Bouton Menu Mobiles

Accueil > Connaître > Ste Angèle Merici > Conférences > Adaptation

Adaptation

Sainte Angèle Mérici et l’esprit d’adaptation

Sainte Angèle Mérici a vu le jour en pleine Renaissance, c’est-à-dire en une période de l’histoire où tout bascule et où se forgent des mentalités nouvelles. A la fin de sa vie, l’homme ne retrouve plus du tout la mentalité qu’il a connue pendant sa jeunesse. Dans cet environnement, Angèle Mérici nous frappe par son sens inné de l’adaptation, sens qu’elle a légué à ses filles jusqu’au XXIème siècle. La vie même l’a provoquée à des adaptations successives, si bien que ses écrits en portent le reflet. Nous allons donc examiner successivement comment Sainte Angèle a vécu l’adaptation aux événements, aux personnes et à son Dieu, puis les conseils qu’elle donne dans ses écrits pour nous aider à notre tour à développer l’esprit d’adaptation.


I. Sainte Angèle Mérici s’adapte au concret de la vie

Adaptation à son environnement
De prime abord, Angèle Mérici nous frappe par son extraordinaire facilité d’adaptation aux circonstances qui l’entourent. Elle passe sans problème d’une vie agricole laborieuse à celle d’une famille aisée à Salo, après la mort de ses parents. En pleine maturité, elle sera appelée à partager la vie d’une patricienne, Caterina Patengola, cette fois dans un milieu urbain, à Brescia. Ensuite, elle passera 14 années dans un milieu commercial, chez le marchand, Antonio Romano, avant de demeurer chez un humaniste, Agostino Gallo.
Elle partagera la passion de la lecture de ses contemporains, et en ce temps des grandes découvertes, elle-même voyagera, et de plus en plus loin, jusqu’en Moyen Orient.
Elle s’adaptera aux règles sociales de son époque, tout en n’hésitant pas à innover pacifiquement. Ainsi, elle établira, pour la gestion de la Compagnie, le groupe des Dames Gouvernantes, composé de veuves, les seules qui selon le droit brescian jouissaient de liberté civile et économique.
Sainte Angèle sut s’adapter aussi aux circonstances difficiles qu’elle eut à affronter. La perte de sa famille, causée par des décès successifs et par l’éloignement de ses frères partis chercher ailleurs du travail, la laisseront seule, mais non désemparée. Cherchant à se consacrer à Dieu, elle commencera par adopter la forme de vie connue dans son entourage immédiat, celle de Tertiaire de Saint François.
De retour à Desenzano, elle dut affronter à partir de 1512 la guerre et la domination cruelle des vainqueurs. A Brescia, elle entre dans une ville ruinée, déchirée par la vendetta, appauvrie par les exactions des troupes de provenances diverses, décimée par la maladie et la guerre. Elle y devient un instrument de paix.
A l’approche des armées de Charles Quint, elle connaît la fuite et l’angoisse des réfugiés et partage leur sort.
Au retour de la Terre Sainte, son navire subit une affreuse tempête en mer, voit sombrer deux bateaux qui l’accompagnent, dérive jusqu’aux côtes d’Afrique du Nord, est poursuivi par les corsaires turques. Angèle frappe son entourage par son calme priant et sa confiance en Dieu.

Adaptation aux personnes
En outre, Angèle Mérici se montre à l’aise avec toutes les catégories sociales : les petites servantes illettrées et les dames de l’aristocratie qui les emploient, les simples manœuvres, les ouvriers et les artisans de son quartier et les intellectuels, voire les théologiens qui viennent à elle pour des explications de l’Écriture Sainte, les personnes vertueuses et les pécheurs, les diplomates comme Chizzola, les princes, comme Francesco Sforza et les gouverneurs de Venise, le Pape Clément VII. Dans son institut elle se montre accueillante à toutes, pauvres et riches, ignorantes et cultivées, celles qui sont déjà formées à la vie chrétienne et celles qui manquent d’une catéchèse de base.

Adaptation aux vouloirs de Dieu
Surtout, Angèle Mérici se montre d’une grande docilité pour changer ses plans, au gré des vouloirs de Dieu. Elle se destine à une vie humble et laborieuse dans le petit village agricole à Desenzano, mais Dieu lui confie une mission qui va bousculer ses projets personnels.
La réalisation de cette mission se fait attendre pendant près de 40 ans. Angèle va suivre ce qu’elle entrevoit de la volonté de Dieu et obéit à ses supérieurs franciscains pour se rendre à Brescia. Elle y restera jusqu’à sa mort en 1540.
En pèlerinage en Terre Sainte, elle perd presque complètement la vue... et continue son chemin, absorbée par la contemplation intérieure de la vie de Jésus en Palestine. Pas une récrimination, pas un questionnement, mais une humble docilité à Dieu.
La mission que Dieu lui confie, elle la portera dans l’attente et la prière, jusqu’à refuser l’invitation qui lui est faite de rester rendre service aux pauvres de la ville à Venise, à Milan et à Rome.
Elle s’adapte au rythme et au temps de Dieu. L’heure de la fondation ayant sonné, elle y dévoue toutes les forces de son corps et de son âme et laisse, à l’heure de la mort, une oeuvre encore fragile, inachevée, menacée par la désunion interne. Tout cela elle l’abandonne entre les mains de Dieu.
Il n’est pas étonnant, dès lors, que les Écrits d’Angèle portent la trace de son extraordinaire esprit d’adaptation.


II. Sainte Angèle Mérici propose l’esprit d’adaptation dans ses écrits

Adaptation aux circonstances
Sainte Angèle eut ce trait de génie, que l’on ne trouve formulé dans aucune autre règle de fondateur dans l’histoire de l’Église, celui de laisser une règle d’adaptation à ses filles. Le texte nous est bien connu :
Et si selon les temps et les besoins, il y avait de nouvelles dispositions à prendre ou quelque chose à modifier, faites-le prudemment et avec bon conseil. (Dern. Legs 2)
Et nous voyons Angèle Mérici elle-même mettre cette règle d’adaptation en pratique peu de temps avant sa mort : Au lieu de faire élire, selon la Règle, son successeur parmi les Colonelles, elle la désigne elle-même parmi les Matrones, probablement parce qu’aucune des Colonelles n’était encore en mesure d’assumer cette responsabilité.
Cette règle d’adaptation a conditionné toute l’évolution historique des Ursulines : Aucune d’entre elles n’a cru déroger à l’esprit d’Angèle, en optant pour la vie communautaire, pour la catéchèse, puis pour l’enseignement formel, en adoptant une vie religieuse vouée à l’éducation, soit sous sa forme congrégée ou monastique, soit sous la forme actuelle de vie apostolique.
Angèle fait preuve d’adaptation en donnant aussi des règles de conduite précises face aux faiblesses de son époque. Les églises en dehors des heures de Messe sont devenues des lieux de réunions politiques, commerciales ou autres. Elle demande donc à ses filles "de ne pas trop s’attarder dans les églises" pour prier (R 6,6). La permissivité a envahi la société ? Elle conseille d’éviter "la familiarité avec des jeunes gens et aussi avec d’autres hommes, fussent-ils spirituels", ainsi que "la fréquentation des femmes oisives et auxquelles il déplaît de vivre chastement, et qui aiment volontiers entendre parler de vanités et de plaisirs mondains" (7e Av 2-5).
La corruption est généralisée parmi les grands ? Angèle suggère de faire des cadeaux et de montrer de l’amabilité pour "détourner par ce moyen la créature du mal et du vice, et la porter au bien et aux bonnes moeurs, ou au moins à un plus grand progrès spirituel... de cette façon, on gagne et on oblige en quelque sorte les personnes et on les force à faire ce qu’on veut." (9e Legs, 11- 17)
Il est de bon ton dans la haute société de critiquer l’Église et d’afficher les "nouveautés" du luthéranisme ? Angèle demande de suivre "l’ancienne voie et usage de l’Église établis et confirmés par tant de Saints sous l’inspiration du Saint-Esprit" et de mener "une vie nouvelle" ; de prier "afin que Dieu n’abandonne pas son Église, qu’Il veuille la réformer comme il lui plaît" (7e Av 22-24).
Si Angèle adapte son enseignement aux faiblesses de son époque, elle se montre particulièrement ferme et réaliste, quand il s’agit du comportement à l’égard du prochain.

Adaptation aux personnes
Selon Angèle Mérici, l’adaptation aux personnes sera d’autant plus réelle que notre manière de les considérer est fondée sur une connaissance vraie, fruit d’un amour attentif.
Aux Colonelles elle demande d’ "apprécier" et d’ "aimer" leurs soeurs, car "plus vous les aimerez, plus vous aurez soin d’elles et veillerez sur elles". (Av. Prolo 8-10) De plus, "Vous serez attentives et vigilantes pour connaître et comprendre la conduite de vos filles, et pour être au courant de leurs besoins spirituels et temporels". (4e Av. 1)
A l’égard des Matrones, elle propose les mêmes exigences "... tenir gravées dans votre esprit et dans votre coeur toutes vos filles, une à une ; non seulement leurs noms, mais aussi leur condition et leur tempérament et leur situation et tout ce qui les concerne". (2e Legs 1-3) Sachant que seuls l’amour et la confiance épanouissent les coeurs, elle ajoute, "veuillez vous efforcer de mener vos filles avec amour et d’une main suave et douce, et non impérieusement ni avec âpreté ; mais en toutes choses veuillez être affables". (3e Legs 1-3)
Cet amour qui rend possible l’écoute et l’accueil se manifestera particulièrement dans l’attention aux besoins individuels, car c’est en cela que l’adaptation de personne à personne se réalise concrètement. Les exhortations d’Angèle abondent en ce sens :

- Celle qui ne sait pas lire remplacera la récitation de l’Office par celle de Pater et d’Ave Maria (R 5, 9, 11-12) ;
- Celle qui ne reçoit pas son salaire devra être soutenue, par voie légale, si nécessaire (R 11, 15-19) ;
- Celle qui vit seule devra être accueillie par une autre, afin d’éviter la solitude (R 11,25-27) ;
- Celle qui cherche un emploi devra être aidée par les matrones, afin qu’elle s’engage là où elle pourra vivre heureuse (R 11, 28).
Les supérieures sont invitées à tenir compte des dispositions des sœurs et à s’adapter à chacune individuellement. Ainsi, Sainte Angèle leur propose "d’encourager" et de "réconforter" celle qui est "timide et portée à l’abattement", "de dilater son coeur par toutes sortes de consolations". Une de ses dernières recommandations porte sur la manière de faire grandir l’espérance en celle qui est "triste, hésitante et craintive" (5e Av, 40).
La sévérité peut se manifester et les blâmes s’exprimer, mais "seulement en cas de nécessité, et même alors, selon le lieu et le temps, et selon ce que sont les personnes." D’ailleurs, "Vous obtiendrez davantage par la tendresse et l’affabilité que par la rudesse et de durs reproches". (2e Av. 3-5) C’est l’amour qui "enseigne un tel discernement, et meut le coeur à être, selon le lieu et le temps, tantôt aimable et tantôt sévère, et un peu, ou beaucoup, suivant les besoins". (2e Av. 6-7)
Devant les faiblesses du prochain, Angèle propose une attitude de discernement, qui fait appel à une croissance toujours possible. Pour des manquements notoires, elle propose de "conseiller et d’avertir avec charité trois ou au plus quatre fois" et, s’il n’y a pas de changement, "laissez là à elle-même... parce qu’il peut se faire que la pauvre, se voyant abandonnée et mise de côté, soit poussée au repentir". (5e Legs 1-5) Devant des signes de légèreté "ne comptez pas trop, dit-elle, qu’elle persévère..., car si elle ne veut pas faire ce qui est moindre, elle fera encore moins ce qui est plus. Ici, pourtant, vous devez être prudentes, parce qu’il peut se faire qu’une personne ait mis toute la force de son attachement dans une bagatelle, de sorte que, s’étant vaincue sur ce point-là, aucun autre ne lui sera trop difficile" (6e Legs 1-4). Celle qui est pleine d’assurance et de confiance en elle- même, doit être rappelée à la prudence "car nous vivons au milieu de pièges, et nous avons toujours quelque raison de nous maintenir dans la crainte. (4e Av. 10-11) Celle qui ne se montre pas "raisonnable" par rapport aux jeûnes, est invitée à s’en tenir aux conseils "de son père spirituel et des gouvernantes de la Compagnie lesquelles devront réduire et diminuer ces jeûnes selon qu’elles en verront le besoin". (R 4, 18-19)
Enfin, Angèle se montre infiniment respectueuse de la liberté personnelle. Celles qui sont en autorité doivent agir selon les capacités de l’interlocuteur et proposer le bien à accomplir- : "Par dessus tout, gardez-vous de vouloir faire quoique ce soit par force car Dieu a donné à chacun le libre arbitre, et il ne veut forcer personne, mais seulement il propose, il invite, il conseille" (3e Legs 8-11).
Soucieuse de l’adaptation à chaque personne, comment Angèle, qui aimait passionnément son Dieu, n’aurait-elle pas invité ses filles à s’adapter continuellement aux désirs du Seigneur ?

Adaptation à Dieu
Angèle nous propose différents moyens de vivre en accueil et docilité aux vues de Dieu :

1) Agir selon les lumières perçues dans la Sainte Écriture :
En commentant, dans le Prologue de sa règle la parole du Christ, "Bienheureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent", Sainte Angèle Mérici ajoute, "Bienheureux sont ceux à qui Dieu aura soufflé au coeur la lumière de Vérité et aura donné l’inspiration de désirer ardemment leur patrie céleste, et qui chercheront ensuite à conserver en eux-mêmes cette voix de vérité et ce bon désir-" (R Prol. 12). "Conserver" en soi cette "lumière de Vérité", c"est "chercher et vouloir tous les moyens ... nécessaires pour persévérer et progresser jusqu’à la fin"(R Prol.10). N’est-ce pas l’idéal qu"elle a poursuivi elle-même, en se laissant guider pas à pas toute sa vie, selon que la volonté de Dieu se manifestait à elle ? Comme la Vierge Marie, merveilleusement adaptée aux vues de Dieu, elle pouvait dire, "Voici la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon ta Parole" (Luc 1,38)

2) Demander à Dieu les lumières qui guideront notre vie... et les suivre...
Elle recommande de "faire de très ferventes prières ; car ainsi, sans aucun doute, Jésus-Christ sera au milieu de vous, et il vous éclairera et vous instruira en vrai et bon maître sur ce que vous aurez à faire" (Dern. Legs 3-5). Ou encore, "Combien vous avez à le remercier et en même temps à le prier... qu’il daigne encore vous donner une sagesse et une aptitude telles que vous puissiez faire oeuvre digne de louange à ses yeux et mettre toute votre application et toutes vos forces à faire votre devoir" (T. Prolo 17-21). Angèle nous invite ainsi à adapter notre vie aux lumières reçues dans la prière.

3) S’adapter aux inspirations de l’Esprit Saint :
S’il s"agit de prière, Angèle suggère de prier "de la manière et aussi longtemps que l’Esprit et la conscience le leur dicteront"(R 6,7). Quant au devoir quotidien, il faut laisser agir l"Esprit, qui donne "la force" et "le vrai réconfort" pour "soutenir et remplir virilement et fidèlement la charge que vous avez à porter" (Av. Prol. 3-4).
Enfin, Sainte Angèle propose une docilité constante, en nous invitant" par dessus tout à obéir aux conseils et inspirations que l’Esprit Saint nous envoie continuellement au coeur" (R 8,14). Cet accueil de ses inspirations deviendra pour nous une source de joie et un encouragement, car" Si vous observez fidèlement toutes ces choses et d’autres semblables, comme le Saint-Esprit vous le dictera selon les temps et les circonstances, réjouissez-vous, continuez de bon gré" (Dern. Legs 14).

4) S’adapter à ce que l’Église nous demande :
Angèle a su déceler, malgré toutes les faiblesses et les tares de l"Église de son temps, la voix du Christ, la guidant et la dirigeant "selon ce qu’Il voit être mieux pour nous et davantage à son honneur et à sa gloire" (Av. 7, 25-26). Cette voix, elle nous demande de l"écouter, en obéissant "à ce que commande la sainte Mère Église, car la Vérité dit : Qui vous écoute m’écoute, qui vous méprise me méprise". Et, très concrètement, elle ajoute "...obéir à son propre évêque et pasteur" (R 8, 8-9), car elle sait bien que c’est au sein de I’Église locale que nous vivons notre vocation de baptisé.
Accueillir, écouter, se conformer, - autant de mots actuels qui expriment la réalité entrevue par Sainte Angèle Mérici : notre adaptation, jour après jour, aux circonstances que nous vivons. Ne sont-elles pas toutes entre les mains de Dieu, Lui qui dirige notre vie ? Nous adapter aussi aux personnes que nous côtoyons, avec ce regard de perspicacité qu’engendrent la connaissance individuelle et l’amour pour tout enfant de Dieu. Il y a là tout un programme de vie, toute une interpellation que le Seigneur nous adresse personnellement. Alors, réjouissons-nous et continuons de bon gré ! " (Dern. Legs 14)

Soeur Marie Seynaeve
Ursuline de l’Union Romaine

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?

Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.