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Angèle, âme de foi

Sainte Angèle Mérici, une âme de foi

Un regard sur la société déchristianisée du monde occidental nous fait constater une baisse spectaculaire de la foi : églises qui se vident, jeunes sans repères, mariages et baptêmes en diminution constante, sociétés politiques et civiles évoluant dans une ambiance amorale, vie économique uniquement axée sur le profit et la consommation, recherche de satisfactions et de plaisirs limités à la vie terrestre... et la liste pourrait s’allonger. Oui, la foi est en baisse !

En était-il autrement du temps de Sainte Angèle Mérici ? A la veille du Concile de Trente, la foi était battue en brèche, non seulement par les révoltes à l’égard de l’Eglise, mais par un néo-paganisme qui se passait aisément de la foi : immoralité dans les mœurs, dégradation de la famille, veilleuses brûlées non plus dans les Eglises, mais devant les bustes d’auteurs païens, injustices sociales et politiques à grande échelle, conquêtes de nouveaux mondes avec domination, esclavage, voire extermination des indigènes.

Que dit Sainte Angèle de son monde ? Elle y pose un regard lucide et met en garde contre les pièges et les dangers" de son époque (R Prolo 19), contre "le poison de quelque opinion hérétique en ces temps de pestiférés" (T 10,4). C’est un monde « misérable et traître, où il n’y a jamais ni repos ni aucun contentement vrai, mais seulement de vains songes, ou de durs labeurs, et toutes sortes de choses malheureuses et mesquines. » (Av 5, 4-5).

On y trouve « des loups et des voleurs, c’est-à-dire deux sortes de personnes pestilentielles : les gens mondains ou faux religieux avec leurs tromperies, et les hérétiques ». (Av 7,1)

Et pourtant dans ce monde si contraire à la foi, Sainte Angèle Mérici se montre confiante en Celui qui a dit : « Dans le monde vous aurez des tourments, mais courage ! j’ai vaincu le Monde » (Jn 16,33). Ses contemporains étaient frappés par son exemple de foi, à une époque où celle-ci était vivement contestée. « Elle était douée d’une si grande foi, que si (jamais) celle-ci était perdue, on l’aurait retrouvée (tout entière) en elle », remarque Landini. Et le fidèle secrétaire d’Angèle, Cozzano affirme qu’elle était dans le monde « comme un soleil lumineux, rayonnant sa foi avec clarté... » et il ajoute, « Celui qui ne connaîtrait pas réellement les vertus, les voies de la sainte Eglise, ses vrais sentiments et son esprit, qu’il considère l’esprit de la Mère Soeur Angèle et sa manière de vivre, et qu’il s’y conforme. Et il sera un vrai et fidèle catholique. » (Risposta, 2 v). Ainsi Cozzano est frappé par le témoignage concret de foi donné par Angèle.

Quel fut ce témoignage ? Relevons quelques événements de sa vie : foi en l’éternité bienheureuse après le décès de sa soeur, de ses parents ; foi en la mission que Dieu lui confie à Brudazzo ; foi en ses supérieurs qui l’envoient à Brescia pour une mission de consolation auprès de Catherine Patengola ; foi en l’avenir, alors qu’elle se trouve presque aveugle lors de son pèlerinage en Terre Sainte ; foi en l’accomplissement de la fondation à l’heure de Dieu, même si elle a dû attendre 40 ans pour sa réalisation et refuser d’autres propositions apostoliques à Venise, Rome et Milan ; foi en la durée de la Compagnie, "plantée par Jésus-Christ", et cela malgré les quelques semences de division qu’elle ressent vers la fin de sa vie.

La foi de Sainte Angèle, si explicite dans sa manière de vivre, se manifeste avec force dans ses Ecrits : D’une part leur contenu fait appel à presque tous les articles de foi proposés par l’Eglise ; d’autre part elle stimule ses compagnes à vivre une foi forte et dynamique. Enfin toute sa confiance en la validité et la pérennité de sa fondation repose sur sa foi en Jésus-Christ.

I. Vivre la foi de l’ Eglise
Sainte Angèle se montre très claire par rapport au contenu de la foi. Il est à remarquer que dans ses écrits nous trouvons d’une manière ou d’une autre presque tous les articles du Credo.
Elle invoque la « bienheureuse et indivisible Trinité » (R Prol 1), "Dieu Père et Créateur" (R 10,4) "Providence" (R 10,13), "infiniment bon" (R Pro l 25).
Il sait ce dont "nous avons besoin" (R 10,15). Il nous donne toutes "les grâces de la vie spirituelle" (R 5,4). Il nous attend à la fin des temps pour nous juger (Av 2,10), mais surtout pour nous récompenser (Av Prol 5) par une éternité de joie.

Quant à sa foi en Jésus-Christ, "Fils de Dieu" (R Prol 7), Angèle Mérici évoque pratiquement tous les mystères de sa vie terrestre, à l’exception de l’Incarnation et de la Nativité : l’Épiphanie (R 4, 10), les "33 années passées en ce monde par amour pour nous" (R 5, 12), le jeûne qui précède sa vie publique (R 4 3-4), son amour de la volonté du Père, (R 8,3), sa venue pour servir et non pour être servi (Av 1,7) son obéissance jusqu’à la mort (Av 1,6), sa Passion (R 5,25), sa Résurrection (Av 5, 44), son Ascension (R 4,13), l’envoi de l’Esprit-Saint (R 4,15), sa présence "à la droite du Père, au plus haut des cieux" (Av 5,44), et sa présence indéfectible, "au milieu de nous" (Dern L 5). Ses écrits sont émaillés de citations de l’Evangile, car elle ne propose jamais une conduite particulière, sans la fonder explicitement sur une parole du Christ, Celui qu’elle appelle souvent "la Vérité".
Elle rappelle la fête de la Pentecôte et la promesse de Jésus d’envoyer l’Esprit Saint sur ses "élus, bien disposés à le recevoir" (R 4 16). L’Esprit Saint, auteur des « sept dons » (R 5,13), est Celui « qui nous enseigne toute vérité » (R 8 16) et qui nous envoie « continuellement ses conseils et ses inspirations " (R 8 14-15). C’est lui qui inspire notre prière (R 6 7) et nos décisions (L 7,7 ; 9,7), en particulier celles qui concernent l’adaptation « selon les temps et les circonstances » (Dern L 14).

En plus des mentions trinitaires, nous trouvons dans les écrits d’Angèle Mérici celles relatives aux anges (R Prol 28 ; Dern Av 7), à la Sainte Vierge (Av Prol 20 ; 5 24), en l’honneur de laquelle elle préconise de réciter l’Office, aux Apôtres (Dern Av 5), en particulier Pierre (R 7, 3) et Paul, « l’Apôtre » (Av 5, 44), et à tous les saints (Dern Av 6). Comme Jésus dans l’Evangile, Angèle affirme l’existence du diable tentateur (R Prol 21 ; Av 5, 18).
Elle préconise l’obéissance aux commandements de Dieu et de l’Eglise (R 8, 7-8 ; Av 3, 10). La vie sacramentelle est pour Angèle aussi objet de foi. Elle mentionne son baptême (R 5, 23) et la sainte Messe : "plus on y assiste avec grande attention, foi et contrition, plus on participe à ces mérites bénis" (R 6, 4). Que celle qui désire se confesser "veuille bien se présenter devant le prêtre comme devant Dieu, Juge éternel". (R 7, 7) Son exhortation à la Communion, rare à son époque où les plus fervents communiaient quatre fois l’an, précise une communion mensuelle toutes ensemble, ainsi qu’aux jours de fête, dans les paroisses. (R 7, 13-14)

La foi d’Angèle Mérici en l’Eglise n’est pas à démontrer, car elle est convaincue que ses "voies et usages" ont été "établis et confirmés par tant de Saints sous l’inspiration du Saint Esprit" (Av 7, 22). Elle demande de prier pour l’Eglise, sachant que c’est Dieu qui la dirige, et qu’Il la réformera "comme il Lui plaît" (Av 7, 24). Elle est attachée à sa liturgie, mentionnant les différents temps de l’Année : Avent, Carême, Pâques, Pentecôte, ainsi que les « Quatre-temps » et les « Rogations » en vigueur à son époque (R 4, 8-17). Toutes les Heures de l’Office de la Sainte Vierge sont explicitement nommées (R 5 12-14) ; elle demande de réciter l’Office des Morts (R 11, 33) pour les soeurs défuntes.
Elle mentionne volontiers les fins dernières, le jugement dernier (Av 2, 10 ; 4, 6), purgatoire (R 11, 35), enfer (R 5, 21 ; 8, 2), et, surtout, vie éternelle, cette dernière étant l’objet de nombreuses mentions pour stimuler la foi et l’ardeur de ses filles (R Prol 12 ; Av 5, 1 ; 3, 24-26 ; 29-30).

II. Vivre une foi forte et dynamique
Malgré de nombreuses allusions au contenu de la foi, Angèle ne s’y attache pas en premier lieu, mais plutôt à la manière de la vivre. Elle insiste à plusieurs reprises sur une foi ferme, une foi vive. "J’ai cette foi ferme et inébranlable que nous surmonterons facilement tous les périls et adversités" (R Prol 25), dit-elle, pour encourager ses filles à persévérer au milieu des difficultés quotidiennes. Aux "colonelles" ou supérieures locales, elle parle même langage :" Ayez espérance et foi ferme en Dieu, car il vous aidera en toute chose (Av Prol 15).
Angèle fait appel à la foi en la communion des saints en nous assurant de sa présence auprès de nous au moment de notre passage vers l’éternité : "Croyez fermement qu’alors surtout vous connaîtrez que je suis votre fidèle amie" (Dern Av 25).
Notre foi est aussi appelée à être vive, donc agissante et dynamique. Il s’agit de sa dernière exhortation aux supérieures locales : "Soyez consolées et ayez vives la foi et l’espérance". (Dern A 26). Elle demande aux "matrones", de leur côté, une attitude de foi : se laisser guider par Dieu dans leurs relations avec les soeurs de la Compagnie :
"Il vous faut par conséquent prendre la nette et ferme résolution de vous soumettre totalement à sa volonté, et, avec une foi vive et inébranlable, recevoir de Lui-même ce que vous aurez à faire pour son amour" (T Pro1 22-23).
Cette foi vive De Sainte Angèle la propose aussi par son insistance sur l’écoute de la Parole de Dieu : Dès le début de sa Règle elle rappelle les paroles de Jésus : "Bienheureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent" (R Prol 12). Les citations de la Parole de Dieu abondent, si bien que chaque invitation à suivre le Christ dans les différents comportements de notre vie est appuyée sur un texte de l’Ecriture, le plus souvent, de l’Evangile.

III. Avoir foi en Jésus-Christ qui a "planté" la Compaqnie

L’assurance d’Angèle Mérici à l’égard de sa fondation serait surprenante, si elle n’était soutenue par une foi inébranlable en l’oeuvre de Dieu par Jésus-Christ :

- « ... Dieu a voulu dans son conseil éternel élire en dehors de la vanité du monde beaucoup de femmes, spécialement des vierges, c’est-à-dire notre Compagnie » (Test Pro1 5).
Elle reviendra sur cette conviction dans chacun de ses écrits : "Règle", "Avis" et "Testament" :
- « Embrassons toutes cette sainte Règle que Dieu, par sa grâce, nous a offerte » (R Pro1 29).
- « Si c’est Dieu qui a planté cette Compagnie, Jamais il ne l’abandonnera » (Av 4 8).
- « Tenez ceci pour certain que cette Règle est directement plantée par sa sainte main, et qu’i1 n’abandonnera jamais cette Compagnie tant que le monde durera. Car si c’est lui en premier qui l’a plantée, qui dont pourra la déplanter ? Croyez-le, ne doutez pas, ayez une foi ferme qu’il en sera ainsi. Je sais ce que je dis ». (Dern L 6-13).

La foi de Sainte Angèle Mérici repose aussi sur l’assurance d’avoir été choisie par Dieu pour l’oeuvre de la Compagnie :
« ... Dans sa bonté « immense (Jésus-Christ) m’a élue pour être mère vivante et morte de cette si noble compagnie bien que pour ma part j’en fusse très indigne ; et m’ayant choisie il m’a aussi donné la grâce de pouvoir la gouverner selon sa volonté » (Av 3 4-5).
"Il lui a plu dans sa bonté infinie de se servir de moi comme de son instrument pour son œuvre, une telle oeuvre si grande, quoique je fusse de moi-même une servante très insuffisante et très inutile" (T Pro1 6-7).

La foi d’Angèle englobe le présent et l’avenir : Elle se voit encore investie de sa tâche de mère parmi nous aujourd’hui. Ses paroles sont formelles à ce sujet :
« Vous leur direz encore que, maintenant, je suis plus vivante que je ne l’étais quand elles me voyaient corporellement, et que maintenant je les vois et les connais mieux. Et que je puis et veux les aider plus encore. Et que je suis continuellement au milieu d’elles avec Ce1ui qui m’aime, ou plutôt qui nous aime, nous toutes, pourvu qu’elles croient, et ne perdent pas le courage et l’espérance » (Av 5 35-39).

Ces paroles nous interpellent.
A nous qui vivons plus de 460 années après qu’elles ont été prononcées, elles nous stimulent à intégrer dans notre existence le même esprit de foi en Jésus-Christ, en son oeuvre, en la présence et l’aide de Sainte Angèle Mérici aujourd’hui parmi nous. Elles nous invitent à un regard de foi sur ceux qui nous entourent, car « toutes sont créatures de Dieu » (Av 8 2), sur les événements joyeux ou douloureux que nous rencontrons :
- « Ne vous tracassez au sujet d’aucun de vos besoins tempore1s, car Dieu et lui seu1, sait, peut et veut y pourvoir ; lui qui ne veut que votre seul bien et votre seule joie ». (R 10 16-18).
Elle nous invite à une foi sans bornes, fondée sur la certitude de l’attention bienveillante d’un Dieu qui nous aime :
- « Vous devez savoir ceci et le tenir pour certain : jamais Il ne manquera de subvenir à leurs besoins, tant corporels que spirituels, pourvu que rien ne manque de votre côté ». (Av 4, 7)

Sœur Marie Seynaeve
Ursuline de l’Union Romaine

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