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Chemin vers le Père

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Le chemin vers le Père de Sainte Angèle Mérici

Lors de la préparation au Grand Jubilé de l’An 2000, l’Église nous a proposé de nous tourner particulièrement vers le Père, Lui, la "source de tout bien", et surtout de ce bien inouï qu’est le don de son Fils Jésus pour nous sauver. Reconnaître ce qu’est le Père pour nous dans nos vies, c’est nous inviter à un immense chant d’action de grâces, en parcourant les étapes de notre vie, pour difficiles et obscures qu’elles aient pu être à certains moments. Parce qu’à chaque tournant, Il a été là.
Pour nous aider à découvrir à quel point Il a été notre Providence, nous allons nous tourner vers Angèle. Nous verrons dans une première partie comment elle a mis sa confiance en la "Providence bienveillante et ineffable" du Père. Puis, nous interrogerons ses écrits, afin de recueillir de son enseignement, les lumières qui ont guidé sa vie.

I. Sainte Angèle Mérici s’abandonne à la Providence du Père à chaque étape de sa vie

Jeunesse à Desenzano
Après une enfance et une adolescence simple et heureuse au sein d’un foyer où l’on s’aimait et où l’on s’entraidait dans le travail quotidien d’une petite entreprise agricole, nous savons que Sainte Angèle dut faire face à plusieurs deuils qui ont entièrement changé la physionomie de son existence : La mort de sa soeur aînée, d’abord, lui a été particulièrement sensible. Instinctivement, elle trouve des repères auprès de Dieu et c’est vers Lui qu’elle se tourne dans la prière. Il n’y a que Lui qui puisse la consoler et lui donner l’assurance que sa foi la fait rechercher, celle de savoir si sa soeur est bien auprès de Lui. Nous savons comment Dieu a répondu à cette prière confiante, et qu’il lui a été donné de voir sa soeur "tout heureuse et triomphante", la rassurer sur son sort et l’encourager dans sa voie de prière et de renoncement.

Adolescente et jeune adulte à Salo
Il y va tout autrement à la mort de ses parents. Le foyer est brisé, ses frères aînés probablement placés ici et là, étant déjà en âge de travailler, et Angèle adoptée par son oncle à Salo’. Ici, nous ne trouvons pas de trace de vision rassurante, mais l’humble réalité à laquelle tous nous devons faire face : la disparition d’un être cher laisse un vide que notre foi est appelée à combler. Il semble que pour Angèle Mérici, il n’en fut pas autrement. Disons que ce fut le premier grand pas d’abandon à la Providence du Père, un pas humainement difficile à franchir.

La réaction d’Angèle montre un tempérament fort, soutenu par une foi solide : D’après ses propres paroles, elle se mit tout simplement au service de la famille qui l’accueillait, aidant à faire le pain, à chercher l’eau, à faire la lessive.

Mais qu’allait-elle devenir ? Devant le problème lancinant de son avenir, Angèle Mérici fait un choix : Elle ne se sent appelée ni au mariage ni à une vie religieuse cloîtrée.

D’ailleurs ni à Salo ni à Desenzano elle ne connaissait de monastères. Elle va poser un geste d’abandon au Père, à l’exemple de François d’Assise. Rappelez-vous comment, accusé par son propre père devant l’Evêque d’Assise, François se dévêt de ses vêtements et, par ce geste symbolique, choisit la pauvreté radicale, la dépendance totale à l’égard de "Celui qui nourrit les oiseaux du ciel et revêt les fleurs des champs".

A partir de ce moment, Angèle va vivre effectivement pauvre dans la nourriture, l’ameublement, le vêtement. Sa seule richesse n’est-elle pas dans son Créateur et Père, qui sait, Lui, ce dont elle a besoin et "qui jamais ne l’abandonnera dans ses besoins matériels et spirituels" ?
Aujourd’hui, l’insécurité de l’avenir, voire la perte d’un emploi, la difficulté parfois de trouver ou de retrouver un emploi sont autant de circonstances dramatiques où la confiance en Dieu, Père et Providence est rudement mise à l’épreuve. Nous n’en sommes plus à une simple civilisation de subsistance, comme du temps d’Angèle Mérici. Nos besoins sont décuplés. Le choix de pauvreté d’Angèle, misant tout sur la Providence peut devenir une lumière et un encouragement en des circonstances matériellement difficiles.

Retour à Desenzano
Selon ses biographes, c’est peu après son retour à Desenzano que Sainte Angèle Mérici reçoit de Dieu la vision de sa mission future : fonder une Compagnie de Vierges, qui allait connaître de l’extension. Pour cette petite paysanne sans appuis, sans grande culture, sans moyens matériels, quel défi que de croire en la Providence de Dieu qui, Lui mettrait tout en oeuvre pour réaliser un dessein qui n’était que le sien.

Angèle parlait volontiers de cette vision de jeunesse, pour bien prouver qu’il ne s’agissait pas d’une entreprise personnelle, mais d’une fondation où le Père a tout préparé, tout orienté, tout "planté".

Cet acte d’abandon dans l’attente devait durer une quarantaine d’années. Quarante ans de confiance, de docilité, de souplesse devant des circonstances de vie surprenante. Angèle Mérici, dans sa pauvreté et sa simplicité, avait reçu du Père la révélation de ses secrets. Jamais Il ne l’abandonnerait.

Dans notre civilisation du "tout, tout de suite", cet exemple d’Angèle Mérici nous incite aux longues patiences devant des situations parfois inextricables que nous ne n’arrivons pas à changer. Alors, notre seule ressource est d’attendre... attendre dans la confiance, dans la prière, car "Le Père sait, Lui, quels sont vos besoins ».

Arrivée à Brescia
Angèle est acculée à agir dans des circonstances tout à fait nouvelles pour elle : Au gré des appels, des besoins de ses contemporains, elle répond, disponible, confiante en la bonté du Père qui aime ses interlocuteurs et veut leur bien.

On l’invite à consoler une femme qui a perdu son mari et ses enfants dans la guerre, à intercéder auprès d’un Prince pour un ami ou membre de sa famille tombé en disgrâce, à mettre la paix entre deux guerriers plus prompts aux faits d’armes qu’au dialogue, à encourager un chef d’Etat exilé de son propre pays, à mettre la paix dans les foyers, à donner des conseils pour toute une orientation de vie, voire sur la manière de rédiger son testament. Rien ne préparait la paysanne de Desenzano à ces missions délicates et difficiles. Devant l’inattendu de Dieu, Angèle devait se dire, ce qu’elle s’est répété toute sa vie, que c’était "Lui qui l’avait choisie - pour ces missions - et que c’est Lui qui lui donnerait la grâce de les accomplir selon son bon vouloir. L’on ne peut s’empêcher de penser ici aux paroles du Christ : les paroles que je dis ne sont pas les miennes, ce sont celles du Père qui m’a envoyé ; les oeuvres que je fais ne sont pas les miennes ; ce sont celles du Père qui m’a envoyé.

Dans notre société d’aujourd’hui, combien sont les inattendus et les imprévus ! Seul un regard de foi sur le Père, "qui dirige toute chose avec amour" fait émerger un fil conducteur, celui de Son bon plaisir. Je pense aux nombreuses fois où nous sommes appelés à changer de métier. Je pense à un jeune homme que je connais, ingénieur agronome. Il a commencé par diriger une ferme bovine en Afrique ; revenu au pays, il est devenu représentant de machines agricoles, puis réparateur de machines agricoles, ensuite, contrôleur de grains d’exportation, puis dirigeant d’une boulangerie industrielle ; actuellement il est responsable d’une fabrique de glaces de luxe et il est sur le point de quitter sa fabrique pour devenir inspecteur de produits biologiques. Tout cela en une douzaine d’années. Pourquoi tous ces changements ? Parce que ces différentes firmes ont fait faillite, ou bien ont dû licencier du personnel, ou encore, parce qu’il ne supportait pas des pratiques malhonnêtes et osait le dire. Oser affronter l’inconnu avec confiance en la Providence, voilà encore" un des défis de notre temps.

Les pèlerinages
Nous nous rappelons très sereinement qu’Angèle a accompli plusieurs pèlerinages, notamment en Terre Sainte et à Rome. Mais la sérénité que nous éprouvons n’était pas du tout celle des contemporains d’Angèle Mérici : Le pèlerinage était un temps d’épreuve. Il semble que pour Angèle ces épreuves se soient accumulées, mettant à défi sa foi et sa confiance en Dieu. Lorsqu’en route pour la Terre Sainte, elle devint presque aveugle, elle aurait pu se demander : Qu’en serait-il de sa mission ? De sa fondation ? Du pèlerinage lui-même ? Nous voyons Angèle continuer, comme si rien n’était, mettant toute sa confiance en Dieu, s’abandonnant aux vouloirs du Père. Autres épreuves : les bandes armées de musulmans qui guettaient son groupe pour le massacrer et prendre ses biens. Les pèlerins durent se cacher pendant plus de huit jours, avec tout ce que cela suppose d’inconfort, d’angoisse, d’insécurité. Qu’a fait Angèle pendant ce temps, sinon prier et encourager ses co-pèlerins. Une fois sur mer, c’est la tempête qui les saisit. On vit engloutir par les flots deux autres navires qui accompagnaient celui d’Angèle. Et les marins attribuèrent à la prière confiante de Sainte Angèle Mérici la grâce d’en être sortis sains et saufs. Arrivés sur les côtes d’Albanie, ce fut encore le danger des corsaires Turcs. Un bon vent permit au navire de les devancer et d’y échapper. Enfin arrivée à Venise, Angèle y fut assaillie de visiteurs de tous bords qui voulaient voir cette femme extraordinaire dont la prière confiante avait permis un retour quasi-miraculeux.

Lorsque l’année suivante elle entreprit le pèlerinage à Rome, en plus du danger des bandits et des détrousseurs de grand chemin, elle fut affrontée à celui de la peste qui venait d’éclater à Rome, cette maladie mystérieuse dont on ne savait pas grand’ chose, sinon qu’elle se propageait avec une rapidité foudroyante et était capable d’anéantir une bonne partie des habitants d’une ville en quelques jours. Ce qui m’étonne, c’est sa détermination : les dangers ne lui font pas peur, car son assurance est en Dieu. Elle sait qu’Il prendra soin d’elle.

Les cataclysmes naturels
Les biographes d’Angèle Mérici en parlent peu, mais nous savons par les annales de l’époque que du vivant d’Angèle, Brescia fut à plusieurs reprises touchée par des cataclysmes naturels. Vers les années 1529, un violent tremblement de terre, qui dura plusieurs jours, secoua toute la région, provoqua de nombreuses ruines et des pertes de vies humaines. Il fut suivi de pluies torrentielles, qui causèrent de graves inondations, qui détruisirent les cultures, provoquant ainsi une période de vraie famine à Brescia. Agostino Gallo fait une rare allusion à cette période, en disant qu’Angèle était capable de supporter des inconvénients extrêmes provenant du climat : chaleur, froid, faim et soif. Angèle ne dit-elle pas dans sa Règle qu’il peut arriver que "l’eau, l’air et la terre" s’arment contre nous" ? Mais elle écrit aussi que nous "aurons en notre faveur toute la machinerie du ciel", si nous restons unis dans l’amour du Seigneur et du prochain. Non, sa confiance n’a pas été trompée : le Seigneur l’a protégée dans sa "Providence ineffable", la réservant pour un bien ultérieur, l’accomplissement de sa mission.

La fondation de la Compagnie
S’il est un événement majeur où Angèle Mérici a manifesté sa confiance en la Providence, ce fut bien dans la fondation de la Compagnie. Au départ, rien ne l’y préparait. Au fur et à mesure qu’elle avance, Dieu dispose pour elle les pierres d’attente sur lesquelles poser l’édifice : connaissance de personnes de tous milieux, large expérience spirituelle et humaine, influence grandissante, perception des besoins de son époque, dont d’animation spirituelle, formation de groupes de jeunes filles qui gravitent autour d’elle, désirant une vie consacrée, sans avoir la possibilité de la réaliser dans les formes alors connues, sympathie de l’aristocratie, en particulier de riches veuves qui recherchaient son soutien spirituel. Oui, pas à pas, Dieu lui a fourni les moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission. La confiance d’Angèle, souvent mise à l’épreuve, a trouvé tout son aboutissement dans la fondation de la Compagnie, qui est son oeuvre à Lui, et non la sienne propre. On la trouve dépouillée de toute possessivité, simplement désireuse d’accomplir la volonté de Celui qui est "son unique bien, son unique espérance".

Avant de "passer de ce monde au Père", un dernier acte d’abandon en sa Providence lui est demandé : celui de laisser la Compagnie encore embryonnaire, encore inachevée, entre Ses mains. Elle pressent les difficultés à venir. Elle donne les moyens de les combattre. Pour le reste, elle laisse son oeuvre entre les mains du Père, sûre que ses filles seront dirigées par Lui à prendre les dispositions nécessaires "selon les temps et les besoins", "pour sa ’plus grande gloire et pour le salut du monde".
Ce bref regard sur la vie d’Angèle nous a montré une femme tout humble, toute disponible, ne voulant autre chose que ce que le Père dans son amour a prévu de toute éternité, sûre que c’est Lui qui nous aime et qui nous dirige pour notre bien. Il nous reste à étudier ensemble son enseignement sur la confiance en la Providence du Père.

II. Enseignement de Sainte Angèle Mérici sur la Providence

Deux questions m’apparaissent importantes :
1- Comment Angèle considère-t-elle le Père ? Comment décrit-elle sa confiance en la Providence ?
2- Quelles sont les attitudes qui nous permettent de vivre pleinement notre foi en la Providence ? En d’autres termes, comment nous situons-nous en présence de Dieu, notre Père ?

1- Le Père, notre Providence selon Sainte Angèle Mérici Angèle nous frappe d’abord par sa vue universaliste de la Providence : Chaque créature est enfant du Père : "Tous sont enfants de Dieu" (A 8)

Chaque personne, Il la traite avec un infini respect, car, dit-elle, "Dieu a donné à chacune le libre arbitre, et il ne veut forcer personne ; mais seulement Il propose, Il invite, Il conseille..." (T 3)

Il ne veut que notre bien ; Il ne cherche qu’à nous rendre heureux : Donc, "Ne vous tourmentez au sujet d’aucun de vos besoins temporels, car Dieu seul sait, peut et veut y pourvoir, Lui qui ne veut que votre seul bien et votre joie". (R la, 16-18)

Mais cela n’est pas automatique, ce n’est pas nécessairement au moment même où nous le lui demandons, mais à son heure à Lui, car "Il fera des choses admirables, en temps opportun et quand il lui plaira". (A 8,9)

Nous savons qu’Il dirige tout dans notre vie avec douceur : "De Dieu Il est écrit qu’Il dispose et gouverne toutes choses suavement" (T 3), nous rappelle Angèle Mérici.

Donc, nous pouvons être sûrs et certains qu’Il ne nous abandonnera jamais. "Qu’elles soient absolument certaines que jamais elles ne seront abandonnées dans leurs besoins. "(A 5)

Et comme preuve de cette sollicitude constante de sa part, Angèle nous promet son aide dans le détail de nos vies quotidiennes : "Ayez espérance et foi ferme en Dieu, car Il vous aidera en toute chose". (A Pr)

Car le Père dans son amour pour chacun de nous, ne manquera pas de subvenir à tous nos besoins. "Dieu y pourvoira merveilleusement". (A 5)

Et dans son plan providentiel, Il nous a appelés et nous a confié son oeuvre sur cette terre. "Il vous a accordé la grâce de vous unir tous ensemble pour servir sa Divine Majesté". (R Pr)

Et pour cela, Il nous donne les moyens nécessaires pour accomplir notre tâche et y être heureux, car, nous rassure Angèle, "Bienheureux ceux à qui Dieu aura mis au coeur la lumière de la vérité" (R Pr 12)

Et même, c’est Lui qui nous donne les moyens matériels pour accomplir notre tâche : "La terre est à moi ; vous en êtes les hôtes". "Si ce n’avait pas été chose utile et convenable que la Compagnie eût quelques revenus, Dieu n’aurait pas commencé à l’en pourvoir". (T 9) et "Si par la volonté et la libéralité de Dieu il arrivait que l’on ait en commun de l’argent ou d’autres biens (on rappelle qu’il faut les gérer avec soin". (R 11, 22).

Et enfin, Angèle nous rappelle que Dieu nous attend chez Lui, pour une joie qui ne finira pas, pour un bonheur qui n’aura jamais de limites ni de fin : "Combien elles doivent jubiler et faire fête, puisque dans le ciel est préparée pour toutes, et pour chacune, une à une, une nouvelle couronne de gloire et d’allégresse". (Av, 5,25) Et encore, "Attendez de Dieu la grande récompense qu’Il vous a préparée, si vous vous efforcez, chacune de votre côté, d’être fidèles..." (A Pr, 5)

Ainsi nous venons de constater qu’Angèle nous propose un enseignement très riche sur le Père et son infinie Providence. Tout aussi varié et complet est son enseignement sur nos attitudes à l’égard de Dieu, Père et Providence, car pour s’exercer, son amour de Père a besoin de notre ouverture et de notre attente. Ce sera l’objet de notre deuxième partie.

2- Comment nous situer vis à vis du Père ?

- Nous rappeler notre condition humaine
La première attitude que nous recommande Angèle est de nous situer dans la vérité de notre condition humaine, c’est-à-dire de notre être de pécheur. En cela elle rejoint l’Exhortation Apostolique de Jean-Paul II sur le 3e Millénaire, lorsqu’il place la conversion comme conséquence fondamentale de notre élan vers le Père.

  • Nous rappeler notre condition de pécheur
    Angèle propose le Sacrement de Réconciliation comme grand moyen de nous rapprocher de Dieu : commencer par lui demander pardon : "Que chacune donc veuille bien se présenter devant le prêtre comme devant Dieu, Juge éternel, et là, pleine de regret, en toute sincérité et vérité de conscience, qu’elle confesse son péché et en demande pardon. " (R 7,7-10)
    Ensuite, elle propose le jeûne, qui était la forme de renoncement la plus en vogue de son temps. Remarquez qu’aujourd’hui, sans minimiser la portée de ses paroles, elle aurait probablement conseillé le partage, la solidarité, l’effort de lutte contre les structures d’oppression et d’injustice : Nous pouvons transposer ses paroles et les rendre actuelles, en nous fondant sur les motivations qu’elle nous donne. "Que chacun veuille bien aussi embrasser le jeûne corporel comme une chose nécessaire, et comme un moyen et une voie pour arriver au vrai jeûne spirituel, par lequel on retranche de l’esprit tous les vices et tous les égarements. Et à ce jeûne nous pousse très clairement l’exemple de toutes les personnes saintes ; et surtout la vie de Jésus-Christ, unique voie qui mène au ciel. C’est pourquoi la sainte Mère Église le proclame de façon claire à tous les fidèles lorsqu’elle s’adresse ainsi à Dieu, "0 Dieu, toi qui par le jeûne corporel réfrènes les vices, élèves l’esprit, donnes la vertu et les récompenses". (R 4, 1-5)
    Enfin, Angèle Mérici voit dans l’acceptation de l’épreuve un moyen de réparer nos fautes et nos égarements. Elle s’appuie sur un exemple tiré de’ la Genèse : "Dieu aussi chassa Adam du Paradis, afin que rentrant en lui-même, il ait à faire pénitence". (T 5,8) Nous sommes loin ici de la réaction si souvent entendue "Qu’ai-je donc fait au bon Dieu pour qu’Il m’envoie ce malheur !"
  • Nous rappeler dans l’humilité la vérité de notre être de faiblesse.
    "C’est en Dieu que l’homme a tout son bien ; il se voit hors de Dieu tout à fait pauvre, un rien du tout, mais possédant tout quand il possède Dieu". (R 10,6)
    Elle enseigne que c’est Dieu qui doit nous relever : "Dieu vous exaltera dans la mesure où vous vous serez abaissées (A 1,11). Donc, il ne s’agit pas d’un effort stoïque de dépassement de soi, mais d’une humble attente de la grâce et de l’amitié de Dieu.
    Même pour une valeur à laquelle nous sommes très sensibles, celle de notre bonne réputation, Angèle signale que l’important se trouve en ce que nous sommes devant Dieu : "Ce n’est pas inutilement ni sans motif que le coeur d’un vrai et prudent serviteur de Dieu s’humilie et anéantit en lui-même la considération de soi et la jouissance de sa propre réputation ; c’est qu’il espère et attend de Dieu une autre jouissance, une gloire et un honneur plus vrais". (Av 1, 12-13-). Cela nous permet de ne pas nous attrister outre mesure de certaines mesquineries et injustices qui nous viennent inévitablement de la part du prochain ! Alors..., possédant l’amour et la confiance du Père, nous avons tout : "L’homme possède tout, quand il possède son Dieu". (R 10,6), ajoute Angèle.
    Une autre considération qui nous aide à nous maintenir à notre place devant Dieu, c’est la conviction qu’il y en a de meilleurs que nous, et que malgré cela, c’est nous qu’Il a choisis pour nous révéler son amour. Je pense particulièrement à ce choix qui a été le sien, pour que vous puissiez vivre davantage de l’Evangile, dans l’esprit d’Angèle Merici. "Dieu pourrait bien y pourvoir par d’autres instruments meilleurs que vous ne l’êtes". (A 1,4) Nous avons à Le remercier pour ce choix gratuit !

*- Prier pour obtenir son secours
Enfin, puisque nous avons tellement besoin d’être aidé par Dieu, Angèle nous recommande de Lui demander avec instance son secours : "Il faut toujours prier et d’esprit et de coeur à cause du besoin continuel que l’on a du secours de Dieu". (R 5,5) et "prier pour obtenir de Dieu cette grâce spirituelle" (R 5,4).

b) Puisqu’il pourvoit à tout et que nous avons besoin de Lui :
*- Chercher d’abord son Rovaume
Angèle nous rappelle avec force une condition essentielle pour nous ouvrir à la Providence du Père : A la suite de Jésus, elle nous dit : "Chercher d’abord le royaume de Dieu, et toutes ces autres choses vous seront offertes". (R 10,14) "Toutes ces autres choses que sont-elles ? Elle nous les énumère : ce qu’on possède, le bien manger, l’appui de nos parents et de nos amis, notre propre savoir et débrouillardise... (R 10, 9-13) Le Seigneur aime être traité comme notre seule Providence, qui nous veut du bien en toute circonstance, et d’une manière qui dépasse totalement tout ce que l’on pourrait en dire.

*- Lui faire confiance
A partir du moment où nous nous sentons soutenus par plus fort et plus grand que nous, alors nous pouvons vivre "joyeux, pleins de foi et d’espérance en Dieu" (R 9,11) car nous savons qu’Il "nous aidera en toute chose" (A Pr, 15) Alors nous pouvons vraiment ressentir avec "plaisir" et "amour" qu’Il est notre "bien" (R 9, 9-10). Alors, nous pouvons Lui abandonner tout ce que nous sommes, et tout ce que nous possédons." notre coeur, nos affections, notre liberté, notre volonté propre, nos pensées, nos paroles et nos actions et finalement tout ce qui est à nous, en nous, et hors de nous et déposer tout cela en offrande aux pieds de sa divine Majesté".(R 5, 36-43 passim)

*- Ne pas s’inquiéter ni se décourager
Et Angèle d’ajouter, car elle connaît bien le coeur humain, que puisqu’Il est notre Providence, pourquoi se tourmenter et se décourager ? "Ne vous tourmentez au sujet d’aucun de vos besoins temporels, car Dieu, et Lui seul, sait, peut et veut y pourvoir..." (R 10, 16-17) ; "Votre charge ne doit pas vous peser ; au contraire, vous devez beaucoup remercier Dieu de ce qu’il ait fait en sorte d’être de ceux à qui il demande de se dépenser pour diriger et sauvegarder un tel trésor, qui est le sien" (A Pr 12), le trésor étant nos responsabilités familiales, professionnelles et autres.

III. Accomplir son oeuvre

L’oeuvre de Dieu entre nos mains, ce sont toutes les responsabilités qu’Il nous a confiées : notre Institut, notre mission, notre famille, notre travail, nos engagements divers, nos voisins, notre quartier, notre pays, et nous pourrions allonger la liste... Nos prières les plus assidues, les plus suppliantes ne montent-elles pas souvent vers le Père pour les personnes dont nous sommes responsables d’une manière ou d’une autre ? Angèle nous propose plusieurs attitudes qui donnent force à notre prière :

1. Offrir au Père nos efforts accomplis par amour
"Agissez, remuez-vous, croyez, faites des efforts, espérez, criez vers Lui de tout votre coeur ; et sans aucun doute vous verrez des choses admirables si vous orientez tout vers la louange et la gloire de sa Majesté et vers le bien des âmes (d’autrui, dirions-nous aujourd’hui)". (Av Pro 17-18)
Cette orientation est foncièrement celle de l’amour, car "la charité dirige toutes choses pour l’honneur de Dieu et le bien des âmes (d’autrui)".(A 2, 6)

2. Nous montrer fidèles à nos engagements
Fidélité suppose force, et entrain dynamique. Angèle nous les promet par l’Esprit-Saint, le Don du Père : "La force et le vrai réconfort du Saint-Esprit soient en vous tous, afin que vous puissez soutenir et remplir courageusement et fidèlement la charge que vous avez à porter..." (A Pr 3-4) Alors, restez à votre poste. Le Père vous soutiendra : "Efforcez-vous de tout votre pouvoir de vous conserver dans l’état où Dieu vous a appelées", dit-elle (R Pr 9) Si vous restez fidèles, si "rien ne manque de votre côté, Dieu ne manquera jamais de subvenir à leurs besoins". (A 4,7).

3. Vivre unis et dans la paix avec notre entourage
Rien n’est plus efficace que la solidarité, l’union entre tous. C’est l’huile entre les rouages de toute institution. Angèle en a bien conscience. La Providence du Père se manifeste avec prédilection là où l’on s’entend bien. "L’amour mutuel et la concorde de tous sont le signe certain que l’on marche dans la voie bonne et agréable à Dieu" (T 10, 12). "Soyez liés l’un à l’autre par le lien de la charité, vous estimant, vous aidant, vous supportant en Jésus-Christ. Car si vous vous efforcez de vivre ainsi, sans aucun doute, le Seigneur Dieu sera au milieu de vous." (Dern Av 2-3) "Car Dieu l’a ainsi décidé de toute éternité, que ceux qui sont unis dans le bien, pour son honneur, auront toutes sortes de prospérités, et tout ce qu’ils feront tournera bien, puisqu’ils ont Dieu lui-même et chacune de ses créatures en leur faveur. (Dern. Av. 9). "Voyez donc combien importe cette union et concorde. Alors désirez-là, recherchez-la, embrassez-la, retenez-la detoutesvos forces... Et je vous certifie que toute grâce que vous demanderez à Dieu vous sera infailliblement accordée". (Dern. Av. 10-14, 19).

Conclusion

Après ce parcours à la suite d’Angèle, dans la recherche de l’abandon au Père et de notre manière de Lui faire plaisir, que dire, sinon "merci".
"Vous devez beaucoup remercier Dieu d’être parmi ceux qu’Il a voulus, Lui, pour se dépenser dans le gouvernement et la garde d’un pareil trésor qui est le sien". (A Pr, 12)
Ensuite nous sommes invités à nous laisser faire par Lui, et pour cela ne rechercher que ce qui contribue à l’amour : "Ne vous laissez mouvoir que par le seul amour du Père et le seul zèle pour le salut des âmes". (T l, 3).
Enfin, puisque Dieu nous fait part de ses biens, une dernière consigne d’Angèle me semble la suivante : bien gérer, bien utiliser ce qu’Il nous donne en sa "Providence bienveillante et ineffable" : "si par la volonté et la libéralité de Dieu, il arrivait que l’on ait de l’argent ou d’autres biens, on rappelle qu’il faut les gérer avec soin, les dépenser prudemment, spécialement pour aider les soeurs et en fonction de chaque besoin éventuel." (R 11, 22-24). En effet, si Dieu, notre Père, est Providence, et si nous sommes appelés à "être parfaits comme notre Père Céleste est parfait", alors nous sommes invités à devenir "providence" pour les autres.

A Beaugency, pour les Associés
Soeur Marie SEYNAEVE
Ursuline de l’Union Romaine

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