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Angèle, là où tu demeures maintenant...

Cette conférence a été donnée le 30/10/2010 à Wavre Notre Dame en Belgique par Soeur Francesca Rombaut, urusuline de Hasselt à l’occasion de la célébration,par les quatre congrégations ursulines de Belgique du 475ème anniversaire de la fondation.

…DAAR WAAR JE NU BENT…
…LA OU TU DEMEURES MAINTENANT…

J’aimerais bien m’arrêter avec vous sur la vie de sainte d’Angèle, plus particulièrement sur la période qui s’écoule entre le moment de la fondation (le 25 novembre 1535) et le jour du décès de la sainte (le 27 janvier 1540). Pourquoi ?
Trois motifs m’inspirent à considérer ces quatre dernières années d’Angèle. Chaque motif sera éclairé par l’actualité de nos vies et par les Écrits de notre fondatrice.

Vous autres, mes consœurs

Le premier motif est relié à la vie de mes consœurs. La plupart parmi vous, parmi nous, se trouvent en effet dans ce stade de leur vie. Si déjà vous ne traversez pas, en ce moment, les cinq à dix dernières années de votre vie terrestre, toujours est-il que vous vous trouvez actuellement dans cette phase entre votre vie active et votre départ de cette vie. Un épisode difficile, car nous faisons marche arrière – ou du moins, nous avons cette impression lorsque nos forces physiques et mentales s’affaiblissent. En outre, la situation autour de nous, dans l’Église et dans ce qu’on appelle « le monde », n’est pas de nature à nous encourager. Nos écoles, nos centres pour enfants, nos maisons de repos se remplissent, certes, mais ce ne sont pas des chrétiens cheminant dans les traces de l’évangile qui font déborder nos institutions… Et l’Église elle-même, ne devient-elle pas un point de plus en plus pénible ?
Dans de telles circonstances, il est inévitable de se poser des question par rapport au résultat de nos efforts. Avons-nous réussi ? Qu’est-ce que notre engagement a rapporté ? Ce don total de notre vie, a-t-il eu du sens ? Et si nous sommes convaincues du bien-fondé de notre choix, comment oserions-nous l’affirmer…

Aujourd’hui, en cette journée de rencontre, nous cherchons notre inspiration auprès de notre fondatrice. C’est pendant la période que nous considérons, entre la fondation et son décès, qu’Angèle a rédigé, ou plutôt, dicté les documents que conservons – la Règle, les Avis et le Testament. Ces Écrits témoignent d’une dame courageuse qui, non seulement, entrevoit l’avenir, mais qui, en même temps, donne un aperçu de sa vie. Elle regarde la genèse de sa fondation et revisitant la façon dont son œuvre est née et a pris forme, elle voit que « cela était bon ».

Écoutons ce qu’elle nous dit dans le Quatrième Avis :
8 Car si c’est Dieu qui a planté cette Compagnie, jamais il ne l’abandonnera ;
9 L’Ecriture dit en effet : “Numquam vidi iustum derelictum, nec semen eius quaerens panem” ; c’est-à-dire : jamais je n’ai vu le juste être abandonné, ni sa descendance aller mendier.

Et dans le Dernier Legs :
6 Tenez ceci pour certain que cette Règle est directement plantée par sa sainte main,
7 et qu’il n’abandonnera jamais cette Compagnie tant que le monde durera.
8 Car si c’est lui en premier lieu qui l’a plantée, qui donc pourra la déplanter ?
9 Croyez-le,
10 Ne doutez pas,
11 Ayez une foi ferme qu’il en sera ainsi.
12 Je sais ce que je dis.
13 Bienheureux ceux qui s’en occuperont vraiment.

(Dernier Legs, 6-13)

Si sainte Angèle a la foi ferme que l’œuvre de sa vie a réussi, c’est que c’est “lui qui a planté la Compagnie”. Sans doute, c’est elle, Angèle, qui a observé, écouté, prié, qui a traversé et analysé ses expériences, qui a tiré des conclusions, mais celui qui agissait à travers elle, c’était le Seigneur lui-même.

Maintenant que son œuvre a pris sa forme concrète et que sa vie court à sa fin, Angèle regarde son passé avec une certitude croyante. Elle n’est pas simplement satisfaite. A travers les signes, elle perçoit le caractère miraculeux de ce qui a été réalisé par elle. C’est la main du Seigneur qui a fait cela.

À la suite de sainte Angèle, nous sommes invitées à relire notre vie avec la même satisfaction croyante. Nous pouvons nous aussi être satisfaites de la façon dont nous avons vécu. Nous pouvons nous réjouir de la qualité de notre vie, de nos relations avec les autres, de l’accomplissement de notre mission, de notre intimité avec Dieu.

Maintenant que le plus grande partie de notre vie s’est écoulée, nous sommes invitées à « voir » que nous sommes le juste des Psaumes qui n’a jamais été abandonné et que l’œuvre que nous avons accomplie ne disparaîtra jamais.

La fête des saints, la commémoration des défunts

Une deuxième raison qui m’incite à considérer les dernières années de sainte Angèle, c’est le moment de l’année liturgique. Après-demain nous célébrons la fête de tous les saints, ensuite nous commémorons nos chers défunts. Nous nous rappelons la façon dont ils ont vécu. Nous évoquons le moment où ils nous ont quittés. Quels étaient leurs derniers mots, leurs derniers sentiments – peur, espérance – leurs derniers désirs, recommandations, certitudes, joies… Nous chérissons ces souvenirs précieux et nous les répétons à chaque rencontre. Aujourd’hui, faisons la même chose pour sainte Angèle.

Il est à peine croyable qu’une personne aussi discrète qu’Angèle nous partage les sentiments et les pensées qui l’habitaient à la fin de sa vie. C’est dans les Avis, adressés aux Colonels qu’elle en parle ouvertement et explicitement.

Dans le Prologue aux Avis, nous lisons :
23 Car, sachez-le, maintenant je suis plus vivante que lorsque j’étais en cette vie ;
24 Et je vois mieux, j’aime et j’apprécie davantage les bonnes actions que continuellement je vous vois faire,
25 Et à présent je veux et je peux davantage vous aider et vous faire du bien de toutes sortes de manières.

(Avis, Prologue, 23-25)

Et dans le dernier Avis :
_ 20 Et moi, je serai toujours au milieu de vous, aidant vos prières.
21 Encouragez donc vos filles à poursuivre courageusement l’œuvre commencée.
22 Et en même temps réjouissez-vous, car sans aucun doute ce que je vous dis se réalisera.
23 Sans parler de la grâce très grande et inappréciable que Celui qui m’aime, ou plutôt qui nous aime, vous accordera au moment suprême de la mort,
24 Puisque c’est dans les grands besoins qu’on reconnaît l’amitié véritable.
25 Et croyez fermement qu’alors surtout vous connaîtrez que je suis votre fidèle amie.
26 Maintenant je vous laisse ; soyez consolées et ayez vives la foi et l’espérance.
27 Mais auparavant je veux que vous soyez bénies, in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.

(Dernier Avis, 20-27)

Nous ne pouvons imaginer l’impact de ces paroles sur les amies de la Compagnie. À l’heure où son propre horizon s’élargit et s’étend jusqu’aux siècles futurs, Angèle nous demande de ne pas oublier qu’elle est, tout simplement, notre fidèle amie et que la mort ne pourra jamais effacer la vraie nature de sa relation avec nous.

N’est-ce pas là le plus grand souhait qu’on puisse exprimer, la plus grande consolation qu’on puisse offrir à ceux et à celles qui pleurent un défunt : « Votre papa, votre maman demeurera à jamais celui, celle qu’il, qu’elle a été pour vous pendant sa vie sur terre. Il, elle sera à jamais pour vous papa, maman. »

Ainsi Angèle prend sa place dans la longue tradition de l’Église catholique. Elle reprend un thème très classique selon lequel nous demeurerons les uns pour les autres ce que nous avons toujours été. Aucune mort ne peut abolir la relation de sainte Angèle vis-à-vis de ses colonelles, dont elle sera à jamais « la fidèle amie ».

Jusqu’à ce jour, nous faisons l’expérience de cette fidèle amitié de sainte Angèle qui se manifeste dans notre vie personnelle comme dans celle de nos congrégations, tout au long de nos journées et à l’heure de notre mort. Personne ne peut en témoigner avec certitude, mais nous osons nous confier à la parole de sainte Angèle, selon laquelle elle sera présente au moment où nous passons de ce monde à l’autre. Elle nous accueillera et nous conduira devant le trône de celui qui nous aime toutes.

Dans son Deuxième Avis, Angèle invite les colonelles à la « piacevolezza », cette amabilité méricienne tout à fait particulière qui consiste à aborder les autres avec patience, respect, empathie. Au seuil de sa mort, elle adopte cette même amabilité à l’égard de ses colonelles en leur disant : «  Je vois mieux, j’aime et j’apprécie davantage les bonnes actions que continuellement je vous vois faire. » Qui d’autre nous a fait une telle promesse ?

Enfin, Angèle reste elle-même. Elle demeure fidèle à sa personne. Les phrases courtes mais décisives font entrevoir une Angèle qui agissait avec autorité. Cette autorité, elle la garde, même à la veille de sa mort. Elle n’admet pas le doute. Elle réaffirme sa conviction : le Seigneur m’a élue, Il m’a choisie pour accomplir cette mission de la fondation et ce Seigneur, c’est celui qui l’aime.

Je vous souhaite à vous toutes d’être habitées de la même certitude – je suis l’aimée du Seigneur – et de prendre le temps de méditer ces paroles.

…Là où tu demeures maintenant…

Le troisième et dernier motif qui explique mon désir de méditer avec vous les dernières années de sainte Angèle concerne la mentalité actuelle. De plus en plus de personnes désirent des funérailles civiles, dans le funérarium ou dans le crématorium. De moins en moins de personnes croient à la vie éternelle telle qu’elle nous est promise par les Evangiles – un Royaume des Cieux où notre plus grande joie sera de contempler Dieu et de voir Jésus tel qu’Il est de sorte que, selon la parole de saint Jean l’apôtre, nous Lui serons semblables.

Par ailleurs, beaucoup de nos contemporains ne peuvent admettre que leurs chers défunts soient « morts à jamais », effacés, disparus. Ils sont « quelque part », ils ont une sorte de vie où ils connaissent le bonheur et d’où ils peuvent rester en contact avec nous. J’ai été particulièrement touchée par cette représentation des choses lors d’un enterrement d’une chanteuse et présentatrice flamande, Hilde Rens, connue sous le nom de Yasmine, décédée le 25 juin 2009. À la fin de la célébration, son beau-frère lui adressait le message suivant : « Sois heureuse, Hilde, là où tu demeures maintenant. » Cette parole m’avait tellement frappée que je l’ai utilisée comme titre de mon texte.

Contrairement à beaucoup de nos contemporains, Angèle, notre fondatrice, savait. Elle savait où elle allait, qui l’accueillerait et quelle vie elle mènerait. N’avait-elle pas eu la vision de Brudazzo qui l’avait introduite dans un spectacle céleste où des femmes vivantes et dynamiques communiquaient joyeusement entre elles tout en s’adressant à elle qui était encore sur terre ? Le texte du Cinquième Avis ne porte-t-il pas les traces de cette expérience :

35 Vous leur direz encore que, maintenant je suis plus vivante que je ne l’étais quand elles me voyaient corporellement,
36 Et que maintenant je les vois et connais mieux.
37 Et que je puis et veux les aider plus encore.
38 Et que je suis continuellement au milieu d’elles avec Celui-là qui m’aime, ou plutôt qui nous aime, nous toutes,
39 Pourvu qu’elles croient, et ne perdent pas le courage et l’espérance.

(Avis 5, 35-39)

De même que le Dernier Legs :

17 Soyez consolés, ne doutez pas ; nous voudrons vous voir au ciel au milieu de nous,
18 Car ainsi le voudra aussi Celui qui nous aime toutes.
19 Et qui donc pourrait lui résister ?
20 Lui dont la lumière et la joyeuse splendeur de vérité vous environneront au moment de la mort,
21 Et vous libéreront des mains de l’ennemi.

(Dernier Legs, 17-21)

Pour terminer ma présentation, je veux enchaîner avec cette habitude moderne qui consiste à clôturer les funérailles par le moment solennel de la « dernière parole ».

Pour faire honneur à sainte Angèle, j’aimerais lui adresser une dernière parole :

Sois heureuse, Angèle,
là où tu demeures maintenant,
Là-bas au ciel, où tu es plus vivante
que tu ne l’étais en ce monde,
Où tu vis en présence de Celui qui t’aime,
Lui qui t’entoure de son ineffable amour,
Lui qui veut que tu sois vraiment celle que tu as voulu être :
Sa Bien-aimée et notre fidèle amie.

Sois heureuse, Angèle,
là où tu demeures maintenant,
Là-bas où tu nous observes,
Où tu apprécies les bonnes actions que tu nous vois faire pour tant de personnes,
Depuis 475 années
Des enfants, des jeunes, des personnes âgées, des hommes, des femmes,
Tous des « princes et princesses » puisque tous enfants du seul Dieu.
Depuis toutes ces années nous ressentons la force de ton regard.
Un regard de tendresse et de pitié,
« piacevole ».
C’est dans ce regard
que nous puisons le courage et la confiance, la foi et l’espérance
Pour continuer la route,
Pour « agir, nous remuer, faire des efforts, prier et crier de tout notre cœur. »

Sois heureuse, Angèle,
là où tu demeures maintenant.
Là-bas où tu es au milieu de nous
Et où tu vois toutes ces choses admirables que nous réalisons dans tes traces.
Oui, Angèle, c’est gravé dans notre mémoire :
La Compagnie, que tu as fondée il y a 475 ans, ne disparaîtra jamais
Parce que ce n’est pas toi, mais Dieu même qui l’a créée.

Sois heureuse, Angèle,
là où tu demeures maintenant.
En continuant l’œuvre que tu as commencée,
Nous avons hâte de te rencontrer,
Ce jour où tu nous conduiras par les portes de la mort,
Où nous vous retrouverons, toi et le Bien-aimé et toutes celles qui nous ont précédées,
Vous qui avez tellement voulu nous voir au ciel,
au milieu de vous.

Soeur Francesca Rombaut
Rencontre interursuline du 30 octobre 2010

Nous remercions Soeur Francesca de nous autoriser à reproduire sa conférence.
Vous pouvez consulter la relation de cette rencontre à Wavre Notre Dame.

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