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Angèle et la vie consacrée

Christ de Salo

Angèle n’emploie jamais le mot de consécration ou de vie consacrée dans ses Ecrits, car il n’était pas d’usage courant à son époque.

Cependant, la radicalité de la vie consacrée est partout présente chez elle, avec cette note méricienne d’amour pour le Christ, d’un amour qui vient de Lui.

Vous avez remarqué qu’Angèle ne dit jamais je l’aime, ni vous l’aimez ; elle dira plus volontiers Celui qui m’aime, Celui qui nous aime, Celui qui nous aime toutes ensemble.
Pour cet amour qui vient à notre rencontre, elle invite à l’action de grâces : Vous devez le remercier infiniment de ce qu’à vous spécialement il ait accordé un don si singulier (R Prol 5-6).
Pour Angèle, il est clair que nous appartenons au Christ, que nous sommes consacrées au Christ, parce que c’est Lui qui nous a choisies le premier pour être ses vraies et virginales épouses (R Prol 7).

L’amour du Christ va exiger de note part une réponse, celle de notre amour pour lui : Qu’elles mettent leur espérance et leur amour en Dieu seul, et non dans une personne vivante (Av 5, 22).

Pour Angèle, ce qui traditionnellement est constitutif de la vie consacrée est perçu sous l’angle de l’amour :
la chasteté, c’est être pleines de charité, et de foi et d’espérance en Dieu… avoir toute brûlante au cœur la charité (R 9 : 11, 22) ;
la pauvreté, c’est mettre tout son bien et son amour… en Dieu seul (R 10 :9, 13) ;
l’obéissance, c’est obéir à Dieu… par amour et à toute créature par amour de Dieu (R 8, 17).

La virginité

La virginité, selon Sainte Angèle, est un contrat d’Alliance entre Dieu et celles qu’Il a choisies, Alliance prévue de toute éternité : Dieu a voulu dans son Conseil éternel élire en dehors de la vanité du monde beaucoup de femmes, spécialement des vierges c’est-à-dire notre Compagnie (Test Prol 5). Appartenir à cette si noble famille (Test Prol 11) est une dignité nouvelle et étonnante (R Prol 8), dont nous avons continuellement à rendre grâce, car vous avez été choisies pour être les vraies et virginales épouses du Fils de Dieu (R Prol 7).

Puisqu’il s’agit d’une Alliance, Angèle évoque les engagements de l’Epoux à l’égard de celles qu’il a choisies et qu’il aime. Il ne veut que notre bien et notre seule joie (R 10, 8). Il est continuellement présent auprès de nous (Dern Legs 3, 5). Il nous enseigne et nous donne sa lumière (Dern Legs 5). Il ne nous abandonnera jamais dans nos nécessités : Dieu y pourvoira admirablement (Av 5, 31). Notre part de l’Alliance et d’aimer en retour, en faisant volontairement à Dieu le sacrifice de son propre cœur (R 9, 2), en ayant toujours brûlante au cœur la charité (R 9, 22), en mettant notre espérance et notre amour en Dieu seul (Av 5, 22). L’aimant ainsi, nous chercherons à lui faire honneur et à Lui plaire, même à Lui plaire le plus possible (4e Legs, 3).

L’amour de l’Epouse va englober tous ceux que le Christ met sur son chemin, tous ceux à qui elle est envoyée : Que toutes nos paroles, nos actions et nos comportements soient toujours un enseignement et un motif d’édification pour qui aura à faire avec nous (R 9, 21). Le témoignage de la joie (v. 11), de la vérité (v. 14), de la charité, de la foi et de l’espérance (v. 11) découle d’un cœur qui ne cherche qu’à aimer. Avec réalisme, Angèle ne craint pas de préciser même les attitudes contraires à l’amour : pensées méchantes, envie, malveillance, discorde et mauvais soupçons (R 9 : 7-10).

Notre amour d’Epouse est un trésor, un joyau sacré à conserver à tout prix, mais qui demande à être brûlé dans la fournaise ardente de son divin amour. Angèle nous invite à Lui offrir notre liberté, nos pensées, nos paroles et nos actions, tout ce qui est en moi et hors de moi. Il s’agit de l’acte suprême de l’Alliance : après avoir tout reçu du Christ-Epoux, Lui remettre avec amour tout ce que nous faisons, tout ce que nous avons, tout ce que nous sommes afin de lui plaire le plus possible en persévérant fidèlement et avec allégresse dans l’œuvre commencée (Dern Legs 22).

La pauvreté

Toute la vie d’Angèle, tout son enseignement pourraient aisément se résumer dans la béatitude de la pauvreté, embrassée par amour et vécue dans un abandon confiant entre les mains de Celui qui ne veut que notre bonheur et notre joie. Du renoncement aux biens temporels, elle passe au dépouillement par rapport aux personnes, puis au renoncement à soi, à ses propres dons et capacités, à sa réputation, à son propre jugement. Cette pauvreté se vit dans un climat d’amour qui veut tout abandonner à Celui qu’on aime, car il est lui, l’unique trésor.

Angèle propose d’embrasser la pauvreté (R 10, 1). On n’embrasse vraiment que ce que l’on aime. Il s’agit d’aimer la pauvreté effective des choses temporelles, mais surtout la vraie pauvreté d’esprit (R 10, 2-3). La pauvreté effective, Angèle en trace plusieurs pistes : d’abord se dépouiller de ce qu’on possède (R 10, 9). Elle propose, en plus de jeûnes nombreux, la modération dans les repas, les vêtements simples et le partage des biens, car les biens de la Compagnie sont à utiliser en vue d’un plus grand amour. Angèle rappelle à ses filles que Dieu Lui-même lui en a donné l’occasion et la possibilité : Il m’a aussi, dans sa bonté habituelle, donné et accordé une telle grâce… que j’aie pu… pourvoir à leurs nécessités et à leurs besoins (T Prol 8-9). Elle demande aux Supérieures de continuer à agir dans ce sens. Les besoins auxquels elle fait allusion sont précisés : non seulement aider les sœurs dans leurs besoins matériels, mais aussi promouvoir leur bien et profit spirituel, les inviter à un plus grand amour (9e Legs ; 8,9,13). Angèle suggère également le partage personnel : malgré la situation modeste de la plupart de ses filles, elle les invite, sous forme de legs, à laisser à la Compagnie quelque petite chose, en signe d’amour et de charité (R 11, 31).

Au plan de la pauvreté en esprit, Angèle propose de ne pas s’attacher, ni aux personnes, ni aux choses, de ne pas compter sur elles, mais de mettre tout son bien, et son amour, et son plaisir, non dans ce qu’on a, ni dans les nourritures et les satisfactions de la table, ni dans ses parents et amis, ni en elle-même et en ses propres ressources et en son savoir, mais en Dieu seul (R 10, 9-13). Remarquons le tout. Angèle ne dédaigne pas l’amitié, l’amour de la famille, les capacités personnelles. La nuance est dans le tout. Les créatures sont limitées. Dieu seul a droit au tout. Le dépouillement de soi nous fait prendre conscience que nos dons, nos qualités, notre savoir sont des dons de Dieu, accordés pour mieux le servir. Nous avons tout reçu de Lui, et sans Lui, nous sommes effectivement tout à fait pauvres (R 10, 6). Tout ce que nous sommes, notre vie, notre caractère, note capacité de réfléchir, d’inventer, tout cela est un don gratuit de son Amour. Plus on est pauvre, plus grandit la joie, car les dépouillements successifs de l’Epouse la conduisent à un amour de plus en plus ardent pour Celui qui est sa seule richesse, son unique trésor.

Le dépouillement intérieur, tel qu’Angèle le propose, n’est pas stérile ni centré sur soi. Il va conduire ses filles à des attitudes concrètes : disponibilité et service, attention aux plus pauvres. Le service de l’autre, à l’exemple du Christ venu non comme celui qui est servi, mais comme celui qui sert (Av 1, 7), devient une exigence de l’amour, car nous devons être convaincues que nous avons plus besoin de servir que d’autres n’ont besoin d’être servies par nous (cf. Av 1, 3). Ce service prend la forme concrète d’attention à différentes formes de pauvreté. Il s’agit d’aider celles qui sont atteintes par la maladie, la vieillesse ; il s’agit d’assurer un toit et une vie digne à chacune (R 11, 25-26). Angèle n’est pas indifférente aux exigences sociales de son époque. Elle souhaite que ses filles soient honnêtement rétribuées (R 11, 15-19), et qu’elles puissent travailler dans des conditions favorables (R 11, 28).

Surtout, Angèle invite à répondre aux besoins spirituels. Elle-même prêchait d’exemple, car, selon Cozzano, les plus pauvres spirituellement, c’est-à-dire, les pécheurs, étaient l’objet de sa plus grande sollicitude. Parmi ses filles, Angèle se penche sur celles qu’elle voit découragées et recommande aux supérieures une attention particulièrement délicate à leur égard (Av 5, 40). Les plus faibles et hésitantes seront l’objet d’une attention patiente, dans l’espoir d’un progrès toujours possible (Av 8, 3). Consciente de nos faiblesses humaines, Angèle se montre proche de chacune dans a pauvreté spirituelle. Elle garde confiance et espérance en ce que celle-ci peut devenir, avec le temps et la grâce de Dieu, car son Amour nous invite continuellement à Lui ressembler, et c’est, en définitive, toute la raison d’être de notre consécration baptismale et, à plus forte raison, de notre consécration religieuse.

L’obéissance

Comme l’explique si bien Barsotti à propos de l’obéissance, l’Epouse va chercher dans la foi le bon vouloir de Celui quelle aime ; elle trouve tout naturel d’entrer dans ses vues, de le soutenir dans sa mission. Et cela n’est pas une charge pour elle, ni une obligation, parce qu’elle l’aime. Et parce qu’elle l’aime, elle désire le connaître de plus en plus, afin de mieux approfondir ses sentiments, ses préférences, ses goûts, ses vouloirs. Quels sont les goûts de l’Epoux ? Angèle insiste à deux reprises sur l’obéissance filiale du Fils de Dieu : Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mais celle du Père qui m’a envoyé (R 8, 3). Apprenez de notre Seigneur qui, pendant qu’il était en ce monde, y fut comme un serviteur, obéissant au Père éternel jusqu’à la mort (Av 1, 6). Voilà donc l’Epoux auquel nous sommes unies : celui qui accomplit par amour la volonté du Père, celui qui m’unit à lui par amour pour que je fasse la volonté du Père. Notre amour réciproque nous fait enter dans le mouvement merveilleux du Christ qui reçoit tout du Père (ses paroles, ses actes, ses décisions, sa mission) et qui remet tout au Père dans l’amour et la disponibilité.

L’amour de l’Epouse s’adresse aussi à tous ceux qui ont une part d’autorité en son nom ; Oui, car l’Epoux a accepté, Lui aussi, une dépendance familiale pendant 30 ans, les prescriptions de la Loi de son temps : pèlerinages à Jérusalem, impôts du temple, fêtes religieuses, amour respectueux des rouleaux de la Loi. La vie du Christ nous révèle une disponibilité à ceux qui faisaient la loi, jusqu’à changer de domicile selon les aléas des situations politiques : Nazareth, Bethléem, Egypte, Jérusalem.

C’est son exemple qui fonde notre disponibilité de cœur à l’égard de l’Eglise, de nos Supérieures, de tous ceux qui ont une part d’autorité, jusqu’aux autorités professionnelles et civiles. A la fin de son chapitre sur l’obéissance, Angèle synthétise toutes ces différentes formes de disponibilité en ajoutant, Enfin, obéir à toute créature pour l’amour de Dieu. Voilà la dimension de l’amour qui revient !

Qu’en est-il, chez Angèle, des initiatives, de la consultation, de la responsabilisation de chaque sœur ? L’exemple d’Angèle elle-même va dans ce sens. Rappelons-nous que selon Cozzano, lors de la rédaction de la Règle, Angèle commençait par consulter ses sœurs sur tel ou tel point, leur donnant l’occasion de l’expérimenter pendant un certain temps. Ensuite, elle demandait leur avis dans une réunion d’évaluation, avant d’inscrire ce point dans la Règle. Ainsi, Angèle a su voir dans la vie et l’expérience de ses sœurs un reflet de la volonté du Christ.

Lorsqu’il s’agit de l’usage des biens possédés par la Compagnie, Angèle ne va pas en décider personnellement, mais en confier la gestion aux Matrones : Sur ce point je ne veux pas que vous cherchiez des conseils au dehors ; décidez vous-mêmes, seulement entre vous, selon que la charité et l’Esprit Saint vous éclaireront et vous inspireront, (9e Legs, 5-7). Retenons les mots, selon que la charité et l’Esprit Saint vous éclaireront, car l’Esprit d’Amour est à l’origine de tous les renouvellements et de toutes les initiatives. Et Sainte Angèle nous dit, Par-dessus tout obéir aux conseils et inspirations que l’Esprit Saint nous envoie continuellement au cœur ( R 8, 14).

Sœur Marie Seynaeve

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