Bouton Menu Mobiles

Accueil > Connaître > Marie de l’Incarnation Guyart > Conférences > Avis de sainte Angèle

Avis de sainte Angèle

Marie de l’Incarnation et les Avis de Sainte Angèle :
Une sainte à la lumière d’une autre sainte…

 

Lorsqu’elle dicte ses Avis à Gabriel Cozzano, Angèle se trouve vers la fin de sa vie sur terre. Elle a maintenant l’expérience non seulement d’une longue vie à la recherche de son Seigneur, mais de la direction de la Compagnie de Sainte Ursule dont les membres augmentent sensiblement en nombre.

Elle est recherchée, estimée, admirée, mais dans son for interne, elle ne peut que constater sa petitesse devant Dieu ; elle ressent vivement son indignité. Avant de donner des directives aux Colonelles ou supérieures de la Compagnie, elle veut affirmer que son seul charisme est celui de servir Jésus-Christ.

 

 

De son côté, Marie de l’Incarnation, « mère de la Nouvelle France », fondatrice d’une nouvelle famille ursuline, première éducatrice féminine au Canada, et première missionnaire en Amérique du Nord, ne cesse d’affirmer combien elle se sent petite et démunie, pécheresse et faible, tout en affirmant les merveilles que Dieu a réalisées en elle et par elle.

Indignité (Prol.)

1. Sœur Angèle, indigne servante de Jésus-Christ

Je me voyais, en mon estimative, la plus basse et ravalée et digne de mépris qui fût au monde, et, en ce sentiment, ne pouvais me lasser d’admirer la bonté, douceur et humilité de mes sœurs de vouloir bien dépendre de moi et de me souffrir. Je n’osai quasi lever les yeux pour le poids de cette humiliation. Dans cette bassesse d’esprit, je m’étudiais de faire les actions les plus viles, ne m’estimant pas digne d’en faire d’autres. [1]

…il commença de m’attirer à cette façon d’Oraison… selon les desseins que sa bonté a eus sur moi tous pleins d’amour et de miséricorde, eu égard à mes très grands vilités, basses, rusticités et infidélités insupportables à tout autre qu’à une bonté infinie, de laquelle j’ai arrêté le cours un nombre innombrable de fois, ce qui a beaucoup empêché mon avancement dans la sainteté de laquelle sans mentir je n’ai pas un vestige. [2]

Je vous prie de lui demander que je sois plus fidèle que je ne l’ai été jusqu’à présent, de crainte que mes infidélités n’empêchent l’effet de ses desseins sur moi, à qui sa bonté a déjà fait tant de miséricordes. [3]

Priez la divine bonté que mes péchés ne me privent point des biens qu’elle me veut faire, si je lui suis fidèle. [4] Demandez-lui que je lui sois bien fidèle et quelle me fasse la grâce de persévérer jusqu’à la mort à son saint service en cette bénite terre du Canada laquelle je suis si indigne d’habiter. [5]

Notre divin Sauveur travaille ici fortement sur moi, mais j’ai assez de malice pour détruire son œuvre, au moins pour la retarder beaucoup. Je le dis sans exagérer, mais cela me fait souffrir des convulsions étranges. Il est vrai que l’amour d’un si bon Père ne veut pas toujours que la nature gémisse sous le poids de ses infidélités ; car il agit quelquefois si puissamment qu’il lui donne tout d’un coup ce qu’il veut d’elle, et après quoi elle soupire. Je vous dirai dans la confiance que chaque faute que j’y commets ou que j’y ai commise, souffre, ou a souffert son supplice, comme un criminel à qui on prononce la sentence sur chaque crime qu’il a fait. Je me considère en cette manière, et mon esprit en est si puissamment convaincu qu’il a de très grands sujets de se soumettre au châtiment de cette amoureuse justice, qu’elle trouve si large en son endroit, que son exaction se doit plutôt nommer miséricorde que rigueur. Mon âme voit que ses fautes ne méritent rien moins que des châtiments publics et exemplaires, et comme il ne me traite pas dans cette rigueur, voilà pourquoi je donne à bon droit à ce châtiment le nom de miséricorde. [6]

Lorsque vous lirez ce que la divine Majesté a fait à mon âme, tremblez pour moi, parce qu’il a mis ses trésors dans un vaisseau de terre le plus fragile qui soit au monde, que ce vaisseau peut tomber, et en tombant se briser, et perdre toutes les richesses qu’il contient, et enfin qu’il n’y a rien d’assuré en cette vie, où quelque apparence que nous ayons de sainteté, nous ne pouvons dire si nous sommes dignes d’amour ou de haine. Je suis seulement assurée d’une chose, que Dieu ne me manquera jamais de sa part, mais que de mon côté je puis me perdre en mille manières par mes fautes et mes infidélités. [7]

Que vous dirai-je de cette pauvre pécheresse qui est toujours telle que vous l’avez connue ? Je vous puis assurer que dans mon estimative, je me trouve remplie de défauts qui n’ont point de pareils. Ce sont de certaines vertus qui me manquent dans ma conduite intérieure pour arriver au point où Dieu me veut ; je me vois dans l’impuissance de m’élever dans des pratiques qui me sont obscures et que je ne connais quasi point ; et je me sens dans une pauvreté qui m’anéantit sous son poids aux pieds de sa divine Majesté. [8]

Je me vois remplie de tant d’infidélités et de misères, et j’en suis si souvent anéantie devant Dieu et si petite à mes yeux (pour ce dernier il m’est continuel) que je ne sais comment y apporter remède, parce que je vois mes imperfections dans une obscurité qui n’a point d’entrée ni d’issue. Me voilà à la fin de ma vie, et je ne fais rien qui soit digne d’une âme qui doit bientôt comparaître devant son Juge. Cependant, toute imparfaite que je suis, et pour anéantie que je sois en sa présence, je me vois perdue par état dans sa divine Majesté, qui depuis plusieurs années me tient avec elle dans un commerce, dans une liaison, dans une union et dans une privauté que je ne puis expliquer. C’est une espèce de pauvreté d’esprit. [9]

Force de l’Esprit pour remplir ses obligations (Prol.)

3. La force et le vrai réconfort du Saint-Esprit soient en vous toutes,
4. afin que vous puissiez soutenir et remplir virilement et fidèlement la charge que vous avez à porter.

A l’exemple de l’Apôtre Paul qui assurait « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort », en se fiant sur la force qui vient de Dieu, Angèle et Marie estiment toutes les deux que leur seule force vient de l’Esprit Saint qui agit en elles et par elles. Marie assure son fils, qui vient d’être élu assistant de son Père Général, que sa force lui viendra aussi de l’Esprit de Dieu.

Vous avez raison de dire que votre perfection consiste à faire la volonté de Dieu. Vous serez toujours dans l’embarras des affaires conformes à votre état, et dans cet embarras, il vous donnera la grâce de cette union actuelle, si vous lui êtes fidèle. Son Esprit Saint vous donnera le don de Conseil pour tout ce qu’il voudra commettre à vos soins, de sorte que vous ne pourrez rien vouloir que ce qu’il vous fera vouloir, ni faire que ce qu’il vous fera faire. Voilà où son Esprit vous appelle, et où vous arriverez selon le degré de votre fidélité. [10]

Avis de sainte Angèle

[1Autob. pp.97-98.

[2à son fils, été 1647.

[3à son fils, 22.10.1649.

[4à une Ursuline de Tours, 07.09.1640.

[5à son fils, 10.09.1640.

[6à Mère Ursule de Ste Catherine, Supérieure de Tours, 15.09.1641.

[7à son fils, 09.08.1654.

[8au Père Poncet, 17.09.1670.

[9à son fils, 25.09.1670.

[10à son fils, 18.10.1663.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?

Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.