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Amour mutuel

L’amour mutuel

dans les écrits de Sainte Angèle Mérici

Quels sont les mots les plus souvent utilisés par Sainte Angèle Mérici ?
A l’aide de l’ordinateur, nous voyons que ce sont les mots "amour" et "charité".
Ils reviennent une trentaine de fois ; de même, l’"union" et la "communion". Ensuite viennent le "service" et "l’entraide" (une vingtaine de fois). Ainsi sur une soixantaine de pages de texte, nous constatons environ 80 mentions d’une forme ou autre de l’amour mutuel.

Pourquoi cette insistance sur l’amour et la communion ?
Lorsqu’on examine la composition de la Compagnie de Sainte Ursule, humainement parlant, il y avait tout pour séparer les membres : certaines venaient de la grande ville de Brescia, d’autres des petits villages aux alentours.
Il y avait des filles d’ouvriers et des filles d’artisans, des illettrées et des éduquées, des domestiques et des dames de compagnie, des riches et des pauvres, des aristocrates et des roturières. Entre les matrones elles-mêmes ("Matrona" dans la langue de l’époque désignait une veuve de l’aristocratie), il y avait non seulement des rivalités ancestrales, mais aussi celles causées par la guerre. Certaines familles avaient épousé la cause des Vénitiens, d’autres, celle de Français ou des armées de Charles-Quint. Haine et vengeance étaient choses courantes. Selon Pasero, le chroniqueur contemporain des faits : "C’était l’époque où les Brescians se faisaient justice à eux-mêmes". D’ailleurs, Sainte Angèle choisira pour lui succéder, peut-être en raison de ces rivalités, la seule matrone qui n’était pas bresciane d’origine, Lucrezia Lodrone.

Devant ces différences, Sainte Angèle Mérici lance un appel pressant à l’amour mutuel. Dans une première partie, nous analyserons ce qu’elle nous dit de l’amour mutuel. Ensuite, nous verrons les manifestations concrètes de cet amour mutuel : le service et l’entraide.

I. Amour de Dieu et amour mutuel

  • 1) Source de cet amour
    Nous savons combien l’amour reçu de ses parents structure la personnalité de l’enfant. Je me souviens d’un jeune papa qui racontait qu’à la suite d’une méchanceté de son petit garçon, il lui avait dit durement. "Maintenant, je ne t’aime plus !" Puis, il a vu dans le regard du petit une telle détresse et une telle souffrance, qu’il l’a pris dans ses bras en lui répétant, "Mais si, je t’aime toujours, mais je voudrais tant que tu sois meilleur !" L’enfant a besoin de savoir que ses parents l’aiment toujours, tel qu’il est. Nous avons besoin de savoir que Dieu nous aime toujours, tels que nous sommes, avec nos avancées et nos reculs, avec nos limites et nos achèvements.
    Sainte Angèle Mérici va donc insister sur cet amour premier qui nous vient de Dieu. Jésus-Christ est "Celui qui m’aime ou plutôt qui nous aime, nous toutes..." (Av. 5, 38) Cet amour est pour nous un véritable trésor, l’"unique trésor" "car là aussi sera leur amour" (Av. 5, 43)... amour qu’Il a prouvé "par sa passion et par son sang répandu pour notre amour" (T. Prol. 25)
  • 2) Notre réponse à cet amour
    En réponse à cet amour, Sainte Angèle nous invite à aimer à notre tour : "Que nous ayons toujours brûlante au cœur la charité" (R 9, 22). Cet amour va inspirer tout notre comportement : "Que leurs actions et leurs paroles soient animées de charité" (Av. 5, 18) ; il s’agit donc d’agir par amour, de parler avec amour, de travailler avec amour : "Toutes vos oeuvres et tous vos actes étant ainsi enracinés dans cette double charité, ne pourront produire que des fruits bons et salutaires". (1er Legs 4) Nos avis et nos conseils doivent découler de cette source d’amour : "Efforcez-vous d’agir, poussées seulement par le seul amour de Dieu et le seul zèle des âmes" (Av. 2,2 ; 1er Legs 3) Les décisions seront enracinées dans cet amour, "Décidez selon que la charité et l’Esprit Saint vous éclaireront et vous inspireront" (9e Legs 7).
    Nous ne savons pas toujours comment aimer, c’est pourquoi Sainte Angèle Mérici nous invite à prier pour que Dieu nous donne son aide : "Combien vous devez prier Dieu de vous éclairer, et de vous diriger, et de vous enseigner ce que vous avez à faire pour son amour". (Av. Prol. 7)
  • 3) Qualités de cet amour
    Aux Supérieures locales et aux Gouvernantes de la Compagnie, Angèle va dévoiler les qualités de cet amour :
    Il s’agit d’un amour sans faille, continuel : "Il vous sera impossible de ne pas vous en soucier jour et nuit... car ainsi fait et opère le véritable amour" (Av. Prol. 11). Cet amour est fondé sur l’estime : "Vous devez considérer de quelle manière vous devez les apprécier, car plus vous les apprécierez, plus vous les aimerez" (Av. Prol. 9) Cette affection ne peut exclure personne : "Aimez (vos chères filles) également, et n’ayez pas de préférence pour l’une plutôt que pour l’autre". (Av. 8, 1) Elle s’exprime avec douceur : "Je vous en prie, de grâce, veuillez vous efforcer de mener vos filles avec amour et d’une main suave et douce". (3e Legs 1) Même lorsqu’il s’agit de correction, celle-ci doit procéder d’un véritable sentiment d’amour : "Faites votre devoir en les corrigeant avec amour et charité, si vous les voyez tomber dans quelque faute par suite de quelque fragilité humaine" (Av. 8,7).
    Enfin, Angèle Mérici résume toute sa conception de l’amour en insistant sur l’amour maternel. En effet, selon les civilisations, l’idéal de l’amour prend des accents différents. Ainsi, les anciens Grecs insistaient surtout sur l’amour d’amitié ; aujourd’hui c’est l’amour du couple qui prédomine. Du temps d’Angèle, c’était l’amour maternel, si bien qu’elle insiste sur les qualités d’une "bonne et vraie mère" (Legs 9,3), en les élevant à un niveau spirituel.
    Une vraie mère connaît à fond ses enfants : "Je vous supplie, de bien vouloir... tenir gravées dans votre esprit et dans votre cœur toutes vos filles, une à une ; non seulement leurs noms, mais aussi leur condition, leur tempérament, leur situation et tout ce qui les concerne. Cela ne vous sera pas chose difficile, si vous les embrassez avec une vive charité." (Legs 2, 1-4)
    Sainte Angèle continue, " On voit en effet que les mères selon la nature, quand bien même elles auraient mille fils et filles, les auraient tous totalement fixés dans leur sœur, un à un, car c’est ainsi qu’agit le véritable amour. ... À plus forte raison, les mères spirituelles peuvent-elles et doivent-elles agir ainsi, car l’amour spirituel est sans comparaison beaucoup plus puissant que l’amour naturel". (Legs 2, 5-6 ; 8-9) L’amour spirituel englobe la personne tout entière, avec ses besoins matériels et spirituels. Par exemple, Angèle Mérici va jusqu’à préciser, "Soyez de bonnes et vraies mères, et l’argent que vous aurez, dépensez-le pour le bien et le développement de la Compagnie, selon que la discrétion et l’amour maternel vous le dicteront". (Legs 9, 3-4)
  • 4) Conséquences de cet amour
    Si nous vivons authentiquement l’idéal d’amour évoqué par Sainte Angèle Mérici, notre vie sera lumineuse, éclairée par Celui qui est l’Esprit d’amour : "Décidez selon que la charité et l’Esprit-Saint vous éclaireront et vous inspireront" (Legs 9,7) En effet, Il nous montrera les attitudes à prendre face au prochain : "La charité qui dirige toutes choses pour l’honneur de Dieu et le bien des âmes, c’est elle qui enseigne un tel discernement et meut le cœur à être, selon le lieu et le temps, tantôt aimable et tantôt sévère, un peu ou beaucoup, selon les besoins." (Av 2, 6-7)
    Surtout, le témoignage donné par un tel amour vécu dans le concret quotidien, rayonnera de la présence du Christ parmi nous : "Il n’ y aura pas d’autre signe que l’on est dans la grâce du Seigneur que de s’aimer et d’être unies ensemble, car Lui-même le dit, "En cela le monde connaîtra que vous êtes des miens, si vous vous aimez toutes ensemble". (Legs 10, 10-11) Et encore, "S’aimer et être unies ensemble sont le signe certain que l’on marche dans la voie bonne et agréable à Dieu." (Legs 10, 12).
    L’amour que nous portons au Christ aura, dans nos relations, des manifestations visibles : il s’exprimera par l’entraide et l’acceptation mutuelle de nos diversités : "Soyez liées l’une à l’autre par le lien de la charité, vous estimant, vous aidant, vous supportant en Jésus-Christ". (Dern. Av. 2)
    Dans un conte africain que j’ai vu mimer par nos Sœurs du Sénégal, la grand’mère rassemble tous ses petits-enfants autour d’elle, puis les envoie chercher chacun une petite baguette dans les champs. A leur retour, elle leur demande de briser chacun leur baguette, ce qui se fait sans difficulté. Puis, elle rassemble toutes ces petites baguettes brisées pour en faire un seul faisceau. Elle leur demande alors d’essayer de briser le faisceau. Chacun s’y efforce, du plus grand au plus petit, mais sans résultat. "Vous voyez, dit-elle, dans la vie, si vous restez isolés, vous risquez d’être brisés, mais si vous restez unis, si vous continuer à vous aimer et à vous entraider, alors personne ne pourra venir vous briser".
    Entraide et service voilà le ciment qui nous relie concrètement les unes aux autres. Ce sera l’objet de notre deuxième partie.

II. Amour dans le service et l’entraide

De même que Sainte Angèle Mérici nous a rappelé que la source de tout amour est en Dieu, de même elle nous présentera le Père comme se mettant au service de ses enfants, attentif à leurs besoins : "Ayez espérance et foi ferme en Dieu, Il vous aidera en toute chose". (Prol. Av. 15) Et encore, "Jamais Il ne manquera de subvenir à leurs besoins tant corporels que spirituels, pourvu que rien ne manque de votre côté". (4e Av. 7) "Jamais elles ne seront abandonnées dans leurs besoins. Dieu y pourvoira admirablement" (Av. 5,31). Dieu est donc le premier à vouloir nous aider, jusqu’à exprimer sa sollicitude providentielle par un visage concret : celui de Jésus, serviteur : "Apprenez de notre Seigneur, nous dit Angèle Mérici, lui qui, pendant qu’il était en ce monde, était comme un serviteur et c’est pour cela qu’il dit, "J’ai été au milieu de vous non comme celui qui est servi, mais comme celui qui sert". (Av 1,6-7)
A son exemple, Angèle Mérici elle-même se considère comme "servante" de ses filles, "une servante très insuffisante et très inutile" « Test. Prol. 7). Elle a même conscience d’avoir reçu une grâce particulière pour ce service : "Il m’a, dans sa bonté habituelle, accordé une telle grâce et un tel don, que j’aie pu... pourvoir à leurs nécessités et à leurs besoins". (Test. Prol. 8-9) De plus, elle affirme que dans l’au-delà, "Maintenant que je suis plus vivante que lorsque j’étais en cette vie" (Av Prol. 23) "je peux et je veux davantage vous aider et vous faire du bien de toutes sortes de manières". (Prol. Av. 25). De plus, "je serai toujours au milieu de vous, aidant vos prières". (Av. Prolo 25)
A ses soeurs, elle conseille de se venir en aide mutuellement. Cela présuppose le souci de connaître les besoins des autres, afin d’en avoir- pleinement conscience et de les assister efficacement. "Vous serez attentives et vigilantes pour comprendre la conduite de vos filles et pour être au courant de leurs besoins spirituels et temporels". (Av. 4,1) "Alors, pourvoyez-y vous-mêmes de votre mieux" (Av. 4, 2), même au prix d’une insistance qui pourrait paraître importune :"Si vous voyez qu’elles (les gouvernantes) tardent à y pourvoir, usez d’instances, et en ce cas soyez même de ma part importunes et ennuyeuses". (Av. 4,4-5)

L’entraide couvrira aussi bien les besoins matériels que spirituels, psychologiques et affectifs :

  • 5) Besoins matériels
    Sainte Angèle Mérici signale plusieurs besoins matériels : ne pas recevoir régulièrement son salaire (R 11, 16) ni son héritage (R 11, 15), se trouver seule et sans ressources (R 11,25), être âgée ou malade (R 11,29-30). Et pour couvrir d’autres besoins qui pourraient surgir, elle conseille d’ "aider les sœurs en fonction de chaque besoin éventuel". (R 11,24)
  • 6) Besoins spirituels
    Les visites au moins bi-mensuelles des supérieures locales (R 11, 8a) visent la totalité de la personne, les circonstances qui favoriseront le bonheur des sœurs et leur bien spirituel. Ces visites ont comme but d’encourager et de "réconforter" les sœurs, de les aider dans des conflits éventuels ("dans quelque situation de discorde"), de pourvoir aussi bien à leurs besoins de santé "de corps que d’esprit" (R 11,9). Les supérieures doivent veiller à ce que la vierge de la Compagnie se trouve dans un milieu favorable à son épanouissement : "Celles qui gouvernent devront s’occuper de la chose, afin qu’elle soit placée là où elle pourra se trouver bien et vivre honnêtement". (R 11, 28) Surtout, il faudra veiller à ce que celle qui travaille dans une famille soit respectée et défendue "si les supérieures (leurs patrons) lui faisaient quelque tort ou voulaient l’empêcher de faire quelque bien ou l’induire en danger de faire quelque mal". (R 11, 10-12) Le danger moral expérimenté par les petites servantes n’était pas illusoire ! D’ailleurs les supérieures devront se réunir une ou deux fois par mois pour étudier "les nécessités et les besoins, tant spirituels que matériels". (Legs 7, 5-6)
    Tout le chapitre 5 des Avis synthétise les exhortations de portée spirituelle et humaine que les Colonelles auront à faire à l’occasion de leurs visites : faire honneur à Jésus-Christ en étant fidèle à ses engagements (21), mettre toute son espérance et son amour en Dieu (22), entretenir la joie et la certitude de l’éternité (25), observer la Règle (27), garder confiance dans les difficultés (29-31), vivre dans la foi et l’espérance (39), aimer Jésus-Christ comme l’unique trésor (43), Lui le ressuscité (44).
    Dans leurs relations avec les autres, les membres de la Compagnie sont invitées à donner un témoignage d’amabilité (12), de bon exemple (13), de soumission légitime a leurs supérieurs (15), de paix et d’unité (16), d’humilité, de charité et de patience (17- 18).

Sainte Angèle Mérici va plus loin encore et prévoit les cas où il faudra assurer un soutien psychologique et affectif :

  • 7) Besoins psychologiques et affectifs
    Ainsi, aucun membre de la Compagnie ne devra souffrir de solitude, car "S’il y avait ne fut-ce que deux sœurs a rester seules, sans père ni mère, ni autres supérieures, alors, par charité, qu’on loue pour elles une maison (si elles n’en ont pas), et qu’on subvienne à leurs besoins. Mais s’il n’y en a qu’une seule, alors que l’une des autres veuille bien la recevoir dans sa maison" (R 11,25-26). Et pour que la nouvelle venue, sans ressources personnelles, ne vienne pas grever un modeste budget, Angèle prévoit qu’on donne à celle qui accueille "la subvention qui paraîtra convenable à celles qui gouvernent". (R 11, 27).

    Sainte Angèle Mérici semble avoir été particulièrement attentive à aider celles qui manifestaient découragement, tristesse et crainte. Toute période de bouleversement - et celle d’Angèle Mérici en est une - met les jeunes, comme ceux d’aujourd’hui, dans un sentiment d’insécurité face à l’avenir. C’est pourquoi, elle insiste sur l’encouragement : "Réconfortez-les, encouragez-les, qu’elles continuent de bon gré". (Av. 5, 23) "Si vous en voyez une pusillanime et timide, et portée à l’abattement, réconfortez-la, inspirez-lui courage... dilatez son cœur par toutes sortes de consolations". (Av. 2, 8) En évoquant sa présence parmi nous aujourd’hui, "plus vivante que je n’étais quand elles me voyaient corporellement" (Av. 5, 35) Angèle promet son aide, "surtout pour celles que vous verrez être désolées, incertaines et craintives". (Av. 5,40).
    Comme antidote au climat souvent morose de son époque, Angèle Mérici propose la joie. "Qu’elles soient toujours joyeuses et pleines de charité" (R 9, 11). "Persévérez donc fidèlement et avec allégresse dans l’œuvre commencée" (Dern. Legs 22), dit-elle, mais en même temps elle prévoit des occasions de rencontres, sachant combien le fait de se retrouver ensemble donne de l’élan et stimule un courage joyeux. Elle prévoit donc de se réunir "de temps en temps... pour que de cette façon elles puissent se retrouver ensemble, comme des sœurs très chères, et s’entretenant ainsi ensemble de choses spirituelles, se réjouir et s’encourager ensemble." (Legs 8, 3-4).

En proposant un tel idéal d’amour mutuel aux membres de la Compagnie vivant dans leurs familles ou sur les lieux de leur travail, Sainte Angèle Mérici jetait, probablement sans le savoir, les fondements de ce qui deviendrait une vie communautaire effective. Tout naturellement, soit par désir de soutien mutuel, soit par besoin apostolique, beaucoup de vierges de Sainte Ursule ont peu à peu évolué vers une vie ensemble, sûres de continuer ainsi à vivre les principes d’amour mutuel et d’entraide qui leur avaient été laissés par leur Mère.

Sœur Marie Seynaeve

Ursuline de l’union Romaine

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