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Angèle et sa passion pour l’unité


Angèle Mérici montre une véritable passion pour l’unité.

En parcourant la vie d’Angèle, on est frappé par la facilité avec laquelle elle crée des liens et unit son entourage ; toute jeune encore elle attire sa sœur aînée, pourtant de tempérament plutôt espiègle, à sa vie de prière et de renoncement. A Salò, selon Bellintani, elle attire à sa suite une jeune fille qui la suivra lors de son retour à Desenzano. Faino mentionne le fait qu’elle créait de véritables liens d’amitié autour d’elle, non seulement dans son village, mais aussi dans les alentours.

Arrivée à Brescia, Angèle attire autour d’elle des personnes de tout rang social, du plus modeste porte-faix, jusqu’au Duc de Milan qui se voulait son fils spirituel. Ce don d’attirance, elle l’exerce dans le quartier de Sainte-Agathe, auprès du marchand Antonio Romano, puis autour de Sainte–Afre. Le menuisier, Bertolino Boscoli, allait volontiers lui rendre visite. Le chanoine Giacomo Tribesco se dit son ami. L’humaniste Agostino Gallo et sa famille disent ne pas pouvoir se passer de sa présence encourageante et réconfortante. Girolamo Patengola, neveu de Caterina, fait partie de son cercle, ainsi que le diplomate Giacomo Chizzola, et celui qui recueillit ses dernières confidences et ses Ecrits, Gabriele Cozzano. Ajoutons encore les quelques 150 jeunes filles et veuves qu’elle attirait autour d’elle pour les conduire au Christ.

En plus de créer des liens, Angèle cherche à unir entre eux ceux qui s’adressent à elle. Selon Agostino Gallo, qui en a été témoin, elle a un don particulier pour promouvoir l’union entre différents membres de la famille, entre parents et enfants, entre maris et femmes, entre frères et sœurs.

A Solferino, elle obtient du Prince de Castiglione, Duc de Gonzague, de rétablir un de ses serviteurs tombé en disgrâce. Nous nous souvenons de l’intervention d’Angèle qui finit par pacifier Filippo Sala et Francesco Martinengo, résolus à se batte en duel. Elle crée parmi les jeunes filles qu’elle accompagne spirituellement et qui deviendront des membres de la Compagnie, cohésion, entente, un véritable esprit d’équipe.

Dans ses Ecrits, les thèmes d’union et de bonne entente sont parmi les plus cités. Nous examinerons donc de plus près son enseignement sur l’unité : l’appel pressant quelle adresse à toutes ses filles, les fruits de cette union, et enfin, quelques aspects concrets.

I. Appel pressant à l’unité


C’est aux supérieures locales et aux gouvernantes, responsables du jeune institut qu’Angèle va confier la garde de l’unité entre ses membres. Ce sont, en effet, ses dernières paroles :

Mon tout dernier mot pour vous - et je vous le dis en vous priant même avec mon sang - est que vous viviez dans la concorde, unies ensemble, toutes d’un seul cœur et d’un seul vouloir. (Dern. Av. 1)

Chaque mot mérite d’être souligné :

- mon tout dernier mot : A l’approche de la mort, c’est celui auquel on attache le plus d’importance, qui porte le poids d’un désir particulièrement véhément du cœur.

- avec mon sang : c’est-à-dire : « Je suis prête à donner ma vie pour cela. Je vous en prie jusqu’à la mort ».

- que vous viviez dans concorde, en harmonie, comme dans un orchestre où chaque instrument apporte sa spécificité, créant ainsi un ensemble de beauté harmonieuse.

- unies ensemble. Il ne s’agit pas seulement d’union l’une à l’autre, mais d’une cohésion de groupe, d’une conscience d’institut, dans un véritable esprit d’équipe.

- d’un seul cœur : en aimant fondamentalement les mêmes choses d’une seule volonté : en voulant fondamentalement les mêmes choses.

Sur ce dernier point, Angèle revient à plusieurs reprises : n’ayant toutes qu’un seul vouloir et se tenant sous l’obéissance de la Règle, car tout est là (Av 5, 20). Ayez soin que toutes soient unies de cœur et de volonté (10e Legs 7).
En même temps, elle prévient ses sœurs des conséquences néfastes qui résultent d’un manque d’union : Là où il y a divergence des volontés, il y a toujours nécessairement discorde, et là où il y a discorde, sans aucun doute, il y a ruine, comme le dit le Sauveur. (10e Legs, 17-18).

Dans le Dernier Avis, Angèle revient sur la nécessité de l’unité avec une intensité toute particulière :

Voyez donc combien importe cette union et concorde. Alors désirez-la, recherchez-la, embrassez-la, retenez-la de toutes vos forces. Dern Avis, 10, 14).

Notons la progression dans les termes :

-  elle importe. Cette union est importante. Soyez en convaincues. Il y a là un jugement de valeur.

-  désirez-la : C’est la première étape. Il faut en avoir vraiment envie. C’est une disposition du cœur.

-  recherchez-la : Faites des efforts, répétez vos efforts avec insistance.

-  embrassez-la : On ne peut embrasser que ce qu’on a déjà dans les mains, dans les bras. Il y a là un geste affectif à l’égard d’une personne, d’une chose envers laquelle on est déjà lié. On embrasse ceux qu’on aime.

-  retenez-la : Une fois qu’elle existe parmi vous, ne la laissez pas partir. Ne l’affaiblissez pas.

Pour les encourager, Angèle va donner à ses filles le modèle d’unité à imiter, celui de la primitive Eglise :

Surtout ayez soin qu’elles soient unies de cœur et de volonté, comme on le lit des Apôtres et des autres chrétiens de la primitive Église : ils n’avaient tous qu’un seul cœur. De même vous aussi, efforcez-vous d’être ainsi avec toutes vos chères enfants, (10e Legs, 7-8).

En effet, Cozzano affirme à plusieurs reprises qu’Angèle avait puisé son inspiration dans la vie de la primitive Eglise, celle des Apôtres, des saintes femmes qui entouraient le Christ et unissaient prière et apostolat, des premières vierges, dont beaucoup subirent le martyre. Les peintures de l’Oratoire d’Elisabetta Prato témoignent aussi de son attrait pour les saintes de l’Eglise des premiers siècles.

Pour insister sur l’urgence et l’importance de cette unité, Angèle en souligne les bienfaits :

II. Fruits de l’Union

Le premier fruit, le plus précieux, qui découle de l’union, c’est la présence du Christ parmi nous : Plus vous serez unies, plus Jésus-Christ sera au milieu de vous, comme un père et un bon pasteur (10e Legs, 9). C’est pourquoi Angèle invite à se rassembler autour de Lui, particulièrement pour la prière : Que toujours votre principal recours soit de vous rassembler aux pieds de Jésus-Christ, et là, avec toutes vos filles, de faire de très ferventes prières, car ainsi, sans aucun doute, Jésus-Christ sera au milieu de vous (Dern. Legs, 3-5). Vivre cette union en priant le Christ ensemble, voilà la manifestation et la source de notre unité.

Un deuxième fruit qui découle de cette union, c’est la force du groupe ainsi cimenté dans l’unité : Etant unies de cœur toutes ensemble, vous serez comme une forteresse ou une tour inexpugnable, contre touts les adversités, persécutions et tromperies du démon (Dern. Av. 15-18). Il s’agit du seul endroit où Angèle mentionne les persécutions : sa consigne est claire pour ces moments douloureux qui se reproduisent périodiquement dans l’histoire des Ursulines : rester unies est une garantie de fidélité devant l’opposition violente ou sournoise.

Angèle promet encore à celles qui vivent unies - et c’est le troisième fruit - l’aide de l’Eglise du ciel et de la terre et même la réussite de leurs entreprises :

Si vous vous efforcez d’être ainsi, sans aucun doute le Seigneur sera au milieu de vous ; vous aurez en votre faveur la Madone, les Apôtres, tous les Saints et Saintes, les Anges, et finalement tout le ciel et tout l’univers. Car Dieu l’a ordonné ainsi de toute éternité, que ceux qui sont unis dans le bien pour son honneur auront toutes sortes de prospérités, et tout ce qu’ils feront tournera bien, puisqu’ils ont Dieu lui-même et chacune de ses créatures en leur faveur. (Dern Av 3-9).

Tout tournera bien… Aux yeux de Dieu, aux yeux de la foi. Il ne s’agit pas de succès matériel ou simplement humain.

Enfin, l’unité appelle la bienveillance de Dieu à notre égard, Lui qui est prêt à nous combler si nous vivons de cet amour qui se donne et qui se reçoit, comme au sein de la Bienheureuse Trinité : Je vous le dis, étant ainsi unies de cœur toutes ensemble… je vous certifie de plus que toute grâce que vous demanderez à Dieu vous sera infailliblement accordée. Et moi, je serai au milieu de vous, aidant vos prières. (Dern. Av. 15, 19-20).
Dans son réalisme, Angèle va non seulement exhorter à l’unité, mais aussi attirer l’attention sur les caractéristiques et les obstacles à une véritable union de cœur et de volonté.

III. Aspects concrets qui caractérisent l’union

Au chapitre de la Règle consacré à la virginité, il est beaucoup plus question de charité que de virginité. Angèle avait bien compris que le cœur vierge, dépouillé de lui-même, est un cœur qui aime, un cœur d’Epouse du Roi des rois et du Seigneur des seigneurs. Elle va donc proposer la virginité, disons l’amour, comme sœur de tous les anges (R 9, 3), et nous inviter à entrer dans ce mouvement de louange, d’admiration, d’adoration qui caractérise les êtres célestes. De plus, son expérience biblique lui a fait comprendre que les anges sont aussi messagers de l’Amour de Dieu et restent prêts à accomplir ses désirs en toute circonstance. Répondre aux désirs de Celui qu’on aime, n’est-ce pas la caractéristique d’un véritable amour ?

Cet amour va s’incarner dans nos relations avec Dieu et avec le prochain, si bien qu’Angèle exhorte la Vierge de Sainte Ursule à être joyeuse, pleine de foi, de charité et d’espérance en Dieu (R 9, 11), de se montrer raisonnable, maîtresse d’elle-même et prudente dans ses paroles et dans ses actions (R 9, 11). Ainsi elle construira des liens fondés sur la charité : Que toutes nos paroles, nos actions et nos comportements soient toujours un enseignement et un motif d’édification pour qui aura à faire avec nous (R d9, 21) Ce souhait ne pourra se réaliser que si nous avons toujours brûlante au cœur la charité. (R 9, 22).

Dans son réalisme, Angèle va aussi attirer l’attention sur les attitudes qui nuisent à l’union et à la communion. Elle commencera par les sentiments intérieurs contraires à l’amour : tout ce qui peut nous préoccuper, nous détourner de l’amour du Seigneur, nous envahir pendant la prière, troubler notre paix et notre liberté intérieure. Elle énumère toute pensée méchante, l’envie, la malveillance, la discorde, les mauvais soupçons et toute autre inclination et volonté mauvaises. (cf. R 9, 7-10). En somme, tout ce qui nous empêche de trouver Dieu dans la prière et d’être joyeuses et toujours pleines de charité, et de foi, et d’espérance en Dieu. (R 9, 11).

Au 8ème Avis, Angèle mentionnera aussi les jugements sévères,

Comment pouvez-vous savoir, vous, si celles qui vous paraissent les plus insignifiantes [« de pocho » – de peu de valeur] et les plus dépourvues ne vont pas devenir les plus généreuses et les plus agréables à sa Majesté ? Et puis, qui peut juger les cœurs et les pensées secrètes au-dedans de la créature ?… Il ne vous appartient pas de juger les servantes de Dieu : il sait bien ce qu’il veut faire d’elles, (Av 8, 3-5).

Les sentiments négatifs se trahissent souvent par des attitudes extérieures qui nuisent à l’union. Angèle en signale plusieurs : manifester des préférences marquées (Av 8, 1), agir impérieusement, avec âpreté (3e Legs 2), forcer quelqu’un à agir (3e Legs 8), faire les choses de mauvais gré (R 9, 16), rester en colère (R 9, 17). Remarquons qu’Angèle ne dit pas se mettre en colère, mais rester dans cet état, sachant bien que les sentiments de colère nous prennent parfois par surprise.

Cependant, la plupart du temps, ce sont nos paroles qui nous trahissent. Angèle n’hésite pas à les nommer avec précision : parler avec rudesse, proférer de durs reproches (Av 2, 3), se plaindre, murmurer (R 9, 18), mal parler d’autrui en particulier de ses supérieurs (Av 3, 9), répondre avec arrogance (R 9, 15), rapporter le mal. (R 19, 19).

Que nous le voulions ou non, il nous arrive à toutes, à tour de rôle, de se trouver en flagrant délit sur un point un ou sur un autre. Angèle nous prévient. A chacune d’être vigilante.

Aux supérieures locales et aux gouvernantes, Angèle recommande avec insistance de veiller au maintien de l’union entre les membres de la Compagnie :

Mon tout dernier mot pour vous - et je vous le dis en vous priant même avec mon sang - est que vous viviez dans la concorde, unies ensemble, toutes d’un seul cœur et d’un seul vouloir. Soyez liées l’une à l’autre par le lien de la charité, vous estimant, vous aidant, vous supportant en Jésus-Christ. (Dern. Av. 1-2)

Je vous en prie de tout cœur, veuillez être pleines de sollicitude et de vigilance, comme autant d’attentives bergères … pour que parmi vos brebis ne naisse pas la zizanie de la discorde ou d’un autre scandale, (10e Legs, 1-3.) Soyez vigilantes sur ce point, car c’est ici que le démon vous tendra des pièges sous apparence de bien.. Dès que vous apercevrez ne fût-ce que l’ombre d’une telle peste, remédiez-y aussitôt selon les lumières que Dieu vous donnera. (10 Legs, 13-15)

Nous constatons, cependant, que dans les Ecrits mériciens, les appels motivés en faveur de l’union sont bien plus puissants que les exhortations à fuir tout ce qui peut y porter atteinte.

Nous avons toutes, dit-elle,

- le même Père : Tous sont enfants de Dieu (Av 8, 2).

- le même Epoux qui nous aime : Celui qui m’aime, ou plutôt qui nous aime, nous toutes (Av 5, 38 ; Dern Av 23 ; Dern Legs 18).

- le même lien de famille, le Sang du Christ qui nous unit : Mes très chères filles et sœurs dans le Sang de Jésus-Christ (Av 1,1 ; mes chères sœurs et vénérables mères, très aimées, dans le Sang de Jésus-Christ (Test Prol 4).

- le même fondateur, le Christ : Si c’est Dieu qui a planté cette Compagnie, jamais Il ne l’abandonnera (Av 4, 8). Tenez ceci pour certain que cette Règle est directement plantée par sa sainte main, et qu’il n’abandonnera jamais cette Compagnie tant que le monde durera. Car si c’est lui en premier lieu qui l’a plantée, qui donc pourra la déplanter ? (Dern Legs 6-8)

- le même appel : Dieu, mes filles et sœurs très aimées, vous a accordé la grâce de vous séparer des ténèbres de ce monde misérable, et de vous unir ensemble pour servir sa divine Majesté. (R Prol 4).

- la même Règle : Dites-leur de vouloir être unies et vivre ensemble dans la concorde, étant toutes d’un seul vouloir, et se tenant sous l’obéissance de la Règle, car tout est là. (Avis 5, 20)

- la même récompense : Combien elles doivent jubiler, et faire fête, puisque dans le ciel est préparé pour toutes et pour chacune, une à une, une nouvelle couronne de gloire et d’allégresse, (Av 5, 25).

- la même Mère, choisie comme telle par le Christ : Lui qui, dans sa bonté immense, m’a élue pour être mère, et vivante et morte, de cette si noble Compagnie (Av 3, 4).

Comme dans un foyer, la mère a un rôle incomparable pour garder toute la famille unie ; ainsi Angèle pendant sa vie, et aujourd’hui auprès de nous. Elle remplit un rôle irremplaçable pour nous garder unies dans l’amour du Christ et dans l’amour mutuel. Dans une société qui renforce souvent l’individualisme, Angèle, par son exemple, ses conseils et sa prière nous lance le défi de l’unité dans la diversité.

Soeur Marie Seynaeve
Synthèse de différentes interventions à Beaugency, Rome, Bruxelles, Arras

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