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Chemin d’amour

Un des secrets de l’attirance exercée par Angèle sur ses contemporains était sa transparence à Dieu. Nous en avons plusieurs indices : le témoignage donné par le chroniqueur de Brescia, Pandolfo Nassino, le jour de son enterrement : Cette Mère-Sœur Angèle prêchait à tous la foi au Dieu Très-Haut avec tant d’amabilité, que tous s’attachaient à elle. Nous nous rappelons qu’Agostino Gallo, après sa fuite à Crémone avec toute sa famille en compagnie d’Angèle, déclara : Elle me parla avec tant d’affection durant le voyage, que j’en étais captivé, si bien que moi-même, ainsi que ma femme et toute ma famille, nous ne pouvions plus nous passer d’elle.

Le témoignage le plus probant, me semble-t-il, est celui donné à Venise, au retour du voyage à Jérusalem. Angèle y demeura environ 15 jours pour se reposer des péripéties de la traversée. D’abord accueillie chez les Clarisses, elle fut ensuite logée à l’Hôpital des Incurables, dans la partie réservée aux pèlerins. Cet Hôpital était sous la direction immédiate des « Signori » ou Gouverneurs de Venise, qui s’y rendaient et payaient de leur personne, si bien qu’ils eurent l’occasion de rencontrer Angèle. Antonio Romano nous dit, qu’ils vinrent voir Angèle, l’interrogèrent sur son genre de vie, sur ses connaissances religieuses et sur le témoignage qu’elle rendait. Ils la trouvèrent, comme cela leur avait été rapporté, douée d’un amour ardent pour le Seigneur.

Or, il se fait que peu auparavant ils avaient écrit au Pape Clément VII pour lui demander l’autorisation d’inviter un prêtre ou une religieuse à demeurer dans cet hôpital pour aider à l’animation spirituelle des malades et des soignants. Il leur semblait qu’Angèle ferait bien l’affaire. Ils l’invitèrent donc à demeurer à Venise, invitation qu’elle refusa pour revenir à Brescia.

Ce qui est capital dans ce récit, c’est qu’au cours de leurs entretiens, ils la trouvèrent douée d’un amour ardent pour le Seigneur. Voilà une autre indication de cette transparence à Dieu qui se manifestait dans la vie d’Angèle, transparence qui n’était qu’un reflet de l’immense amour de Dieu pour elle. Au fil des années, elle avait pris davantage conscience de cet amour, si bien que ses Ecrits témoignent vigoureusement de sa foi en ce Dieu qui nous aime.

Nous verrons donc comment elle exprime l’intensité de l’amour de Dieu pour nous, puis comment cet amour se concrétise pour elle en la personne de Jésus-Christ. Enfin, nous nous demanderons comment répondre à cet amour.

I. CE DIEU QUI NOUS AIME

Angèle n’a pas écrit un traité sur l’amour de Dieu, mais par des touches successives, cette femme très concrète nous rappelle comment Dieu nous manifeste son amour.

Chaque personne, il la traite avec un infini respect, car, dit-elle, Dieu a donné à chacune le libre arbitre, et il ne veut forcer personne ; mais seulement Il propose, Il invite, Il conseille (3e Legs 9-11).

Il ne veut que notre bien. Il ne cherche qu’à nous rendre heureux. Donc, Ne vous tourmentez au sujet d’aucun de vos besoins temporels, car Dieu seul sait, peut et veut y pourvoir, Lui qui ne veut que votre seul bien et votre joie (R 10, 16-18).

Mais ce n’est pas automatique ! Ce n’est pas nécessairement au moment-même où nous le lui demandons, mais à son heure à Lui, car Il fera des choses admirables en temps opportun et quand il lui plaira (Av 8, 9).

Nous savons qu’Il dirige tout dans notre vie avec douceur : De Dieu il est écrit qu’Il dispose et gouverne toutes choses suavement (3e Legs 5). Angèle nous le rappelle.

Donc, nous pouvons être sûrs et certains qu’Il ne nous abandonnera jamais. Qu’elles soient absolument certaines que jamais elles ne seront abandonnées dans leurs besoins (Av 5, 31).

Et comme preuve de cette sollicitude constante de sa part, Angèle nous promet son aide dans le détail de nos vies quotidiennes : Ayez espérance et foi ferme en Dieu, car Il vous aidera en toute chose (Av Prol, 15).

Car le Père, dans son amour pour chacun de nous, ne manquera pas de subvenir à tous nos besoins. Dieu y pourvoira merveilleusement (Av 5, 31).

Et dans son plan providentiel, Il nous a appelés et nous a confié son œuvre sur cette terre. Il vous a accordé la grâce de vous unir tous ensemble pour servir sa divine majesté (R Pr 4).

Il nous en donne les moyens, afin d’accomplir notre tâche et d’y être heureux, car, Angèle nous rassure : Bienheureux ceux à qui Dieu aura mis au cœur la lumière de la vérité (R Prol 12).

Il nous donne même les moyens matériels pour accomplir notre tâche. Si ce n’avait pas été chose utile et convenable que la Compagnie eût quelques revenus, Dieu n’aurait pas commencé à l’en pourvoir (9e Legs 1). Et si par la volonté et la libéralité de Dieu il arrivait que l’on ait en commun de l’argent ou d’autres biens, on rappelle qu’il faut les gérer avec soin (R 11, 22).

Enfin, Angèle nous certifie que Dieu nous attend chez Lui, pour une joie qui ne finira pas, pour un bonheur qui n’aura jamais de limites ni de fin : Combien elles doivent jubile et faire fête, puisque dans le ciel est préparé pour toutes, et pour chacune, une à une, une nouvelle couronne de gloire et d’allégresse (Av. 5, 25). Et encore, Attendez de Dieu la grande récompense qu’il vous a préparée, si vous vous efforcez, chacune de votre côté, d’être fidèles… (Av Pr 5).

II. L’AMOUR DE JESUS-CHRIST POUR CHACUN DE NOUS

Angèle se rappelle vivement les paroles du Christ, Comme le Père m’a aimé, moi aussi, je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Elle sait que toute la vie de Jésus-Christ a été inspirée par son amour pour tous les hommes, qu’Il a vécu trente-trois années en ce monde, par amour pour nous (R 5, 12), cet amour qui est resté inconnu pendant une trentaine d’années, lors de sa vie à Nazareth.

Elle a conscience qu’il est allé jusqu’à donner sa vie pour nous sauver du péché et nous rendre capables de l’aimer en retour, que son sang précieux a été répandu par amour pour nous » (R 5, 25).

Elle souffre – mon cœur se brise, dit-elle – de ce que ces pauvres créatures ne te connaissent pas, qu’elles ne se préoccupent pas de participer à ta passion très sacrée (R 5, 31-32).

Elle-même souhaite que cet amour la purifie et la transforme : Brûle chacune de mes affections et passions dans la fournaise ardente de ton divin amour (R 5, 37).

Elle a vivement conscience d’être aimée de Lui, non seulement elle, personnellement, mais chacune de ses sœurs : car Il est Celui qui m’aime, ou plutôt qui nous aime, Lui qui est notre amour à toutes (Av 5, 38).

L’amour appelle la proximité, et cela pour toujours, si bien qu’elle revient à plusieurs reprises sur cet amour qui nous attend au terme de l’histoire, comme le dit un hymne que nous chantons pendant l’Avent. Celui qui m’aime, ou plutôt qui nous aime, vous accordera une grâce très grande et inappréciable au moment suprême de la mort (Dern Av 23). Nous voudrons vous voir au Ciel au milieu de nous, et Celui qui nous aime le voudra aussi (Dern Legs 217-18).

Cet amour n’est pas autosuffisant. Au contraire, il nous pousse à le communiquer autour de nous, car le cœur et l’esprit informés par l’amour ne peuvent produire que des œuvres bonnes et saintes (1er Legs). Il se vit dans une grande liberté : Aie l’amour et la charité, et ensuite, fais ce qui te plaît, comme s’il (St Augustin) disait ouvertement, la charité ne peut pécher (T 1). En effet, comment pourrions-nous vivre intensément de cet amour et en même temps le refuser ou le contrarier ?

Angèle est tellement convaincue de la nécessité de laisser transparaître cet amour, don du Père en Jésus-Christ, dans le concret de nos vies, qu’elle donne plusieurs conseils sur la manière d’y répondre et de le répandre autour de nous.

III. COMMENT REPONDRE A CET AMOUR DE DIEU POUR NOUS ?

Angèle nous invite tour à tour à la confiance et à l’abandon, en insistant sur le besoin que nous avons de prier. En même temps, elle prévoit que toute notre activité quotidienne doit être inspirée par notre amour du Seigneur, cet amour qui rejaillira indubitablement sur les autres en amour mutuel.

Lui faire confiance
A partir du moment où nous nous sentons soutenus par plus fort et plus grand que nous, nous pouvons vivre joyeux, pleins de foi et d’espérance en Dieu (R 9, 11), car nous savons qu’Il nous aidera en toute chose (Av Prol 15). Alors, nous pouvons vraiment ressentir avec plaisir et amour qu’Il est notre bien (R 9, 9-10). Alors nous pouvons Lui abandonner tout ce que nous sommes et tout ce que nous possédons, notre cœur, nos affections, notre liberté, notre volonté propre, nos pensées, nos paroles et nos actions, et finalement tout ce qui est à nous, en nous et hors de nous et déposer tout cela en offrande aux pieds de sa divine majesté (R 5, 36-43, passim).

Ne pas s’inquiéter ni se décourager
Et Angèle d’ajouter, car elle connaît bien le cœur humain : puisqu’il est notre Providence, pourquoi se tourmenter et se décourager ? Ne vous tourmentez au sujet d’aucun de vos besoins temporels, car Dieu, et Lui seul, sait, peut et veut y pourvoir (R 10, 16-17). Votre charge ne doit pas vous peser, au contraire ; vous devez beaucoup remercier Dieu de ce qu’il ait fait en sorte que vous soyez ceux à qui il demande de se dépenser pour diriger et sauvegarder un tel trésor, qui est le sien (Av Prol 12), le trésor étant ceux dont nous sommes responsables au plan familial, professionnel ou autre.

Accomplir son œuvre
L’œuvre de Dieu entre nos mains, ce sont toutes les responsabilités qu’Il nous a confiées : notre conjoint, nos enfants, notre famille, notre travail, nos engagements divers, nos voisins, notre quarter, notre pays… et nous pourrions encore en allonger la liste. Nos prières les plus assidues, les plus suppliantes, ne montent-elles pas souvent vers le Père pour les personnes dont nous sommes responsables d’une manière ou d’une autre ? Angèle nous propose plusieurs attitudes qui donnent force à notre prière :

Offrir au Père nos efforts accomplis par amour
Agissez, remuez-vous, croyez, faites des efforts, espérez, criez vers Lui de tout votre cœur, et sans aucun doute vous verrez des choses admirables si vous orientez tout vers la louange et la gloire de sa Majesté et vers le bien des âmes (nous dirions aujourd’hui, vers le bien d’autrui) (Av Prol 17-18). Cette orientation est foncièrement celle de l’amour, car la charité dirige toutes choses pour l’honneur de Dieu et le bien des âmes (d’autrui) (Av 2, 6).

Etre fidèles à nos engagements
La fidélité suppose de la force et un entrain dynamique. Angèle nous promet, par l’Esprit-Saint, le Don du Père : La force et le vrai réconfort du Saint-Esprit soient en vous tous, afin que vous puissiez soutenir et remplir courageusement et fidèlement la charge que vous avez à porter… (Av Prol 3-4).

Alors, restez à votre poste. Le Père vous soutiendra : Efforcez-vous de tout votre pouvoir de vous conserver dans l’état où Dieu vous a appelés (R Prol 9). Si vous restez fidèles, Si rien ne manque de votre côté, Dieu ne manquera jamais de subvenir à leurs besoins (Av 4, 7).

Vivre unis et dans la paix avec notre entourage.
Rien n’est plus efficace que la solidarité et l’union entre tous. C’est l’huile entre les rouages de toute institution. Angèle en a bien conscience. La Providence du Père se manifeste avec prédilection là où l’on s’entend bien. L’amour mutuel et la concorde de tous sont le signe certain que l’on marche dans la voie bonne et agréable à Dieu (10e Legs 12). Soyez liés l’un à l’autre par le lien de la charité, vous estimant, vous aidant, vous supportant en Jésus-Christ. Car si vous vous efforcez de vivre ainsi, sans aucun doute, le Seigneur Dieu sera au milieu de vous (Dern. Av. 2-3). Car Dieu l’a ainsi décidé de toute éternité, que ceux qui sont unis dans le bien, pour son honneur, auront toutes sortes de prospérités, et tout ce qu’ils feront tournera bien, puisqu’ils ont Dieu lui-même et chacune de ses créatures en leur faveur (Dern. Av. 9). Voyez donc combien importe cette union et concorde. Alors désirez-la, recherchez-la, embrassez-la, retenez-la de toutes vos forces… Et je vous certifie que toute grâce que vous demanderez à Dieu vous sera infailliblement accordée (Dern Av. 10-14, 19).

En conclusion, il me semble qu’Angèle rejoint d’une manière explicite la liturgie de la fête du Sacré-Cœur. Elle attire notre attention sur cet amour de Jésus-Christ pour chacun d’entre nous, car – et je cite quelques extraits de l’office divin – Dieu nous a tous aimés d’un amour éternel ; c’est pourquoi le Christ élevé de terre nous attire jusqu’à Lui. Jésus réalise en nous sa prière au Père : Je leur ai fait connaître ton nom, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux. Enfin, Le Seigneur nous porte dans ses bras, il nous tient sur son cœur, il se souvient de son amour, alleluia.

EN VUE DE LA PRIERE ET DE LA REFLEXION

  1. Me souvenir de tel événement dans ma vie, où j’ai effectivement expérimenté l’amour de Dieu pour moi, pour les miens.
  2. Est-ce que je reçois cet amour dans l’action de grâces et le désir de le partager avec d’autres ?
  3. Aujourd’hui, comment cet amour de Dieu est-il appelé à s’exprimer concrètement dans mes relations avec le prochain ?
Sœur Marie Seynaeve
Ursuline de l’Union Romaine

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