Angèle et le Pastorat - Ursulines de l'Union Romaine
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Angèle et le Pastorat

Sainte Angèle Mérici et le pastorat

Introduction
I - Les certitudes au coeur de Sainte Angèle Merici
II- Un gouvernement pastoral nouveau
III-Pour une spiritualité du pastorat
Conclusion

Note : Pour les textes de Sainte Angèle Merici, j’ai référé à la traduction éditée par les Ursulines de l’Union Romaine, en mars 1985. Les pages renvoient donc à cette édition.

Introduction

1. Brescia 1536. Quelques jeunes femmes vont et viennent. On dirait qu’elles sont dispersées dans les foyers. Certaines vont les visiter ; d’autres les rassemblent de temps en temps. Elles se disent épouses mais ne sont guère mariées. Dans Brescia, on parle d’un « genre de vie tout à fait nouveau » [1] et unique. Au milieu de tout ce réseau de personnes, une femme âgée du nom d’Angèle.

2. S’il est une conviction qui habite le coeur d’Angèle Merici, c’est bien la nouveauté singulière de cette "entreprise" née d’elle comme un enfant naît d’une mère. Il a fallu de longues et patientes années de gestation pour qu’Angèle Merici expérimente tout du cœur maternel et veuille continuer, "vivante ou morte", à mettre au monde une plantation de Dieu si nouvelle, donc si fragile, qu’elle ne pourrait vivre longtemps sans être toujours portée et entourée d’une façon tout aussi nouvelle et singulière.

3. La fréquentation amoureuse d’une Angèle vivante nous amène à communier aux convictions profondes qui l’animent. Elle est, en effet, mère d’une Compagnie semée par Dieu et qui, par conséquent, est animée d’une force intérieure particulière pour grandir et se développer tant que le "monde durera". Engendrer la nouveauté est une chose, autre chose de pouvoir gérer cette nouveauté dans le même élan d’amour qui l’a fait naître. Cet élan qui, seul, peut continuer, du dedans, à faire porter des fruits de nouveauté à chaque étape d’une longue histoire de croissance.

4. Voilà ce qui touche de plus en plus mon coeur au contact intérieur d’Angèle. A un genre de vie tout à fait nouveau, singulier et unique, il fallait laisser s’ajuster une forme de gouvernement qui soit comme un "pastorat" tout à fait nouveau, singulier et unique [2]. Et développer ainsi des aptitudes et des attitudes de pasteur qui rendent capable de laisser Dieu et Angèle Merici engendrer sans cesse une Compagnie toujours neuve d’inspiration et de vie.

5. Serait-ce de l’intuition féminine que serait née la nouveauté de la Compagnie ? Il est vrai que la fondation d’Angèle n’est pas liée à un groupe masculin [3]. Il est vrai aussi qu’elle n’a pas pris racine dans un milieu clérical, mais laïque. C’était vraiment du neuf ! Comme il veut en naître de la nouvelle vision d’Église donnée par Vatican II. Au cas où cette nouveauté du temps d’Angèle Merici recèlerait des fruits tout neufs pour notre temps, il est important d’approfondir avec un coeur nouveau la nouveauté de l’intuition d’un gouvernement adapté à la Compagnie et qu’on peut dire communautaire ou collégial. On sait bien qu’il est parfois difficile de garder toute sa fraîcheur à la nouveauté de Dieu ! Le neuf de Dieu nous est tellement inconnu ! Et on est si facilement porté à se glisser dans les modèles connus. Mais, heureusement, ce qui est semé par Dieu prend le "temps de Dieu" pour donner tantôt trente, tantôt soixante, tantôt cent...

6. Afin donc de mieux déployer, dans un troisième temps, la grâce ou la spiritualité du "pastorat" intuitionné par Angèle Merici, je me permettrai, dans un premier temps, d’écouter avec un "coeur avide" et plein de désir, les certitudes de mère qui jaillissent du coeur d’Angèle au point d’être sans cesse répétées par elle. Puis, dans un deuxième temps, j’écouterai ce qu’elle nous laisse comme gouvernement pastoral ou déploiement, dans la durée du temps, de sa propre grâce pastorale, afin que l’entreprise nouvelle puisse, vivante, continuer à "partager une même expérience spirituelle" [4].


I - Des certitudes au coeur d’Angèle

7. Pour bien saisir l’oeuvre d’Angèle, c’est bien sûr qu’il est important de nous situer dans le contexte de l’histoire où Sainte Angèle Merici a vécu. Cependant, je ne m’arrêterai pas ici à ce contexte ; d’autres l’ont bien décrit. Mais, dans ce contexte même, une des plus vives et émouvantes certitudes qui brûle le coeur d’Angèle, c’est la nouveauté [5] du genre de vie, glorieux et d’une dignité nouvelle et admirable, auquel sont appelées les filles qu’elle veut confier à ceux et celles qui participeront à sa "grâce et à son don" [6] dans la durée de l’histoire.

7.1 « Vous avez été choisies pour être les vraies et virginales épouses du Fils de Dieu » [7] dit-elle dans la Règle. Épouses du Fils de Dieu dans le monde ! Un choix dont la grandeur est à accueillir avec toute la dignité nouvelle et admirable qu’il apporte afin de mieux "reconnaître" ce qu’implique un tel choix et d’avoir le goût d’investir en termes d’efforts sérieux pour le maintenir vivant, toujours neuf, en plein monde. Les efforts demandés sont en vue de demeurer dans la grâce de l’appel initial. Mais demeurer, c’est progresser et persévérer jusqu’à la fin. L’appel de Dieu est "parole de vérité" [8] capable de porter ses fruits parce que, justement, Parole de Dieu. Cette Parole opère en creusant, en qui l’accueille, un "désir ardent" [9] . Parole et désir, voilà la dynamique d’une fécondité sans cesse assurée. Ces efforts vont aussi dans le sens de « vivre à l’avenir comme il est demandé aux véritables épouses du Sauveur » [10]. La Règle proposée est une voie, un chemin, pour aider à « vivre en épouses ». L’écouter, c’est déjà manifester le désir creusé par l’appel de Dieu [11].

7.2 « Dieu vous a accordé la grâce de vous retirer des ténèbres de ce monde... et de vous grouper ensemble » [12].
Etre groupées ensemble, sans vivre ensemble, c’est un autre aspect de la nouveauté vécue comme "don de choix" de la part de Dieu. Cet "insieme" revient, tel un leitmotiv, dans les paroles d’Angèle. C’est une grâce particulière que d’être une "compagnie", d’être "groupées ensemble" tout en demeurant dans le monde dont on est toutefois retiré de l’aspect ténébreux. Ce don d’être ensemble est aussi Parole de vérité. Aussi sera-t-il sans cesse présenté comme un appel à une décision personnelle à renouveler [13] et comme objet du désir [14] à raviver. La qualité d’être-ensemble ou de communion, est présenté comme SIGNE certain que l’on marche dans la bonne voie [15] selon l’appel reçu et que l’on est, par le fait même, en communion avec Angèle, Jésus-Christ, Dieu et tous les saints [16].

7.3 Un choix, un appel qui est "Parole de vérité" creusant le désir, tout cela « pour servir sa Divine Majesté » [17]. C’est la pure gratuité d’un appel qui éveille à l’action de grâce celles qui sont appelées, mais aussi les personnes chargées de veiller sur la vérité de cet appel nouveau [18]. Le service de sa Divine Majesté, quand il est service d’une fille choisie pour être épouse du Fils de sa Divine Majesté, ce service se traduit dans l’art de plaire [19] à l’Époux-Serviteur. L’appel nouveau dont parle Angèle n’est pas en vue d’une oeuvre, mais en vue de la gratuité d’être épouse, dans une relation d’amour. Et cela « rend présent dans l’Église le mystère du Christ-Époux » [20].

8. Une deuxième certitude se dégage des textes laissés par Angèle comme Testament spirituel. C’est le lien originel, unique et durable, qui tient cette Compagnie en vie : la grâce de l’appel qui vient de Dieu. Cette certitude est comme un climat de foi pour qui écoute avec un "coeur avide et plein de désir". Le lien qui fait ainsi durer la Compagnie, qui fait vivre les filles "une à une" et les fait vivre aussi "groupées ensemble", c’est un lien théologal. Il tient sa puissance de son origine sacrée. Et c’est comme la "hiérarchie" dans la Compagnie, celle de la grâce de l’appel de Dieu, don toujours actuel qui lie à un Dieu vivant, un et communautaire tout à la fois. C’est de don comme "Parole de vérité" qui commande l’être et l’agir.

8.1 Le choix personnel de Dieu est un don qui appelle à vivre et à grandir dans un état d’épouse. Un appel à être plus qu’à faire. « Dieu a planté cette Compagnie ; jamais Il ne l’abandonnera » [21], c’est-à-dire, dans le contexte des Avis, que jamais il ne manquera de subvenir aux besoins corporels et spirituels des filles qui marchent sur la route Mais quand Angèle rappelle cette certitude dans les Legs [22], c’est pour nous assurer de la pérennité de la Compagnie à travers l’histoire et les changements nécessaires à la durée, "tant que le monde durera". « Si c’est Dieu qui a planté, qui donc pourra déplanter ? » [23]. Et si Dieu a planté une "Parole de vérité" au coeur de chacune comme au coeur de l’histoire du monde, seule la FOI [24] en cette certitude peut garder la plantation vivante jusqu’à la fin, en la gardant fidèle à son origine sacrée et à la "gouverne" de cette grâce initiale, sans laquelle la Compagnie n’est plus.

8.2 Le Dieu qui a planté est un Dieu AMOUR. Il n’a qu’une "Parole de vérité", elle est d’Amour. Elle est le Verbe de vie, révélé comme étant Fils du Dieu vivant, notre Amour. Semée dans l’humanité comme "germe de Dieu", cette Parole creuse dans la profondeur du coeur le désir d’une relation d’amour avec Dieu et en Dieu. Voilà la relation qui est à la fois un don et un appel de toute la terre. Vocation à un amour qu’il est donné de vivre comme un amour sponsal entre le Fils de Dieu et l’humanité, souvent appelée CHAIR ou TERRE, pour que celle-ci soit Fille de Dieu grâce à la relation qui la fait participer à la vie du Fils même de Dieu. Marie de l’Incarnation, fille d’Angèle, est une mystique de cette relation d’amour ; elle nous en manifeste toute la vérité Cette vocation à la relation sponsale d’amour avec Dieu est comme une saisie profonde et admirable d’un mystère auquel Angèle tente de nous faire communier pour en vivre. Comment comprendre autrement le bain d’amour, le milieu d’amour qu’elle souhaite si fortement pour ses filles, une à une, et pour la Compagnie ? L’amour est comme l’air à respirer, le climat spirituel souhaité le plus ardemment, pour ces filles qui sont nouvellement appelées à vivre uniquement et de tout leur être la relation d’épouse du Fils de Dieu dans le monde. Le coeur d’amour épanoui en chacune fait que la Compagnie devient, elle aussi, un coeur d’amour dans le milieu où elle est plantée. Et ce coeur d’amour est le SIGNE certain que l’on demeure en fidélité à la Parole de vérité semée au commencement comme unique principe porteur d’avenir.

8.3 Quand quelque chose est vraiment planté par Dieu, la certitude de son avenir est toujours dans la Parole initiale de Dieu, non dans les événements de son passé. Donc, tant que l’amour semé comme appel au coeur de la Compagnie demeure vivant et porte des fruits nouveaux, on est assuré de son avenir... C’est signe que la Parole de vérité, créatrice de nouveauté, est vraiment reçue dans une terre qui s’en laisse profondément pénétrer. Dieu est ainsi l’origine, Il est la présent, et Il est aussi l’avenir de la Compagnie. Et les filles sont instamment appelées à « placer en haut leurs espérances » [25], c’est-à-dire en Dieu lui-même. L’ESPÉRANCE [26] est liée intimement à la foi en Dieu qui est Amour. Tout comme le fruit et la semence sont liés dans l’élan créateur d’une Parole originelle, capable de faire la traversée du temps, parce qu’elle a le souffle qu’il faut pour mener à terme ce qu’elle porte en gestation.

8.4 La Compagnie est une oeuvre théologale. Cette certitude est ancrée au coeur d’Angèle Merici. Théologale, elle est, à ce titre et au sens fort du terme, tout entière hiérarchique, c’est-à-dire qu’elle se reçoit et n’existe qu’en se recevant de Dieu. Aussi, selon l’expression d’Angèle, Dieu n’est-il pas au-dessus de la Compagnie, il est au milieu d’elle, en son coeur le plus intime. La vie d’amour manifestée dans la manière de vivre est le SIGNE certain que l’Amour est au milieu, comme la Source au milieu du ruisseau qui se reçoit d’elle et qui la donne en se donnant. La compagnie naît d’un appel à vivre d’amour et à créer un milieu d’amour « signe de ce qu’est le mystère de l’Église Épouse » [27].

9. Quand Dieu appelle à être-plusieurs (un peuple, une communauté), il fait corps avec une personne qu’il féconde de son appel nouveau et unique. Cette personne devient ainsi l’instrument unique de Dieu, sa matrice pourrait-on dire, la noce première entre la Parole de vérité et la Terre. C’est ainsi qu’Angèle se saisit elle-même dans le lien hiérarchique qui existe entre Dieu et la Compagnie.

9.1 Angèle Merici est sûre, d’une assurance charismatique, de la place unique, définitive, qu’elle tient, et continuera de tenir, dans l’oeuvre voulue par Dieu. Elle est sûre de sa maternité pour toutes les générations de filles qui naîtront du même appel de Dieu et qu’elle continue de porter en elle pour un engendrement sans cesse à venir. Elle se dit instrument de Dieu [28], et servante [29], mais avec cette certitude de l’être à un titre privilégié de mère, « vivante et morte » [30]. Dans le lien hiérarchique de la Compagnie avec Dieu, Angèle tient une place irremplaçable. La fécondité de l’entreprise est une naissance à continuer entre elle et Dieu, car l’oeuvre est grande et d’un genre nouveau. Etre épouse pour Angèle, c’est être mère ; et, quand on est mère, on n’a jamais fini de mettre au monde l’enfant qu’on a porté.

9.2 La place unique d’Angèle Merici dans le jeu créateur de l’amour divin lui donne en même temps une grâce unique et un don unique pour gouverner la Compagnie qui naît de Dieu par elle. Elle a grâce et don pour toujours [31] de « pouvoir la gouverner selon la volonté de Dieu ». Non seulement elle continue son rôle unique d’engendrer avec Dieu, mais elle participe aussi à l’aide et au pourvoir qui sont pourtant assurés par Dieu tout au long de la route. Car, si Dieu appelle, c’est lui, le premier, qui aide [32] et qui pourvoit [33] aux besoins des personnes qu’Il appelle. Dans ce contexte, la grâce de gouverner que se reconnaît Angèle, c’est celle de coopérer avec Dieu afin d’aider les filles à demeurer dans l’appel reçu [34], mais aussi de pourvoir [35] à leurs besoins et à leurs nécessités tout au long de leur vie et de la vie de la Compagnie.

9.3 La grâce de gouverner, c’est-à-dire d’être, avec Dieu, aide et pourvoir pour chacune et pour toutes les générations, Sainte Angèle Merici la vit comme une présence d’amour à ses filles, comme un pastorat unique. C’est elle qui, dans la durée des générations, a la grâce de vouloir aider et faire du bien [36], de voir, de connaître, d’apprécier, d’aimer, de discerner. Elle s’assure d’exercer son don concrètement en continuant de saluer ses filles, de leur serrer la main [37], de les serrer sur son coeur [38], de leur donner le baiser de paix. Ainsi enveloppe-t-elle ses filles, les personnes qui en ont soin, d’une bénédiction aussi large que ses promesses [39].

9.4 La Compagnie est une oeuvre théologale, car sans cesse naissante d’un appel singulier de Dieu ; mais elle est aussi naissante d’Angèle. À ce titre, la Compagnie demeure profondément "angélienne", si je puis inventer ce mot. Peut-être mieux le mot "méricienne"... De toute façon, c’est pour dire qu’Angèle demeure, pour la Compagnie, d’abord la mère ; mais aussi, dans ce rôle de mère, pasteur sur la route de la croissance. Comme Dieu, avec qui elle partage aide et pourvoir, Angèle n’est pas au-dessus de sa Compagnie, mais au milieu de toutes avec « Celui qui nous aime » [40]. Le climat spirituel d’amour est, là encore, le SIGNE manifeste de sa présence au milieu, au coeur même de la Compagnie. La grâce d’origine est ainsi à l’oeuvre et l’on peut voir les merveilles promises [41].

10. Si Angèle Merici demeure, d’une façon privilégiée, mère de la Compagnie que Dieu a plantée en elle et par elle, elle s’assure que l’on saisit bien qu’elle entend le demeurer sans partager cette grâce unique de fondation. Mais il n’en est pas ainsi de la grâce de gouverner la Compagnie dans le temps que dure l’histoire. Cette grâce est partagée. Et Angèle invente comme une façon originale de continuer de vivre cette grâce tout en la partageant. Elle la partage non avec une seule personne, mais avec un groupe de personnes [42], une cellule communautaire à l’intérieur de laquelle se crée un nouvel ordre, ou hiérarchie, fondé sur la multiple richesse du coeur et dont les fonctions sont dictées par les besoins spirituels et corporels des personnes. D’où, pour la Compagnie, une nouvelle forme de gouvernement qui partage pastoralement l’aide et le pourvoir de Dieu et d’Angèle entre des personnes groupées ensemble pour mieux servir. Cette tâche est cependant assumée en tenant compte qu’Angèle demeure mère de la Compagnie ; c’est donc une tâche à assumer "en attendant" [43].

II - Un gouvernement pastoral nouveau

11. Née de Dieu et d’Angèle Merici, la Compagnie vit de ce lien toujours neuf. La hiérarchie entre Dieu, Angèle et la Compagnie est établie par une présence vivante. Dieu et Angèle sont au milieu comme coeur vital pour tout le corps. On dirait qu’Angèle veut s’assurer de la qualité de ce lien pour toute la durée de la Compagnie comme dans la vie de chaque fille. Cela étant bien assuré, elle partage sa tâche de gouverner selon un nouvel ordre, lui aussi en spirale, afin de continuer la présence vivante. Angèle partage avec Dieu le don d’aider les filles et pourvoir à leurs besoins et nécessités ; c’est à cette grâce d’aider et de pourvoir qu’elle associe le gouvernement dont elle parle. Par lui, elle veut garantir, pour un meilleur climat d’amour, la primauté du lien entre Dieu, elle et la Compagnie. C’est Dieu, en effet, qui dira toujours ce qu’on a à faire pour son amour [44].

12. La grandeur de la tâche confiée par Sainte Angèle Merici au groupe chargé de gouverner à sa place découle de la grandeur de la vocation même des filles qui sont « appelées à être épouses du Fils de Dieu ». Tâche vraiment nouvelle, glorieuse et grande comme est nouveau, glorieux et grand le genre de vie commencé par ses filles [45]. Heureux qui s’en occupera vraiment [46] !

13. Le gouvernement laissé par Angèle Merici est un gouvernement que l’on pourrait qualifier, tout comme le genre de vie, de "méricien". Car Angèle semble vouloir, par-dessus tout, continuer d’être elle-même le coeur qui bat au milieu de la Compagnie pour chacune des filles. Pour être ce coeur maternel et pastoral dans toute sa richesse, il faut plusieurs personnes qui aideront et pourvoiront aux besoins de chacune, mais aussi de toutes "groupées ensemble" et, cela, jusqu’à la fin.

13.1 Angèle va donc pouvoir continuer sa tâche et son don de coopérer à l’aide de Dieu pour « diriger et maintenir dans le genre de vie nouveau » [47] par la présence des colonelles qui sont membres de la Compagnie et qui sont principalement chargées de « soutenir et de poursuivre l’entreprise [48] en prenant soin de l’appel de chacune des filles, comme des bergères, des maîtresses et des guides [49] sur le chemin de la vie spirituelle.

13.2 Angèle va continuer à opérer avec toute la sollicitude du Coeur de Dieu à pourvoir aux besoins [50] de la Compagnie par la présence de gouvernantes ou matrones, appelées aussi mères principales ou héritières. Sans être membres de la Compagnie, elles sont chargées de l’unité du gouvernement et des besoins de la Compagnie comme de ceux de chacune des filles tout au long de sa vie.

13.3 Le coeur d’Angèle Merici connaît aussi cette prudence clairvoyante de l’amour maternel qui intuitionne toutes les nécessités qui pourront subvenir pour ces filles appelées, parfois très jeunes, à un genre de vie si nouveau dans le monde. Ces nécessités dépassent les besoins ordinaires de la vie. Angèle continue donc de pourvoir aux nécessités éventuelles des filles comme de la Compagnie par la présence de quatre hommes [51] qui sont comme des agents et des pères pour la Compagnie. Ils font partie de la concertation et du discernement dans les situations spéciales : orphelinat, salaires, héritages, procès. Ils sont dans le monde où les filles sont dispersées.

13.4 C’est donc à une cellule communautaire, à un réseau de relations inter-personnelles, à un groupe de discernement spirituel qu’Angèle, instrument de Dieu, confie la nouvelle Compagnie. Entre les membres de cette cellule s’établit comme une hiérarchie de manifestations d’amour dans les différents services à assumer pour répondre aux besoins personnels des filles, mais aussi pour répondre à ceux de la Compagnie qu’elles sont appelées à former "groupées ensemble".

14. Le gouvernement nouveau prévu par Angèle Merici comme cellule de communion continue d’être, au milieu de la Compagnie, comme le propre coeur d’Angèle. En ce sens, le gouvernement qui le prolonge est essentiellement cordial.

14.1 Les dimensions de l’amour sont magnifiquement manifestées par Angèle. Elle veut simplement continuer de les rendre manifestes. C’est l’amour de charité qui, seul, meut à agir [52] ; c’est lui qui enseigne quoi faire [53], qui dicte la "note juste" dans les relations, car seul l’amour peut graver dans le coeur, l’intelligence et la mémoire [54], les personnes dont on a la garde et le soin. L’amour donne de connaître avec justesse, d’aider avec discernement [55] et prudence, de juger des situations sans jamais s’y enfermer [56]. Cet amour est chaleureux, passionné et humain comme celui d’une mère [57].

14.2 Angèle Merici nous garantit donc, par les colonelles, d’un coeur qui va proche, qui a des pieds [58] et des oreilles. Un coeur qui peut aller sur place et écouter suffisamment pour comprendre ce que chacune vit et dans quelle situation elle se trouve vraiment [59]. Les colonelles sont ainsi le coeur d’Angèle qui continue de battre pour chacune personnellement. Elles sont bergères, guides spirituels, et comme telles, elles sont chargées de veiller et de prendre soin [60] de l’appel de Dieu dans chacune. Elles se mettent elles-mêmes sur la route pour VISITER les filles dispersées dans le monde. Elles leur rappellent concrètement, par un salut, la présence d’Angèle de même que l’essentiel de leur vocation, les invitant instamment à décider d’être unies [61]. Pour les aimer toutes également, elles nourrissent cette conviction que chacune est une enfant de Dieu [62] et que Dieu seul sait ce qu’il veut faire de chacune. Elles veillent, avec un coeur humble et affable, à garder vivante la grâce du commencement en éveillant le désir [63], par des avis et des conseils [64], exhortant au bien et en détournant du mal. Elles prennent le temps de s’approcher de chacune, dans la visite régulière, pour bien la connaître et voir à ses besoins spirituels et corporels, en rectifiant au besoin [65]. Elles invitent à développer la liberté [66] et le sens de la fête [67]. Quand le besoin d’une soeur dépasse leurs possibilités d’aider, les colonelles en réfèrent aux matrones [68]. Mais elles veillent avec insistance, et même d’une manière importune et fastidieuse à ce que l’aide arrive à chacune. Elles veillent aussi au progrès spirituel des filles et voient à ce que personne ne les détourne [69] du chemin où elles sont engagées. Pour dilater l’espace du coeur de chacune [70], elles ont à élargir la mesure des promesses de leur Mère [71].

14.3 Pour continuer à être un coeur qui a des mains [72] et des yeux, Angèle confie sa Compagnie aussi à des veuves qui seront, à sa place, des gouvernantes [73] à la manière de mères aimantes et vraies [74], comme ses héritières. Par elles, c’est Dieu qui fait confiance jusqu’à confier ses épouses entre leurs mains pour gouverner d’une main suave et douce [75]. Placées à la tête pour présider, elles développent la prudence et ouvrent l’oeil de l’intelligence afin de voir plus haut et plus loin que l’immédiat et le plus proche. Elles aiment comme des mères et n’ont pas à craindre de faire appel à leur expérience de maternité humaine [76]. Leur amour vif et passionné, garde les filles gravées une à une dans leur coeur, leur esprit et leur mémoire. Elles les entourent et les embrassent pour les conduire, dans un profond respect de leur liberté, à la manière de Dieu [77]. Elles mettent leur intelligence, avec un vif et ardent désir, à ce que les filles vivent en épouses [78], plaisant à leur Époux par une vie d’amour qui garantit au mieux leur chasteté [79]. Placées où elles sont, les matrones ont comme une vue sur toute la Compagnie. C’est à elles de voir s’il faut abandonner une soeur à elle-même [80] sans lui envoyer de visitation, mais toujours avec une extrême prudence d’amour, car on ne sait jamais ... [81] Pleines de sollicitude, elles sont bergères [82] à leur manière et voient particulièrement à la concorde et à l’unité [83] entre les bergères afin que le gouvernement ne soit pas divisé et n’aille pas à sa propre ruine. Elles rappellent l’unité comme signe qu’on est vraiment sur la bonne voie. Elles ont charge des biens dont Dieu pourvoit la Compagnie [84] et ont à les gérer selon toute la discrétion de l’amour maternel, pour le bien actuel mais aussi pour le bien futur de la Compagnie. Elles ont surtout soin, par leurs mains et par leurs bras, de réunir [85] d’abord les colonelles et aussi, dans les nécessités, les hommes du gouvernement, pour échanger leurs vues, examiner le gouvernement et se concerter sur les besoins spirituels et corporels des soeurs afin d’y pourvoir selon l’Esprit Saint. C’est à elles aussi que revient de réunir toutes les filles, de les rassembler pour qu’elles se retrouvent toutes ensemble [86], vivent un partage spirituel, se réjouissent et se réconfortent mutuellement. Chargées de voir loin, de penser l’avenir de la Compagnie, elles rassemblent toutes les filles avec elles, aux pieds de Jésus-Christ [87], quand il s’agit de prendre de nouvelles dispositions. Et toujours, elles s’efforcent de vivre en union de coeur et de volonté avec toutes les filles [88].

14.4 Angèle a un coeur qui prend comme des assurances au cas où ses filles se retrouveraient dans des situations de nécessité [89]. Le coeur d’Angèle Mérici passe alors par celui deshommes mûrs, comme pèreset agents, capables d’agir en faveur des filles dans le monde. Il n’y a malheureusement que très peu de textes pourpréciser davantage cette intuition d’Angèle.

15.Angèle Merici se plaît à répéter que gouverner à sa place est une véritable grâce [90], un grand honneur, une très noble tâche. C’est le service de Dieu par le service des épouses du Très-Haut qui sont trésor de Dieu. Dieu lui-même fait confiance en demandant d’être les aides et les servantes de ses filles, ses instruments de choix, instruments d’Angèle. Elles sont comme une procuration pour Dieu, Jésus-Christ et Angèle dans une réaliste lignée d’obéissance [91]. Il est même demandé de remercier Dieu pour cette charge qui ne doit jamais être un poids, car, en fait, c’est Angèle qui continue de gouverner.

15.1 Dans cet esprit d’un gouvernement de service, assumé par un groupe formé de personnes membres de la Compagnie et de personnes non membres, Angèle s’assure, d’une certaine manière, que l’œuvre commencée sera toujours plus grande que le gouvernement que la sert dans une période donnée. L’oeuvre conserve toujours son lien hiérarchique premier avec Dieu et Angèle.

15.2 On peut aussi comprendre que l’oeuvre commencée par Angèle Merici sera toujours plus grande qu’elle-même, qu’elle ne s’appartient pas à elle-même. Elle appartient à Dieu, c’est clair, mais aussi à l’Église et, d’une certaine manière, au monde où elle est plantée. La présence des matrones qui ne sont pas membres de la Compagnie, comme celle des hommes, peut laisser percer cette intuition que la Compagnie n’est pas repliée sur elle-même. Elle a à coeur de faire ses discernements avec des personnes autres que ses propres membres, et cela d’une façon systématique. Les personnes non membres peuvent voir plus loin et plus grand et ainsi, mieux répondre aux besoins et nécessités des membres comme à ceux de la Compagnie prise dans son ensemble.

15.3 En plus d’avoir des connivences avec des personnes "du monde", la Compagnie est toute entière responsable quand il s’agit de modifications à faire ou de nouvelles dispositions à prendre [92] pour l’avenir. Toutes rassemblées aux pieds de Jésus-Christ, comme principal recours, sans aucun doute Jésus-Christ sera au milieu d’elles pour les éclairer et les instruire de ce qu’elles auront à faire.

16. On peut également affirmer que le gouvernement voulu par Angèle Merici exerce un rôle de miroir [93] pour la Compagnie. Ce que les colonelles veulent que les filles fassent, qu’elles le fassent d’abord elles-mêmes dans leur vie et dans leur conduite. Alors les filles pourront se mirer en elles. L’exemple des colonelles est une invitation et un encouragement à vivre vertueusement. Aussi doivent-elles, avec les filles, pratiquer les vertus et fréquenter les sacrements. Pour inviter les filles à être unies et à vivre ensemble dans la concorde [94], les colonelles ont à vivre elles-mêmes dans la bonne entente et la concorde. Elles ont à désirer, rechercher, embrasser et retenir de toutes leurs forces cette union et cette concorde. De même les matrones se voient invitées à vivre unies avec toutes les filles [95].

III - Pour une spiritualité du pastorat

17. Ce qu’Angèle Merici nous livre de son intuition d’un gouvernement pour la Compagnie qu’elle fonde, nous apparaît comme un véritable pastorat vécu en partenariat. Aussi pouvons-nous tenter de dégager quelques traits d’une spiritualité pastorale très riche et encore pleine de nouveauté pour aujourd’hui.

18. Les Écrits de Sainte Angèle Merici, mise à part la Règle, sont un beau petit traité de l’autorité spirituelle des pasteurs. Le terme autorité est pris ici dans son sens fort, à partir de l’étymologie : augere, auctor, faire croître, augmenter.

18.1 Il revient, en premier lieu, aux personnes en autorité de veiller sur, de prendre soin de l’appel que Dieu fait à chaque personne comme à la Communauté toute entière. Seul un coeur qui aime peut prendre soin des personnes avec la qualité qu’Angèle Merici exige. Aussi la motivation profonde et unique qui anime un gouvernement spirituel doit-elle venir de l’amour de Dieu et des personnes [96]. On n’a qu’à relire ce qui a été écrit d’un gouvernement cordial pour revoir les attitudes attendues des personnes chargées d’aider à demeurer dans la grâce de l’appel reçu. Ce sont des attitudes qui sont comme de multiples traits de l’amour.

18.2 Prendre soin, c’est accompagner sur la route, pas à pas, en aidant à progresser et à persévérer ; ce qui implique la délicate tâche de la correction fraternelle [97] comme celle de la prévention de toute zizanie ou hérésie qui pourrait détourner du chemin [98] ou entraver la marche. Mais cela implique surtout une grande aptitude à connaître, à comprendre, à encourager, à discerner. On dirait que le mot confirmer est celui qui convient le mieux pour ce gouvernement spirituel qui veut aider à demeurer dans l’appel en assurant la croissance jusqu’à la fin. Car même après la mort, on accompagne une soeur sur son dernier bout de chemin [99].

18.3 Le gouvernement spirituel est celui qui personnalise ses services. Il est soucieux des personnes, une à une [100], dans tout ce qui les différencie. Ce souci est la meilleure garantie de la qualité de communion et d’union entre toutes. Le maximum de personnalisation conduit au maximum de communion. D’ailleurs c’est bien ainsi qu’agit l’amour maternel. Dans cette perspective d’une grande union et concorde entre toutes, la visite à chacune, là où elle vit, semble le moyen privilégié par sainte Angèle Merici.

18.4 L’esprit du gouvernement spirituel est un esprit de service gratuit. C’est comme s’il n’y avait aucune place pour le pouvoir dans ce que propose Angèle à sa Compagnie. Au contraire, c’est un gouvernement qui, pour demeurer au service des personnes, d’abord et avant tout, accepte la mutualité du regard critique entre les personnes chargées de différents aspects du service [101]. Ainsi, par exemple, entre les colonelles et les gouvernantes.

19. Le pastorat proposé par Angèle dans l’entreprise nouvelle qui vient de naître se vit dans et par une cellule communautaire. Il se présente comme un réseau de personnes dont les charges, variées et complémentaires, manifestent au mieux les différents aspects de l’amour en répondant à des besoins différents.

19.1 Ce petit groupe communautaire, formé de douze personnes au temps d’Angèle, est une communauté de discernement spirituel [102]. Ensemble, on fait un bon examen périodique du gouvernement, mais surtout on discerne ce que l’Esprit veut de meilleur pour les filles, se gardant d’oublier qu’Angèle est toujours vivante et continue maintenant de discerner à son mieux [103].

19.2 Quand on veut créer une compagnie dont les membres sont unis dans la concorde et l’amour mutuel [104], il est de première importance que le groupe chargé de veiller sur cette union soit lui-même une cellule d’unité. Le gouvernement est appelé à être une cellule vivante de ce qu’il veut promouvoir. Dans ce sens, le gouvernement spirituel voulu par Angèle Merici est lui-même signe ou miroir pour la Compagnie. Il est un groupe uni qui vit dans la concorde et l’amour, sans quoi il court à sa ruine.

19.3 Le gouvernement spirituel laissé par Angèle est profondément méricien, dans le sens qu’il fait corps avec Angèle et avec Jésus-Christ pour être au milieu par la présence de personnes vraiment vivantes. Et seul, l’amour visiblement signifié parmi les membres, peut garantir la présence d’Angèle et de Jésus-Christ.

19.4 Le gouvernement spirituel est aussi un gouvernement ouvert, dans le sens qu’il permet, par la présence de non membres, de cueillir toutes les données qu’il faut pour opérer un véritable discernement, celles qui viennent du dedans comme celles qui viennent du dehors, Église ou monde.

19.5 On devine aisément, à relire sainte Angèle Merici, combien les personnes laissées à sa place pour gouverner selon le coeur doivent développer ensemble les qualités de coeur du bon berger qui veut rassembler dans l’unité, veiller à la bonne marche et éloigner tout ce qui risque de détourner du bon chemin. En ce sens, le groupe qui exerce l’autorité spirituelle est non seulement au coeur de la Compagnie, il est le coeur de la Compagnie, en communion intime avec Angèle.

20. Vu par un autre biais, on peut affirmer que le gouvernement voulu par Angèle doit veiller principalement à la qualité de l’environnement spirituel de la Compagnie. Et celle-ci joue alors son rôle d’être, au coeur du monde, signe de santé spirituelle.
Le monde en a tant besoin.

20.1 Créer un milieu spirituel, partant humain, c’est créer un réseau de personnes libres, unies, en recherche constante de plus grande communion. C’est un milieu d’où la peur est peu à peu bannie, où la miséricorde est un nom concret de l’amour. C’est un milieu où les membres se confirment les uns les autres, s’encouragent mutuellement à persévérer. Il fait bon vivre dans un tel milieu car on partage cette sécurité qu’on ne désespère pas de personne.

20.2 Créer un milieu spirituel, c’est aussi créer un milieu affectif où l’amour circule en tous sens et se manifeste, car il a des yeux, des oreilles, des pieds et des mains. Un amour qui peut être d’autant plus proche qu’il peut voir très loin. Amour exigeant car il ne veut rien moins que ce que Dieu veut pour chacun de ses enfants.

20.3 C’est pourquoi un milieu spirituel est l’environnement nécessaire à la croissance spirituelle des membres. Dans ce milieu, on vit l’édification mutuelle grâce au réconfort qu’on s’apporte et au partage de choses spirituelles. C’est donc ce milieu de croissance qu’un gouvernement spirituel cherche à favoriser par tous les moyens, dont celui du partage des tâches et du discernement régulier. Dans l’esprit de sainte Angèle Merici, même les biens dont Dieu pourvoit la Compagnie sont à gérer en vue de ce bien-être et de cette croissance.

20.4 Un milieu spirituel de croissance est conditionné par la simplicité des relations humaines, certes, mais aussi par la vérité des relations entre les membres dans la marche commune. La recherche de qualité pour un tel milieu suppose la correction fraternelle et même, parfois, l’abandon à lui-même d’un membre plusieurs fois conseillé et averti charitablement. Ce processus de vérité et de justice par rapport à l’appel reçu d’être épouses et groupées ensemble, ce processus vise avant tout de faire grandir, si possible, le désir de demeurer et de persévérer. La collaboration prudente et avisée des différents membres du gouvernement spirituel s’avère indispensable.

20.5 La qualité de la joie et de la fête est aussi le signe d’un milieu spirituel en forme. On peut déjà y jubiler et y faire la fête [105] car, en demeurant ferme et stable dans la grâce de son appel, on peut anticiper ici-bas la fête préparée dans le ciel. Aussi, les rassemblements dans les lieux qui semblent les meilleurs [106], sont-ils pour toutes l’occasion de se réjouir ensemble.

21. Enfin, un gouvernement spirituel en est un qui demeure profondément les yeux fixés sur Jésus-Christ et sur Angèle [107], la mère vivante. Ce gouvernement est comme un cercle vivant dont le milieu est animé par "Celui qui nous aime toutes" et par Angèle. Ce gouvernement est chargé de rappeler sans cesse cette présence et de rassembler en elle. Car Jésus-Christ est l’unique trésor. C’est toujours de Lui qu’on reçoit l’amour de charité qui enseigne le discernement et meut le coeur à s’adapter aux besoins de chacune dans tout ce qu’elle est et vit.

Conclusion

22. L’intuition d’Angèle Merici, pour le gouvernement qu’elle laisse comme pastorat, présente une nouveauté qui n’a certes pas encore donné à l’Église et au monde toute sa richesse. C’était peut-être trop neuf pour être compris dans toute sa différence.

23. Aujourd’hui, dans l’élan de Vatican II, on parle de Peuple de Dieu et on tente d’ajuster le gouvernement de l’Église à cette nouvelle vision qu’on en présente. Et ce n’est pas facile. Et pourtant, comme dans l’intuition d’Angèle, il serait bon d’y repenser toute hiérarchie par rapport à l’origine de l’Église qui est Jésus-Christ vivant aujourd’hui.

24. De plus, dans les communautés chrétiennes où l’on expérimente de nouvelles formes de responsabilités partagées, on parle de partenariat. Les femmes engagées en Église saisissent, avec une acuité sans pareille, le sens de la communauté et de la vie en communauté.

25. La symbolique de base et de sommet ne correspond pas tellement aux sensibilités éveillées par Vatican II et sa foulée spirituelle. On recherche une nouvelle symbolique pour traduire l’expérience de l’Église. Et cela paraît encore davantage dans les communautés religieuses, puisqu’elles veulent être signe de ce que l’Église est appelée à devenir.

26. De plus en plus, on cherche de vrais pasteurs, des maîtres spirituels sûrs, qui sont non au-dessus mais au milieu des communautés, marchant avec elles comme des accompagnateurs. On recherche des guides pleins de sollicitude et de tendresse, capables même de donner leur vie pour nous aider à discerner et à vivre l’appel reçu.

27. Des voies nouvelles sont à explorer dans le sens de l’autorité spirituelle et du gouvernement communautaire. Dans cette recherche aussi, les femmes ont à apporter des intuitions neuves et fécondes pour l’avenir.

28. En approfondissant sainte Angèle Merici, c’est à toute cette vie de l’Église et de ses Institutions que je pense. Il m’apparaît de plus en plus clairement que le Testament de sainte Angèle nous apporte une conception neuve et même actuelle d’un type de gouvernement spirituel, vécu en partenariat et profondément théologal.

29. De plus, le pastorat dont parle sainte Angèle Merici est essentiellement évangélique. Il serait même intéressant de mettre en parallèle les textes de sainte Angèle, non seulement avec ceux de la Bible sur le pasteur, mais plus précisément avec ceux de l’Évangile de Matthieu sur les Béatitudes et sur la communauté (ch. 18). De même, pour décrire le milieu d’amour souhaité par Angèle et les attitudes à développer pour manifester l’amour, il serait bon de comparer le texte d’Angèle avec le Discours de Jésus après la Cène.

30. La proposition d’Angèle Merici, peu comprise après sa mort et c’était inévitable, cache sûrement des trésors de nouveauté pour aujourd’hui. Comment les ouvrir ensemble pour y découvrir cette sève encore neuve ? Comme retrouvons-nous, par exemple, la nouvelle symbolique du "milieu" au lieu de celle du "sommet" ? Comment sont partagées les richesses du cœur entre les différents services (pieds pour visiter, mains pour rassembler) ? Comment des personnes extérieures sont-elles associées au discernement sur la mission dans le monde et sur l’avenir ? Quel soin mettons-nous, comme pasteurs, à veiller sur l’appel reçu et à créer des milieux spirituels ? Voilà autant de questions qui s’imposent à moi après la recherche qu’il m’a été donné de faire. Et d’autres questions encore...surtout à partir de la deuxième partie du texte.

31. Il m’a vraiment plu de consacrer en peu de temps à relire les textes de sainte Angèle Merici, à les comparer, à faire des liens entre eux. Ils m’ont fait communier à la "mère" comme à une "vivante". Mais je sais bien que ce travail n’est qu’une amorce ; plus j’avance dans la recherche, plus j’en prends conscience et plus je découvre la limite de ce texte. Heureusement, il est prévu comme amorce à une recherche communautaire. Peut être que, rassemblées aux pieds de Jésus-Christ, nous pourrons continuer ensemble.

Sœur Rita Gagné
Ursuline de l’Union Canadienne


[1Règle, chapitre 2, p.15

[2Legs 4, p.95

[3Angèle Merici, contribution pour une biographie, Ancora, Milan, Mediaspaul, 1987, p.251

[4Angèle Merici p.251

[5Règle I, 7

[6Legs Prologue, p.87

[7Règle I, 7

[8Règle I, 9

[9Ibid.

[10Règle I, 11

[11Règle I, 13

[12Règle I, 7

[135è Avis, 71

[149è Avis, 83

[1510è Legs, 105

[16Dernier Avis, 81 et Dixième Legs, 103

[17Règle I, 7

[18Prologue des Avis, 57 et Prologue du Testament, 87

[194è Legs, 95

[20Angèle Merici, op.c. p.254

[214è Avis, 67

[22Dernier Legs, 107

[23Ibid.

[24Prologue des Avis, 57 ; Dernier Legs, 107 ; Dernier Avis, 83

[255è Avis, 73

[26Prologue des Avis, 57 ; 5è Avis, 71 ; Dernier Avis, 83

[27Angèle Merici, op.c., p.254

[28Prologue du Testament, 85

[29Ibid.,87

[303è Avis, 65

[313è Avis 65 ; Prologue du Testament, 87

[32Prologue des Avis, 57

[335è Avis, 73 ; 9è Legs, 101

[34Prologue du Testament, 87 ; Prologue des Avis, 59

[35Prologue du Testament, 87

[36Prologue des Avis, 59 ; 5è Avis, 73

[375è Avis, 71

[38Dernier Legs, 109

[395è Avis, 73

[40Dernier Avis, 83

[41Prologue des Avis, 57

[42Règle XII, 45

[43Dernier Legs, 109

[44Prologue des Avis, 55 : Prologue du Testament, 87 ; 11è Legs, 107

[454è Legs, 95

[4611è Legs, 107

[47Prologue du Testament, 87

[48Prologue des Avis, 55

[49Règle, XII, 45

[50Prologue du Testament, 87 ; Règle XII, 45

[51Ibid.

[521er Legs, 89

[532è Legs, 91

[54Prologue des Avis, 57 : 2è Legs, 91

[552è Avis, 63

[565è Legs, 97 ; 6è Legs, 99

[572è Legs, 91 ; 2è Avis, 61

[585è Avis, 69

[594è Avis, 67

[60Prologue des Avis, 55

[615è Avis, 71

[628è Avis, 79

[635è Avis, 69

[642è Avis, 61

[658è Avis, 81

[663è Legs, 93

[675è Avis, 71

[684è Avis, 67

[697è Avis, 77

[702è Avis, 63

[715è Avis, 73

[72Prologue du Testament, 87 ; 3è Legs, 91

[73Règle XII, 45

[74Prologue du Testament, 87

[753è Legs, 91

[762è Legs, 91 ; 4è Legs, 95

[773è Legs, 93

[784è Legs, 93 et 95

[79Règle X, 39-41

[805è Legs, 95

[814è Legs, 97-99

[8210è Legs, 103

[83Ibid.

[849è Legs, 101

[857è Legs, 99

[868è Legs, 99

[87Dernier Legs, 107

[8810è Legs, 103

[89Règle,XII, 45

[90Prologue des Avis, 57 ; 1er Avis, 59-60 ; Prologue du Testament, 87 ; 4ème legs, 95

[913è Avis, 63

[92Dernier Legs, 107

[936è Avis, 75

[94Dernier Avis, 81-83

[9510è Legs, 103

[962è Avis, 61 ; 1er Legs, 89

[972è Avis, 63 ; 8è Avis, 81

[9810è Legs, 103

[99Règle XII, 49

[100Prologue des Avis, 57 ; 2è Legs, 91

[1013è Avis, 65 ; 4è Avis, 67

[1027è Legs, 99 ; Règle XII, 45

[103Prologue des Avis, 59

[104Dernier Avis, 81

[1055è Avis, 71

[1068è Legs, 99

[1075è Avis, 73 ; 7è Avis, 79 ; 10è Legs, 107 ; 2è Avis, 63

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