Attention à la personne - Ursulines de l'Union Romaine
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Attention à la personne

L’attention à la personne chez Sainte Angèle Mérici

Lorsque des "taggeurs" ont été arrêtés, à Tournai, la police leur demanda pourquoi ils avaient pris plaisir à abîmer les façades par leurs inscriptions. L’un d’eux a répondu : "pour avoir le plaisir de voir ma signature affichée quelque part" Il y avait là un cri un peu sauvage, certes, mais aussi et surtout un besoin de reconnaissance humaine au sein de l’anonymat engendré par la société. Dans notre monde industrialisé, surdéveloppé au point de vue technique, au milieu des HLM de nos grandes cités, l’homme est en quête d’une dimension humaine.
L’attitude de Sainte Angèle Mérici contraste avec toute tendance à l’anonymat : Pour elle, chaque personne a de la valeur, parce que "toutes sont créatures de Dieu". (8e Av. 2) Nous le verrons par quelques exemples concrets où elle manifeste le sens de l’autre, ensuite nous puiserons dans ses Écrits pour y trouver ses encouragements à l’ouverture envers tous ceux que nous côtoyons.
Que nous dit-elle aujourd’hui ?


I. Sainte angèle Mérici et son attention aux personnes

Parmi les témoins de sa vie, plusieurs ont donné des exemples des qualités d’écoute de Sainte Angèle Mérici, de sa manière de se rendre accessible aux autres, de ses paroles réconfortantes et encourageantes, de sa clairvoyance pour discerner leurs possibilités : Voici le témoignage d’un apprenti menuisier, d’un humaniste, d’un étudiant en droit, et d’un chef d’état.

- un apprenti menuisier : Bertolino Boscoli
Il avait environ 14 ans et habitait, comme Angèle mérici, dans le quartier de Sainte Afre, près de la fontaine. Son père était menuisier et lui apprenait les rudiments de son métier. Bertolino raconte qu’à cette époque "il allait parfois rendre visite à Sainte Angèle". Elle avait l’âge de sa grand’mère. Que pouvait-il y avoir de commun entre cette femme du troisième âge et ce jeune adolescent, sinon une sympathie mutuelle, une certaine connivence entre générations ? Il lui racontait ses problèmes, ses rêves, et Angèle Mérici lui faisait part de sa sagesse et de sa foi.
Il ajoute : "On l’estimait beaucoup à cause de sa vie spirituelle", traduisons, "à cause de sa vie de foi et de prière" ; il était attiré par la bonté et l’idéal vécus par cette voisine.
- un humaniste : Agostino Gallo
Agostino Gallo, de 25 ans plus jeune qu’Angèle, était d’un milieu aisé, cultivé. Son père tenait une boutique d’étoffes, et lui, amoureux de la nature et du travail des champs, se retira du commerce et composa un traité sur l’agriculture et les charmes de la vie rurale. Son oeuvre fut même traduite en français et connut plusieurs éditions sous le titre "Secrets de la vraie agriculture et honnêtes plaisirs en la ménagerie des champs"... C’est surtout en 1529 qu’il fit la connaissance d’Angèle : Les armées de Charles Quint s’approchaient dangereusement de Brescia. Se souvenant du sac de Rome, survenu trois années plus tôt, les habitants fuyaient la ville, affolés. Gallo invite Angèle à se joindre à sa famille et à celle de sa soeur pour fuir à Crémone, où il possédait une maison dans le quartier de Saint-Victor. Le voyage devait durer environ trois jours à cheval, davantage si le char était tiré par des bêtes de somme. A ce propos il note : "Elle m’a parlé avec tant de cordialité pendant toute la durée du voyage que j’en étais captivé ; je n’étais plus capable de me passer d’elle, ni ma femme non plus, ni les autres membres de ma famille." Il avait alors deux ou trois enfants. Il invita donc Angèle Mérici à demeurer chez lui à Crémone, en attendant de meilleurs jours ; puis à son retour à Brescia, il continua à l’héberger chez lui, près de l’Église San Clemente. Ainsi, Angèle a su redonner à cette famille de réfugiés, sérénité et confiance en l’avenir, en s’appuyant sur le Seigneur. Elle a su créer autour d’elle une ambiance de sympathie chaleureuse, allant du plus jeune au plus âgé, car pour chacun elle avait une parole appropriée.
- Un étudiant en droit : Stefano Bertazzoli
Selon Bellintani, Angèle Mérici, déjà établie à Brescia, retournait de temps en temps à Salo pour rendre visite à sa famille. Son oncle, qui l’avait accueillie lorsqu’elle devint orpheline, était lié par alliance à la famille des Bertazzoli. L’un des fils, Stefano, était étudiant en droit à Padoue. Piqué de curiosité il voulut, lui aussi, rencontrer Angèle, peut-être pour se moquer un peu de cette vieille tante si pieuse. Il entra donc chez elle, vêtu à la mode du jour, sans oublier la plume écarlate au chapeau. Mais... ce fut Angèle qui se moqua gentiment de lui. Puis, elle lui parla longuement du sens de la vie, des projets d’avenir. Sans se fier aux apparences, elle sut discerner en lui un tempérament sérieux, profond et généreux. L’issue de la conversation fut telle, que Stefano retourna à l’université, se mit à étudier non plus le droit civil, mais le droit canon, et devint un prêtre fervent, érudit et zélé. (Bellintani, "Monumenta", ch. 106, f. 42)
- un chef d’Etat : Francesco Sforza
Ayant été exilé pendant toute sa jeunesse pour des motifs d’ordre politique, le Duc de Milan était enfin entré en possession de son territoire, à l’âge de 27 ans en 1522. Son règne fut de courte durée : deux années seulement.
En 1524, la ville de Milan est attaquée tour à tour par les troupes françaises et espagnoles, puis décimée par la peste. Francesco s’enfuit, et reçoit la ville de Crema en échange, mais les habitants, par crainte de représailles de Charles Quint, refusent de lui en ouvrir les portes. Pour finir, il se réfugie à Crémone avec sa cour. Quand il arrive à Brescia en 1528, c’est un homme de 33 ans, prématurément vieilli, découragé et amer, qui sollicite la visite de Sainte Angèle. Celle-ci, nullement embarrassée par des titres de noblesse, discerne tout de suite le fond religieux de son interlocuteur et sa recherche d’un appui spirituel au sein de ses épreuves. Cet appui, Angèle sut le lui donner, si bien qu’à la fin de l’entrevue, le Duc demanda simplement à Angèle si elle voulait bien le considérer comme son fils spirituel et le prendre dans sa prière, avec tout son peuple. Leur amitié se renforça lors d’un pèlerinage à Varallo, car Angèle Mérici le rencontra sur le chemin de retour, puis à Crémone, lorsqu’elle s’y rendit en réfugiée.

Sainte Angèle Mérici avait le don, non seulement de reconnaître la valeur des personnes et de les traiter en conséquence, mais aussi, de les mettre en relation entre elles, malgré leurs différences. Cela est particulièrement frappant lorsqu’on examine la diversité des membres de la Compagnie, ou des "Matrones" chargées du gouvernement. ("Matrona" à l’époque signifiait "veuve de l’aristocratie").
- Lucrezia Lodrone, d’origine roturière, avait épousé le Conte Ettore Lodrone. C’était la seule qui n’était pas bresciane. Elle eut un fils, militaire comme son père. Elle était veuve depuis 1525.
- Ginevra Luzzago appartenait à la haute noblesse bresciane. Veuve à 31 ans avec 7 enfants, riche héritière des biens de son mari, elle consacra une bonne partie de sa fortune à aider la Compagnie naissante.
- Maria Avogadro n’avait que 29 ans lorsqu’elle devint matrone de la Compagnie. C’était une des plus jeunes. Elle avait 5 filles, dont deux entrèrent au monastère de la Paix à Brescia, une autre devint Vierge de Sainte Ursule. Donc, il s’agissait d’une famille très engagée dans la vie chrétienne.
- Veronica di Buzzi avait épousé, sur le tard, un veuf de 31 ans plus âgé qu’elle. Son mari mourut, d’ailleurs, cinq ans après leur mariage. Leur unique fille deviendra Vierge de la Compagnie.
- Orsola di Gavardi, l’une des plus âgées, commença son rôle de matrone à l’âge de 41 ans. Elle possédait de nombreuses propriétés et avait à sa charge, dans sa maison quatre domestiques et un précepteur pour ses trois enfants.
- Giovanna di Monti, la plus âgée, était veuve avec sept enfants de 15 ans à 15 mois. Elle aussi avait de grands biens. Elle avait engagé un prêtre comme précepteur de ses enfants, en plus d’une nourrice pour le plus jeune et deux servantes.
- Elisabetta Prato était d’origine roturière. Son père était fabricant de chaudrons. Elle n’eut pas d’enfants.
- Lionella di Pedezocchi, entrée plus tardivement dans le cercle des Matrones, avait épousé un homme de vingt ans plus âgé qu’elle.
- Caterina di Mei, fut aussi une des dernières à faire partie du groupe. Il ne semble pas qu’elle ait eu d’enfants.

Nous pouvons constater, parmi ces veuves, des différences de niveau social, d’âge, de charges familiales, de fortune. Ajoutons à cela que certaines de ces familles étaient en lutte ouverte les unes avec les autres : haine et vengeance, règlements de compte, actes de violence, étaient leur pain quotidien. Angèle Mérici a su discerner entre ces femmes un fil conducteur commun, malgré leurs divergences : un sincère attachement au Seigneur, un désir de Lui plaire et de s’engager d’une manière positive dans leur entourage.
Comment s’y prenait-elle ? Quels conseils donnait-elle aux membres de la Compagnie pour les aider dans leurs relations avec le prochain Nous sommes à même de le savoir en étudiant ses Écrits.


II- L’attention à la personne dans les écrits de Sainte Angèle Mérici

Ses Écrits nous la révèlent comme particulièrement sensible aux relations interpersonnelles. Parmi ses conseils nous pouvons retenir particulièrement quelques points : bien connaître l’autre, répondre à ses attentes, avoir une attitude d’accueil qui le mette à l’aise.

1. Connaître l’autre afin de mieux le comprendre.
Bien connaître l’autre, afin de lui accorder l’attention qu’il mérite, est une première exigence dans nos relations avec le prochain. J’ai reçu un jour une jeune femme, Elsa, qui me demandait de pouvoir entrer chez les Ursulines. Je ne la connaissais pas ; je ne l’avais jamais vue. De fil en aiguille, je finis pas savoir qu’elle était spécialiste des phénomènes parapsychologiques, qu’elle avait été élevée par des Sœurs et gardait un souvenir ému de son enfance - souvenir qu’elle voulait revivre à tout prix - qu’elle ne savait pas ce que c’était que la prière, qu’elle ne connaissait Jésus-Christ que de nom, et, par surcroît, qu’elle était mariée. Évidemment, la connaissant mieux, je voyais bien qu’elle n’avait pas tout à fait les dispositions requises pour entrer chez les Ursulines !
Angèle Mérici est réaliste lorsqu’elle recommande de "tenir (les autres) gravées dans l’esprit et dans le cœur, individuellement, non seulement leur nom, mais aussi leur condition, leur tempérament, leur situation et tout ce qui les concerne." Et elle ajoutait, "Vous serez attentives et vigilantes, pour comprendre la conduite de vos filles, et pour être au courant de leurs besoins spirituels et temporels.(4e Av. 1)

2. Répondre aux attentes de l’autre
Ce conseil nous amène à la deuxième étape :
Essayer de répondre aux attentes des personnes, car ces attentes sont révélatrices de leurs besoins. "Pourvoyez-y de votre mieux", dit-elle, et si les personnes responsables "tardent à y pourvoir", usez d’instances, et en ce cas, soyez de ma part importunes et ennuyeuses ! (4e Av. 2, 4, 5) Ceci va tout à fait à l’encontre de pratiques administratives trop fréquentes aujourd’hui. Vous connaissez comme moi des personnes dans le besoin dont les dossiers d’assistance traînent indéfiniment, sans souci de leurs problèmes humains ni de leurs difficultés pour survivre. L’attitude d’Angèle est tout à fait opposée. Elle demande de se pencher sur les besoins de l’autre et d’essayer de répondre à ses attentes légitimes :

- Les besoins matériels : des besoins très concrets qu’elle énumère :

  • celles qui ne reçoivent pas leur salaire (R 11, 16)
  • celles qui ne reçoivent pas leur héritage (R 11, 15)
  • celles qui se trouvent seules et sans ressources (R 11, 25)
  • celles qui sont âgées et incapables de se suffire à elles-mêmes, (R 11, L29)
  • celles qui sont malades (R 11, 30)
  • celles qui seraient dans le besoin. (R 11, 24)

- Les besoins spirituels, qu’elle ne sépare jamais des premiers :

  • accorder un accompagnement spirituel , par un contact personnel, environ tous les 15 jours, ou plus ou moins selon les besoins (R 11, 8a), afin de guider et d’encourager l’autre dans son cheminement spirituel :
  • éclairer et aider dans les difficultés qui peuvent se rencontrer : difficultés personnelles, situations de conflit, mésententes éventuelles avec l’entourage. (R 11, 8-9)
  • défendre un membre de la Compagnie si son employeur lui faisait quelque tort ou voulait l’empêcher de faire le bien, ou l’induire à mal faire.(R 11, 10- 11) N’oublions pas que le danger moral encouru par les jeunes servantes, dans les grandes familles, n’était pas illusoire.
  • en conséquence directe de l’avis précédent, placer les jeunes filles dans un milieu favorable  : "celles qui gouvernent devront s’occuper de la chose, afin qu’elle soit placée là où elle pourra se trouver bien et vivre honnêtement". (R 11,28).

- Les besoins psychologiques et affectifs.

  • provenant de la solitude  : Celle qui n’a plus de famille, qui se trouve seule, il faut lui trouver un toit, qu’on "veuille bien l’accueillir dans sa maison" (R 11, 26) moyennant rémunération convenable de la part de la Compagnie. Ou bien, s’il y en a deux dans le même cas, Angèle conseille de leur louer une maison.
  • provenant du découragement  : Angèle demande de réconforter, d’encourager (5e Av.23) "surtout celles que vous verrez dans la tristesse, dans le doute, ou dans la crainte". (5e Av.40)

3. Avoir des attitudes positives qui mettent l’autre à l’aise
- Accueillir avec douceur et bonté
Au sein d’un monde dur, calculateur et égoïste, les consignes d’Angèle sonnent pour nous, aujourd’hui, comme un véritable défi : elle invite aux "paroles aimables, portant à la concorde et à la charité" (5e Av. 12), à une attitude d’humilité et d’affabilité (5e Av. 17), "un comportement, des actions et des paroles qui soient animées de charité et d’une patience à toute épreuve". (5e Av 12-18). Quand Angèle parle de charité, elle nous encourage à montrer du coeur dans nos relations.
Elle va jusqu’à évoquer la tendresse, "le charezze" (2e Av. 3) et signale que "vous obtiendrez davantage par la tendresse et l’affabilité que par la rudesse et de durs reproches" (2e Av 3). Et, même s’il faut faire des reproches, qu’ils soient réservés "seulement aux cas de nécessité" en tenant compte du lieu, du temps, du caractère des personnes. (2e Av. 4-5)
- Faire confiance,
...car l’autre a des capacités de croissance insoupçonnées. Elle peut changer, évoluer. Cette confiance est une manière de faire grandir. En effet, Angèle Mérici nous rappelle que nous ne savons pas ce que Dieu veut faire de ses enfants : "Comment savoir si celle qui nous paraît la plus insignifiante et la plus dépourvue ne va pas devenir la plus généreuse et la plus agréable à Dieu ? Et puis, qui peut juger les coeurs et les pensées secrètes d’autrui ?" (8e Av. 2-4)
- Agir avec estime et respect :
"Considérez de quelle manière vous devez les estimer, car plus vous les estimerez, plus vous les aimerez, et plus vous les aimerez, plus vous aurez soin d’elles et veillerez sur elles." (Av. Prolo 9-10) Cette estime va de pair avec le respect de la personne : "Gardez-vous de vouloir faire faire quoi que ce soit par force. Dieu ne veut forcer personne, mais seulement il propose, il invite, il conseille." (3e L. 8-11)
- Avoir pour l’autre une vraie sollicitude
,
...si bien qu’il puisse sentir qu’il compte pour nous. A un certain moment je faisais la catéchèse à des enfants placés dans un home d’accueil, parce qu’"enfants du juge", c’est-à-dire enfants dont les parents sont déchus de leurs droits. C’est dire s’ils manquaient d’affection dans leur milieu familial. Un petit Robert ne disait jamais rien, n’apprenait rien, était tout à fait inerte. Les rares fois où il avait le droit de retourner en famille, il en revenait avec des traces de coups. Et voilà qu’un jour, pour la première fois, il est venu au catéchisme en souriant. Il a commencé à parler aux autres, à s’épanouir. Le secret du changement fut vite révélé : "Madame, tu sais ? Il a un parrain", c’est-à-dire quelqu’un qui avait accepté de faire de son propre foyer une famille d’accueil, qui l’adoptait d’une certaine façon, qui l’invitait le week-end, bref, qui s’occupait de lui. Il avait enfin ’senti qu’il comptait pour quelqu’un et cela l’avait rendu heureux. Quelque temps après, je passais devant le home et je vis mon Robert entrer triomphalement dans une voiture, celle de son parrain, qui venait le chercher pour une sortie. J’étais saisie par le contraste entre la mine heureuse et pacifiée de Robert, et celle de ses petits compagnons qui n’avaient pas la même chance que lui. Il y avait dans leurs regards une telle faim de reconnaissance et d’affection !
Avoir pour l’autre une vraie sollicitude... Avoir du coeur, comme une mère... "Plus vous les aimerez, plus vous aurez soin d’elles" (Av. Prolo 10), dit-elle. Angèle a une expression bien méridionale : "Il vous sera impossible de ne pas vous en soucier jour et nuit, car c’est ainsi qu’opère le véritable amour". (Av. Prolo 11)
- Promouvoir la joie :
« Si vous en voyez une, craintive et timide, portée à la tristesse, réconfortez-la, inspirez-lui courage, dilatez son coeur par toutes sortes de consolations » (2e Av 8). Et Sainte Angèle Mérici ne parle pas ici que de consolations spirituelles, elle dit bien clairement "toutes sortes de consolations" ; cela passe aussi bien par la carte postale envoyée amicalement de Suisse, que par le coup de téléphone pour remonter le moral de quelqu’un, ou par la petite fleur déposée au chevet d’un malade.

4. Et enfin, donner des occasions de rencontres avec d’autres
...car, les relations interpersonnelles construisent et affermissent une personnalité, chacune s’enrichissant au contact de l’autre. Angèle l’avait bien senti, elle qui préconisait des réunions régulières, afin "de se retrouver ensemble, comme des soeurs, de s’entretenir ensemble de choses spirituelles, de se réjouir et de s’encourager ensemble." (8e L 1, 3-4)

Conclusion :
Nous ne pouvons que constater combien les exhortations de Sainte Angèle Mérici se rattachent à des attitudes évangéliques. Jésus le premier nous a donné l’exemple, et c’est parce qu’Il a agi de telle façon qu’Angèle a pu méditer sur le comportement du Fils de Dieu et en faire l’application dans la vie quotidienne.
Jésus "connaissait ce qu’il y a dans le coeur de l’homme"... Il connaissait l’autre, personnellement, sa situation, son caractère, le bon fonds qui souvent échappe aux apparences. Il voyait la générosité foncière de Zachée, malgré sa réputation de collecteur d’impôts, l’honnêteté de Berthélémée, l’ardeur de Pierre, mais aussi sa faiblesse, l’hypocrisie de certains Pharisiens...
Jésus a su répondre aux besoins de ses contemporains :
- aux besoins physiques : Nous nous rappelons que pris de pitié pour la foule qui l’entourait, il l’a nourrie au désert ; qu’Il a ménagé des temps de repos pour ses disciples ; qu’Il a favorisé une bonne pêche pour Pierre, Jacques et Jean.
- aux besoins spirituels : l’enseignement donné aux apôtres, aux disciples, aux foules qui l’entouraient, répondait à leur soif d’absolu, de vérité, en un mot, à leur soif de Dieu.
- aux besoins psychologiques et affectifs : Il a perçu le besoin d’un amour authentique et durable chez Madeleine, malgré son passé douteux. Il a su rétablir la confiance de Pierre après son reniement, la fidélité des apôtres, après leur abandon.

Jésus accueille les autres avec des attitudes positives qui les mettent à l’aise.
La seule chose qui semble susciter son indignation, c’est l’hypocrisie, la mauvaise foi :
- Il traite les autres avec estime et respect. Ne sont-ils pas "ceux que le Père lui a donnés ?" Voyons le tact avec lequel il engage le dialogue avec la Samaritaine, la simplicité avec laquelle il aborde le paralysé, Jaïre, l’aveugle-né.
- Il fait confiance aux apôtres malgré leurs petitesses et leurs défauts, leurs ambitions personnelles, leurs jalousies et leurs disputes. Il sait qu’ils vont grandir, que l’Esprit-Saint les fortifiera, qu’ils donneront même leur vie pour Lui.
- Il se dit "doux et humble de cœur". Voyons sa douceur avec les petits enfants que les autres repoussent, avec l’hémorroïsse, perdue dans la foule, avec le paralytique que l’on descend par un trou du toit.
- Il a pour ses amis une vraie sollicitude : Il sympathise, jusqu’aux larmes, au deuil de Marthe et de Marie. Il prend la défense de Madeleine, critiquée pour sa dépense de parfum. Au moment de son arrestation, il s’arrange pour que ses apôtres ne soient pas pris à leur tour : "Laissez d’abord aller ceux-ci", dit-Il.
- Il promet la joie, sa joie, celle que le monde ne peut donner, celle que rien, ni personne, ne pourront nous ôter.
- Il réunit ses Apôtres autour de Lui, leur fait des exhortations adaptées, leur fait partager sa vie.
Les principes laissés par Angèle sont donc inscrits dans l’Évangile. Sainte Angèle Mérici ne cherche pas à attirer l’attention sur elle-même, mais sur le Christ. Ses paroles ne sont paroles de vie que parce qu’elles sont l’écho de celles mêmes du Christ Sauveur. Son attention aux personnes n’est qu’un écho de l’attention aimante du Fils de Dieu pour chacun, chacune de nous, pour tous les enfants du Père.

Soeur Marie Seynaeve
Ursuline de l’Union Romaine

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