d’abord à des consacrées, dans les « Avis », en vue de former d’autres à la vie consacrée. Il importe aujourd’hui d’en faire une relecture à la lumière d’un contexte de formation, qui correspondait à l’intention première de la Madre.

« Avis » et « Testament » contiennent :
I.Des conseils donnés aux formatrices réglant leurs relations avec Dieu.
II.Des conseils donnés aux formatrices réglant leurs relations avec les Vierges.
III.Des exhortations spirituelles destinées aux membres de l’Institut, par l’entremise des formatrices.

I. Conseils donnés aux formatrices réglant leurs relations avec Dieu

A. La formatrice est appelée à une relation particulière avec Dieu, parce que c’est Lui qui l’a appelée à cette fonction.

Dieu a voulu dans son conseil éternel élire en dehors de la vanité du monde beaucoup de femmes, spécialement des vierges, c’est-à-dire notre Compagnie, et …il lui a plu dans sa bonté infinie de se servir de moi comme de son instrument pour son œuvre, une telle œuvre et si grande… Et parmi les ressources bonnes et nécessaires que Dieu a préparées pour moi, vous êtes l’une des principales, vous qui êtes trouvées dignes d’être de vraies et aimantes mères d’une si noble famille, confiée à vos mains… considérez la grande grâce et l’heureux sort qui est le vôtre, à savoir que Dieu a daigné faire de vous les mères de tant de vierges, et qu’il a remis ses propres épouses entre vos mains et les a confiées à votre gouvernement. (Test. Prol. 5-6, 10-12, 14-16). Quelles beauté et dignité nouvelles que d’être gouvernantes et mères des épouses du Roi des rois et du Seigneur des seigneurs, et en quelque sorte de devenir les belles-mères du Fils de Dieu… Trop heureuses serez-vous si vous êtes prêtes et attentives à reconnaître la nouveauté et la singularité d’un tel sort ! (4e Legs14-15, 17).

B. De ce choix gratuit de Dieu, découlent plusieurs attitudes spirituelles

a.L’humilité

Le premier avis donné par Angèle aux Colonelles est avant tout celui de l’humilité :

En premier lieu, donc, mes filles et sœurs très chères dans le Sang de Jésus-Christ, je vous rappelle de vous efforcer, avec l’aide de Dieu, d’acquérir et de planter en vous cette juste conviction et cet humble sentiment : ne vous jugez pas dignes d’être supérieures et colonelles. Au contraire, considérez-vous comme ministres et servantes, pensant que vous avez plus besoin, vous, de les servir [vos filles] qu’elles n’ont besoin, elles, d’être servies ou gouvernées par vous ; et que Dieu pourrait bien y pourvoir par d’autres instruments encore meilleurs que vous ; mais, dans sa miséricorde, il a voulu se servir de vous comme de ses instruments, pour votre meilleur bien, afin que vous puissiez mériter davantage de son infinie bonté et qu’il ait sujet de vous récompenser. (Av. 1, 1-5).

Donc, dit Angèle, si le Seigneur vous a choisies pour cette fonction, c’est parce que vous aviez besoin de creuser en vous cette attitude d’humble service, exigée dans l’exercice de votre charge :

Apprenez de notre Seigneur, lui qui, pendant qu’il était en ce monde, était comme un serviteur, obéissant au Père éternel jusqu’à la mort. Et c’est pour cela qu’il dit : « J’ai été au milieu de vous non comme celui qui est servi, mais comme celui qui sert ». (Av. 1, 6-7).

Il vous a donc choisies pour que vous ayez davantage l’occasion d’imiter le Christ.

Et saint Grégoire exerçait l’office de supérieur et de pape ; dans on cœur, cependant, il se considérait comme plus petit que les autres, et comme le serviteur des serviteurs de Dieu, se souvenant du mot de l’Evangile : « Que celui qui est le plus grand parmi vous, se fasse le plus petit ». De même vous aussi, soyez supérieures de cette manière-là et estimez-vous plus petites que vos filles. Car si vous faites ainsi, Dieu lui-même vous exaltera ensuite dans la mesure où vous vous serez abaissées. (Av. 1, 10-11).

Enfin, Angèle montre que pour avoir la liberté intérieure nécessaire, pour faire œuvre de formation valable, il faut renoncer :
- à être contente de soi ;
- à ce que les autres soient contentes de vous :

Ce n’est pas inutilement ni sans motif, en effet, que le cœur d’un vrai et prudent serviteur de Dieu s’humilie et anéantit en lui-même la considération de soi et la jouissance en sa propre réputation ; c’est qu’il espère et attend de Dieu une autre jouissance, une gloire et un honneur plus vrais. (Av1, 12-13).

b.l’action de grâces

Cette charge ne doit pas vous peser ; au contraire, vous devez remercier Dieu grandement de ce qu’il ait daigné faire en sorte que vous soyez de celles à qui il demande de se dépenser pour gouverner un tel trésor qui est le sien. Grâce vraiment grande et sort inestimable si vous voulez les reconnaître. (Av. Prol. 12-13).

c.la docilité à se laisser mouvoir

Combien vous avez… à le prier que, puisqu’il a daigné vous placer à la tête d’un si noble troupeau, il daigne encore vous donner une sagesse et une aptitude telles que vous puissiez faire œuvre digne de louange à ses yeux, et mettre toute votre application et toues vos forces à faire votre devoir. Il vous faut par conséquent prendre la nette et ferme résolution de vous soumettre totalement à sa volonté, et, avec une foi vive et inébranlable recevoir de lui-même ce qu vous aurez à faire pour son amour. Et en cela (quoiqu’il puisse arriver) persévérer avec constance jusqu’à la fin. (Test. Prol. 18-24).

Efforcez-vous, avec l’aide de Dieu, d’acquérir et de conserver en vous de telles convictions et de si bons sentiments que vous soyez portées à cette sollicitude et à ce gouvernement seulement par le seul amour de Dieu et le seul zèle pour le salut des âmes. Car toutes vos œuvres et tous les actes de votre gouvernement étant ainsi enracinés dans cette double charité ne pourront produire que des fruits bons et salutaires. (1er Legs, 2-4).

Si c’est lui [Jésus-Christ] qui vous dirige et vous enseigne, vous serez bien enseignées, comme dit encore le prophète, « Bienheureux celui que toi, Seigneur, tu auras instruit ». (Av. 7, 28).

d.une prière humble et confiante

Angèle insiste sur l’importance de la prière faite ensemble, formatrices et sœurs en formation :

Que toujours votre principal recours soit de vous rassembler aux pieds de Jésus-Christ, et là toutes, avec toutes vos filles, de faire de très ferventes prières.

Le fruit de cette prière faite ensemble est la lumière qui éclairera les deux, car les deux ont un besoin impérieux de lumière.

Car ainsi, sans aucun doute, Jésus-Christ sera au milieu de vous, et il vous éclairera et vous instruira en vrai et bon maître sur ce que vous aurez à faire. (Dern. Legs 3-5).

Il s’agit de se tenir humbles et petites dans sa main, car lui seul a la puissance et la force d’agir, et toute notre force ne peut venir que de Lui :

Priez-le, humiliez-vous sous sa grande puissance, car, sans aucun doute, de même qu’il vous a confié cette charge, de même aussi il vous donnera les forces nécessaires pour la remplir, pourvus que vous ne manquiez pas de votre côté. (Av. Prol. 16).

Une prière de foi et d’espérance

Croyez-le, ne doutez pas, ayez une foi ferme qu’il en sera ainsi. Je sais ce que je dis. (Dern. Legs 9-12).

N’ayez pas peur de ne pas savoir, ni de ne pas pouvoir faire ce qu’on exige à bon droit pour un gouvernement si singulier. Ayez espérance et foi ferme en Dieu, car il vous aidera en toute chose. (Av. Prol. 14-15).

Agissez, remuez-vous, croyez, faites des efforts, espérez, criez vers lui de tout votre cœur, et sans aucun doute vous verrez des choses admirables, si vous orientez tout vers la louange et la gloire de sa Majesté et vers le bien des âmes. (Av. Prol. 17-18).

« Il vous aidera… », « vous verrez des choses admirables ». Les merveilles sont promises pour l’avenir. Dieu prend son temps pour préparer les fruits. Il sait, Lui, à quel moment Il peut demander un don plus total à celles qu’Il a appelées.

e.Une fidélité persévérante

La force et la vraie consolation du Saint-Esprit soient en vous toutes, afin que vous puissiez soutenir et remplir virilement et fidèlement la charge que vous avez à porter, et attendre en même temps la grande récompense que Dieu vous a préparée si vous vous efforcez, chacune de votre côté, d’être fidèles et pleines de sollicitude pour ses épouses qui vous ont été confiées, pour que vous les gardiez et veilliez sur elles comme de très vigilantes bergères et de sages servantes. (Av. Prol., 3-6).

La « vraie consolation » est celle qui nous pousse à agir avec fidélité et à persévérer. Le concept de « récompense » n’a pas bonne presse dans la spiritualité contemporaine. Pourtant, la récompense dont il s’agit ici n’est pas l’objet d’un marchandage, mais la proximité de l’Epoux, l’intimité avec l’Epoux. N’est-ce pas le désir ultime de toutes celles qu’Il a appelées à Lui ?

La « bergère » est celle qui guide, qui veille, qui rassemble ; la bonne « servante » est fidèle à son maître ; elle agit avec un amour reconnaissant envers la famille qui l’a admise en son sein. Elle ne compte pas sa peine.

II. Conseils donnés aux formatrices en vue de leurs relations avec les vierges.

A. Toutes les relations des formatrices avec les vierges sont fondées sur un amour spirituel qui s’exprime en des manifestations concrètes :

a.connaissance individuelle :

Je vous supplie de bien vouloir prendre en considération et tenir gravées dans votre esprit et dans votre cœur toutes vos filles, une à une ; non seulement leurs noms, mais aussi leur condition et leur tempérament, et leur situation et tout ce qui les concerne. Cela ne vous sera pas chose difficile si vous les embrassez avec une vive charité. On voit en effet que les mères selon la nature, quand bien même elles auraient mille fils et filles, les auraient tous totalement fixés dans leur cœur, un à un, car c’est ainsi qu’agit le véritable amour. (2e Legs, 1-5). A plus forte raison, les mères spirituelles peuvent-elles et doivent-elles agir ainsi, car l’amour spirituel est sans comparaison beaucoup plus puissant que l’amour naturel. Alors… si vous aimez nos chères enfants avec une charité vive et passionnée, il vous sera impossible de ne pas les avoir toutes imprimées dans votre mémoire et dans votre cœur, chacune en particulier. (2e Legs 8-11).

b.amour égal pour toutes

Aimez vos chères filles également ; et n’ayez pas de préférence pour l’une plutôt que pour l’autre, puisqu’elles sont toutes créatures de Dieu. (8e Av., 1)

c.amour fondé sur l’estime et l’affection

Vous devez aussi considérer de quelle manière vous devez les apprécier, car plus vous les apprécierez, plus vous les aimerez ; plus vous les aimerez, plus vous aurez soin d’elles et veillerez sur elles. Et il vous sera impossible de ne pas vous en soucier jour et nuit, et de ne pas les avoir gravées dans votre cœur, toutes et une à une, car ainsi fait et opère le véritable amour. (Av. Prol. 9-11).


B. Attitudes qui en découlent :

a.joie

Elles ont et mettent toute leur joie en ceci : qu’elles sont mères de filles qui plaisent tant à des époux aussi nobles ; car elles espèrent aussi par ce moyen, à cause de leurs filles et grâce à elles, avoir l’amour et la faveur de leurs gendres. Combien plus devez-vous le faire, vous, vis-à-vis de ces filles du ciel qui sont vos filles, elles sont épouses non pas d’hommes de ce monde… mais de l’immortel Fils du Dieu éternel. (4e Legs, 9-13).

b.sollicitude et vigilance

Vous serez attentives et vigilantes pour connaître et comprendre la conduite de vos filles, et pour être au courant de leurs besoins spirituels et temporels. Et alors pourvoyez-y vous-mêmes de votre mieux, si vous le pouvez. (Av. 4, 1-2).

En évoquant les « besoins spirituels et temporels » : Angèle vise ici la totalité de la personne.

Je vous en prie de tout cœur, veuillez être pleines de sollicitude et de vigilance, comme autant d’attentives berbères, pour ce troupeau céleste remis entre vos mains. (10e Legs, 1-2).

Veillez avec un grès grand soin à ce que les bonnes prescriptions données, surtout celles qui sont dans la Règle, soient très diligemment observées. (Dern. Legs, 1).

c.une direction douce et humble

Je vous en prie, de grâce, veuillez vous efforcer de mener vos filles avec amour et d’une main suave et douce, et non impérieusement, ni avec âpreté ; mais en toutes choses veuillez être affables. Prêtez attention à Jésus-Christ qui dit : « Apprenez de moi que je suis affable et doux de cœur ». Et de Dieu on lit : « Il dispose et gouverne toutes choses suavement. » Et Jésus-Christ dit encore : « Mon joug et ma servitude sont légers et suaves ». Vous devez donc vous efforcer de faire de même vous aussi. (3e Legs, 1-7).

N’oublions pas que les Matrones appartenaient à l’aristocratie bresciane, et que la plupart des membres de la Compagnie étaient des filles d’honnêtes artisans.

d.conditions d’une direction efficace

  1. l’exemple et la fidélité
Quant à vous, vivez et comportez-vous de telle façon que vos filles puissent se mirer en vous. Et ce que vous voulez qu’elles fassent, faites-le d’abord vous-mêmes. Comment pourrez-vous les admonester ou les reprendre pour quelque défaut s’il se trouve encore en vous ? Ou bien les conseiller, et les stimuler à quelque vertu que vous n’auriez pas les premières, ou que, tout au moins, vous ne commenceriez pas alors à pratiquer avec elles ? Faites donc en sorte que, à votre exemple aussi, elles s’encouragent et s’entraînent à vivre vertueusement. Et veuillez vous rendre conformes à elles en toute action honnête et vertueuse qui vous convienne et vous soit possible, particulièrement en ce qui concerne le comportement, la fréquentation de la confession et de la communion et autres œuvres semblables. Car il est juste et convenable que les mères soient un exemple et un miroir pour leurs filles, spécialement dans la modestie, le comportement et autres actions ordinaires et sortant de l’ordinaire. (Av. 6, 1-8).
  1. l’union entre toutes
Vous aussi, efforcez-vous d’être ainsi [unies] avec toutes vos chères enfants, car plus vous serez unies, plus Jésus-Christ sera au milieu de vous comme un père et un bon pasteur. Et il n’y aura pas d’autre signe que l’on est dans la grâce du Seigneur que de s’aimer et d’être unies ensemble, car lui-même le dit : « En cela le monde connaîtra que vous êtes des miens, si vous vous aimez tous ensemble. (10e Legs, 8-11).
  1. l’union avec les supérieures
Demeurez soumises aux mères principales que je vous laisse à ma place, comme cela est juste. Et ce que vous faites, faites-le en leur obéissant, et non en suivant votre jugement propre. Car en leur obéissant vous m’obéirez à moi ; et en m’obéissant à moi, vous obéirez à Jésus-Christ… Maintenant, s’il vous arrivait d’avoir quelque juste raison de les contredire ou de les reprendre, faites-le avec délicatesse et respect. Et si elles ne veulent pas en tenir compte, prenez patience. Et sachez qu’il est juste d’aimer les mères si elles sont bonnes, et de les supporter si elles sont étranges. Et gardez-vous absolument de vous plaindre, de murmurer, de mal parler d’elles, ni avec d’autres personnes ni avec vos filles. Mais conserver toujours à vos mères l’honneur et le respect, sachant que, si Dieu commande d’honorer les pères et les mères selon la nature, à plus forte raison doit-on estimer les mères spirituelles. Faites donc en sorte qu’elles soient toujours estimées et respectées, spécialement parmi vos filles. (Av. 3, 1-11).

Angèle prévoit avec réalisme que des difficultés peuvent surgir, mais elle encourage des attitudes de foi et de patience. Dieu a son heure, qui n’est pas toujours celle de la réalisation immédiate.

III. Exhortations et recommandations à faire aux vierges

Il semble que le 5e Avis soit en quelque sorte un résumé ou une synthèse des recommandations qu’Angèle suggérait aux Supérieures pour leurs entretiens avec les Vierges de la Compagnie. Ce chapitre est peu composé, comme si la Madre, déjà souffrante, suggérait les pensées au fur et à mesure quelles se présentaient à elle.

A. Les Colonelles doivent parler au nom de Sainte Angèle et à sa place.

Et quand vous le visiterez, je vous donne cette charge de la saluer, et de leur serrer la main aussi de ma part. (Av. 5, 19) Maintenant, je suis plus vivante que je ne l’étais quand elles me voyaient corporellement, et que maintenant je les vois et les connais mieux. Et que je puis et veux les aider plus encore. Et que je suis continuellement au milieu d’elles avec Celui-là qui m’aime, ou plutôt qui nous aime, nous toutes, pourvu qu’elles croient, et ne perdent par le courage et l’espérance. (Av. 5, 35-39).

Un texte analogue (dans le Prologue du Testament) montre combien Angèle a conscience de son appel personnel à gouverner la Compagnie et de l’aide que les Supérieures lui apportent à cet effet, notamment pour diriger les Vierges dans leur vocation :

Puisqu’Il lui a plu, dans sa bonté infinie de se servir de moi comme de son instrument pour son œuvre, une telle œuvre est si grande, quoique je fusse de moi-même une servante très insuffisante et très inutile, Il m’a aussi, dans sa bonté habituelle, donné et accordé une telle grâce et un tel don, que j’aie pu les gouverner selon sa volonté, et pourvoir à leurs nécessités et leurs besoins surtout en ce qui contribue à les diriger et à les maintenir dans l’état de vie auquel elles ont été élues. Et parmi les ressources bonnes et nécessaires que Dieu a préparées pour moi, vous êtes l’une des principales. (Test. Prol. 6-10)


B.Angèle leur propose des exhortations destinées à encourager les Vierges :

Encourages-les, exhortez-les à être dans de bonnes dispositions. (Av. 5, 23)

Dites-leur l’heureuse nouvelle que je leur annonce de la part de Jésus-Christ et de la Madone : quelle joie et quelle fête, puisque dans le ciel pour toutes et pour chacune est préparée une nouvelle couronne de gloire et d’allégresse, pourvu qu’elles demeurent fermes et stables dans leurs résolutions et qu’elles s’efforcent d’observer la Règle. De cela elles ne doivent avoir absolument aucun doute. (Av. 5, 24-28) ?

Elles rencontreront parfois des difficultés et des tribulations, mais tout cela passera vite et se changera en allégresse et en joie ; et puis, la souffrance de ce monde n’est rien en comparaison des biens qui sont au Paradis. (Av. 5, 29-30)

Qu’elles tiennent encore pour très certain que jamais elles ne seront abandonnées dans leurs besoins. Dieu y pourvoira merveilleusement. (Av. 5, 31)

Qu’elles ne perdent pas l’espérance. Combien de seigneurs, de reines et d’autres grands personnages, malgré leurs richesses et leur puissance, ne pourront avoir un vrai soulagement dans certains de leurs besoins extrêmes, tandis que ces pauvrettes trouveront consolation et réconfort. (Av. 5, 32-34)

C.Angèle leur propose d’inviter les Vierges à des attitudes précises :

a. au plan spirituel :

- désir des biens spirituels et renoncement au monde :

Invitez-les à désirer les allégresses et les biens célestes, à soupirer après les fêtes joyeuses et nouvelles du ciel, - ces bienheureux et éternels triomphes – et à renoncer désormais totalement à l’amour de ce monde misérable et trompeur, où jamais il n’y a ni repos ni aucun contentement, mais seulement de vains songes, de durs labeurs et tout ce qui est pénible et mesquin. (Av. 5, 3-5)

- attachement à Jésus-Christ :

Qu’elles fassent honneur à Jésus-Christ à qui elles ont promis leur virginité et leur personne tout entière. Qu’elles mettent leur espérance et leur amour en Dieu seul et non dans une créature humaine. (Av. 5, 21-22

Qu’elles aient Jésus-Christ pour leur unique trésor, car là aussi sera leur amour. Il ne faut pas le chercher ici en ce monde, mais au plus haut des cieux, à la droite du Père, comme le dit l’Apôtre : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, ayez du goût pour les choses d’en haut et non pour celles qui se trouvent sur la terre. (Av 5, 43-44)

b. A l’égard de la Compagnie : obéissance et persévérance, dans l’union mutuelle

Qu’elles soient obéissantes, soumises à leurs supérieures. (Av 5, 15)

Dites-leur qu’elles soient décidées à être unies entre elles et à vivre en bonne entente, n’ayant toutes qu’une seule volonté et se tenant sous l’obéissance de la Règle, car tout est là. (Av 5, 20).

Ainsi, Angèle insiste sur le fait que l’union est conditionnée par un même désir d’obéissance à la même Règle.

Exhortez-les à persévérer dans la vie qu’elles ont commencée. (Av 5, 2)

c. A l’égard de leur entourage :

Conseils d’ordre général :

Rappelez-leur de se bien comporter dans leurs maisons, d’agir avec sagesse, prudence et modestie, d’être en tout honnêtes et sobres. (Av 5, 6-7) Dites-leur que, où qu’elles se trouvent, je veux qu’elles donnent le bon exemple et répandent pour tous le parfum de la vertu. (Av 5, 13-14)

Conseils particuliers :

- pour les repas : pureté d’intention

Qu’elles mangent et boivent, non par sensualité, ni pour satisfaire leur goût, mais seulement pour subvenir à la nature, afin de mieux servir Dieu. (Av 5, 8)

- pour le repos : maîtrise d’elles-mêmes

Quelles soient modérées aussi dans le sommeil, ne s’accordant que le repos nécessaire. (Av5,9)

- pour la détente : modération

Qu’elles soient réservées et modérées également dans le rire. (Av 5, 10)

- pour les conversations : honnêteté et amabilité

Qu’elles ne se plaisent à entendre que des choses convenables, permises et nécessaires. (Av 5, 11) Quand elles parlent, que leurs paroles soient sages et honnêtes, ni rudes, ni âpres, mais affables. (Av 5, 12)

- qu’elles soient des agents de paix et d’unité.

Que leurs paroles portent à la concorde et à la charité. (Av 5, 12) Qu’elles cherchent à mettre la paix et la concorde partout où elles seront. (Av 5, 16)

- qu’elles fassent tout avec charité, humilité, patience.

Par-dessus tout qu’elles soient humbles et aimables ; que tout leur comportement, leurs actions et paroles, soient empreints de charité et qu’elles fassent toutes choses avec patience, car c’est par ces deux vertus principalement qu’on écrase la tête du diable. (Av 5, 17-18)

Par ces divers conseils, Angèle suggère la manière concrète de « rechercher les choses dans haut » dans la vie quotidienne, et de « vivre ressuscitées avec le Christ » au milieu de ce monde « pénible et mesquin ».

Ainsi, la formatrice :
- appelée par Dieu à exercer cette fonction ;
- est invitée à y répondre avec amour,
- au nom et à la place d’Angèle, et selon ses intentions.

Ce sont là les trois grands principes de base qui inspirent toutes les activités de la formatrice, dans l’exercice de sa responsabilité.


Soeur Marie Saeynaeve
Conférence provinciale
France-Nord

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