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Angèle et la non-violence

Sainte Angèle et la non-violence

Nous sommes habitués à la douce figure d’Angèle, à sa sérénité, à ses dons de pacificatrice.

_ Nous nous figurons peut-être que son environnement a favorisé sa piacevolezza.

Et pourtant, l’étude du contexte où elle a vécu dévoile une période de violences exceptionnelles.

_ Les scènes d’horreur dans les Balkans que les media nous rapportent aujourd’hui étaient alors monnaie courante.

_ Ce qui exceptionnel, c’est qu’Angèle ait réagi par la non-violence dans un contexte de violence.

_ Nous allons donc parcourir ensemble trois étapes :

  1. la violence du temps d’Angèle
  2. sa manière de réagir face à la violence
  3. son enseignement sur la non-violence.
Une réaction non-violente dans un contexte de violence
I. La violence du temps d’Angèle Mérici

Lorsque nous nous plaisons à évoquer la douceur du Lac de Garde, la vie laborieuse mais heureuse de la famille Merici dans la petite bourgade agricole et commerçante de Desenzano, nous risquons d’oublier les violences particulièrement virulentes aux 15e et 16 siècles : les guerres, la méconnaissance des droits humains, la situation de la femme.

Les guerres d’abord, et ces guerres spécialement dévastatrices que furent ce que les historiens français ont appelé les « Guerres d’Italie ». La ferme des Grezze à Desenzano se trouvait tout près de la route qui reliait Brescia à Venise, route empruntée par les forces armées de toute allégeance. Les armées se nourrissaient aux dépens de la population : récoltes et bétail étaient simplement confisqués au profit de l’armée, et le malheureux paysan n’avait personne pour le défendre ! Le premier juin 1509, le roi Louis X passait par Desenzano, emmenant dans sa suite le Cardinal d’Amboise – qui, d’ailleurs, n’avait de « cardinal » que le titre – comme gouverneur des villes côtières du Lac de Garde. Pendant les trois années qui suivirent, exactions, confiscations, emprisonnements, tortures et exécutions furent le lot de ceux qui réclamaient justice et liberté. Quand Angèle mentionne les figures monstureuses et effrayantes qui l’assaillent pendant sa prière, (R 5, 21), y aurait-il là quelques souvenirs de cette époque douloureuse ?

Lorsqu’Angèle rentre à Brescia en 1516, la ville venait de vivre quatre années insoutenables. Depuis le « Carnaval de Larmes » de 1512 sous les armées de Gaston de Foix, la ville avait changé plusieurs fois d’envahisseurs, avec, chaque fois, les mêmes scènes de violence : meurtres, exactions, viols. En 1515, plusieurs milliers de jeunes Brescians étaient partis pour se battre à Marignan. Il n’en revinrent que 500, et quand ils se présentèrent aux portes de la ville, on n’osa pas les leur ouvrir, par crainte de représailles de la part de l’occupant.

L’arrivée d’Angèle à Brescia coïncide avec une période de haine farouche et de vengeance entre les grandes familles de Brescia, qui avaient penché soit pour les Vénitiens, soit pour les Français, soit pour les Espagnols ou les Allemands. Des mises à mort spectaculaires eurent lieu : exécution de Luigi Avogadro avec ses deux fils, de Tomaso Maggi, de Luigi et Lorenzo Porcellaga. Nous reconnaissons là les noms de famille de matrones autour d’Angèle. Les derniers envahisseurs espagnols et allemands, réclamant la paie que le trésor de la ville était incapable de leur donner, organisèrent une émeute dont les citoyens furent les premières victimes. Pour calmer la soldatesque, des impôts énormes furent décrétés, pressurant les pauvres brescians déjà affamés et ruinés. L’historien Pasero a pu écrire, « C’était l’époque où les Brescians se faisaient justice à eux-mêmes », et décrire les règlements de comptes, les assassinats en pleine rue.

Plus tard, en 1527, les armées de Charles Quint saccagent et brûlent la ville de Rome. Personne n’est épargné : les maisons sont systématiquement pillées et brûlées. Les Romains sont soumis à des violences inouïes. Même les monastères de femmes sont attaqués. On comprend aisément pourquoi l’approche des armées de Charles Quint en 1529 a semé la panique dans la vile de Brescia, causant un exode massif de tous ceux qui en avaient les moyens.

Aux violences armées s’ajoutent les violences religieuses : A partir de 1525 des émigrés germaniques, chassés de leur pays par la crise économique, s’étaient établis à Brescia comme artisans et marchands. Ils apportaient avec eux le luthéranisme et la prospérité. Des membres des grandes familles brescianes, y voyant leur intérêt, sympathisaient avec eux. Venise, par opposition à la papauté, laissait circuler librement dans les milieux cultivés une presse étrangère teintée de luthéranisme et lue secrètement à Brescia par de petits cercles d’initiés appartenant aux classes dirigeantes de la ville. Des prédicateurs, d’anciens religieux, professaient ouvertement des doctrines hostiles à la foi de l’Eglise. La nuit du 26 mars 1527, une parodie de procession parcourait la vile en chantant des litanies sacrilèges. On a soupçonné que des jeunes, appartenant aux grandes familles brescianes, y étaient impliqués, car le Conseil de la ville fit cesser l’enquête. L’année suivante, en 1528, le Conseil désigna trois citoyens chargés de rechercher, de punir et d’expulser les hérétiques.

En même temps, aux environs de Brescia, dans le val Camonica, des procès de sorcellerie aboutirent à plusieurs exécutions au bûcher. Il y eut cependant des voix pour s’élever contre ces pratiques, disant que ces malheureuses « avaient plus besoin d’instruction que de persécution ! »

Ajoutons encore les violences sociales, dont les femmes étaient souvent les victimes. En parcourant les registres civils, on est effaré du nombre de jeunes filles, mariées à 12, 15 ans à des messieurs âgés d’une soixantaine ! Les femmes, épuisées par des maternités rapprochées, mourraient jeunes. Dans ces circonstances, il n’était pas rare que des hommes épousent successivement 3 ou 4 femmes pendant leur vie. Les mariages arrangés par les familles en vue d’avantages politiques ou économiques étaient pratique courante. Pensons en particulier à celui de Francesco Sforza avec la pauvre Christine de Danemark, alors âgée de 13 ans, donnée en mariage pour des motifs politiques par Charles Quint. Or, le Duc de Milan était déjà si malade qu’il devait se traîner à l’aide d’un bâton. Il mourut, d’ailleurs, peu de temps après. Quel avenir pour cette jeune adolescente, obligée d’épouser quelqu’un qu’elle ne connaissait pas, dont elle ne connaissait même pas la langue, et qui, de surplus, était déjà promis à la tombe !

Autre violence : dans les Registres civils, la composition des familles révèle l’existence d’un grand nombre d’enfants illégitimes côtoyant, autour d’une même table, les vrais fils de famille. Cela en dit long sur ce que les épouses avaient à supporter.

Violences sociales aussi dans les retenues sur les salaires. Nous nous rappelons qu’Angèle fut obligée de charger les 4 « agents » de veiller à ce que les membres de la Compagnie reçoivent leur salaire régulièrement de leur employeur, ou ce qui leur était dû après le décès d’un parent. Si la fondatrice propose un règlement à l’amiable, elle n’écarte pas la possibilité d’un procès pour que justice soit rendue. La violence des grands vis-à-vis des petits par l’oppression et l’injustice, sans ces derniers aient un moyen de recours, était pratique courante.

Enfin, pour clore cette liste, mentionnons encore les violences de la nature. Angèle a connu d’effroyables tempêtes en mer, lors de son pèlerinage en Terre Sainte. A Brescia, elle survécut à un tremblement de terre particulièrement dévastateur, à des inondations qui, en détruisant les cultures et en emmenant le bétail, réduisirent la population à une famine sans précédent.

Oui, vraiment, comme le souligne Angèle dans le 5e Avis, elle vivait dans un monde misérable et traître, où il n’y a jamais ni repos ni aucun contentement vrai, mais seulement de vains songes, ou de durs labeurs, et toutes sortes de choses malheureuses et mesquines. (Av 5, 4-5).

Comment va-t-elle réagir dans ce monde misérable, malheureux et mesquin ? Quelles qualités d’écoute étaient les siennes pour briser le cercle de la violence ?

II. Réaction d’Angèle face à la violence

Des réactions d’Angèle face aux soldats prédateurs à Desenzano, nous ne savons rien. Les seuls renseignements certains datent de son séjour à Brescia à partir de 1517. Elle avait alors une quarantaine d’années.

Devant la violence, cette grande priante ne va pas se contenter de supplier Dieu. Elle n’hésitera pas à payer de sa personne. En voici l’un ou l’autre exemple : Un ami ou membres de sa famille, ayant été réduit à l’extrémité par la colère de son chef, Louise de Castiglione, Angèle voulut affronter personnellement le Prince, dont la réputation de dureté était notoire. La bonté et la sainteté d’Angèle aussi. Toujours est-il que le contact entre ce chef orgueilleux et cette humble femme donna un heureux résultat. Il la reçut civilement, dit Nazari. Elle le supplia avec tant d’ardeur et de gentillesse qu’il consentit à rappeler le serviteur banni et même à lui rendre tous les biens qu’il lui avait confisqués. Il n’est pas étonnant, dès lors, que le succès d’Angèle fit boule de neige, et qu’elle dut être envoyée plus d’une fois pour plaider le sort des petits devant les grands. Antonio Romano ajoute qu’à la suite de cet incident, la réputation d’Angèle se répandit dans les alentours et qu’il n’y avait pas un Seigneur qui ne lui accordât ce qu’elle demandait. (Rom 7).

Elle sut désarmer et réconcilier deux ennemis farouches qui avaient juré de se battre en duel : Francesco Martinengo et Filippo Sala. Qui étaient-ils ? Les Registres Civils en mentionnent plusieurs du même nom, entre autres, un Filippo Sala qui devait de l’argent à un Francesco Martinengo. Etait-ce la source de leur confit ? Ceux deux-là habitaient le même quartier. Un autre Filippo Sala avait déjà plusieurs homicides à son actif, dont sa propre sœur et un prêtre. Il mourut en prison, après avoir été condamné pour coups et blessures infligés aux gouverneurs de la ville. Toujours est-il que les deux ennemis étaient mariés et pères de famille. S’ils se détestaient, au moins leurs épouses s’entendaient bien et avaient déjà tenté, sans succès, un recours auprès du Duc d’Urbino, représentant de la République de Venise dont dépendait Brescia, et auprès des gouverneurs de la ville. En désespoir de cause, elles vinrent trouver Angèle. Ce que les grands et les puissants n’avaient pu obtenir, cette humble femme sans scolarité, venue de la campagne, réussit à le faire : Selon Faino, elle osa se présenter au domicile de chacun, lui parla longuement, et par son écoute, sa compréhension et son argumentation présentée avec douceur, elle fit tomber l’inimitié entre les deux L’histoire ne dit pas qu’ils devirent de grands amis, mais au moins ils annulèrent le duel !

Angèle avait aussi le don de pacifier et de redonner courage aux victimes de la violence. Je songe à la riche veuve, Caterina Patengola, qui avait perdu en quatre ans, pendant les guerres de Brescia, son mari, ses trois fils, sa fille et son beau-fils. Elle vivait, inconsolable, avec sa seule petite-fille, Isabella. Au bout d’un an de la présence d’Angèle, Caterina avait non seulement retrouvé la paix, mais elle s’était engagée à accueillir un petit orphelin de guerre, afin de lui assurer un foyer et le préparer à son avenir (cf. les Registres Civils).

Nous nous souvenons aussi de Francesco Sforza : Après une jeunesse malheureuse en prison et en exil, il réussit à reprendre le gouvernement de son Duché de Milan, mais peu après les armées de Charles Quint en furent victorieuses. A nouveau exilé de son propre pays, il fit venir Angèle pour lui partager ses déboires et trouva auprès d’elle réconfort et sérénité, si bien qu’il lui demanda de le considérer comme son fils. Angèle promit de prier particulièrement pour lui et pour son peuple.

L’histoire n’en a pas retenu des cas précis, mais nous savons qu’Angèle était appelée aussi pour œuvrer à la réconciliation des familles : ente époux, entre parents et enfants, entre frères et sœurs. Nous savons aussi qu’elle était visitée par des femmes qui cherchaient auprès d’elle conseils et encouragements dans leurs épreuves.

Quels moyens employait-elle pour apaiser, persuader et convaincre ? Quel regard posait-elle sur l’autre, pour qu’il se sente si bien compris et en confiance ? Comment s’y prenait-elle pour faire ressortir ce qu’il y avait de meilleur en chacun ?

Ses biographes nous révèlent son tempérament joyeux, optimise, son regard positif sur l’autre, sachant discerner ses dons et capacités souvent enfouies, son abord simple et humble qui mettait l’autre en confiance, sa capacité d’écoute hors ligne, son don de la parole, sachant persuader et convaincre, et, surtout, sa qualité de grande priante qui en imposait pas sa valeur spirituelle et morale et qui recevait de Dieu lumière et force. Ce sont des généralités, vous me direz ; oui, mais ce sont les traits qui ont frappé ses contemporains. Leur analyse n’est pas allée plus loin. Nous trouverons davantage d’information dans ses Ecrits, où elle se livre elle-même. Quels conseils donne-t-elle à ses filles pour faire œuvre de paix et désamorcer la violence ? Ce sera l’objet de la troisième partie.

III. La non-violence dans les écrits d’Angèle

Angèle propose dans ses Ecrits des attitudes spécifiques, en même temps qu’elle suggère un comportement, des paroles et des gestes qui favorisent la bonne entente et la concorde.

La première attitude qu’Angèle préconise pour désarmer l’autre, me semble-t-il, c’est d’avoir un comportement vrai et sincère devant lui : Qu’elles disent oui, oui, ou non, non, comme Jésus-Christ l’enseigne (R 9, 14).

Une relation vraie comporte aussi la reconnaissance de ses propres limites. Angèle demande, par exemple, à ses filles, un acte de réconciliation hebdomadaire, parce qu’elle a vivement conscience que nos limites sont là, et que nous ne pouvons demander aux autres ce que nous ne vivons pas nous-mêmes – d’où son insistance sur le « bon exemple » (Av 5, 13).

Vivez et comportez-vous de telle façon que vos filles puissent se mirer en vous. Et ce que vous voulez qu’elles fassent, faites-le d’abord vous-mêmes. Comment pourrez-vous les admonester ou les reprendre pour quelque défaut s’il se trouve encore en vous ? ou bien les conseiller, et les stimuler à quelque vertu que vous n’auriez pas les premières ? (Av 6, 1-4)

Ensuite, Angèle suggère d’essayer de comprendre l’autre, et pour cela, le connaître à fond, le connaître personnellement : Un par un, et non seulement son nom, mais aussi sa condition, son tempérament, sa situation et tout ce qui le concerne. (2e Legs 1-3). Et elle ajoute, Cela ne vous sera pas difficile, si vous le considérez avec un réel amour. (2e Legs 4).
Connaître l’autre, cela ne suffit pas encore. Angèle préconise de l’accepter tel qu’il est : Supportez-le (Av 8, 5), dit-elle, et cela avec patience et charité (4e Legs, 6). Donc, porter un regard d’amour sur l’autre. Elle parle d’un véritable amour (Av Prol, 11), d’une vive charité (2e Legs, 4), voire d’une charité passionnée (2e Legs, 10), en tout cas, d’un amour qui exclut le jugement : Il ne vous appartient pas de les juger ; Dieu sait bien ce qu’il veut en faire lui qui (comme dit l’Écriture) peut transformer des pierres en enfants du ciel. (Av 8, 6)

En définitive, devant l’autre, nous sommes conviés à une attitude d’estime et de respect :
C’est pourquoi, vous devez aussi considérer de quelle manière vous devez les apprécier, car plus vous les apprécierez, plus vous les aimerez ; plus vous les aimerez, plus vous aurez soin d’elles et veillerez sur elles. (Av Prol, 10)

Cette estime est fondée, non sur les qualités de l’autre, mais sur l’esprit de foi, car tous sont enfants de Dieu (Av 8, 2), dit-elle, et Il sait bien, Lui ce qu’il veut faire d’eux (Av 8, 5), d’où son espérance en ce que l’autre peut devenir : Comment pouvez-vous savoir, vous, si celles qui vous paraissent les plus insignifiantes et les plus dépourvues ne vont pas devenir les plus généreuses et les plus agréables à sa Majesté ? (Av 8, 3)

Je vous donne un petit exemple : Il y a quelques années, dans la ville de New York, un violent incendie s’est déclaré dans un immeuble à plusieurs étages. Tout le voisinage s’y est mis pour aider, et particulièrement un groupe de jeunes, qui se lançait hardiment et courageusement au milieu de la fumée et des flammes pour tenter de sauver le plus de monde possible. L’incendie maîtrisé, les pompiers ont félicité ces jeunes courageux, jusqu’au risque de leur propre vie. Qui étaient-ils ? Ils étaient tous membres d’un gang qui terrorisait le quartier !

L’estime se manifeste par un infini respect de la liberté de l’autre : Gardez-vous de vouloir faire faire (quoi que ce soit) par force, car Dieu a donné à chacun le libre arbitre, et Il ne veut forcer personne, mais seulement il propose, invite et conseille ( 3e Legs,11)

Vous me direz qu’avec des jeunes, on est bien obligé parfois de sévir, de se monter exigeant, pour leur bien, car cela fait partie de leur formation. Angèle le reconnaît, car immédiatement après ce texte, elle ajoute, Je ne dis pas cependant qu’on ne doive parfois user de reproches et de sévérité, en lieux et temps voulus, selon l’importance, la situation et le besoin des personnes (3e Legs,14)

Voilà pour nous rassurer ! Mais Angèle ne s’en tient pas là, car elle ajoute, Vous obtiendrez davantage par l’affection et l’amabilité que par la sévérité et de durs reproches (Av 2, 3), en agissant non pas impérieusement et avec âpreté, mais avec amour et douceur (3e Legs, 12-2).

Nous arrivons maintenant à un point capital dans l’enseignement d’Angèle, celui de montrer, de témoigner effectivement à l’autre de l’affection et de l’amabilité. Elle-même prêchait d’exemple, car son secrétaire, Gabriel Cozzano, disait que celui qui était le plus pécheur, donc le plus difficile et le plus désagréable, était celui qui recevait d’elle le plus d’égards, le plus de signes de tendresse et de bonté. Ses directives vont dans le même sens : Par-dessus tout qu’elles soient humbles et aimables. Et que tous leur comportement, leurs actions et leurs paroles, soient animés de charité, et qu’elles supportent toutes choses avec patience car c’est avec ces deux vertus principalement que l’on fracasse la tête au diable. (Av 5, 18)
Angèle sait bien que face à la violence ou l’opposition, ce n’est pas d’abord la tête du diable qu’on a envie de fracasser, mais bien celle de l’autre ! Alors, elle nous remet devant la personne du Christ, doux et humble de cœur, en ajoutant, Vous, efforcez-vous de faire de même vous aussi, et d’user de toute l’amabilité possible… (3e Legs, 7).

D’ailleurs s’il est normal d’aimer les personnes qui sont bonnes, il faut aussi supporter celles qui sont difficiles Av 3, 8). Angèle le dit à propos des supérieures, mais nous pouvons adapter et élargir sa pensée…

Cette bonté et cette amabilité s’adressent particulièrement à ceux que nous voyons accablés de tristesse, d’incertitudes, de craintes (Av 5, 40), et qui souvent expriment leur désarroi par de l’agressivité.

En résumé, pour combattre la violence, Angèle propose la patience, le support, la douceur, l’amabilité,. Oui, mais en même temps, il faut agir. Ceci nous amène au dernier point : faire œuvre de paix, promouvoir la bonne entente autour de nous.

Vivez dans la bonne entente (Av 9, 1). Cherchez à mettre la paix et la bonne entente partout où vous vous trouverez (Av 5, 16). Voyez combien importe cette bonne entente. Alors, désirez-là, recherchez-la, embrassez-la, retenez-la de toutes vos forces (Av 9, 10-14).

D’ailleurs, vivant ainsi unis de cœur, vous serez comme une forteresse bâtie sur le roc (Av 9, 15). C’est la force invincible des doux ! Et tout ce que vous demanderez à Dieu vous sera accordé infailliblement (Av 9, 19).

C’est ici qu’Angèle répète avec force ses conseils de vigilance : Soyez sur vos gardes, (10e Legs,6). Soyez vigilantes sur ce point… dès que vous apercevrez ne fût-ce que l’ombre d’une telle peste, remédiez-y aussitôt selon les lumières que Dieu vous donnera. Et pour rien au monde, ne laissez croître une telle semence dans la Compagnie, …car là où il y a diversité de volonté, il y a inévitablement discorde ; là où il y a discorde, sans aucun doute il y a ruine, (10e Legs, 10, 14-18). Angèle a bien conscience qu’il ne faut pas laisser une situation s’envenimer !

Les exhortations à la vigilance ne doivent pas obscurcir les recommandations positives d’Angèle en faveur de la concorde et la bonne entente. Elles abondent, car la fondatrice sait à quel point l’union est nécessaire pour lutter contre toute forme de violence : L’amour mutuel et la concorde de tous sont le signe certain que l’on marche dans la voie bonne et agréable à Dieu. (T 10, 12). Et que votre principal recours soit de vous rassembler aux pieds de Jésus-Christ ; là, faites de ferventes prières (Dern. Legs, 3-4).

Donc, nous ne sommes pas seuls à lutter contre toutes les forces négatives dans notre monde, contre les formes de violence qui nous assaillent de toute part, dans le monde scolaire, politique, économique. Angèle nous assure que si nous sommes unis, si nous faisons œuvre de concorde et de paix, Jésus-Christ est au milieu de nous, nous protégeant comme un père, nous guidant comme un pasteur (cf. 10e Legs, 9). N’est-ce pas une promesse réconfortante et encourageante pour nous tous ?

Sœur Marie Seynaeve
Saint-Saulve
Aux communautés éducatives de la Province

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